Interview de Mme Laurence Parisot, présidente du MEDEF, à RTL le 3 mars 2008, sur la prime versée à M. Gautier-Sauvagnac pour quitter ses fonctions au sein de l'UIMM et la gestion financière de l'UIMM. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Laurence Parisot, présidente du MEDEF, à RTL le 3 mars 2008, sur la prime versée à M. Gautier-Sauvagnac pour quitter ses fonctions au sein de l'UIMM et la gestion financière de l'UIMM.

Personnalité, fonction : PARISOT Laurence, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. MEDEF, présidente;

Circonstances : Prime de départ de 1,5 million d'euros versée à Denis Gautier-Sauvagnac lors de sa mise en examen pour abus de confiance en novembre 2007

ti : J.-M. Aphatie.- Bonjour, L. Parisot. L'UIMM, l'Union des Industries et Métiers de la Métallurgie, a donc versé une prime de départ de 1,5 million d'euros à son ancien président, D. Gautier-Sauvagnac, prié de quitter ses fonctions après sa mise en examen en novembre dernier, pour abus de confiance. L'UIMM est une fédération patronale indépendante et adhérente du Medef. Demandez-vous, L. Parisot, aux dirigeants de l'UIMM qui se réuniront cet après midi, de dénoncer le contrat qui prévoit le versement de cette prime ?
 
R.- Je demande à l'UIMM de se ressaisir.
 
Q.- Et donc de dénoncer le contrat ?
 
R.- Je demande à tous les adhérents de l'UIMM, à tous les chefs d'entreprise français - patrons de TPE, de moyenne entreprise, de grande entreprise - et, en particulier, à tous les chefs d'entreprise, adhérents de l'UIMM, de faire en sorte que cette fédération professionnelle ait un comportement digne de l'entreprise, digne de ce qu'est le quotidien des chefs d'entreprise. Ce que nous découvrons, tous, depuis quelques jours, ne correspond pas au quotidien des chefs d'entreprise.
 
Q.- Ma question est précise, L. Parisot : les dirigeants de l'UIMM, ceux qui dirigent cette fédération indépendante et adhérente du Medef, se réunissent cet après midi. Souhaitez-vous qu'ils dénoncent le contrat qui les lie à D. Gautier-Sauvagnac ?
 
R.- Ce contrat, je ne le connais pas. Je n'en connais pas les termes. Je sais simplement un certain nombre de choses qui a été révélé dans la presse, par l'hebdomadaire Marianne, notamment ; et ces choses-là sont choquantes. Qu'est-ce que nous avons appris ? Premièrement, qu'il y a eu un versement - parce qu'il semble que cela a déjà été versé - d'un 1,5 million d'euros. Ça, c'est la première chose qui est choquante. C'est comme si les millions ne comptaient plus. La deuxième chose qui est choquante, c'est qu'il semblerait que ce contrat a vocation à couvrir des fautes. Ce n'est pas acceptable. La troisième chose qui est choquante, c'est que ceci a été fait après les révélations -puisqu'on parle d'une signature en décembre 2007 -, donc ce contrat a été conclu après les révélations de fin septembre, début octobre sur les retraits d'argent liquide. Et donc ce qui est absolument scandaleux, c'est qu'il y avait déjà une transgression énorme et qu'on a l'air de continuer dans la transgression.
 
Q.- Et donc qu'est-ce que vous attendez, cet après midi, des dirigeants de l'UIMM, qu'ils dénoncent ce contrat ou pas ? Vous ne voulez pas répondre ?
 
R.- Mais je souhaite que le bureau de l'UIMM prenne connaissance du contrat ou des contrats.
 
Q.- Ah ! Ils le connaissent ! Ce sont eux qui l'ont signé.
 
R.- D'après plusieurs conversations que j'ai eues ce week-end, de nombreux membres du bureau de l'UIMM n'ont pas eu connaissance des termes du contrat.
 
Q.- Ces contrats ont été signé "dans le dos" de plusieurs membres du bureau de l'UIMM ?
 
R.- C'est à eux de le dire clairement.
 
Q.- C'est ce qu'ils vous ont dit ce week end ?
 
R.- Certains me l'ont dit ainsi.
 
Q.- Alors, il faut rappeler que des grands responsables d'entreprise siègent au Bureau de l'UIMM, c'est-à-dire qu'on trouve J.-P. Bechat, ancien PDG de Safran, A. Lauvergeon, PDG d'Areva, J.- M. Poimboeuf, président de la DCN, J. Karecki, président de Philips France, C. Streiff, président de PSA Peugeot-Citroën. Beaucoup de monde est impliqué finalement dans cette affaire. Certains d'entre eux, par exemple des noms que j'ai cités, ont découvert cette affaire dans la presse, eux aussi ?
 
R.- C'est à eux de vous dire les choses. Ce n'est pas à moi. Je sais simplement qu'un certain nombre de membres du bureau de l'UIMM, ignorait le contenu de ces accords, de ces transactions.
 
Q.- C'est totalement irresponsable ? De siéger dans un bureau et d'être...
 
R.- C'est pour ça que je demande à l'UIMM de se ressaisir. Il est très important...
 
Q.- Vous même, vous ne saviez rien, L. Parisot ?
 
R.- Bien sûr que non. Comme je l'explique assez souvent, en ce moment, l'UIMM n'est pas une filiale du Medef, je n'ai aucune autorité de contrôle, aucun pouvoir de contrôle sur l'UIMM et on voit bien dans ce genre de dossier que tout est secret. Et c'est même une des choses aussi qui est extraordinairement choquante. Nous sommes aujourd'hui en demande de transparence et de vérité.
 
Q.- Mais l'UIMM est composée de patrons, comme vous l'êtes vous- même. Comment se peut-il que deux cultures aussi différentes cohabitent dans une même organisation ?
 
R.- Eh bien parce que je pense que là, on a quitté le monde de l'entreprise pour être dans celui de l'appareil, des appareils ; et l'esprit d'entreprise, et l'esprit d'appareil, ce sont deux choses différentes. C'est bien pour ça que j'en appelle à tous les chefs d'entreprise adhérents de l'UIMM et je leur demande de faire en sorte que l'esprit d'entreprise redevienne dominant dans leur organisation professionnelle.
 
Q.- Parce que ces dirigeants d'entreprise ne sont pas représentés par le bureau de l'UIMM ? Certains disent que c'est une tentative de putsch ?
 
R.- Ce qui me semble très important et que je voudrais dire aujourd'hui, c'est que j'estime que je suis garante de l'unité patronale. Et il faut bien comprendre que l'unité patronale ne peut se faire qu'autour de la vérité, autour de la transparence et autour des valeurs partagées par tous les chefs d'entreprise. Des pratiques comme celles-ci ne sont pas des pratiques qui ressemblent aux entreprises et aux chefs d'entreprise.
 
Q.- Si l'UIMM ne se ressaisit pas, selon votre propre terme, peut-elle encore faire partie du Medef ?
 
R.- Moi j'appelle à une mise à plat...
 
Q.- Non. Ma question c'est : est-ce qu'elle peut encore faire partie du Medef si elle ne se ressaisit pas ?
 
R.- L'UIMM représente des secteurs essentiels de l'économie française. La métallurgie, c'est à la fois l'aéronautique, l'automobile, la mécanique. Il y a des très grandes entreprises. Il y a aussi des quantités de PME qui se battent tous les jours pour conquérir de nouveaux marchés. Nous avons besoin de cette représentation dans l'univers patronal. Donc, il n'y a pas 36 options...
 
Q.- Il faut changer les dirigeants de l'UIMM ?
 
R.- Il faut qu'elle revienne à l'essence de sa fonction, de son existence même. D. Gautier-Sauvagnac a reconnu avoir versé entre 2000 et 2007, 19 millions d'euros en liquide. On ne sait pas à qui ? Vous avez posé la question à D. Gautier-Sauvagnac de savoir à qui il avait donné cet argent, L. Parisot ? Ah oui. Dès que l'affaire a été révélée, c'était fin septembre, début octobre, je l'ai reçu, je lui ai demandé.
 
Q.- Et il vous a répondu ?
 
R.- Il m'a répondu qu'il ne me le dirait pas et que d'ailleurs, il ne le dirait à personne.
 
Q.- C'est inacceptable ceci ?
 
R.- Non. Il faut que la Justice aille jusqu'au bout. Je pense qu'elle travaille. C'est long. Il faut comprendre que les choses prennent du temps dans des dossiers aussi lourds, aussi compliqués. Mais je ne peux espérer qu'une chose, c'est que la Justice aille clairement jusqu'au bout et fasse toute la lumière.
 
Q.- Vous verrez F. Fillon à Matignon, tout à l'heure, cet après midi. Attendez-vous son soutien ?
 
R.- C'est un rendez vous qui a été fixé bien avant les révélations de la fin de la semaine dernière...
 
Q.- Mais vous parlerez de cette histoire-là ?
 
R.- Je suppose que le Premier ministre souhaitera échanger avec moi sur ce point-là ; mais nous avons beaucoup de dossiers...
 
Q.- Attendez-vous son soutien ?
 
R.- Mais je ne doute pas que le Premier ministre soit quelqu'un qui soit attaché à la vérité, à la transparence.
 
Q.- La "une" du Figaro, ce matin : "Medef, Parisot lance l'opération main propre". La formule vous convient, Laurence Parisot. "Opération main propre" au Medef ?
 
R.- Je ne l'aurai pas dit comme ça ; mais ce qui est certain, c'est que nous voulons incarner un nouveau patronat...
 
Q.- Vous le direz comment ?
 
R.-... et les premiers signes sont déjà là. Quand nous avons signé avec les organisations syndicales, l'accord sur la modernisation du marché du travail, c'était bien le signe qu'une nouvelle ère était ouverte. Et je voudrai dire en réponse à A. Duhamel : il n'y a pas deux Medef. Il y a peut-être eu une organisation qui se pensait rivale. Aujourd'hui, il y a un seul mouvement patronal et qui se veut le patronat du XXIème siècle.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 3 mars 2008

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