Point de presse de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, sur le Processus de Barcelone et l'Union pour la Méditerranée, le déploiement de l'Eufor au Tchad, l'Afghanistan, le Kosovo, l'Iran, le Tibet, le Liban, la présidence française de l'UE et l'avenir de TV5 Monde, Paris le 18 mars 2008. | vie-publique.fr | Discours publics

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Point de presse de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, sur le Processus de Barcelone et l'Union pour la Méditerranée, le déploiement de l'Eufor au Tchad, l'Afghanistan, le Kosovo, l'Iran, le Tibet, le Liban, la présidence française de l'UE et l'avenir de TV5 Monde, Paris le 18 mars 2008.

Personnalité, fonction : KOUCHNER Bernard.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et européennes

ti : 1 - PROCESSUS DE BARCELONE/UNION POUR LA MEDITERRANEE

Je souhaite d'abord aborder le sujet du Processus de Barcelone/Union pour la Méditerranée qui a été accepté lors du Conseil européen à Bruxelles, vendredi dernier. Ceci prouve deux choses : qu'il ne faut jamais désespérer et qu'il nous faut toujours travailler avec les Allemands. Je crois vraiment que le "coup de jeune" du Processus de Barcelone, qui annonce l'Union pour la Méditerranée, est vraiment le bienvenu. Il y aura une structure particulière avec une co-présidence entre un pays du Sud et un pays du Nord, avec un Secrétariat et avec des propositions fondés sur le papier franco-allemand puisque c'est la demande du président Barroso. Tout le monde était d'accord. Le président Barroso a fait remarquer que, puisque nous nous adressions à la Commission pour définir le projet et les fonctionnements, les propositions s'inspireraient du papier franco-allemand. Tout le monde a accepté. C'est donc sur cette base que la Commission fera des propositions très précises, sur des projets concrets, proposés par les uns, critiqués par les autres, ce qui est tout à fait normal.

N'oubliez pas les critiques qui ont été adressées à ce projet, à sa structure, à la façon de le présenter, aux remarques définitives qui ont été faites à propos de son "fiasco".

Et voilà qu'il est accepté par les Vingt-sept pays !

C'est donc une étape supplémentaire, positive, du processus de Barcelone. Je crois vraiment que nous y avons bien travaillé, Jean-Pierre Jouyet et moi-même, en liaison avec l'Elysée.

Je crois que cette extension, pas seulement géographique mais probablement aussi très politique, très humaine - les projets sont déjà en discussion avec des partenaires du Sud de la méditerranée et du Nord de la Méditerranée - est très exaltante.

J'espère que tout cela se mettra en place pour la réunion du 13 juillet. Car, vous le savez, il n'y aura qu'une réunion, et une seule, celle du 13 juillet prochain, à Paris, qui réunira les Vingt-sept pays de l'Union européenne et les pays du Sud.

Q - Vous avez parlé du succès de l'Union pour la Méditerranée. On peut avoir l'impression que c'est un succès allemand puisque Mme Merkel a obtenu pratiquement tout ce qu'elle voulait. J'aurais voulu avoir votre commentaire sur ce point. Ma deuxième question : allez-vous changer sous le gouvernement "Sarkozy 2" de style concernant la politique extérieure de la France, avec plus de concertation et moins de propositions tous azimuts ?

R - Est-ce un succès allemand ? Pourquoi pas ? Est-ce un succès français ? Oui. C'est en tout cas un succès européen. Il y a eu, c'est vrai, des polémiques et une discussion vive s'est engagée. Cela prouve d'ailleurs que l'Allemagne et la France tiennent un rôle, non pas central, mais important dans l'Union européenne. La polémique a opposé la proposition française et la contre-proposition allemande. Nous sommes arrivés à un accord. C'est très bien, c'est un succès pour les deux pays. L'Europe est comme cela : c'est un succès qui se fait contre les certitudes parce qu'il faut le faire à 27 et, forcément, cela lèse l'opinion, toujours excellente, que l'on a de soi-même...

S'agissant de votre deuxième question, j'espère que cela va être au moins aussi vivace et plus concerté. Peut être est-ce le mot. N'oubliez pas que nous avons fait une première proposition, à propos de l'Europe, qui s'est appelé le Traité simplifié, devenu depuis le Traité de Lisbonne. Il a fallu appuyer ce dossier et d'ailleurs les Allemands ont joué un rôle considérable, c'est eux qui l'ont porté. S'agissant de la Présidence française de l'Union européenne nous aurons quatre mois en réalité pour faire tout ce que l'on souhaite. Mais ce n'est pas la France qui fera cela : c'est l'Europe, tous ensemble. Etre Président de l'Union européenne, ce n'est pas affirmer les idées d'un pays, c'est affirmer des idées communes à l'Europe et permettre, par sa présidence, par les contacts avec les autres, de les faire éclore.


2 - EUFOR

Je voulais également dire quelques mots sur EUFOR qui a atteint, le 15 mars, la capacité opérationnelle. Bien entendu, son déploiement va se poursuivre puisque le nombre des soldats engagés doit atteindre 3.700 et que 1.700 soldats sont présents pour le moment.

Je rappelle qu'il y a 15 pays sur le terrain, qu'il y a 22 pays qui participent à la chaîne de commandement sous les ordres du général irlandais Nash, installé au quartier général opérationnel multinational du Mont-Valérien.

Ce sont les 27 pays de l'Union européenne qui ont financé la capacité opérationnelle.

Nous en espérons beaucoup, en particulier pour l'encouragement que cette Force européenne constitue pour le déploiement de la force hybride, de l'autre côté de la frontière du Tchad, au Soudan. Il y a très peu de jours, j'ai vu M. Ban Ki-moon et j'ai vu Jean-Marie Guéhenno, le directeur des Opérations de Maintien de la Paix. Nul doute que le déploiement d'EUFOR renforce les décisions qui seront prises pour augmenter la force hybride de l'autre côté de la frontière, au Soudan. Force européenne côté tchadien, Force hybride, c'est-à-dire Union africaine et ONU, de l'autre côté. Cette Force devrait représenter 26.000 hommes au Darfour.

Par ailleurs, c'est l'occasion de saluer, avec espoir, la déclaration de Dakar et l'accord entre le président du Soudan et le président du Tchad, entre M. Béchir et M. Déby.

Il y a eu beaucoup d'accords signés. Il y en a eu cinq, dont trois à Tripoli. En voilà un autre à Dakar. J'espère que celui-là sera le bon.

J'espère donc que cette multiplication des efforts aboutira évidemment à un Processus de paix, à un processus politique sans lequel il n'y aura pas la paix. Je pense que ce déploiement des forces françaises et des forces européennes, ensemble, d'une part, puis des forces internationales, particulièrement africaines et des forces de l'ONU d'autre part, c'est encore ce que nous pouvions faire de mieux.

Je vous signale qu'aujourd'hui, à Genève, il y a une réunion politique à propos du Darfour. J'espère que tous ces événements profiteront les uns aux autres, dans le sens de la paix.


3 - AFGHANISTAN

La France organise, très étroitement avec l'Allemagne, qui l'avait proposée originellement, une réunion, une Conférence - une Conférence des donateurs mais plus encore une Conférence de réflexion, sur l'Afghanistan. Cette Conférence de Paris se tiendra soit le 12 soit le 17 juin.

Cette Conférence est très importante. Les préoccupations sont grandes à la fois de stratégie et de stratégie politique concernant l'Afghanistan. Vous l'avez vu dans les divers pays, particulièrement au Canada, en Hollande et dans d'autres pays encore.

Nous espérons que cette Conférence de Paris permettra de financer des projets bien nécessaires pour développer les infrastructures. Elle permettra de faire le bilan de ce qui a été fait, auprès de la société civile, auprès des Afghans tout simplement. Sans les Afghans, il est bien difficile d'envisager l'avenir.

C'est avec les Afghans que nous monterons cette conférence bien sûr.

Q - A propos de la conférence du mois de juin sur l'Afghanistan. Avez-vous une idée des participants et du montant approximatif de ce qu'il faut pour reconstruire le pays ? Par ailleurs, la France s'engage à accroître sa capacité militaire en Afghanistan. On a envoyé trois Rafale supplémentaires, on s'engage avec des équipes de combat intégrés avec l'armée afghane, il y a aussi des projets de déployer des chars Leclerc. Est-ce que c'est une double politique de la France d'injecter des fonds, d'aider économiquement l'Afghanistan et d'accroître dans le même temps sa capacité militaire ?

R - Pour les capacités militaires vous avez entendu les promesses du Président de la République, à plusieurs reprises, à Kaboul comme à Paris. La promesse était claire : nous nous engagerons, nous ne partirons pas. Maintenant, sur les détails militaires que vous donnez, attendons un peu pour que l'on puisse préciser un peu cela. Le sommet de Bucarest a lieu dans quelques jours.

Ce que nous souhaitons, avec beaucoup de prudence et avec beaucoup de modestie, c'est d'agir en concertation, aussi bien dans le domaine militaire que dans le domaine de cette fameuse "nation building". C'est ça qu'il faut faire. Et cela ne se fera qu'avec l'implication pleine et entière des Afghans. Là, c'est moi qui vous le dit : c'est la politique de la France certes, mais je la porte en termes humanitaires et en termes d'engagement personnel depuis 40 ans ! Si on ne travaille pas avec les populations locales, on a perdu d'avance. Là, on n'a pas perdu. L'engagement avec les populations locales en Afghanistan existe depuis longtemps. Il faut le renforcer, il ne faut pas qu'il y ait un seul projet sans participation pleine et entière puis direction, très vite, assurée par les Afghans. Voilà la stratégie générale, un peu résumée, un peu brutale.

Maintenant, il faut qu'entre les divers participants - et nombreux sont les pays qui ont des troupes là-bas, je parle des pays européens, mais bien sûr je pense aussi aux Etats-Unis, bien sûr je pense aussi au Canada, bien sûr je pense aussi à l'Australie, je pense à tous - qu'il y ait une stratégie commune. Je ne prétends pas une seconde, comprenez-moi bien, définir la stratégie militaire. Mais nous allons parler ensemble. Et la raison pour laquelle je ne vous donne pas de montant espéré, c'est parce que nous sommes en train de parler.

Les responsables pour cette conférence - les mêmes qui ont organisé la conférence sur la Palestine - sont en train de faire la tournée dans les pays. Ils étaient aux Etats-Unis. Je vais à Kaboul dans quelques temps. Il faut organiser cette conférence de telle manière que cela ne soit pas simplement : "levez la main et combien vous donnez ?". Nous espérons plus. Nous sommes très ambitieux. A la fois modestes et ambitieux. Modestes sur les résultats et ambitieux sur le message.

Il faut que l'on comprenne ce que les pays démocratiques font en Afghanistan. Quels sont leur progrès et quels sont leurs buts. Cela ne sera pas réglé en une journée, ne soyons pas plus "royaliste que le roi". Mais, franchement, c'est nécessaire. Il y a eu une discussion formidable, peut-être la plus belle discussion, avec celle du Kosovo, qui s'est tenue jeudi soir au Conseil européen, pendant 4 heures, avec les 27 ministres des Affaires étrangères. Il se trouve qu'il y avait deux pays, deux ministres des Affaires étrangères, qui avaient été engagés en Afghanistan, personnellement, très longtemps : le ministre polonais, M. Sikorski, journaliste émérite, lauréat du prix Pulitzer, qui est resté deux ans et demi en Afghanistan et moi, qui ai fréquenté ce pays huit ans. Alors on a parlé vrai. Et c'était passionnant et c'est ça la politique ! Ce n'est pas de faire des déclarations. C'est de donner un petit peu de corps à ces déclarations. J'admire les gens qui ont une analyse du monde formidable, très simple, merveilleuse. La réalité est que tout le monde était d'accord pour donner un contenu a tout cela et la conférence de Paris, je l'espère, sera riche. La question s'est posée d'ailleurs de savoir s'il ne fallait pas la faire sur deux jours en raison du nombre élevé de discussions et d'interventions. Nous verrons bien.

Les sommes ne sont pas encore fixées parce qu'on les calcule juste avant. La somme pour la Palestine c'était 5 milliards et on a en eu 7,7. Il y a un minimum, après on ne sait pas.


4 - SUCCESSION DE M. GUEHENNO

Q - Vous avez cité M. Jean-Marie Guéhenno. J'aurais voulu connaître la position de la France, aujourd'hui, concernant sa succession. Si je comprends bien, ce poste sera bientôt vacant. Il a donné l'impression qu'il le quitterait. Un Français sera-t-il à ce poste ? La France en fera-t-elle une affaire de principe ?

R - Ce n'est pas la peine d'en faire une affaire de principes, c'est acquis, ce poste sera français. J'ai lu le contraire dans la presse, mais franchement, ce poste sera français. M. Guéhenno a effectué un travail exceptionnel. Il suffit de considérer ces dernières années, ces Opérations de Maintien de la Paix : il y en a eu et des difficiles ! Aucune n'a été simple. Jean-Marie a vraiment très bien saisi les rapports entre l'humanitaire et le politique, ce qui est au fondement d'une Opération de Maintien de la Paix, qui n'est jamais seule, qui n'est jamais prévue pour durer et qui dure toujours. En même temps, elle s'intéresse à une technique, une "science", qu'il nous faut développer en France, et qui d'ailleurs n'a pas de traduction, et qui se nomme la "nation building". On pourrait dire la fabrication de la démocratie, mais ce serait trop simple car la démocratie, c'est tout à fait autre chose, cela ne s'impose pas.

Jean-Marie a très bien travaillé, il ne s'en va pas avant le mois de juin et, bien entendu, des candidats français seront présentés au Secrétaire général des Nations unies.

Merci de cette question et encore une fois, je souligne le travail exceptionnel de Jean-Marie Guéhenno. Je le connaissais bien, il est venu nous voir au Kosovo en 1999, au moment où il fut nommé. Il avait eu la très bonne idée de faire la tournée de toutes les Missions de paix que les Nations unies menaient en même temps. Il était un peu effrayé par l'ampleur de la tâche. C'est une tâche exceptionnelle. Il y a 100.000 soldats sur les terrains. Il a vraiment bien travaillé.


5 - KOSOVO

Q - Monsieur le Ministre, ici, il y a dix jours, vous m'avez dit que pour le Kosovo, les choses se passaient plutôt bien. Entre temps, il y a eu la démission du Premier ministre serbe, avec un gouvernement qui ne fonctionne pas. C'est donc une grave crise en Serbie qui se déroule actuellement. Hier, il y a eu des incidents entre des manifestants serbes et les troupes de l'ONU et de l'OTAN, à cause de l'évacuation d'un bâtiment, qui a provoqué un mort et plus de cent blessés. Pour qui les choses se passent-elles bien aujourd'hui au Kosovo ? Se dirige-t-on vers une séparation du nord du Kosovo ? Est-ce une réalité de plus en plus probable selon vous ?

R - Cette action était-elle nécessaire ? J'y insiste, car il y avait des négociations dimanche soir entre les ministres serbes et les représentants de l'ONU, négociations qui semblaient avoir été menées avec succès.

Je regrette profondément ces événements. Je veux parler des événements qui se sont déroulés autour du Tribunal de Mitrovica, qui se trouve dans la partie Nord de la ville, comme vous le savez, au-delà de la rivière Ibar.

J'ai publié il y a quelques jours avec M. Carl Bilt, une "lettre conjointe à nos amis serbes".

C'est dans cet esprit que je continue d'appeler les Serbes à la retenue. La communauté internationale également car rien ne peut sortir de bon avec de tels affrontements. Vous avez eu raison de souligner combien les victimes sont nombreuses. En effet, un policier ukrainien est décédé cette nuit. On a parlé de deux blessés serbes. Nous n'avons plus entendu parlé de ces deux personnes blessées, je souhaite que ce soit un bon signe. Il y a eu huit soldats français blessés, huit sont à l'hôpital, 20 avaient été touchés, certains très légèrement. Il y a eu 80 blessés au moins.

Comment voulez-vous que j'exprime avec pudeur, avec retenue, comme un ministre des Affaires étrangères doit le faire, ma condamnation de tous ces événements. Cela ne servira à rien. Ces affrontements, tellement classiques ! Nous savions que le Tribunal était une cible pour un certain nombre de militants serbes. Le Tribunal avait été pris. Oui, en effet, un ministre serbe se trouvait sur les lieux et il négociait dans la partie Nord de Mitrovica.

Et surtout, le jour, le 17 mars, c'était le jour exact des émeutes de 2004 si je ne m'abuse !

Tout cela montre qu'il faut vraiment reprendre ses esprits. Vous avez parlé des conséquences politiques avec la démission du gouvernement. Des élections auront lieu au début du mois de mai, à Belgrade et dans tout le pays. C'est très bien et c'est l'occasion ou jamais de faire campagne, et pas seulement sur le passé ! Vous connaissez nos amis serbes, ils commencent une phrase au présent et ils la terminent au passé. Ce n'est pas cela qu'il faut faire, il faut parler au futur maintenant !

Il faut parler des Serbes, de la Serbie, de la nécessité pour la Serbie, ce grand pays, ce grand pays d'équilibre des Balkans, de la nécessité pour ce pays de venir dans l'Union européenne. C'est cela, je l'espère, qui sera le thème majeur de la campagne électorale. Je l'espère et moi je suis prêt à tout faire, je l'ai dit, nous l'avons dit Carl Bilt et moi - et ne pensez pas que nous ayons exclu les 25 autres ministres des Affaires étrangères européens qui pensent comme nous. C'est une affaire européenne. Simplement, Carl Bilt et moi, - et ce n'était pas pour exclure, ni M. Steinmeier, ni M. Miliband, ni les autres - simplement, nous avons eu des responsabilités très particulières dans les Balkans, au nom des Nations-unies. C'est pour cela que nous avons rédigé cette lettre, ensemble.

Nous y faisons allusion à tous les problèmes que nous souhaitons régler avec l'Union européenne, sous Présidence française, sous Présidence slovène. En particulier, le problème des visas et nous nous y attelons.

Q - Pourquoi cette action était-elle nécessaire ?

R - Dans la mesure ou l'on veut maintenir l'ordre, lorsqu'un tribunal est pris par des émeutiers, il faut négocier, certes, et puis il faut rétablir l'ordre. Hélas ! Et si on ne veut pas que l'ordre soit rétabli alors il ne faut pas provoquer le désordre ! Cela ne servira à rien. La communauté internationale ne se laissera pas intimider même si je comprends très bien ce qui se passe dans la tête des Serbes que je veux d'ailleurs, une fois de plus, assurer de mon amitié et de mon soutien. Nous avons essayé. Il y avait des pourparlers. On a essayé pendant deux ans qu'il y ait des pourparlers sur le statut du Kosovo. Pourquoi n'y en a-t-il pas eu ? Maintenant on me dit qu'il y avait des pourparlers après la prise du tribunal. Mais il fallait penser à se parler, à se convaincre et avoir confiance les uns dans les autres pendant toutes les dernières années ! J'ai fait, pas moi personnellement mais les Nations unies, un gouvernement où les Serbes et les minorités, pas seulement les Serbes et les Albanais du Kosovo, partageaient les responsabilités dans ce gouvernement. C'était possible, la preuve, je l'ai fait. Cela a duré. Je ne suis resté que deux ans, mais cela fonctionné. Pourquoi cela n'a plus marché ? Il n'y a aucune solution dans la violence au Kosovo. Et il n'y a aucune solution dans la violence dans les Balkans. Je l'ai déjà dit et je le répète. C'est fini la violence. Et il est très symbolique que cela soit sous présidence slovène que le Kosovo soit le dernier pays de l'ancienne fédération yougoslave à se détacher. Il faut passer à la page suivante. La page suivante, c'est la jeunesse serbe et c'est d'ailleurs, je le salue, le président Tadic qui a gagné les élections. Donc, il y a une espérance. J'espère qu'elle se concrétisera lors des élections. Pardon d'avoir été un peu long, mais c'est un sujet qui me tient à coeur.

Q - Je voudrais revenir sur le dossier du Kosovo. Il y a le fait que Pristina et le Nord sont coupés parce qu'il y a des structures parallèles serbes au Nord. Alors, comment tolérer cette situation et comment la résoudre ?

R - D'abord, en prévenant tous les incidents. En ne permettant pas qu'un certain nombre de groupes, que je connais très bien, dans la partie Nord du Kosovo, ou même venus de Serbie, provoque des incidents. En maintenant les frontières internationales. Mais, à l'intérieur de ce pays, entre les communautés - c'est à dire majoritairement entre les Serbes et les Albanais du Kosovo, maintenant les Kosovars - en évitant tous les incidents, en ne permettant pas qu'ils se développent et en maintenant à tout prix l'idée du dialogue. Pour le reste, nous verrons bien. Jusque là, cela se passait bien. Ces événements d'hier sont dramatiques et encore une fois, je les condamne absolument. Ces événements n'apporteront rien au débat et rien à la solution, c'est à dire la paix dans les Balkans. Je ne peux pas vous dire comment, ce n'est pas moi qui dirige les opérations. Pour la police, la MINUK est responsable, pour le reste, il y a la KFOR, c'est-à-dire l'OTAN. En travaillant avec eux, les uns avec les autres, en concertation permanente et en dialogue avec nos amis serbes. S'il n'y a pas de dialogue avec eux, tout est à craindre. Il faut que le dialogue soit non seulement maintenu mais développé, que la main soit toujours tendue, qu'on invente mille façons de dialoguer. Je l'ai fait et dans une période autrement difficile. C'est possible et je sais, qu'en fait, non seulement la jeunesse serbe mais une majorité de Serbes, le souhaitent. Ils veulent tourner la page et aller vers l'Europe. L'Europe est l'avenir des Serbes. Nous ferons tout pour leur permettre d'y accéder au plus vite, en tout cas la France.


6 - IRAN

Q - On connaît à peu près des résultats des élections en Iran, quelle pourrait être leur incidence sur le dossier nucléaire iranien et plus largement sur les dossiers pendants de la région : Palestine, Liban ?

R - D'abord, on ne connaît que les résultats du premier tour. Voulez-vous dire que les élections gagneraient à être plus contrôlées ? Il y a eu le premier tour, il faut qu'il y ait un deuxième tour. Il semblerait que les partisans d'Ahmadinejad, sans que cela soit une surprise, soient sur le chemin de l'emporter - je prends des précautions. Qu'est ce que cela va changer ? Pour nous, rien. Nous avons avec nos amis, les membres permanents du Conseil de sécurité, et avec l'ensemble du Conseil de sécurité, les 15 moins une voix d'abstention - celle de l'Indonésie -, une ligne très claire. Les sanctions continuent et elles se renforcent. Il faut qu'on nous prenne au sérieux dans notre demande de paix. De paix. Pas dans notre demande d'arrêt du développement d'un nucléaire civil auquel l'Iran, comme d'autre pays, a droit. Mais il existe des suspicions de développement d'un programme militaire nucléaire. Donc, il y a d'un coté des sanctions, de l'autre du dialogue. Et pour la première fois dans une résolution contraignante - c'est la troisième résolution contraignante - nous parlons du dialogue. La France le fait sans grand succès. Hélas ! Est-ce que les élections vont changer le personnel politique ? Je n'en sais rien. Nous allons voir. Et quel va être le rapport des forces entre ce qu'on appelle les conservateurs et les libéraux, - ne me demandez pas de définir. Car il y a au moins deux tendances. Et puis il y a aussi une société civile à laquelle nous n'arrivons pas à nous adresser suffisamment et qui existe et qui devrait peser plus lourd. Alors, je comprends, bien sûr, le réflexe nationaliste de l'ensemble des forces politiques et souvent de la population. Parce que ce grand pays veut tenir une place comme il en tenu dans l'histoire : une place importante. Et ils se disent qu'il n'est pas question que l'on nous prive, après tout nous n'aurons pas de pétrole éternellement, d'une source d'énergie, qui serait nucléaire. Non, il n'y a aucune raison et personne ne le pense. Simplement, après les rapports de l'Agence internationale de l'Energie atomique et de M. El Baradeï, nous avons encore des doutes sur les volontés pacifiques des Iraniens. A moins que cela change de leur coté, auquel cas nous répondrons avec beaucoup de plaisir aux demandes précises de dialogue. Des rencontres ont été tenues et nous n'avons pas avancé. Faut-il déployer d'autres efforts ? L'Europe a fait beaucoup d'efforts. Javier Solana a négocié et tout cela n'a pas abouti. Il y a des gens qui pensent que nous devons changer la donne complètement. Nous y sommes prêts dans la mesure où les pays seraient d'accord pour entr'ouvir un autre dialogue avec l'Iran. C'est ce que nous souhaitons et c'est ce à quoi nous travaillons mais, pour l'heure, il n'y a rien de changé.


7 - AUTRICHE

Q - La France a proposé à l'Autriche de l'aider concernant l'affaire des deux touristes autrichiens enlevés en Tunisie. Quelle est la nature de cette aide ? Est-ce que la DGSE a réussi à les localiser ? Des rumeurs indiquent qu'ils seraient au nord du Mali. La France joue-t-elle un rôle d'intermédiaire dans les différentes tentatives de prendre contact avec les preneurs d'otages ?

R - Vous me permettrez de répondre positivement. Nous avons reçu cette demande. Je suis en contact avec mon homologue Ursula, avec le président. Nous faisons ce que nous pouvons.


8 - TIBET

Q - A propos du Tibet où se déroule des incidents graves depuis vendredi, que pensez-vous de l'idée de boycotter les jeux ou au moins la cérémonie d'ouverture ? Le Dalaï-Lama demande une enquête internationale, est-ce que la France va appuyer cette demande ?

R - Il faudrait peut-être parler un peu des tibétains. Ces trois questions, je peux y répondre très rapidement : il n'y a pas eu de demande internationale, en dehors du Dalaï-Lama. S'il y a une demande internationale elle doit passer par les organisations internationales et la France y répondra. Je ne vois pas, pour le moment de demandes, ni de l'ONU ni de l'Union européenne. L'Union européenne s'est manifestée dès vendredi, avec une déclaration. Le Dalaï-Lama, que j'ai entendu et que je connais bien, ne demande pas le boycott des Jeux olympiques. On peut être plus tibétain que les Tibétains mais il ne demande pas le boycott des Jeux olympiques. J'ai vu aussi que Reporter sans frontières, ce matin, demandait le boycott de la cérémonie d'ouverture et pas celui des Jeux olympiques. C'est une position différente qui est appréciable et bien sûr, si on le demandait, cela voudrait dire que l'Europe, en tous cas, se concerte sur ce projet. Nous allons la semaine prochaine nous réunir avec les ministres des Affaires étrangères pour deux jours de travail en Slovénie, nous examinerons tout cela.

Il est évident qu'il faut faire la lumière sur ce qui c'est passé. Vous me parlez de l'enquête internationale. On en demande beaucoup des enquêtes internationales. D'ailleurs on n'a pas parlé du Tchad mais on en demande là aussi. Tout cela se met en route très, très lentement. Mais il y a une première enquête internationale qui devrait être faite, c'est celle des journalistes. Les journalistes n'ont pas accès, et il faut qu'ils aient accès au territoire en question. Au Tibet en particulier mais pas seulement puisqu'il y a des incidents, semble-t-il, au-delà du Tibet. Donc, cela me paraît une nécessité d'évidence puisque nos amis chinois ont reconnu l'universalité des Droits de l'Homme. Et bien il faut que le droit d'information soit respecté.

Et puis j'entends avec déplaisir et tristesse les uns et les autres se prononcer sur les chiffres de morts et de blessés que l'on ne connaît même pas mais qui sont très important, semble-t-il. Il faut qu'on sache : 80, 100, 20, 13. Ces choses la devraient être vérifiées. J'ai reçu de mon homologue chinois, M. Yang, un message ce matin. Lui dit que l'ordre est rétabli et que tout ça était concerté, ces événements, et il en accuse le Dalaï-Lama. Je lui laisse évidemment cette opinion et je prends connaissance de ces informations. Le Dalaï-Lama n'est pas un homme de désordre et d'affrontement. Je le connais assez pour dire le contraire. Il a toujours manifesté, depuis des années et des années ou nous nous connaissons, une vision plutôt très pacifique des choses. Je rappelle que le Dalaï-Lama ne demande pas l'indépendance du Tibet. Il parle d'autonomie culturelle. Ce qui est une exigence extrêmement mesurée. Maintenant, ce n'est pas à moi d'en décider, bien entendu, c'est à nos amis chinois. Nous sommes très attentifs à tout cela et au développement de la situation. Et je vous répète que la première des choses ça serait la liberté d'accès pour la presse. Ca me paraît nécessaire, sans qu'il y ait de provocation.

Q - Quelle est votre position sur la question de cette proposition de boycotter la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques ?

R - J'ai pris connaissance de cette proposition ce matin et je dis qu'elle est intéressante. J'ai dit, et c'est très clair que, s'il y avait une position, qui ne pourrait être qu'européenne, nous en parlerons. Cette proposition est moins négative que le boycott général. Je vous rappelle que j'ai participé à un boycott en 1980 pour les Jeux Olympiques de Moscou - je signale simplement que ce boycott, à l'époque, comprenait une cinquantaine de pays, dont la Chine. La Chine boycottait, je vous le rappelle, les Jeux de Moscou en 1980 au moment des événements en Afghanistan. Mais vous m'avez demandé ma position et la position française est que la France ne boycotte pas les Jeux Olympiques. Cela ne nous semble pas juste et, en même temps, d'après notre expérience, peu utile. Encore une fois, comment pouvez-vous nous demander, un gouvernement qui est ami avec la Chine et qui a des rapports très cordiaux - nous venons encore d'échanger avec elle très récemment - d'être plus tibétain que l'homme que l'on reconnaît comme le maître à penser des Tibétains, le Dalaï-Lama, qui ne demande pas ce boycott. Je comprends et je suis avec attention les militants. Je considère que c'est le devoir d'un ministre des Affaires étrangères d'être à l'écoute de la société civile et des initiatives militantes et que, dans le domaine des Droits de l'Homme, il n'y a jamais trop de conseils ou trop d'initiatives. Je les écoute donc. L'initiative de Reporters sans Frontières, qui ne rencontre pas de soutien du gouvernement français date de ce matin. Considérons-la.


9 - PRESIDENCE FRANÇAISE DE L'UNION EUROPEENNE

Q - Est-ce que vous croyez que la France va profiter de la présidence de l'Union européenne pour tenter de réunir les 27 et de parler d'une seule voix sur la question du Proche-Orient ? Va-t-on essayer d'harmoniser les positions, pour parler d'une seule voix et être plus efficace ?

R - Bonne idée ! Nous y avons pensé et cela n'a pas marché ! Sous Présidence française, j'espère que cela marchera et ce n'est pas pour accuser la présidence slovène qui a fait tout ce qu'elle a pu. A propos du Kosovo, à propos de la Serbie, nous n'avons pas obtenu une attitude commune d'ouverture vers ce que l'on appelle l'Accord de stabilisation et d'association. C'est très difficile. J'ai lu encore ce matin une tribune, dans un journal que je ne nommerai pas, sur ce qu'il faudrait faire au cours de la présidence française. Je sais ce qu'il faut faire, mais le faire sans arrogance. Avec 27 pays, c'est très difficile et c'est normal dans une construction institutionnelle celle là, qui est purement originale et qui consiste à conserver des Nations, avec un droit. Pour le moment, nous n'en sommes pas au Traité de Lisbonne. Nous verrons avec les majorités qualifiées, cela sera peut être plus facile, cela sera sûrement plus facile sur ce dossier. Il faut que tout le monde soit d'accord. Sur des sujets aussi difficiles que le Moyen Orient, bien sûr que j'espère de la présidence française arrive à cette attitude commune. Mais je l'espère aussi de la présidence slovène et je fais tout pour aider mon ami Dimitri Rupel. Nous allons passer ces deux jours avec lui et nous souhaitons qu'il y ait une attitude commune. Nous y sommes arrivés sur l'Union pour la Méditerranée. Tout le monde s'est mis d'accord et pourtant l'affrontement avait été qualifié de très dur. C'est comme cela dans l'Europe, si nous ne sommes pas d'accord, nous nous le disons fortement. Et puis après, c'est l'occasion pour déblayer le terrain et trouver l'intérêt commun. C'est un exercice d'intérêt commun et d'intérêt général à 27 pays qui est autrement, plus difficile que dans un seul pays.

Cependant, sur le Moyen-Orient, qu'est-ce qui change ? Il change qu'apparemment il y aura un sommet à Damas alors que tout le monde s'était écrié qu'il n'y aurait pas de sommet parce qu'il n'y avait pas eu d'élection au Liban. Il y aura un sommet à Damas. Est-ce qu'après ce sera l'occasion d'une nouvelle initiative ? Je l'espère. Sera-t-elle française ? Je souhaite qu'elle soit européenne et à 27, ce serait beaucoup mieux. Encore une fois, c'est un exercice très difficile.


10 - LIBAN

Q - Aujourd'hui s'ouvre à Beyrouth la session ordinaire du Parlement libanais, après de longs mois de fermeture. Est-ce que cela pourrait représenter une ouverture, un déblocage et l'élection d'un président de la République avant le prochain sommet de Damas ? Vous avez encouragé directement et indirectement les organisations de la société civile à faire pression sur les politiques. Vous savez qu'à chaque fois qu'ils essaient, ils se retrouvent devant un mur. Quels conseils donneriez-vous à ces organisations pour que cette pression puisse s'exercer ?

R - Merci pour eux de cette question ! Je suis toujours en contact avec la société civile libanaise, que j'aime, parce qu'elle est beaucoup moins sectaire que la société politique, parce qu'elle est ouverte, parce qu'il y a un travail intercommunautaire et c'était cela que je souhaitais qu'ils développent eux-mêmes. Hélas, il est très difficile pour la société civile, dans ce pays, de se faire un chemin. Il y a des déclarations, de belles déclarations, mais qui sont insuffisantes et la politique traditionnelle, c'est-à-dire, extrêmement communautariste, au mauvais sens du terme, divisée en clans, reprend le dessus. J'encourage la société civile libanaise à publier, à faire connaître l'avis de la population.

Maintenant, est-ce que je suis optimiste ou pas ? Sur le fait que le parlement puisse se mettre d'accord pour élire un candidat que la majorité a proposé alors que c'était le candidat de l'opposition, cela bloque évidemment, sinon cela aurait été trop beau.

Est-ce qu'aujourd'hui sera le bon jour ? Qu'en pensez-vous ? Non. Est-ce que quelque chose se fera avant le sommet de Damas ? Non, je ne le crois pas. J'espère me tromper complètement en disant cela. Je ne souhaite pas cela. Est-ce qu'il faudra prendre une initiative après ? Peut être. Encore une fois, notre position s'adressait à toutes les communautés libanaises. La position française, que l'on a appelé l'initiative française, n'a pas eu plus de succès que l'initiative de la Ligue arabe car c'était sur les mêmes trois points que nous étions arrivés à un accord entre la majorité et l'opposition. Est-ce qu'il faudra reprendre cette initiative ? Je ne sais pas, en tout cas j'y suis prêt.


11 - TV5 MONDE

Q - Il y a une expression chez les mécaniciens américains "if it ain't broke, don't fix it" c'est-à-dire "si une chose n'est pas cassée, pourquoi la réparer". France 24, TV5 Monde et RFI sont trois médias que nous connaissons bien et qui donnent l'impression, il me semble, de très bien fonctionner malgré quelques difficultés. Mais étant donné que c'est votre budget qui finance dans une large mesure TV5 mais aussi les autres et que vous avez un intérêt pour cette affaire en tant que ministre, comment voyez-vous le projet ? Vous pensez à une fusion des rédactions de ces trois voix francophones et françaises avec d'autres langues ? Comment voyez-vous l'évolution de ce projet, opérationnellement, dans le monde ?

R - J'aurais pu vous répondre mais je ne le ferais pas. Je ne m'en occupe plus pour une raison très précise, c'est que Christine Ockrent a été désignée comme le directeur général de cette affaire dont je ne m'occupe plus du tout. Vous n'aurez de moi aucun commentaire, sauf celui-là. J'ai beaucoup de respect pour les femmes, et surtout pour Christine et pas seulement du respect. Je ne considère pas que c'est la femme qui doit toujours se dérober lorsque l'homme est en responsabilité. Si par hasard, et je ne crois pas que cela puisse arriver avec les conditions que je viens d'émettre et qui sont les miennes, on me mettait devant ce choix, c'est moi qui démissionnerai. Ce sera la première fois qu'un "mec" s'en ira parce que sa femme est promue et cela fera du bien à la France.


Merci beaucoup.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 19 mars 2008

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