Interview de M. François Fillon, Premier ministre, à France Inter le 1er avril 2008, sur la situation financière de la France, le retour à l'équilibre budgétaire prévu en 2012, l'expérimentation du revenu de solidarité active (RSA) et sur l'envoi de forces militaires supplémentaires en Afghanistan. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Fillon, Premier ministre, à France Inter le 1er avril 2008, sur la situation financière de la France, le retour à l'équilibre budgétaire prévu en 2012, l'expérimentation du revenu de solidarité active (RSA) et sur l'envoi de forces militaires supplémentaires en Afghanistan.

Personnalité, fonction : FILLON François, DEMORAND Nicolas.

FRANCE. Premier ministre;

ti : N. Demorand.- Bonjour et bienvenu dans nos studios. Vous avez été le premier à sonner l'alarme il y a quelques mois, en déclarant que la France était en situation de faillite. Aujourd'hui, tous les indicateurs sont au rouge : baisse de la croissance, augmentation de la dette et des déficits, ralentissement économique, moral des français au plus bas... "Les caisses sont vides", a dit le président de la République. Estimez-vous que les faits, six mois plus tard vous donnent raison ?

R.- D'abord, les caisses sont vides depuis trente-trois ans. Cela fait trente-trois ans que la France n'a pas voté un budget en équilibre. Donc cette situation n'est pas nouvelle.

Q.- Vous disiez à l'époque qu'elle ne pouvait pas durer.

R.- Simplement, elle ne peut pas durer, chacun le comprend bien puisqu'on accumule de la dette, on accumule des déficits qui pèsent sur notre compétitivité et qui pèsent surtout sur l'avenir de notre pays. En même temps, le tableau que vous faites est un peu noir, il y a aussi des choses qui vont bien ou qui vont mieux,

Q.- Il est un peu vrai aussi...

R.- Il y a des choses qui vont mieux. Ce qui est vrai, c'est la totalité de la réalité, ce n'est pas seulement une partie de la réalité. Ce qui est vrai, c'est que la France enregistre, en termes d'emploi, les meilleures performances depuis vingt-cinq ans. Le chômage baisse tous les mois, presque tous les mois depuis deux ans, on est à 7,5 % et ce n'est pas le fruit de la démographie, puisque nous avons créé, l'année dernière, 328.000 emplois. Ce qui est vrai aussi, c'est que la consommation des ménages dans notre pays, dont vous dites que le moral est au plus bas, mais enfin la consommation des ménages, elle continue d'augmenter, elle continue d'augmenter. Donc cela veut dire que la demande intérieure est forte, cela veut dire que la situation de l'emploi s'améliore, cela veut dire que nous avons des atouts pour faire face aux difficultés qui sont les nôtres. Alors c'est vrai qu'il y a une crise internationale, cette crise internationale, elle pèse sur la croissance, elle pèse sur la croissance de la France, comme sur celle des autres pays européens. Et puis, il y a notre situation historique, c'est-à-dire les déficits et un certain immobilisme français qui fait que, notamment en matière de compétitivité à l'exportation, on est moins bons que les autres.

Q.- Mais est-ce que vous rediriez "faillite" aujourd'hui ? Est-ce que vous le rediriez ?

R.- C'était une image qui, en tout cas, avait eu l'avantage de frapper les esprits et de faire comprendre la situation. Oui, depuis trente-trois ans, la France refuse de comprendre qu'il faut équilibrer les finances publiques, pour pouvoir dégager des marges d'investissement, pour pouvoir réduire la pression fiscale qui pèse sur les Français, notamment sur les entreprises, pour être à peu près au niveau des autres Européens. Et puis surtout, pour ne pas accumuler cette dette qui explique sans doute une partie du pessimisme de nos concitoyens. Parce qu'au fond, les jeunes français, il semble bien qu'ils aient une sorte d'épée de Damoclès au-dessus de leur tête, qui est la dette que leurs parents, par négligence, par refus d'affronter la réalité, par manque de courage, ont accumulée.

Q.- C'est la faute des parents ou des politiques ?

R.- C'est une responsabilité collective, parce que depuis trente-trois ans, il y a pas mal de responsables politiques qui se sont succédés, qui ont été élus par des Français. Et il y a aussi des Français qui, dès que le Gouvernement propose de faire des économies, manifestent une certaine mauvaise humeur. Donc, cette responsabilité, elle est collective. Elle est d'abord, naturellement, celle des dirigeants, puisque les dirigeants ont une responsabilité plus forte que les autres. Et donc la mienne aujourd'hui, ma responsabilité, c'est d'expliquer cette situation et de montrer aux Français qu'on peut sortir de nos difficultés à condition de faire des réformes.

Q.- Alors, vous conditionnez justement les réformes à la maîtrise de la dépense publique, mais où allez-vous faire des économies ? Education, justice, police, armée, santé, ville, banlieue, j'ai cru comprendre que tout ça était prioritaire...

R.- On va en faire partout, puisque nous avons pris un engagement. Là aussi, ce n'est pas une surprise, cela n'a rien à voir avec la situation de ces derniers jours, c'est un engagement que nous avons pris pendant la campagne présidentielle avec N. Sarkozy. Nous avons dit "on va geler les dépenses publiques pendant cinq ans". Et si on a un peu de croissance et qu'on fait les réformes de structure, eh bien au bout de cinq ans, alors on aura retrouvé une situation d'équilibre. Et donc, c'est ce qu'on met en oeuvre, le gel des dépenses publiques : nous voulons que les dépenses de l'Etat n'augmentent pas en volume pendant les cinq ans qui viennent. Donc tout le monde doit faire un effort, cet effort peut-être soit un effort lié à des réformes de structure - on fait des réformes de l'Etat, on est en train de fusionner des directions, on est en train de revoir notre organisation -, soit un effort de compétitivité, un effort dans l'organisation même du travail. Et donc, tout le monde prendra sa part de cet effort.

Q.- Le Revenu de solidarité active, porté par M. Hirsch, se fera quand ?

R.- D'abord, il est en expérimentation depuis quelques mois. Donc quand on fait des expérimentations, en général, c'est pour en tirer des enseignements. Donc il faut attendre les enseignements de ces expérimentations. Il est en expérimentation...

Q.- Sa lettre de mission disait 2008, fin 2008...

R.- Non, 2009, début 2009. Le budget 2008, il a été voté en 2007, et donc il ne permet pas de nouvelles dépenses. Donc l'objectif c'est d'essayer de le généraliser en 2009. Il y a les expérimentations qui sont en cours, il y a le débat qui est en cours. Qu'est-ce que c'est que l'idée du Revenu de solidarité active ? C'est l'idée que lorsque l'on prend un travail, alors qu'on est au RMI, ou qu'on est en situation d'assistance, on ne voie pas ses revenus baisser, qu'on les voie, au contraire, augmenter, pour essayer d'inciter à la reprise d'un travail. Donc cette idée là, c'est une idée que nous avons portée pendant la campagne,

Q.- Elle n'est pas enterrée donc ?

R.- Elle n'est pas du tout enterrée.

Q.- C'est pour 2009 ?

R.- Simplement, pour l'instant, le projet qui est proposé par M. Hirsch est un projet qui a deux inconvénients : il est coûteux, de l'ordre de 2 à 3 milliards d'euros, et puis il conduit à diminuer la Prime pour l'emploi pour un très grand nombre de Français. Donc il n'y a pas qu'une possibilité, il y a d'autres alternatives et on est en train de travailler avec Martin pour voir comment mettre en oeuvre ce principe, sans augmenter les dépenses publiques. Je rappelle qu'on est en France, enfin en Europe, l'Etat, qui consacre le plus d'argent, qui a les budgets sociaux les plus importants. Donc on doit pouvoir, à l'intérieur de ces budgets sociaux, trouver une meilleure organisation des choses.

Q.- Passons à quelques dossiers internationaux. Contrairement à ce que vous disiez sur TF1 dimanche soir, F. Mitterrand a bien organisé un vote en 1991 lors de la guerre du Golfe, vous aviez même voté pour à l'époque. Alors pourquoi ce qui a été possible en 1991, ne le serait pas aujourd'hui en 2008 pour l'Afghanistan ?

R.- D'abord, pourquoi est-ce que j'avais oublié ce vote de 91 ? Je l'ai compris après coup : c'est parce qu'il a eu lieu le 16 janvier, c'est-à-dire la veille du déclenchement de la guerre, et alors même que depuis quatre mois ou trois mois, les forces françaises étaient mobilisées en Arabie Saoudite. Et tout simplement parce que le 16 janvier, moi j'étais en Arabie Saoudite avec les forces françaises. Donc je fais amende honorable pour avoir oublié cela. Ceci étant, le vote qui avait été demandé à l'époque, c'était un vote de confiance sur la politique du Gouvernement, qui avait été demandé par M. Rocard, pour des raisons d'ailleurs qui étaient sans doute très liées à la situation de la majorité de l'époque. Lorsque, en 2001, L. Jospin, car je rappelle que c'était L. Jospin qui était le Premier ministre lorsque nous avons décidé d'envoyer des forces en Afghanistan, après les attentats du 11 septembre et après la chute du régime des taliban -, lorsque L. Jospin a décidé d'envoyer ces forces en Afghanistan, il s'est présenté devant le Parlement et il a expliqué qu'il ne pouvait pas engager la confiance de son gouvernement sur une opération qui était une opération de maintien de la paix, qui n'avait rien à voir avec une déclaration de guerre. Et donc je reprendrai l'argumentation de L. Jospin cet après midi à l'Assemblée nationale.

Q.- Et ce sont bien 1.000 hommes qui partiront ?

R.- Non, c'est un chiffre qui n'a jamais été communiqué par les autorités françaises ; il y a un projet. Au fond, quelle est la question qui nous est posée ? C'est la situation en Afghanistan s'améliore autour de Kaboul et elle se dégrade dans les autres régions, dans une partie de l'Afghanistan. Qu'est-ce qu'on a comme alternatives ? On s'en va, on laisse l'Afghanistan à son sort, cela veut dire le retour des taliban. Je rappelle quand même que ce régime a été un des plus épouvantables qui ait pu être au XXème siècle. Cela veut dire la victoire d'Al-Qaïda, qui reste implanté en Afghanistan. C'est une vraie défaite pour tous ceux qui défendent la liberté.

Q.- Les soldats français se battront ou pas ?

R.-...Ou on renforce nos moyens. Si on les renforce, il faut...

Q.- Pour se battre ?

R.- Mais on le fait déjà pour une part. On a des missions de reconstruction, on a des missions qui sont des missions de formation...

Q.- C'est de la formation, mais est-ce qu'il pourrait y avoir de l'attaque ?

R.- Non, mais on a déjà des missions de combat, on a des missions de reconstruction, on a des missions d'assistance à l'armée afghane. La question qui est posée par la France et qui va être posée par N. Sarkozy au sommet de l'OTAN, c'est celle d'une nouvelle stratégie en Afghanistan. Nous, nous disons, la France est prête à faire un effort supplémentaire à trois conditions : d'abord que l'aide publique, l'aide internationale à l'Afghanistan, soit augmentée, c'est-à-dire qu'il y ait plus d'hôpitaux de construits, plus d'école, plus d'assistance à la reconstruction. Deuxièmement, que l'afghanisation soit accélérée : il faut, par exemple, qu'à l'horizon de l'été 2009, on puisse, sur la région de Kaboul, laisser complètement la situation entre les mains de l'armée afghane. Et troisièmement, que les autres alliés - je rappelle qu'il y a quarante pays qui sont engagés dans cette opération militaire, dont vingt-cinq pays de l'Union européenne -, que les autres alliés s'engagent simultanément sur une augmentation de leurs forces.

Q.- Les Français de l'Arche de Zoé ont été libérés hier soir, graciés par le président Deby ; la France a payé ?

R.- Non, la France n'a rien payé. La France se réjouit qu'I. Deby ait pris cette décision, parce que pour [inaud.] humanitaires...

Q.- Il a été touché par la grâce lui aussi, quelques mois après ?

R.- Je pense que N. Sarkozy a fait la pression qui s'imposait sur I. Deby pour qu'il prenne cette décision qui était une décision, j'allais dire humanitaire. En même temps, j'espère que cette affaire servira de leçon à tous ceux qui seraient tentés de se lancer dans le même type d'entreprise que celle de l'Arche de Zoé.

Q.- Vous dites ce matin que la France n'a rien payé ?

R.- Bien sûr que la France n'a rien payé !

Q.- Et les 6 millions d'amendes qu'ils doivent payer les membres de l'Arche de Zoé, c'est la France qui paiera ?

R.- C'est un problème qui sera entre les membres de l'Arche de Zoé et la justice tchadienne. Il est hors de question que le contribuable français paie 6 millions d'euros pour des erreurs que la France n'a pas commises.

Q.- Votre sentiment sur la banderole raciste du Stade de France, samedi ?

R.- C'est du dégoût, c'est de la colère, et puis c'est surtout une détermination absolue à ce que ces comportements soient très, très durement sanctionnés.

Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 1er avril 2008

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