Interview de M. Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, à Europe 1 le 31 mars 2008, sur le développement durable, le débat sur la loi OGM et le congrès de la FNSEA à Nantes. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, à Europe 1 le 31 mars 2008, sur le développement durable, le débat sur la loi OGM et le congrès de la FNSEA à Nantes.

Personnalité, fonction : LEMETAYER Jean-Michel.

FRANCE. FNSEA, président

ti :
 
 
 
B. Duquesne.- J.-M. Lemétayer bonjour. Merci d'être là, puisque c'est une semaine verte qui débute ce lundi, verte, parce que c'est la semaine du développement durable. Vert, parce que c'est la semaine du congrès de la FNSEA, dont vous êtes le président et vous allez être donc, sans doute réélu pour votre troisième mandat. Je crois qu'il n'y a pas de candidat autre que vous, je pense ?
 
R.- Il y a plutôt la sérénité en ce moment à la FNSEA oui.
 
Q.- Bon, c'est confortable, et puis semaine du débat à l'Assemblée nationale sur la loi sur le OGM et sur la façon donc de les cultiver en France. Donc, c'est chargé. Mais d'abord, je voulais simplement vous dire bienvenue, bienvenue sur Europe et bienvenue chez les Chtis, puisque vous êtes aussi un supporter du stade rennais, supporter de football, ça vous a plu cette banderole ?
 
R.- Pas du tout, je trouve ça complètement honteux, c'est lamentable, je pense qu'il faudra trouver les moyens, pour les dirigeants du club de mettre de l'ordre dans les clubs de supporters. Parce que c'est ça, l'enjeu ; c'est dommage pour les dirigeants sans doute. Parce que ce n'est pas facile pour les dirigeants, mais c'est vraiment honteux d'avoir de telles attitudes, dans les stades.
 
Q.- Alors parlons d'abord développement durable, si vous le voulez bien, puisque cette semaine-ci, on va en parler beaucoup. C'est quoi une agriculture durable ? Une agriculture qui respecterait, qui userait peut-être moins d'eau, moins d'énergie, moins de pesticide ?
 
R.- Vous avez déjà répondu à la question.
 
Q.- C'est quoi alors ?
 
R.- C'est tout cela, c'est une agriculture qui va permettre d'être, qui va continuer d'être productive, parce que nous allons avoir de plus en plus de population à nourrir, donc durable, c'est faire en sorte que l'agriculture réponde présent aux attentes en quantité, mais surtout aussi en qualité et en n'oubliant pas les attentes de l'ensemble de la société, au niveau de la planète bien évidemment, parce qu'on ne peut pas être en dehors, évidemment, de toutes les questions de réchauffement de la planète.
 
Q.- Ce que j'ai dit avec moins de pesticide, moins d'eau, moins d'énergie, c'est...
 
R.- C'est-à-dire que c'est une agriculture qui va être encore plus attentive à nos pratiques agricoles en matière de cultures, mais aussi au niveau...
 
Q.- Est-ce qu'on appelle ça "bio" ?
 
R.- Pas seulement. Pas seulement, je pense que l'agriculture durable ne tend pas à être seulement une agriculture bio ; je pense qu'une agriculture qui respecte un certain nombre de règles du jeu en matière d'utilisation de produits phytosanitaires de façon à réduire fortement les résidus de pesticides dans les produits, mais vous savez, pourquoi je dis ça. Tout simplement, parce que chacun peut comprendre, comme pour l'être humain, qu'il faut lutter contre les maladies et si on est capable de faire de la prévention, on aura moins à utiliser de produits phytosanitaires. Mais il faut que, dans ce dossier de développement durable,...
 
Q.- Quand vous dites moins de produits...
 
R.- La France va présider l'Europe dans quelques temps...
 
Q.- Pas "plus de produits" ? Vous voulez toujours des produits phytosanitaires, on en a besoin...
 
R.- Il faut limiter... Non amis il y a eu des décisions dans le cadre du Grenelle, de retirer un certain nombre de molécules, mais ce qu'il faut, ce n'est pas seulement que ça se fasse en France, c'est que nous entraînions nos collègues européens et dans le monde à ne plus utiliser certaines molécules.
 
Q.- Mais l'objectif du Grenelle, c'est aussi 20 % d'agriculture bio en 2012.
 
R.- Oui, donc il faut...
 
Q.- Cela veut dire que vous poussez vos adhérents à aller vers le bio ou pas ?
 
R.- Bien sûr, nous avons déjà de nombreux, très nombreux adhérents qui sont producteurs de bio. Ce qu'il faut, c'est répondre à une attente du marché. Et en matière d'agriculture bio, là encore, il faut une harmonisation européenne en matière de réglementation, puisque nous avons différentes définitions de l'agriculture bio, au niveau européen. Donc moi, ce que j'appelle sur l'ensemble de ce dossier, pour que nous ne soyons pas un monde à part en France, au niveau agricole, c'est que la démarche du Grenelle, dans laquelle nous, nous sommes engagés positivement au niveau de la FNSEA, soit relayée par nos ministres et par le président de la République, pour que ce ne soit pas une affaire franco-française, une affaire européenne, une affaire mondiale.
 
Q.- Alors bio, est-ce que ça veut dire sans OGM ?
 
R.- Bio, ça veut dire être protégé des OGM, ça ne veut pas dire forcément que le territoire est sans OGM, mais ça veut dire être protégé des OGM. Et c'est l'objectif de la loi, une loi qui aurait dû d'ailleurs être débattue depuis bien longtemps. Elle a déjà été débattue deux fois au Sénat ...
 
Q.- Elle a été adoptée en février, par les Sénateurs, elle arrive à l'Assemblée...
 
R.- Oui, mais elle l'avait été avant les présidentielles. Parce que ce qu'il faut rappeler - enfin, on ne va pas refaire l'histoire, on n'a pas le temps -, mais il y a cinq ans que le gouvernement français aurait dû statuer sur ce sujet. Là encore c'est un sujet européen, puisqu'à chaque fois qu'un Etat membre ne décide pas, c'est la Commission européenne qui prend la décision à notre place. Donc il est urgent que les parlementaires se prononcent sur la coexistence OGM-non-OGM. Il y a eu des manifestations, ce week-end, des anti-OGM, on veut pouvoir consommer sans OGM, mais je suis d'accord. Il faut pouvoir éclairer le consommateur, sur les produits qu'il consomme.
 
Q.- Cette loi, prévoit, si j'ai bien compris, les conditions dans lesquelles on pourra avoir recours aux OGM dans l'agriculture française. On va pouvoir en planter, en quoi est-ce que, si on met de l'OGM dans un champ, celui d'à côté ne sera pas contaminé ?
 
R.- Parce qu'il faut des règles du jeu là aussi, de distance, pour éviter la dissémination, mais la première chose, c'est qu'il n'y a de production que si la semence est autorisée. Donc il y a des décisions précises concernant la seule variété qui était pour l'instant produite en France...
 
Q.- Le MON810 qui a été interdit.
 
R.- Mais ce qu'il faut que les auditeurs comprennent, c'est que nous sommes concernés tous les jours par les OGM. Moi, je suis éleveur et pour l'essentiel des protéines que nous achetons, nous n'avons pas le choix, que d'importer du soja, qu'il soit d'Amérique du Sud ou d'Amérique du Nord qui est OGM. Donc, il faut dire la vérité. C'est pour cela que j'ai réclamé cette loi, c'est : éclairons les Français sur la co-existence, la transparence, la traçabilité, l'étiquetage, pour que le consommateur sache et consomme en connaissance de cause.
 
Q.- On s'y perd un petit peu, nous consommateur, parce qu'on voit effectivement que la seule race, si je puis dire d'OGM, qui existe en France, le MON810, le maïs, a été interdit, suspendu, parce que justement visiblement, on a des doutes sur la question et que par ailleurs, on met en place une loi qui va nous autoriser la culture d'OGM. Donc on se dit : mais qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
 
R.- Mais la loi n'est pas faite pour autoriser, les autorisations viendront de la Haute autorité sur les biotechnologies qui va se mettre en place. Parce que là encore, il faut sortir de l'obscurantisme dans lequel on est. Il faut éclairer les Français et dire dans quelle condition une production est possible ou pas, parce que vous savez...
 
Q.- Alors dans quelle condition de transparence ? Est-ce qu'on va, de façon claire... ? Est-ce que, par la loi, on va savoir et je ne sais pas édicter qu'il sera obligatoire de faire une publicité autour des champs qui seront effectivement culture OGM. Est-ce que ce sera public ?
 
R.- Absolument, oui, tout a fait.
 
Q.- Et précisé dans le détail ?
 
R.- La loi précise et il y aura des décrets, puisque vous savez que la loi est un cadre. Il y aura des décrets d'application, qui apporteront toutes les précisions et qui permettront de savoir qui produit OGM et qui ne produit pas.
 
Q.- Et quelle parcelle effectivement est en culture ou pas ?
 
R.- Absolument, c'est ce qui est prévu dans le projet de loi.
 
Q.- Vous êtes favorable à cela ?
 
R.- On aurait aimé qu'il y ait un peu plus de protection du producteur si tant est qu'on veuille bien mettre un peu un arrêt définitif aux campagnes d'arrachage, à la destruction y compris de la recherche. Moi, je me réjouis d'ailleurs en ce moment...
 
Q.- Et là, ce sera public, vous êtes pour que ce soit public et tant pis si les faucheurs arrivent ?
 
R.- Enfin j'espère que si c'est public, on saura sanctionner durement les faucheurs. Il faut que les choses soient claires. Et je me réjouis que la recherche en matière d'OGM soit réhabilitée, parce qu'à un moment donné, une pause avait été plus ou moins décidée. Elle est réhabilitée dès cette année, parce qu'on ne peut pas vouloir être indépendant des multinationales américaines, et ne pas soutenir la recherche française, en commençant par la recherche publique française.
 
Q.- Mais vous, vous personnellement, comme président de la FNSEA, comme éleveur, est-ce que vous avez encore un doute sur les OGM ? Est-ce que le moindre doute existe encore ?
 
R.- Moi, tout le monde peut avoir un doute, dès lors que les scientifiques ne nous ont pas suffisamment encore éclairés. Le doute qui subsiste, il est : éventuellement, y a-t-il des conséquences sur la santé humaine ?
 
Q.- Vous avez des doutes là-dessus ?
 
R.- Ecoutez, personne ne peut avoir que des certitudes. Il serait bien malin, celui qui n'aurait que des certitudes. Mais sur ce sujet comme sur d'autres.
 
Q.-... Et dans le doute, il ne faut pas s'abstenir ?
 
R.- Pardonnez-moi, mais en matière - parce que dépassons les OGM et parlons plutôt - d'ailleurs la loi s'appelle ainsi - des biotechnologies. On ne peut pas...
 
Q.- Non, mais est-ce que dans le doute, il ne faut pas s'abstenir comme on le fait sur le MON810 ?
 
R.- Je pense que par rapport à un doute, il faut prendre un maximum de précautions, mais il ne faut pas forcément s'abstenir. Et de toute façon dans cette affaire, nous ne pourrons pas là non plus, être en marge de la manière donc le sujet avance sur le plan européen. Je rappelle que l'agriculture française, elle est dans l'Europe et dans le monde. Et ça, on a tendance à l'oublier.
 
Q.- J.-M. Lemétayer, votre congrès, c'est demain et pour la première fois de son histoire, un président de la République va s'y présenter, va faire un discours. Vous savez sur quoi il va intervenir ? D'abord, j'imagine que c'est un honneur de voir arriver un président de la République dans un congrès ?
 
R.- Evidemment, je pense que chacun appréciera la venue du président. C'est la première fois, mais la France va présider l'Europe dans quelques semaines. C'est important que le président de la République dise quelle est son ambition agricole, parce qu'on parle de future politique agricole. Est-ce que la France, qui est un de ces premiers pays, premier pays européen sur le plan agricole, mais un des premiers pays du monde, a réellement une vision agricole ? Et est-ce qu'on va se battre pour notre souveraineté alimentaire en Europe, et de faire en sorte que là où nous sommes capables de conquérir des marchés, on va avoir une politique qui accompagne justement cette dynamique qui, par ailleurs est fortement créatrice d'emplois ?
 
Q.- Vous savez ce qu'il doit vous annoncer ? On parle d'une façon de revisiter la PAC, de diminuer les aides qui ne seraient peut-être plus aussi nécessaires que ça, notamment pour les céréaliers, avec des prix des matières premières qui ont augmenté ?
 
R.- La décision ne lui appartient pas. Mais il y a actuellement une évaluation de la politique agricole, que nous faisons avec le ministre et sur le plan, là aussi communautaire, mais ce qui est certain, c'est que nous avons besoin d'une agriculture et d'une politique agricole, plutôt d'une politique agricole, qui soit plus souple et plus flexible. Parce que c'est vrai que personne ne comprendra qu'on soutienne toujours autant les céréaliers quand les prix sont élevés. Et personne ne comprend qu'on ne soutient pas tel ou tel secteur, qui est en difficulté. Donc ce qu'il faut, c'est aujourd'hui...
 
Q.- Mais aujourd'hui, les céréaliers n'ont plus besoin tellement d'être aidés ?
 
R.- On ne peut pas dire ça comme ça. C'est plus compliqué que cela, je ne peux pas répondre comme ça en dix secondes.
 
Q.- C'est parce que vous voulez protéger vos adhérents ?
 
R.- Non, pas du tout, pas du tout. Quand je réclame plus de flexibilité, cela veut dire que je pose le problème du rééquilibrage des aides entre le monde des céréales, le monde des grandes cultures et l'élevage par exemple. Donc pour...
 
Q.- Et donc il en faudrait plus pour l'élevage aujourd'hui et moins pour les céréales ?
 
R.- Ecoutez, ça...
 
Q.- Sur les prix, les consommateurs ?
 
R.- Les éleveurs, disons-le à nos auditeurs, les éleveurs subissent directement la hausse du prix des matières premières au niveau du...
 
Q.- Et donc des céréales ?
 
R.- Donc il faut que nos éleveurs puissent tenir le coup, dans une période qui est délicate.
 
Q.- Et nous, acheteurs, consommateurs, est-ce qu'on va voir enfin les prix des légumes, des fruits, baisser, qui sont toujours très chers ?
 
R.- Je ne sais pas s'ils peuvent baisser. On verra au cours de l'été. Je crains d'ailleurs que certains produits soient chers, parce que vous avez vu, qu'il y a eu encore un coup de gel, qui va faire en sorte qu'une partie importante d'abricots dans la région de la Drôme, du Gard etc. qui malheureusement a été quasiment anéantie. Mais ce qui est important, c'est qu'il y ait une transparence des primes et surtout une transparence des marges. Et il y a dans la loi qui va être en discussion chez madame Lagarde et monsieur Chatel...
 
Q.- Alors c'est la loi de la modernisation économique qui va remettre en cause les lois Galland, les lois Châtel, les lois Raffarin ?
 
R.- Absolument. La loi Châtel permet déjà de sortir de la nébuleuse des marges arrière. Mais ce qui est important, c'est un observatoire des prix et surtout des marges. Parce qu'on a besoin de savoir, combien gagne le producteur, combien gagne le transformateur, combien gagne surtout la distribution. Et je pense que si on avait fait cette transparence des marges, le consommateur paierait plus facilement son juste prix.
 
Q.- Vous êtes prêt à ce jeu-là ? Vous, producteur ?
 
R.- Moi, totalement, je suis demandeur, de cet observatoire, parce que les consommateurs le savent, les producteurs ne sont pas responsables de la hausse des prix. Si on fixait nos prix nous-mêmes ça se saurait. Donc moi, ce que je veux, c'est vraiment cette transparence.
 
Q.- La modification de la loi, avec la modernisation économique devrait nous engager vers une négociabilité directe en producteurs et grande distribution. Vous avez peur de ce face à face direct avec les grandes surfaces ?
 
R.- J'ai peur, s'il n'y a pas un minimum de règles du jeu. Je n'aimerais pas que cette loi soit simplement une loi Leclerc, parce que monsieur Leclerc réclame qu'on le laisse faire et tout ira bien. Ça, je n'y crois pas, il faut un minimum de règles qu'on puisse contrôler quelle a été la réalité de la négociation commerciale, pour savoir si les choses se sont bien passées et si surtout ça ne se passe pas et sur le dos du producteur, et sur le dos du consommateur.
 
Q.- Et pour l'instant, vous avez l'impression que ce sont plutôt les grandes surfaces qui s'en mettent pleins les poches ?
 
R.- Ecoutez, c'est plutôt assez facile à vérifier.
 
Q.- Merci beaucoup J.-M. Lemétayer.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 31 mars 2008

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