Interview de M. Jean-François Copé, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, à RTL le 28 février 2008, sur l'abandon du projet controversé de parrainage des enfants juifs victimes de la Shoah par les élèves de CM2, sur la politique d'ouverture et l'avenir de la télévision publique sans publicité. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-François Copé, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, à RTL le 28 février 2008, sur l'abandon du projet controversé de parrainage des enfants juifs victimes de la Shoah par les élèves de CM2, sur la politique d'ouverture et l'avenir de la télévision publique sans publicité.

Personnalité, fonction : COPE Jean-François.

FRANCE. UMP, président du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale ; FRANCE. UMP, député

ti : T. Legrand Le Président avait demandé à X.Darcos de mettre en oeuvre son idée de confier la mémoire d'un enfant juif victime de la Shoah à chacun des élèves de CM2. X. Darcos a réuni une commission autour de lui, hier, pour étudier la question. La commission a décidé que cela ne se ferait pas. Est-ce que le Président n'a pas parlé un peu trop vite et agi un peu trop seul dans cette affaire ?
 
 
R.- D'abord, il est évident qu'une question comme celle-là, aussi difficile, ne peut pas se faire sans consensus. On a vu qu'il n'y avait pas de consensus, et à partir de là, bien sûr qu'il faut en tirer les conséquences. En même temps, moi, je vais vous dire les choses telles que je les pense : on ne peut pas reprocher à un Président de la république de poser clairement à la Nation un problème aussi important que celui du devoir de mémoire, y compris pour les jeunes générations. Je voudrais que chacun se souvienne que notre pays est encore aujourd'hui confronté à des fléaux qui ne sont pas morts, qui s'appellent le racisme, qui s'appellent l'antisémitisme et qui puisent leurs sources dans l'injustifiable. Et je pense qu'il est bon que notre nation se soucie aussi de la manière d'enseigner les étapes les plus douloureuses de l'histoire de l'humanité. Alors, après, c'est vrai ...
 
Q.- Il peut lancer le débat sans donner des pistes trop médiatisées ...
 
 
R.- Oui, enfin, en même temps, vous savez comment ça marche, la vie. S'il s'agit juste de dire "tiens, il faudrait peut-être penser un jour", il ne se passe rien.
 
Q.- C'est une tactique.
 
 
R.- Non, mais, encore une fois, je vous dis les choses telles que je les ressens. Derrière ça, il faut effectivement un consensus. X. Darcos a fait ce travail de discussions avec les uns et les autres. Je crois qu'il est important d'entendre celles et ceux qui se sont exprimés. Je pense à S. Veil, je pense à M. Lanzmann, je pense aussi aux enseignants, aux pédo-psychiatres qui se sont exprimés. Moi je tire de cela deux leçons. La première, c'est que je crois qu'il faut entendre ce qui s'est dit. Donc, ça veut dire qu'en clair, peut-être faut-il revoir la manière d'enseigner la Shoah, sans pour autant renoncer à l'idée que les jeunes de France, quelles que soient leurs origines, doivent avoir connaissance de ce qu'a été cette horreur absolue que fut la Shoah.Et puis, la deuxième leçon que je tire de cela, elle est que sur tous ces sujets, il ne faut pas avoir peur d'aborder les choses. Il faut le faire même si parfois - ce n'est pas un drame - on doit un peu ajuster, le cas échéant bouger un peu les lignes. Mais c'est important d'en discuter. Cela me paraît très important.
 
Q.- Alors, on change de sujet. L'actualité est très variée aujourd'hui. L'administration fiscale affirme détenir une liste de 200 personnes fortunées, françaises, ayant des comptes au Liechtenstein -c'est le pendant français d'un scandale qui éclabousse plusieurs pays européens-. Vous qui avez été ministre du Budget, pouvez-nous expliquer comment ça se fait qu'on apprenne, comme ça, maintenant cette histoire alors que le fisc a ce dossier, transmis d'ailleurs par les Anglais depuis décembre ?
 
 
R.- Moi, pour ce qui me concerne, je n'en avais pas été informé à l'époque où j'étais ministre. Enfin, cela remonte déjà à quelque temps. Ce que je constate surtout c'est qu'E. Woerth a immédiatement pris des décisions qui s'imposent en tant que ministre actuel du Budget et je me réjouis, bien sûr, que sur tous ces sujets, l'administration fiscale se mobilise et que tout cela prenne le tour que c'est en train de prendre.
 
Q.- Est-ce que vous pensez qu'il faut que la justice s'en saisisse ? Est-ce qu'il faut qu'il y ait une ouverture d'une information judiciaire ?
 
 
R.- Je ne veux pas m'immiscer dans une compétence qui n'est pas la mienne. Enfin, de toute façon, comme vous le savez, la fraude fiscale est répréhensible par la justice et notamment sur le plan pénal.
 
Q.- Le gouvernement mène des opérations coups de poings depuis deux ou trois jours dans les grands magasins pour constater la hausse des prix après les révélations de Que Choisir. Qu'est-ce que peut, finalement, faire la puissance publique pour jouer sur les prix ? A part le constat.
 
 
R.- D'abord, je me réjouis, pour tout vous dire, de tout ça parce que je m'étais exprimé, il y a quelques jours, pour dire qu'il fallait dare-dare réagir après les révélations qui avaient été faites sur l'explosion des prix de produits de grande consommation. Donc, il était grand temps d'agir. Moi, là-dessus ...
 
Q.- Il a fallu que vous réagissiez et puis que Que Choisir fasse son enquête.
 
 
R.- Oui, c'est pour cela que je pense qu'il est grand temps de changer les outils de mesure des prix. Tout ça est complètement dépassé.
 
Q.- C'est prévu, d'ailleurs.
 
 
R.- Oui, c'est pour ça que je suis content de la manière dont le gouvernement a réagi. Tout ça est complètement dépassé et de manière générale, d'ailleurs, la société politique doit coller un peu plus à un certain nombre de réalités sur la vie quotidienne. Aujourd'hui, on vit sur Internet en France. Il faut quand même se rendre compte que les prix sur Internet, les achats sur Internet et que de la même manière, l'évolution des prix de la grande distribution dans les grandes surfaces, tout cela mérite qu'on soit archi-mobilisés. Donc, c'est très bien de l'avoir fait.
 
Q.- En dehors de changer l'instrument de mesure qui ne fera que mesurer ...
 
 
R.- Ah mais, dites, c'est très important.
 
Q.- Oui, mais ça ne fera que mesurer.
 
 
R.- Mais pas du tout. Ce qui est derrière la possibilité de mesurer, c'est la transparence. Cela permet aux consommateurs de choisir librement ...
 
Q.- Ou éviter que ça...
 
 
R.- Attendez, il y a deux aspects. Il y a les prix qui augmentent parce que les prix des matières premières sont élevés. Ca, effectivement, on ne peut pas l'empêcher. En revanche, excusez-moi, des ententes supposées entre grandes entreprises de distribution, ça se regarde de près. D'abord, parce que ce n'est pas toujours légal, c'est le moins qu'on puisse dire. Et puis deuxièmement, parce que la même manière de les dénoncer, c'est de les connaître. Et donc, de ce point de vue, il faut qu'on ait un outil adapté. S'il est affiché partout les différences de prix d'un magasin à l'autre, vous allez voir ! Tout le monde va se calmer.
 
Q.- N. Sarkozy dans le Parisien a renouvelé son souhait d'amplifier sa Politique d'ouverture et il a cité le nom de C. Allègre, ancien ministre socialiste de l'Education. On cite aussi beaucoup le nom de P. de Villiers, en ce moment. Est-ce que ça ne risque pas un peu de démobiliser les électeurs de droite - on est à dix jours des élections ?
 
 
R.- D'abord, moi je vous dis l'état d'esprit dans lequel on est, nous les députés, qui sommes d'une manière ou d'une autre en campagne pour les élections municipales. Moi je suis candidat à Meaux, mais beaucoup de mes amis sont candidats soit dans leur propre municipalité, soit soutiennent les candidats de leur circonscription. Et puis moi-même, je soutiens un certain nombre de mes amis. Je peux vous dire que sur ces sujets, on a tous le nez sur le guidon. On est à dix jours de l'élection. On n'en est pas à savoir qui seront les prochains ministres. C'est pas du tout l'ambiance aujourd'hui.
 
Q.- Non. Mais vos électeurs lisent le Parisien, peut-être, et vont entendre que N. Sarkozy après ces élections, nommera peut-être des ministres venus de la gauche...
 
 
R.- C'est une grande tradition. Avant une échéance électorale, on parle généralement des remaniements ministériels qui auront lieu après.
 
Q.- Vous êtes pour la poursuite de l'ouverture ?
 
 
R.- Pour ce qui me concerne, je pense que la première priorité, c'est déjà de faire l'élection, de voir les résultats ... Il y a des sondages. On va attendre de voir. Les sondages, c'est une chose. Ce qui compte, c'est les résultats, premièrement. Et puis, ensuite, il faudra qu'on tire toutes les leçons de tout cela en fonction des résultats, en fonction de la dynamique qu'on veut créer. Et donc, je crois que c'est à ce moment-là que s'inscrira l'ensemble des choses.
 
Q.- Cela veut dire que s'il y a une victoire de la majorité, il ne faut pas ouvrir ?
 
 
R.- Cela veut dire surtout que le problème, pour moi, n'est pas la question de l'ouverture du tout. Mais la question est : comment on va faire pour amplifier nos réformes ?
 
Q.- Je réponds un peu plus clairement que vous parce que ce sera ...
 
 
R.- Non. Je vais vous dire, la réalité des choses. Moi, j'étais plutôt pour l'ouverture au départ. Je n'ai pas le sentiment que ce soit un plus permanent pour faire bouger les choses.
 
Q.- Voilà. On a la réponse.
 
 
R.- Mais en même temps, je ne suis pas fermé à tout ça - pardon de le dire - parce que c'est compliqué. Et puis, parce que telle ou telle personnalité peut apporter sa contribution. Mais ce qui compte pour moi, ce n'est pas ça. C'est ça surtout que je veux vous dire. Je ne suis pas pour ou contre. Ce qui compte pour moi, c'est qu'on fasse le boulot, parce que c'est là-dessus que les Français nous attendent et je vois que les socialistes sont totalement absents pour faire des propositions, totalement. Et que nous, de notre côté, sur tous ces sujets, on est en campagne sur les premiers éléments du bilan et puis, sur notre projet local.
 
Q.- Ah vous êtes chargé de conduire la réflexion sur l'avenir de la télévision publique sans publicité ; c'est une autre idée lancée à la surprise générale par le Président. On n'a pas le temps de développer parce que c'est une histoire un peu compliquée ...)
 
 
R.- C'est dommage. Il va falloir que je revienne vous voir.
 
Q.- Voilà, vous reviendrez quand vous aurez les idées un peu plus claires, parce que c'est le début pour l'instant. J'imagine que vous aviez les idées claires mais ...
 
 
R.- Mais on a le droit d'avoir les idées claires même en démarrant le travail quand même. Je ne sais pas comment vous faites à RTL, vous ; mais nous dès le matin, on a les idées très claires.
 
Q.- Oui, c'est pour ça. Est-ce que vous pouvez simplement nous affirmer que ça se fera, qu'il y aura dans quelques mois, une télévision publique sans publicité ou pas ?
 
R.- Ah oui. Ah oui, oui, oui. Non, mais l'idée c'est d'aller beaucoup plus loin. Moi, j'ai installé la commission, hier, et notre idée, aussi bien les professionnels que les parlementaires, c'est dessiner le modèle de la télé publique de demain et de le faire avec beaucoup d'ambition. C'est-à-dire qu'il faut qu'on réfléchisse au modèle culturel : qu'est-ce qu'on met dedans ? Au modèle financier. Il y a des tas de questions. Alors, il y a les questions qui fâchent tout de suite : redevance, nouveaux impôts. Et sauf que je ne pense pas qu'il faille voir les choses que comme ça. En réalité, c'est le modèle économique complet qu'il faut revoir. Et donc là-dessus, on va avoir des idées très audacieuses. On va passer tout le temps qu'il faut à écouter tout le monde et y compris les Français puisque vous savez que je souhaite que les Français soient très présents dans ce débat. On regarde trois heures par jour, en moyenne, la télé en France. Donc, la télé publique, c'est la télé des Français. Ils vont être associés à son avenir.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement le 28 février 2008

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