Interview de M. Bernard Accoyer, président de l'Assemblée nationale, à Canal Plus le 3 avril 2008, sur la polémique concernant une action de lobbying pour le débat sur les OGM, la proposition de protection des personnes témoignant sur les sectes et l'annonce d'économies budgétaires. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bernard Accoyer, président de l'Assemblée nationale, à Canal Plus le 3 avril 2008, sur la polémique concernant une action de lobbying pour le débat sur les OGM, la proposition de protection des personnes témoignant sur les sectes et l'annonce d'économies budgétaires.

Personnalité, fonction : ACCOYER Bernard, TOUSSAINT Bruce, ROUX Caroline, MERCADET Léon.

FRANCE. Assemblée nationale, président ; FRANCE. UMP, député; ; ;

ti : B. Toussaint, C. Roux et L. Mercadet.- C. Roux : ... [Vous] présentez aujourd'hui un texte destiné à protéger les personnes qui témoignent contre les sectes devant une commission d'enquête parlementaire. La vie continue donc à l'Assemblée avec un débat sur les OGM, qui se poursuit dans un climat tendu. B. Toussaint : Bonjour B. Accoyer.
 
R.- Bonjour.
 
B. Toussaint : Vous avez été un fervent défenseur des OGM. Vous avez été acheté par Monsanto ?
 
R.- Comment peut-on imaginer que des parlementaires n'exposeraient pas leurs points de vue par leurs convictions, et seraient sous influence, sous pression, pourquoi pas corrompus ? C'est absolument scandaleux. Et quand on avance...
 
B. Toussaint : C'est ce qui s'est murmuré, c'est pour ça qu'on vous pose... C. Roux : Alors, il y a eu des phrases très précises...
 
R.- Quand on avance de tels arguments, ça prouve qu'on n'a en réalité pas de contre arguments à opposer à ce que l'on prétend défendre.
 
C. Roux : Il y a eu des propos assez clairs, prononcés par des élus de la nation, A. Herth, UMP, qui dénonce l'ampleur des pressions qui frisent parfois les tentatives d'intimidation ; "jamais nous n'avons été autant matraqués par les anti-OGM". Lui, il parle des anti-OGM, d'autres parlent des pro-OGM. Est-ce que vous pouvez nous dire qu'il n'y a pas une forme de lobbying à l'Assemblée sur un sujet aussi emblématique... B. Toussaint : Sensible... C. Roux : Et sensible que celui-ci ?
 
R.- D'abord, le lobbying c'est l'information. Ce qui n'est pas acceptable, et ce que je dénonce avec beaucoup de force, et c'est d'ailleurs pour ça que nous travaillons à l'Assemblée sur des règles d'éthique, de transparence pour les relations, le lobbying, comme vous dites, les relations avec les entreprises, les branches, les institutions...
 
C. Roux : Ça existe donc, voilà, ça, ça existe, ça se pratique...
 
R.- Oui, mais ça n'est pas transparent à l'heure actuelle, et ça doit l'être. Mais en tout cas, s'agissant des OGM et du jeu qui a été conduit depuis plusieurs années, il faut bien reconnaître qu'il y a eu une forme de pression violente, et qui a été exercée par les anti-OGM, avec des actes antirépublicains, de destruction du travail des paysans, des chercheurs...
 
L. Mercadet : Ils ont gagné puisqu'ils réclamaient un débat national, et il a lieu, donc ils ont gagné...
 
R.- Dans une démocratie, s'opposer à la loi, faire pression, menacer, procéder par amalgames, en prétendant que les gens seraient malhonnêtes parce qu'ils défendraient tel ou tel point de vue qui, de surcroît, est celui qui prévaut dans le milieu scientifique, ça ne me paraît pas être des méthodes satisfaisantes, et ça jette une grande suspicion sur le fond de ce qu'ils défendent.
 
C. Roux : Mais alors, comment est-ce que vous qualifiez l'attitude de ces élus - il y a eu un sénateur aussi, F. Le Grand, qui est président de la Haute autorité sur les OGM, et dans Le Monde, parlait d'intérêts mercantiles ripolinés pour les rendre sympathiques, etc. - comment vous qualifiez l'attitude de ces élus qui se sont exprimés ?
 
R.- Ce qu'a dit Le Grand est évidemment inacceptable, il y a eu une protestation officielle du bureau de l'Assemblée nationale. Et quant à moi, je me réserve le droit d'aller plus loin...
 
B. Toussaint : C'est-à-dire ?
 
R.- Je trouve qu'il est tout à fait dommageable que ce type de déclarations puisse avoir lieu. Nous devons débattre sur des informations qui sont équilibrées, débattre librement, et ne pas débattre sous la suspicion...
 
B. Toussaint : C'est vous qui avez parlé de pression tout à l'heure, à propos des lobbies, parce que c'est ça le lobby, c'est à la fois l'information, et puis, ça peut aussi être la pression...
C. Roux : Une forme de pression...
 
R.- Oui...
 
B. Toussaint : Alors est-ce que ces pressions ont existé, encore une fois ?
 
R.- Mais il y en a, mais c'est tous les jours, comment voulez-vous que... Vous-même, vous êtes journaliste, vous êtes l'objet de pressions quotidiennes, les lobbies vous cernent, vous invitent, vous proposent, essaient de vous convaincre de tel ou tel point. Ce que nous sommes en train de mettre en place à l'Assemblée, ce que je mets en place, ce sont des règles de transparence...
 
C. Roux : Quelles sont-elles ?
 
R.- Alors, il y a certains textes qui suscitent des passions, et alors là, le lobbying se déchaîne, et c'est tout à fait malsain parce que nous avons besoin d'une information objective, équilibrée, scientifique...
 
C. Roux : Qu'est-ce que vous allez changer dans le fonctionnement, vous êtes président de l'Assemblée nationale, qu'est-ce que vous allez changer ? Déjà, est-ce que vous rappelez ces élus à l'ordre ?
 
R.- Ah ben, oui. En ce qui concerne Le Grand, c'est scandaleux. D'ailleurs, le Sénat s'est complètement désolidarisé de ce qu'il avait...
 
C. Roux : Et en ce qui concerne l'UMP, A. Herth ?
 
R.- Ah ben, il a raison, il dit qu'on a été l'objet de pressions, c'est tout à fait vrai.
 
C. Roux : D'accord, donc le lobbying, ça ne marche que dans un sens...
B. Toussaint : Ça marche dans un sens, mais pas dans l'autre...
C. Roux : C'est-à-dire que ça marche sans les anti-OGM...
 
R.- Parce que lui, c'est prouvable... Attendez ! Excusez-moi, vous êtes journaliste, donc je suppose que vous êtes objective...
 
C. Roux : Bien sûr...
 
R.- Avez-vous produit de nombreuses images de faucheurs volontaires à l'oeuvre ? Oui. Avez-vous souvent rapporté l'image d'un chercheur se relevant de son microscope en train de dire : moi, j'ai travaillé sur les OGM, j'ai des solutions pour sauver l'environnement, pour cultiver avec moins d'eau et pour résoudre les problèmes de l'alimentation de l'humanité ? Non, parce que c'est moins médiatique...
 
C. Roux : Ça, ça ne se voit pas, mais ça ne veut pas dire que ça n'existe pas...
 
R.- Ça accroche moins, on accroche moins...
 
B. Toussaint : On a fait beaucoup de chroniques là-dessus. Là, franchement, c'est un procès en sorcellerie que vous faites aux médias. Non, non, non, non, franchement, les OGM, on ne peut pas dire qu'on ne les a pas traités, et dans tous les sens, au contraire. Alors, Caroline, on enchaîne.
C. Roux : On enchaîne sur votre proposition de loi, un autre sujet à polémiques : les sectes. C'est à la Une de Libé ce matin. Alors aujourd'hui, le Premier ministre reçoit un rapport annuel de la Mission interministérielle de lutte contre les dérives sectaires. Et vous, vous dites qu'il faut protéger les personnes qui témoignent contre les sectes devant une commission d'enquête parlementaire. Pourquoi ? C'est si urgent ?
 
R.- Parce que les commissions parlementaires - on l'a vu sur Outreau, on l'a vu sur les sectes - font un travail formidable. Ces commissions d'enquête, depuis 91, ont rendu leurs auditions publiques, et donc ceux qui sont auditionnés se sont vus poursuivis, poursuivis en justice par les sectes elles-mêmes, les accusant de diffamations, etc. Donc l'objet de cette proposition de loi, c'est que ceux qui sont auditionnés par les sectes, qui disent ce qu'ils ont subi, ce qu'ils ont vu, qui dénoncent tout cela, au lieu de protéger les personnes, ne soient pas ensuite traînés devant les tribunaux. C'est ce qui se passe d'ailleurs pour quelqu'un qui dépose devant une juridiction.
 
C. Roux : Le sujet avait été relancé par une conseillère de l'Elysée. Est-ce qu'il faut, selon vous, redéfinir ce que sont les sectes ?
 
R.- En fait, la conseillère en question, elle a plutôt parlé de la Mivilude, c'est-à-dire de l'institution interministérielle qui a besoin, évidemment ...
 
C. Roux : Oui, mais là, j'interroge le président de l'Assemblée nationale, votre avis...
 
R.-...de garder toutes ses prérogatives, c'est très important, pour protéger les personnes, et le travail qu'elle fait avec les associations de défense des personnes est fondamental. Quant aux sectes, le problème, si j'ose dire, ce n'est pas les sectes, c'est le fait que certaines d'entre elles exercent sur les personnes une pression, les privent de leurs libertés les plus fondamentales, la liberté de penser, la liberté de croire, leur suppriment tout discernement, leur prennent leur argent, les coupent de leurs familles, et les mettent dans des conditions de souffrance qui sont absolues. Et donc il est important qu'on aide ces personnes, qui elles-mêmes ne peuvent pas se défendre, parce que, par définition, elles sont sous influence. C'est un vrai drame...
 
L. Mercadet : Et est-ce que la scientologie, c'est une secte ?
 
R.- Effectivement, il y a dans les méthodes de la scientologie toute une série d'éléments qui correspondent aux définitions sectaires. Et il y a d'ailleurs de très nombreux dossiers en justice qui concernent cette organisation. Mais il y en a une multitude, et puis, des toutes petites sectes qui interviennent, vous ne pouvez pas imaginer le nombre de drames et l'ampleur des drames que suscite cette dérive en France, la manipulation...
 
C. Roux : On sent - d'après ce que vous êtes en train de nous expliquer et de la façon dont vous en parlez - que vous trouvez qu'on n'est pas assez sévère à l'encontre de ces sectes, c'est ce qu'on perçoit...
 
R.- C'est surtout qu'il y a des freins incompréhensibles. J'ai réussi à faire voter, après cinq ans d'efforts, une loi pour que les psychothérapeutes autoproclamés ne puissent plus exercer, qu'il faille avoir des connaissances en psychopathologie pour se prétendre psychothérapeute. Eh bien, quatre ans après que cette loi ait été votée, les décrets d'application ne sont toujours pas passés, parce qu'il y a des pressions considérables des psychothérapeutes autoproclamés qui ont les mêmes méthodes que le milieu sectaire.
 
B. Toussaint : Alors, on va faire des économies, c'est ce qui a été annoncé hier. Le Monde parlait de sept milliards. E. Woerth le ministre du Budget, disait plutôt cinq. Vous avez le bon chiffre, vous ?
 
R.- Non, je n'ai pas le bon chiffre, mais il sera autour de cinq, je pense.
 
B. Toussaint : Plutôt autour de cinq, alors.
C. Roux : C'est une bonne chose ?
 
R.- Eh bien, de toute façon, lorsqu'il y a la conjoncture mondiale que l'on connaît, on ne peut pas une fois de plus dire : la France est dans une bulle de verre. On a dit à une époque : nous pouvons travailler moins que tous les autres, on est plus malin, on gagnera plus. Ça, c'est fini. Aujourd'hui, la conjoncture mondiale, la hausse du pétrole, le coût des matières premières, la crise financière, la crise monétaire...
 
C. Roux : Vous dites : on n'a pas le choix.
 
R.-... placent le monde dans une situation où l'Amérique est en récession, et où la France s'en sort mieux que les autres parce qu'elle a pris les mesures qu'il fallait prendre, et qui sont tant critiquées par l'opposition. Aujourd'hui, dans ce contexte nouveau, sur un budget de 460 milliards, il est décidé de faire des économies à hauteur environ de cinq milliards. Ça fait environ 1%. Dans tout budget, vous le savez bien, 1% de marge, c'est tout à fait possible de faire ce genre d'économie.
 
C. Roux : Mais les Français qui vous entendent ce matin, sans doute, trouvent que c'est un peu angoissant ce qu'on leur annonce. Est-ce que ce n'est pas anxiogène d'annoncer comme ça qu'on va serrer les boulons, qu'on doit se serrer la ceinture, est-ce que les Français doivent eux-mêmes faire des économies... ?
 
R.- Excusez-moi, vous savez, je vais vous dire ce qui est angoissant, ce qui est angoissant, c'est qu'on ait l'impression qu'on ne vous dit pas toute la vérité, ça, c'est angoissant. Et d'ailleurs, la peur vient de l'inconnu. Pourquoi on a peur de la mort ? C'est parce qu'on ne sait pas comment ça va se passer. Et aujourd'hui, il faut dire la vérité aux Français. D'ailleurs, les jeunes le savent, ils savent très bien que l'endettement, qui a été accumulé depuis plusieurs décennies, grosso modo depuis que la gauche est arrivée au pouvoir en France, cet endettement, ce sont les jeunes générations qui vont avoir à l'assumer, à le payer, et donc il faut leur parler...
 
C. Roux : Mais vous leur dites : continuez à consommer quand même...
 
R.- Il faut leur parler avec sincérité. Sur la consommation, je pourrais vous dire aussi qu'il y a beaucoup, beaucoup de dérives qui devraient certainement être prises en compte. R.- On nous dit : attention au développement durable, et consommer n'importe quoi, en allant chercher au bout du monde, ce serait un très long débat.
 
L. Mercadet : Dans le cadre de la réforme des institutions, L. Fabius vient de dire d'accord pour que le président de la République puisse venir s'exprimer devant l'Assemblée. Le PS, lui, est contre. Alors ma question, c'est : comment avez-vous convaincu L. Fabius, Monsieur Accoyer ? Un peu de lobbying ?
 
R.- Je n'ai pas convaincu L. Fabius, même si je partage son idée. Il a raison. Aujourd'hui, quand le président de la République veut dire quelque chose au pays, voire aux parlementaires, il invite les journalistes à l'Elysée, il vous parle, et nous, on est derrière notre télévision en train de regarder. Acceptez que s'il était devant les parlementaires et que vous étiez en train d'observer et de filmer ce qu'il est en train de dire, ce serait plus normal. Mais, encore une fois, ce n'est pas la pierre angulaire de la réforme. Mais je pense que L. Fabius a fait une proposition qui est frappée au coin du bon sens...
 
L. Mercadet : Petit rapprochement PS/UMP sur la réforme des institutions, là ?
 
R.- Oh, je sais que vous cherchez toujours des scoops, mais celui-là n'est pas encore mûr.
 
L. Mercadet : D'accord. B. Toussaint : Le j'aime/j'aime pas, il nous reste très peu de temps. Caroline. C. Roux : J'aime/j'aime pas la nouvelle UMP.
 
R.- J'aime.
 
C. Roux : Ça va changer les choses ? C'est l'arrivée de X. Bertrand qui va doper...
 
R.- J'espère que l'UMP va aller plus près des problèmes, et en particulier, s'approprier à nouveau, encore davantage, le débat de fond, comme l'UMP l'avait si bien fait au moment de la campagne, de la préparation de la campagne de N. Sarkozy...
 
C. Roux : C'est la faute de P. Devedjian ?
 
R.- Comment ?
 
C. Roux : C'était la faute de P. Devedjian si ça ne marchait pas ?
 
R.- Non, c'est parce que la mutation entre un parti de conquête et un parti de gestion, ça nécessite un certain temps.
 
B. Toussaint : Ce n'est pas vraiment un j'aime/j'aime pas, mais un mot sur la mission humanitaire qui est partie pour tenter de soigner et sauver I. Betancourt.
 
R.- Eh bien évidemment qu'il faut la soutenir, en espérant qu'elle aboutira, et je crois que c'est avant tout une grande émotion, et un soutien unanime à tous ceux qui se battent pour Ingrid.
 
B. Toussaint : Et puis, un dernier mot. Lundi prochain, la flamme olympique va traverser Paris, B. Delanoë va installer une banderole sur le parvis de l'Hôtel de ville, qui va rappeler les valeurs de l'humanité, qui sera évidemment un symbole et un message, adressés par rapport au Tibet. La flamme va aussi passer devant l'Assemblée nationale, il y aura une banderole ?
 
R.- Nous n'avons pas encore réfléchi à ce que nous ferons. Ce que je pense sur la coïncidence d'événements politiques et d'un événement sportif planétaire, c'est qu'il faut en profiter pour nourrir le dialogue, ouvrir. Quand on s'ouvre, on se développe et on développe la démocratie.
 
B. Toussaint : Merci B. Accoyer. Bonne journée.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 3 avril 2008

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