Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, vice-président de l'UMP, à LCI le 21 février 2008, sur des polémiques sur les sectes, la religion, la laicité, sur la réduction de la dette et du déficit public, l'enseignemenet primaire et les élections municipales. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, vice-président de l'UMP, à LCI le 21 février 2008, sur des polémiques sur les sectes, la religion, la laicité, sur la réduction de la dette et du déficit public, l'enseignemenet primaire et les élections municipales.

Personnalité, fonction : RAFFARIN Jean-Pierre, BARBIER Christophe.

FRANCE. UMP, vice-président;

ti : C. Barbier.- J.-P. Raffarin bonjour.
R.- Bonjour.  
Q.- Les sectes sont un non problème, aurait déclaré E. Mignon, directrice de cabinet de N. Sarkozy. Elle conteste avoir tenu ce propos mais ce matin dans Le Figaro, elle demeure indulgente envers les sectes disant que quand il n'y a pas de trouble à l'ordre public, il n'y a pas de raison de les harceler. Est-ce que le Président doit se séparer de cette collaboratrice ?  
R.- Non. Je pense qu'il ne faut pas tomber dans le piège de la polémique permanente. Il est clair qu'aujourd'hui dans ce pays, il y a des gens qui cherchent à enflammer le débat à propos de n'importe quoi, pour essayer de créer des tensions. La politique n'est pas la polémique. Revenons à l'action. C'est l'action qui fait une politique : parlons de l'action, parlons du travail, parlons des finances publiques, parlons des réformes, parlons de l'Europe. Je suis vraiment désolé de voir aujourd'hui que le débat politique, au fond, est éloigné des réalités. Alors revenons à l'essentiel. Je trouve que nous sommes là sur un sujet important parce que ce sont des propos d'une collaboratrice, première question. Deuxième question, ces propos sont démentis. Qu'en est t-il exactement de la vérité ? Moi je pense que c'est un vrai sujet, les sectes en France, traitons ce sujet mais ne nous écartons pas des priorités. La priorité c'est le travail et la réforme.  
Q.- Pas de polémique si les conseillers ne parlaient pas. Doivent-ils se taire ?  
R.- Je pense qu'on voit aujourd'hui que s'exprimer, c'est un métier. Et donc on ne passe pas de l'ombre à la lumière sans éclat. Et donc il est évident que ce genre de polémique, on s'en passerait, notamment en période électorale.  
Q.- L'action sur les sectes, c'est la Milivudes. Elle a travaillé pour vous quand vous étiez à Matignon, elle vous a remis des rapports. Il faut la supprimer cette mission, la renforcer ?
 R.- Bien sûr que non. Je pense que les sectes sont un phénomène préoccupant en France comme en Europe. Je pense à toutes ces familles qui ont eu des enfants, des proches qui ont été embarqués dans ce sectarisme inacceptable dans les temps modernes. Donc je pense que les sectes sont un problème en France. Je pense que la mission parlementaire a fait un bon travail, je pense qu'il faut regarder ce sujet avec gravité et pas dans la polémique.
Q.- 'Quand vous dites "il faut", est-ce que le Président doit le faire ? On a l'impression qu'il est dans la confusion. Il admire Tom Cruise en oubliant qu'il est scientologue, il tient des propos sur le religieux au sens très large, la radicalité de vie au sens très large, qui sont parfois ambigus.
R.- La politique ce n'est pas que le débat polémique. La politique et la France, ce n'est pas que Neuilly. Revenons à l'essentiel. Quelle est la chose importante pour la France aujourd'hui ? C'est le rétablissement de nos finances publiques.
Q.- Ce n'est pas la laïcité ?
R.- Aujourd'hui, il n'y a pas une question de la laïcité qui est véritablement posée. Nous avons une loi de 1905 qui est une loi fondatrice, qu'il faut seulement adapter, comme je l'ai fait pour l'école. Je peux parler de la laïcité puisque j'ai fait voter au Parlement une loi à l'unanimité pour le port du voile à l'école et les signes ostentatoires à l'école. Donc peutêtre qu'il y a d'autres adaptations, je pense à l'hôpital ; on n'a pas à choisir son médecin en fonction de sa religion. Je pense que l'exercice du service public doit être indépendant du fait religieux. Mais il est clair que nous avons besoin d'un Etat qui s'occupe de l'exercice des religions, ne serait-ce que pour leur permettre la liberté d'expression. Mais aussi d'éviter un certain nombre de dérives. L'intégrisme. Quand l'Etat dit "je veux que les imams parlent français", il est clair qu'il s'occupe de religion. Mais la laïcité c'est une grammaire qui permet aux religions de se parler entre elles et qui permet à l'Etat de dire "le fait religieux est dans la société mais jamais le fait religieux doit être un projet politique". La religion doit être soumise aux règles de la République. 1905, tout 1905.
Q.- Polémique ou problème de principe, quand l'épouse du ministre des Affaires étrangères est nommée numéro 2 de l'audiovisuel extérieur ?
R.- Je pense que c'est à nouveau une polémique. Franchement, la question - j'ai beaucoup de considération pour madame Ockrent - mais le problème de la France aujourd'hui ce n'est pas la situation de madame Ockrent. C'est comme quand dans le rapport Attali, je vois que le problème de la France aujourd'hui ce serait les taxis ou les coiffeurs. Non, il y a trois sujets importants pour la France. On n'est pas assez riche, on n'a pas assez de moyens parce qu'on ne travaille pas assez. Il y a eu des réformes qui ont été engagées, il y a 8 millions d'heures supplémentaires, près de 20% de plus en décembre par rapport à novembre. Voilà une bonne...
Q.- 500.000 entreprises, dit Bercy. Vous le sentez en Poitou Charente, vous voyez les entreprises ?
R.- Je vois le nombre d'augmentation des heures supplémentaires. Qu'estce qu'il faut pour régler les problèmes de la France ? Augmenter la quantité nationale de travail et réduire notre endettement et nos déficits. C'est ça les priorités. Et méfions-nous des polémiques qui nous éloignent des priorités. Et si j'ai un conseil à donner aux uns et aux autres : ne vous dispersez pas dans les polémiques, ne vous engagez pas dans les débats inutiles, restez mobilisés sur l'essentiel : la réforme par le travail et pour un équilibre des finances publiques.
 
Q.- Réduire l'endettement, réduire les déficits publics, est-ce que vous demandez un plan de rigueur compte tenu des perspectives de croissance qui vont, pour les optimistes, de 2, jusqu'au plus pessimiste, le FMI, 1,5 ?
R.- Je ne demande pas un plan de rigueur, je demande un plan de réforme. C'est là où nous sommes engagés. Au fond, je dis aux Français qui s'inquiètent aujourd'hui, qu'au fond il y a une force d'équilibre dans ce pays. Cette force d'équilibre c'est la majorité parlementaire. Ne soyez pas inquiets. L'ambition réformatrice mais aussi la sagesse réformatrice, elle est dans la majorité parlementaire. Elle est à l'Assemblée, elle est au Sénat. Je vois des idées qui circulent. Il y a un certain nombre d'idées qui n'ont aucune chance d'avoir une majorité parlementaire. Vous avez vu que la majorité a fait le texte sur les ADN. La majorité au Sénat a fait le texte sur les OGM. Nous ferons le texte sur la modernisation de l'économie. Ce n'est pas monsieur Attali qui le fera. La majorité, avec sa volonté de réforme, mais aussi avec sa sagesse, fera, assumera son rôle. La force d'équilibre de la République.
Q.- Sagesse ou brutalité quand on donne un ultimatum aux fonctionnaires pour signer ou ne pas signer une hausse du point d'indice de 0,8 ?
R.- Je dirai "archaïsme du dialogue social" parce qu'au fond, on leur donne, on leur demande d'approuver. Est-ce que vous voyez des syndicats qui acceptent à partir du moment où on donne ? Non, les syndicats, leur rôle et ses rôles, ses missions sont d'obtenir toujours plus. Donc, là, on a fait en sorte qu'il y ait une augmentation significative de 0,8. Cette augmentation, les syndicats l'empochent d'un côté et réclament plus. Chacun est dans son rôle. Je voudrais un dialogue social dans la fonction publique, comme d'ailleurs dans l'ensemble du pays, où les partenaires s'engagent véritablement et qu'un accord pour être appliqué, devrait être signé.
Q.- Il faut du temps alors ? On redonne du temps ?
R.- Il faut faire en sorte que ce qui a été engagé dans le dialogue social en France, notamment ce que nous avions fait pour les retraites et ce que N. Sarkozy a réussi, avec F. Fillon, sur le contrat de travail - parce que là on a une réforme qui est très importante - ce nouveau contrat de travail qui a été élaboré par les partenaires sociaux, un dialogue social fertile où les gens s'engagent par leurs signatures.
Q.- Alors sur l'école primaire, X. Darcos a donné sa philosophie, sa réforme - retour aux fondamentaux - avant même toute concertation avec les enseignants, qui vont s'exprimer seulement maintenant. Et le SNUIPP dit : "on vole leur enfance aux élèves en leur imposant trop de choses, en étant trop coercitif". Vous partagez ce sentiment ?
R.- Non, je ne crois pas. Ce n'est pas une critique raisonnable. Revenons à la raison, revenons à la tempérance. Revenons au fond à un regard qui est un regard aussi très européen sur l'école. Ce que je vois dans le projet Darcos, c'est au fond une harmonisation européenne : qu'on travaille un peu moins en France par rapport aux autres pays. En France, c'est là où les enfants ont le plus d'heures de cours et les moins bons résultats. Alors il faut quand même s'interroger. Alors on a libéré le samedi matin, on a allégé les programmes mais on les concentre sur des priorités. C'est vrai que nous avons besoin de la recherche et de la création par la formation scientifique. C'est vrai qu'il y a une crise de la formation scientifique dans notre pays. Les mathématiques, priorité. La priorité aussi pour l'orthographe, pour la grammaire, ce qui est structurant, fondamental. Et le sport pour l'équilibre de la vie. Tout ceci correspond à un engagement utile, je crois, de X. Darcos. C'est un peu moins de choses mais plus fortes.
Q.- Vous n'avez pas commenté la proposition du Président : que l'on transmette au CM2 la mémoire des enfants victimes de la Shoah. Vous êtes troublé ?
R.- Non, je ne suis pas troublé. Je pense qu'il faut travailler les modalités. Mais je pense qu'un travail important a été fait sur l'identification de ces enfants. Et je pense qu'il faut éviter que la mémoire sur la Shoah, ce soit une mémoire théorique. Et donc cette personnalisation par les enfants, je crois, peut être utile. Alors il ne faut pas que ce soit trop lourd à porter par les jeunes enfants. Donc c'est au système éducatif de trouver la bonne méthode.
Q.- Si le Conseil constitutionnel annule ce soir la possibilité pour la pénitentiaire de maintenir en détention un détenu qui a fini sa peine, mais qui est considéré comme dangereux, que faut-il faire ? Renoncer à cette loi ? Passer en force ? Accepter que ça ne s'applique qu'aux peines prononcées à partir d'aujourd'hui, c'està- dire dans une quinzaine ou une vingtaine d'années ?
R.- Il faudra attendre les commentaires du Conseil constitutionnel et puis adapter la loi. Qu'est-ce que dit le Conseil constitutionnel ? C'est qu'une décision n'est pas conforme à notre Constitution. Donc il faut adapter. Si le Conseil constitutionnel nous donne un avis, il faudra en tenir compte et adapter la loi à cet avis.
Q.- Les municipales ont montré un manque de discipline à la base, à l'UMP. Souhaitez-vous qu'après ce scrutin, on réforme la gouvernance de l'UMP ?
R.- Je pense d'abord que les municipales seront bien meilleures que ce que j'entends et ce que je lis.
Q.- Qu'est-ce que ça veut dire bien meilleures ? Vous limitez la casse ?
R.- C'est-à-dire que nous avons un certain nombre de villes aujourd'hui qu'on annonçait comme des villes perdues. Je pense à Caen, je pense à Toulouse. Et quand je regarde les sondages, je vois qu'aujourd'hui ce sont des villes dans lesquelles nous sommes au coude à coude, c'est-àdire des villes que nous pouvons gagner. Cette victoire des municipales est à notre portée. Alors arrêtons le défaitisme, arrêtons ce fatalisme qui a l'air d'envahir Paris aujourd'hui. Neuilly n'est pas la France. Il est clair qu'aujourd'hui à l'UMP, sur le terrain, il y a une forte mobilisation avec des projets locaux, des campagnes locales et ça se passe plutôt bien. Regardez le sondage sur Bordeaux, regardez ce qui se passe à Marseille, moi je suis confiant.
Q.- Il y a quand même Neuilly où la mère du président soutient un candidat que le fils du président a remplacé ailleurs et qui soutient le Président.
R.- A Neuilly, ils sont tous "sarkozystes". Alors laissons cet espace politique ayant ses propres caractéristiques. Là-bas c'est un sujet sur lequel l'UMP est, je dirais, agité plus par excès que par défaut.
Q.- Est t-il judicieux de lancer un contre-appel pour défendre le Président face à ce qui est dépeint par ses amis, dont R. Karoutchi, comme un acharnement ?
R.- Je pense qu'aujourd'hui l'opinion publique est en train de s'inverser. Je pense qu'on assiste à une renverse. Le trop, c'est trop. Et aujourd'hui, si la majorité sur le terrain se porte mieux, c'est parce que les Français ont dit : il y a trop d'attaques personnelles, il y a trop de polémiques et au fond N. Sarkozy agit pendant que d'autres essaient de troubler son action.
Q.- Il agit. S'il a besoin de vous, s'il vous appelle au Gouvernement après les municipales, vous y allez ?
R.- Je ne suis pas candidat.
Q.- Mais s'il vous appelle, vous vous dévouerez pour les réformes ?
R.- Je suis engagé pour la majorité parlementaire, je suis parlementaire. Je veux que le Sénat participe à l'équilibre, exprime sa sagesse, sa volonté de réformes. Je travaille à un projet de valorisation du Sénat, au sein de la majorité parlementaire. C'est mon travail, et je m'y consacre complètement.
Q.- J.-P. Raffarin, merci, bonne journée.
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 21 février 2008

Rechercher