Interview de M. Brice Hortefeux, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à LCI le 2 avril 2008, sur la nouvelle direction de l'UMP, la motion de censure déposée par le groupe socialiste, et la définition d'une politique européenne de l'immigration. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Brice Hortefeux, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à LCI le 2 avril 2008, sur la nouvelle direction de l'UMP, la motion de censure déposée par le groupe socialiste, et la définition d'une politique européenne de l'immigration.

Personnalité, fonction : HORTEFEUX Brice, BARBIER Christophe.

FRANCE. Ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire;

ti : C. Barbier.- Une motion de censure a donc été déposée par le groupe socialiste contre la décision de renforcer la présence française en Afghanistan. Est-ce que le Gouvernement n'aurait pas fait mieux de donner déjà le droit de vote au Parlement, plutôt que d'aller vers cette motion de censure ?
 
R.- Non, mais il y a une réalité qui est assez surprenante de la part du Parti socialiste : ils n'ont rien à dire sur rien. Rien sur les retraites, rien sur le pouvoir d'achat, rien sur la politique européenne, en réalité, rien sur la politique étrangère. Et donc, ils en tirent la conclusion, n'ayant rien à dire sur rien, qu'il fallait déposer une motion de censure. Bon, c'est une originalité, c'est une bizarrerie, je ne suis pas sûr que ce soit très compréhensible et très lisible.
 
Q.- Ils comptent diviser vos rangs sur l'Afghanistan, on sait que certains doutent de la politique menée.
 
R.- Eh bien, moi, je pense que la réponse, ce sera plutôt la cohésion.
 
Q.- Même si derrière l'Afghanistan, on accuse le Président de vouloir mettre la France dans la ligne Atlantiste, dans le sillage des Américains ?
 
R.- Non, écoutez, c'est une plaisanterie. La réalité, c'est que la France est engagée, et depuis 2002, en Afghanistan, que cela s'était fait d'ailleurs sous la responsabilité du Premier ministre socialiste de l'époque, qui était L. Jospin. Il y a une deuxième réalité, c'est qu'il y a une quarantaine d'Etats qui sont engagés, mais il y en a quatorze qui ne font absolument pas partie de l'OTAN. D'ailleurs, le mandat est sous... c'est un mandat des Nations unies. Donc quatorze qui ne font pas partie de l'OTAN. Et il y a une troisième réalité : ce qui est proposé aujourd'hui, c'est de rajouter quelques centaines d'hommes, il y en 1.766 aujourd'hui - enfin, depuis cette période - ; il est proposé d'augmenter. Je vous rappelle que l'ensemble des forces en Afghanistan, c'est autour de 50.000 hommes. Donc il faut replacer tout cela dans son contexte.
 
Q.- Mais c'est G. Bush qui réclame personnellement plus de troupes.
 
R.- Non, c'est la sécurité qui le réclame, parce que ce qui conduit la politique française, c'est le souci de la sécurité.
 
Q.- L'opposition socialiste sera de plus en plus agressive, estime F. Fillon, il a alerté les députés. Est-ce votre sentiment, et est-ce que l'UMP doit donc, en riposte, être aussi plus agressive ?
 
R.- Non, mais pas du tout. Encore une fois, le Parti socialiste offre, depuis déjà plusieurs mois, l'image de l'incapacité à formuler la moindre contre-proposition. Alors la critique, c'est assez facile ; imaginer, proposer, oser, c'est beaucoup plus compliqué, et c'est précisément ce que ne sait pas faire le Parti socialiste. Donc il y a effectivement d'un côté davantage d'agressivité, et du côté de la majorité, du côté de la formation principale de la majorité, ainsi d'ailleurs que du Nouveau centre, il y a au contraire la sérénité.
 
Q.- Sérénité, tout de même, la réorganisation de l'AG de l'UMP se fait avec un peu de fièvre. Est-ce que vous n'êtes pas en train de bâtir une armée mexicaine, comme le déplore C. Estrosi ?
 
R.- D'abord, il y a une réalité simple, qui est une réalité historique, c'est qu'il y a toujours une relation forte entre la formation majoritaire et le président de la République...
 
Q.- Est-ce qu'elle n'est pas trop forte justement... ?
 
R.- Non. Mais...
 
Q.- Le Président devrait prendre ses distances, c'est le Président de tous les Français.
 
R.- Je comprends bien que pour les besoins du piment de l'actualité, on soit obligé d'exagérer certains traits, mais il y a une réalité : le général de Gaulle avait un lien fort avec le parti gaulliste ; V. Giscard d'Estaing avait un lien fort, affectif avec l'UDF, et F. Mitterrand avait aussi un lien fort, parfois complexe, avec le Parti socialiste. Il y a une constante. Est-ce que pour autant, c'est exactement la même chose ? Non, ce n'est pas la même chose. Je pense qu'il y a une spécificité, qu'il y a une marque de N. Sarkozy bien particulière. Première marque, c'est que d'abord, il ne souhaite pas une formation politique, l'UMP, qui soit un simple relais ou une simple courroie de transmission. Et deuxième spécificité, il ne veut pas non plus d'une direction de l'UMP qui soit totalement aseptisée, standardisée avec tous le même parcours, et alignés en rang d'oignons, et le petit doigt sur la couture du pantalon. Ce que souhaite le chef de l'Etat, et il le démontre très bien, en encourageant une direction, qui est une direction originale, puisque chacun a son histoire, son parcours, son itinéraire et ses convictions, ce sont des personnes qui ont été nommées, que ce soit X. Bertrand, que ce soit N. Kosciusko-Morizet, que ce soit les trois porte-parole, D. Paillé, C. Brunel et F. Lefebvre, qui ont chacun leur parcours. Donc c'est une direction qui est diverse. Et en même temps, il souhaite une formation politique qui stimule, qui alimente le débat des idées. Donc c'est une originalité et c'est une marque sarkozyste.
 
Q.- Résultat, on crée des rivalités. Est-on parti vers une guerre Fillon- Bertrand ?
 
R.- Mais pas du tout. Observez bien que dans la nouvelle organisation de l'UMP, il y a sous l'autorité de P. Devedjian deux secrétaires généraux adjoints, X. Bertrand certes, mais aussi N. Kosciusko-Morizet, et tous sont engagés pour soutenir l'action du Gouvernement, et...
 
Q.- Autorité contestée de P. Devedjian...
 
R.- Ecoutez, moi, je pense qu'on a voulu faire porter à P. Devedjian, pas un chapeau, mais en réalité un sombrero, avec le résultat des municipales. Alors, en réalité, nous savons avec le recul aujourd'hui - vous qui êtes un spécialiste, vous l'avez largement commenté -, toutes les enquêtes d'opinion montrent qu'entre 65 et 70 % des électeurs se sont prononcés exclusivement en fonction de critères locaux. Donc ce qui a été adressé à P. Devedjian n'est ni juste ni fondé ni utile.
 
Q.- Alors, vous demeurez conseiller politique à l'UMP. Vous n'êtes pas un de ses fans, que conseillez-vous à X. Bertrand pour être un bon numéro deux ?
 
R.- Eh bien, précisément, de jouer collégiale et de rester tel qu'il est. Et je suis sûr qu'avec N. Kosciusko-Morizet, et encore une fois, sous l'autorité de P. Devedjian, ce sera une direction qui est utile à l'ensemble de la majorité, et qui sera naturellement utile au Gouvernement.
 
Q.- N'êtes-vous pas en train d'appliquer la consigne que vous a donnée, parait-il, le président de la République : "dorénavant, tu aimes tout le monde ?"
 
R.- Eh bien, vous voyez, ça me donne l'occasion d'en faire la démonstration dès ce matin chez vous.
 
Q.- Est-ce qu'il ne serait pas plus simple d'élire, à terme, un président de l'UMP et couper le cordon ombilical avec N. Sarkozy ?
 
R.- Mais ce cordon, il est utile. Le président de la République ne se résume pas à une famille politique, mais il doit pouvoir s'appuyer sur une famille politique. L'enjeu, c'est de bâtir une formation politique moderne, ouverte, tolérante, dynamique, qui, encore une fois, naturellement, soutienne l'action du Gouvernement, c'est son rôle, mais ce n'est pas son seul rôle, ce n'est pas son unique rôle. Elle doit encourager le débat d'idées. Et finalement, ce qui est organisé aujourd'hui, avec cette nouvelle direction de l'UMP, c'est la diversité dans l'unité.
 
Q.- Même le retour des villepinistes d'ailleurs, B. Le Maire, H. Mariton.
 
R.- Eh bien c'est la démonstration, c'est la diversité. Diversité des tempéraments, diversité des parcours, diversité, parfois, de certaines convictions mais ça se fait dans l'unité : diversité dans l'unité.
 
Q.- Trop de ministres peut-être, ils n'ont pas que ça à faire les ministres, aller à l'UMP discuter...
 
R.- J'observe que dans la direction, j'ai cité trois porte-parole, il n'y en a aucun qui est membre du Gouvernement, ce sont des parlementaires qui sont dynamiques ou qui ont une expérience parlementaire, une compétence, et donc une grande liberté aussi.
 
Q.- D. de Villepin envisage - il le dit ce matin dans la presse - de se présenter au suffrage universel un jour ; bonne nouvelle ?
 
R.- Cela relève de son choix. J'avais cru comprendre, en étant ministre à ses côtés pendant deux années, que ce n'était pas son souhait de parcours, mais ça prouve qu'il peut et ça prouve qu'il souhaite évoluer. Finalement, le suffrage universel, c'est sans doute ce qu'il y a de plus beau.
 
Q.- Vous effectuez en ce moment, comme ministre, un tour d'Europe, pour convaincre les Vingt-sept d'adopter durant la présidence française une même politique d'immigration. Vous êtes en train de les inciter, j'allais dire "de les exciter" à une politique de fermeté ?
 
R.- Non. Mais d'abord, il y a une réalité, c'est que la France va présider l'Union européenne pendant six mois - ce qui est la règle - à compter du 1er juillet. Et parmi les priorités affichées par le président de la République, il y a la question de l'immigration, il y a les questions de défense, il y a les questions d'environnement. On n'allait pas rester les bras ballants en attendant le 1er juillet. Et donc, depuis le 1er janvier, à la demande de N. Sarkozy, à la demande de F. Fillon, j'ai pris mon bâton de pèlerin et je me rends dans chacune de ces capitales ou des villes principales des vingt-six autres pays. J'en suis d'ailleurs à ma douzième visite - j'étais à Chypre. On est naturellement préoccupés, les uns et les autres, par les questions migratoires, mais par exemple, Chypre est l'Etat européen qui compte la plus forte proportion d'immigrés et la plus forte proportion de demandeurs d'asile par rapport à sa population. Donc il y a aujourd'hui une réalité qui m'a impressionné à travers ce parcours, c'est que tous les pays d'Europe, sans aucune exception, qu'ils se situent au Nord, qu'ils se situent à l'Est, qu'ils se situent à l'Ouest ou qu'ils se situent au Sud, sont concernés par les questions migratoires, soit parce qu'ils le sont déjà, soit parce qu'ils s'attendent à ce qu'il y ait ce défi migratoire à relever.
 
Q.- La Grande-Bretagne envisage un système de point pour sélectionner les meilleurs immigrants ; ira-t-on vers cette solution en France ?
 
R.- Il y a plusieurs hypothèses. La Grande-Bretagne réfléchit à plusieurs possibilités, à l'instauration de quotas, ce que lui réclame d'ailleurs l'opposition en Grande-Bretagne, ou des systèmes à point comme il en existe dans d'autres pays - comme ça existe par exemple au Canada. Aujourd'hui, vous le savez, j'ai confié à une commission, qui est présidée par P. Mazeaud, l'ancien président du Conseil constitutionnel, dont chacun reconnaît et souligne les convictions fortement républicaines, aidé de professeurs, aidé de personnalités venant d'ailleurs de tous horizons. J'ai souhaité que cette commission soit ouverte, il y a un ancien ministre de F. Mitterrand qui y participe. Et donc, cette commission rendra ses conclusions à la fin du mois de mai, et nous prendrons à ce moment-là des décisions, de manière à ce que, c'est-à-dire la politique que je mène sous l'autorité du président de la République, soit à la fois la plus claire, la plus lisible, la plus transparente, la plus honnête. Cela signifie de la fermeté et de la justice.
 
Q.- 23.186 expulsions en 2007, vous devez réaliser 26.000 en 2008, après trois mois donc, un quart du temps écoulé, avez-vous atteint 6.500 ?
 
R.- Nous sommes dans cet ordre-là. Mais il faut comprendre pourquoi, pourquoi il y a ces chiffres. La réalité, elle est très simple, c'est qu'il faut adresser un signal à ceux qui sont en situation illégale sur notre territoire. Ce n'est pas la même chose que de venir en France - comme d'ailleurs dans tous les pays du monde ; on ne réclame pas un droit particulier pour la France, c'est le droit qui s'applique en réalité dans le monde entier -, ce n'est pas la même chose que de venir avec un titre de séjour ou sans titre de séjour, avec une autorisation ou sans autorisation, travailler avec une autorisation de travail ou sans autorisation de travail, ce n'est pas la même chose. Il faut le dire à la communauté nationale. Et il faut le dire aussi aux pays, terres d'émigration, qu'ils comprennent que, encore une fois, pour venir sur notre territoire, il faut qu'il y ait été autorisé.
 
Q.- Donc vous expulsez, ce sont des retours contraints ?
 
R.- Ce sont des retours qui sont volontaires ou contraints. J'observe par exemple qu'au mois de janvier, 55 % des retours s'étaient faits de manière volontaire, car nous avons une politique, et encore une fois, une politique très dynamique, expliquant pourquoi il est intéressant de retourner dans son pays quand on n'est pas en situation légale sur notre territoire.
 
Q.- En un mot, vous souhaitez qu'on change le droit à Mayotte, supprimer le droit du sol, pour freiner l'immigration clandestine ?
 
R.- C'est un débat extrêmement compliqué, extrêmement difficile, qui fait appel à la fois à notre tradition. Et s'il y a une réflexion, en tout cas, elle ne peut concerner que des territoires précis et non pas l'ensemble de la communauté nationale.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 2 avril 2008  
 

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