Interview de M. Roger Karoutchi, secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement, à La Chaîne Info LCI le 5 mars 2008, sur les négociations menées en vue de la libération d'Ingrid Bettancourt, les stratégies d'alliances pour les élections municipales de 2008 et la popularité du Premier ministre. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Roger Karoutchi, secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement, à La Chaîne Info LCI le 5 mars 2008, sur les négociations menées en vue de la libération d'Ingrid Bettancourt, les stratégies d'alliances pour les élections municipales de 2008 et la popularité du Premier ministre.

Personnalité, fonction : KAROUTCHI Roger, BARBIER Christophe.

FRANCE. Secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement;

ti : C. Barbier.- Des négociations étaient en cours entre les FARC et Paris pour que N. Sarkozy rencontre éventuellement le n° 2 des FARC, R. Reyes tué par l'armée colombienne. Où en étaient exactement ces négociations ? Jusqu'où la France a-t-elle parlé avec les FARC ?

R.- Je ne connais pas le détail des négociations. Ce qui est vrai, c'est que depuis plusieurs mois, vous le savez bien - le président de la République d'ailleurs l'a dit à plusieurs reprises - la France intervient, avec le Président Chavez, avec le Président Uribe, avec les FARC. La France intervient parce que nous voulons absolument libérer I. Betancourt. Et le président de la République l'a rappelé, si malgré la situation extrêmement confuse maintenant entre le Venezuela et la Colombie, si pour libérer, sauver I. Betancourt, il faut qu'il aille à la frontière entre les deux Etats pour libérer Ingrid, eh bien, il ira.

Q.- C'est leur seul bouclier I. Betancourt ! Les FARC sont affaiblis. Est-ce qu'on ne se fait pas mener par le bout du nez ? Est-ce que N. Sarkozy n'est pas manipulé par les FARC ?

R.- Non, je ne crois pas. Je crois d'ailleurs que chacun comprend bien que là, c'est un rôle essentiel pour la France. C'est normal de vouloir libérer I. Betancourt. Elle est à la fois, au-delà de sa citoyenneté française, elle est un symbole aussi d'une évolution qui doit se faire, y compris en Colombie, y compris dans les relations dans l'ensemble de l'Amérique latine. Et le président de la République, comme il l'a fait pour les infirmières bulgares, dit très clairement : "je m'impliquerai personnellement, si nous arrivons à une situation où on me demande politiquement d'assumer le rôle de celui qui va chercher". Cela veut dire très clairement que quand on voit la confusion, quand on voit que l'armée vénézuélienne mobilise, que la Colombie porte plainte contre le Président du Venezuela, dans cette situation politique troublée, le rôle, l'ambition du président de la République est à la fois de calmer le jeu et en même temps essentiellement de libérer I. Betancourt.

Q.- Négocier avec Kadhafi a coûté cher à N. Sarkozy en terme d'opinion, quand Kadhafi est venu à Paris. Est-ce que ce n'est pas le même scénario qui va se produire avec Chavez ? On donne beaucoup de crédit à quelqu'un qui est très contesté et très contestable, notamment, par les Etats-Unis.

R.- Sur la visite du Président Kadhafi comme sur les discussions avec le Président Chavez, je crois qu'il faut se dire : c'est simple, lorsque la Libye tient les infirmières bulgares, lorsqu'elle a un rôle clé en Méditerranée, il faut bien discuter avec la Libye, si on veut libérer les infirmières bulgares, si on veut la paix en Méditerranée. En Amérique latine, il faut discuter, parler avec les uns, avec les autres, justement pour éviter des conflits du style de ce que j'espère ne ce produira pas entre la Colombie et le Venezuela.

Q.- Revenons en France. Le MoDem est près visiblement à s'allier avec B. Delanoë à Paris. Vous êtes déçu, en colère ?

R.- Oh déçu ! Pour être très clair, je n'attendais rien de particulier. Je crois que cela fait effectivement un certain temps qu'on voit bien l'évolution interne dans le MoDem à Paris où on fait des gestes de plus en plus réguliers à l'égard de B. Delanoë et de moins en moins à l'égard de F. De Panafieu. Ce que nous aurions souhaité très légitimement - d'ailleurs F. Bayrou si était engagé il y a 48 heures - c'est une position claire du MoDem avant le premier tour pour dire : voilà ce que nous ferons pour le deuxième tour. Visiblement, ça n'est pas le cas et, visiblement, si j'en crois la réunion d'hier, le MoDem se laisse jusqu'au soir du premier tour pour décider.

Q.- Alors pourquoi laissez-vous faire ? Pourquoi l'UMP ne met pas dans la balance quelque chose ? Pourquoi ne tendez-vous pas la main au MoDem, à Paris ou ailleurs ?

R.- Je crois que F. De Panafieu a largement tendu la main au MoDem. Elle a proposé des discussions ; elle a proposé des points de programme communs ; elle a proposé un certain nombre de choses. Il n'y a pas de retour. Alors c'est comme cela. Le MoDem, d'ailleurs, je le vois bien, est sur les listes de Monsieur Rebsamen à Dijon, sur les listes conduites par l'UMP dans d'autres villes, avec parfois des accords ici, des désaccords là. Il y a eu un comportement, dont il faut bien l'admettre, qui est un peu compliqué à analyser au niveau national, puisque c'est un coup avec la droite, un coup avec la gauche, un coup tout seul. Donc, on verra bien à l'arrivée.

Q.- Pour réaliser "le Grand Paris", F. De Panafieu affirme qu'il faudra des abandons de souveraineté. Que cela veut-il dire ? Il faut que des communes fusionnent, il faut que toutes ces personnes soient digérées dans un grand ensemble dominé par Paris ?

R.- Ah non, certainement pas ! Si d'ailleurs Paris avait l'illusion ou le sentiment ou le souhait de dominer le futur "Grand Paris" ou "Paris Métropole" - peu importe comment on appel cela - ce serait un échec immédiat.

Q.- C'est risqué de prendre la main, parce que Paris ne va pas se laisser dominer par les petites communes !

R.- Je pense qu'il faudra une loi. Il faudra une loi, parce qu'il faudra une structure spécifique. Nous sommes une région -Ile de France - tout à fait particulière avec des problèmes urbains, de logements etc., tout à fait particuliers, une densité tout à fait étonnante. Donc, là, il faudra une loi, il faudra une structure spécifique avec l'Etat, la région, les départements, les communes. Et c'est cette structure spécifique qui fera le "Grand Paris". On verra bien à ce moment-là et au travers de la loi quels sont les domaines de compétences : grands projets d'urbanisme, peut être logement sûrement, transports évidemment et quelles sont les capacités de financement. Mais non, si Paris pense pouvoir faire de l'expansion, de l'expansionnisme parisien et ne considère que ce Grand Paris n'est qu'au service de Paris, cela ne peut pas marcher.

Q.- Pour préparer cette loi, il faudrait nommé un ministre ou un secrétaire d'Etat dédié à cela dans le remaniement ?

R.- Il faut d'une part qu'il y ait concertation, discussion entre toutes les collectivités, après les municipales, naturellement. Et là, que ce soit la région, que ce soit les départements, que ce soit les communes, tout le monde devra parler, gauche-droite, pour voir un petit peu comment on se sort de l'imbroglio actuel. Et deuxième élément, il faudra probablement que l'Etat désigne Monsieur, Madame "Bons Offices" qui gèrent un peu cela, qui fasse un peu la synthèse et qui porte quelque part un petit peu ce texte de loi. Alors, ce n'est pas forcément un membre du Gouvernement. Cela peut être un chargé de mission au "Grand Paris", peu importe l'appellation d'ailleurs, un secrétaire d'Etat, un haut commissaire, peu importe ! Il faudra probablement effectivement que quelqu'un s'en occupe.

Q.- Alors 19, 22, 25 points d'écart entre N. Sarkozy et F. Fillon dans les différents sondages. Le vrai chef de la droite maintenant ne s'appelle-t-il pas F. Fillon ?

R.- Non, il n'y a qu'un seul patron politique et il ne peut y en avoir qu'un - c'est la Vème République. Le seul vrai patron politique sous la Vème République, c'est celui qui est issu directement du suffrage universel, c'est-à-dire le Président de la République.

Q.- Même affaibli comme il est ?

R.- Mais oui, le président de la République peut avoir une baisse, puis, rassurez-vous, des remontées de sondage. Peu importe, il a, lui, un quinquennat ; il a le rôle d'inspirateur, le rôle de moteur ; le chef du Gouvernement est l'organisateur ensuite. Mais l'organisateur, quelle que soit sa popularité, est par définition quelqu'un qui n'est pas l'inspirateur puisque l'inspirateur ce ne peut être que le chef de l'Etat.

Q.- Demandez-vous à l'inspirateur, quand même, de maintenir à tout prix F. Fillon après les municipales dans le rôle d'organisateur, vu sa popularité ?

R.- Moi, je n'ai rien à demander, la seule décision relève du Président de la République. Je ne sais, puisqu'on en parle, on n'en parle plus, on en reparle, y aura-t-il, n'y aura-t-il pas remaniement et dans quelles conditions, je n'en sais rien. Ca, c'est le Président de la République qui verra. Pas seulement en fonction des municipales et des cantonales d'ailleurs, en fonction de son analyse, de ce que les Français souhaitent en matière de réformes, de ce que les Français attendent, des inspirations, de la volonté de rythme des réformes.

Q.- F. Fillon veut accélérer, c'est casse-cou quand même vu le climat social ?

R.- Non, la demande vient du président de la Répub lique. Le Président de la République a clairement dit et moi j'ai instruction, par exemple, d'inscrire au Parlement de très nombreux textes de réformes qui viendront au printemps.

Q.- C'est votre rôle (...) parlementaire ?

R.- Non, pas du tout. Alors pas du tout. Alors là je ne suis pas d'accord du tout avec vous. Les parlementaires ont tout voté pendant la session de l'automne, 25 textes de lois ont été votés et promulgué d'ores et déjà. Et ils sont prêts à aller plus loin. Les parlementaires demandent à travailler un peu différemment, être plus considérés, et participer d'avantage à l'élaboration des textes. Mais pour autant, ils ne disent pas stopper les réformes. Ils sont au contraire très demandeurs du fait qu'on finisse le train de réformes pour qu'il y ait vraiment un ensemble qui permette de changer le pays.

Q.- Par exemple, F Fillon, annonce un projet de loi sur la flexisécurité. C'est quoi ? C'est un nouveau CPE, c'est des contrats précaires, c'est la fin de la durée légale du travail peut-être ?

R.- Non, il y aura un texte sur la modernisation de l'économie. Il y a, comme vous le savez, eu des négociations avec les partenaires sociaux sur le contrat de travail, sur la durée du travail etc., et tout ça va donner des textes. Mais il ne s'agit pas ni de remettre en cause l'ensemble du droit du travail, ni de bousculer les partenaires sociaux avec qui il y a eu de très longues négociations.

Q.- Etes-vous aux cotés de L. Parisot dans son bras de fer avec l'UIMM ou l'incitez-vous plutôt à la modération ?

R.- Personnellement, je suis assez peu impliqué dans cette affaire, même si je comprends tout à fait le choc pour les Français. Quand, en France, pas même un cadre, lorsqu'il est licencié, il a des indemnités de quelques milliers d'euros, au pire quelques dizaines de milliers d'euros, apprendre qu'il y a une indemnité d'1,5 millions d'euros, c'est tellement considérable que je comprends le choc émotionnel et je comprends qu'on dise : il faut renégocier tout ça.

Q.- Pour rentrer au Gouvernement, éventuellement, C. Allègre veut des assurances sur le soutien à la recherche française. Faut-il lui donner satisfaction pour qu'il entre ?

Ecoutez, moi, ce que... le budget Enseignement supérieur et Recherche a été, comme vous le savez, l'un de ceux qui ont été privilégiés : 5 milliards d'euros de plus pour l'université, pour la recherche, etc. Donc, il y a eu beaucoup d'efforts faits au niveau financier ? Le président de la République y a beaucoup tenu, le chef du Gouvernement également. Donc, en la matière, je crois que nous avons les moyens de conduire une politique. Ensuite, C. Allègre est un homme de qualité, même un homme qui a beaucoup d'idées, a beaucoup d'allant...

Q.- Qui a soulevé des tas de protestations aussi quand il était ministre de l'Education nationale ?

R.- Qui a soulevé quelques protestations, j'en ai le souvenir ; moi-même, à cette époque-là, j'étais inspecteur général et "le dégraissage du mammouth" avait effectivement un petit peu secoué. Mais, c'est un type qui a beaucoup de volonté et d'imagination. Et cela, ça peut être un plus dans un Gouvernement. Mais c'est le chef de l'Etat qui décide et si C. Allègre veut participer au projet, veut participer à l'aventure, c'est au chef de l'Etat de dire "OK". Après, on verra.

Q.- Un ministre battu aux municipales doit-il démissionner ?

R.- Le débat s'était présenté il y a quelques semaines, et le chef de l'Etat avait conclu que non.

Q.- Si N. Sarkozy vous demande de quitter le Gouvernement pour aller prendre la tête de l'UMP, UMP qui doit se relancer, vous dites oui ?

R.- Si vous le présentez comme ça ! Aujourd'hui, l'UMP a une direction bicéphale, avec P. Devedjian et J.-P. Raffarin.

Q.- Il faut changer le "bicéphale" ?

R.- Ca, l'organisation de l'UMP c'est autre chose, mais aujourd'hui, cette organisation fonctionne et moi je vois sur le terrain, puisque j'ai fait 120 déplacements d'ici le deuxième tour, combien la mobilisation de l'appareil fonctionne bien. Donc, sincèrement, c'est au président de la République de voir. Mais il y a une direction qui fonctionne, qui s'active, qui mobilise sur le terrain. Je ne vois pas franchement pourquoi il y aurait une autre direction. Mais, bon, si le chef de l'Etat décide...

Q.- L'UMP mobilise, on vous promet néanmoins la raclée pour dimanche soir. Vous vous y préparez ?

R.- Non, je ne me prépare pas du tout à la raclée, je pense qu"au contraire la mobilisation des derniers jours de nos électeurs, justement, parce que les attaques personnelles contre le Président ont lassé, exaspéré nos électeurs, parce que les sondages médiocres qui s'accumulent, finissent pas mobiliser nos électeurs qui se disent "on ne peut pas laisser faire ça", parce que qu'est-ce qui est en face ? Il n'y a pas de gauche, il n'y a pas de projet alternatif, il n'y a pas de proposition, ça suffit, donc on va se mobiliser.

Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 5 mars 2008

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