Conférence de presse de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, sur la question du boycott des Jeux olympiques 2008 de Pékin en l'absence d'un dialogue sino-tibétain et le problème de la Serbie et du Kosovo, notamment l'évolution de la Serbie par rapport à l'Union européenne et à l'indépendance du Kosovo, Brdo le 29 mars 2008. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, sur la question du boycott des Jeux olympiques 2008 de Pékin en l'absence d'un dialogue sino-tibétain et le problème de la Serbie et du Kosovo, notamment l'évolution de la Serbie par rapport à l'Union européenne et à l'indépendance du Kosovo, Brdo le 29 mars 2008.

Personnalité, fonction : KOUCHNER Bernard.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et européennes

Circonstances : Réunion informelle (Gymnich) des ministres européens des Affaires étrangères à Brdo (Slovénie) les 28 et 29 mars 2008

ti : Q - Est-ce que vous avez parlé des Jeux Olympiques ?

R - Alors je sais, vous n'êtes pas contents parce qu'on n'a pas parlé des Jeux Olympiques. Les Jeux Olympiques, ce n'est pas le problème.

Q - On a vu que vous vous prépariez pour les Jeux Olympiques, vous aviez une belle foulée hier en arrivant.

R - Oui, mais je l'ai toujours. Malheureusement, j'aurais aimé courir autour du lac.

Q - Monsieur le Ministre, donc on découvre presque en direct le communiqué des ministres des Affaires étrangères, est-ce que vous pensez que quand même, ce texte est à la hauteur des émotions et des attentes de nos opinions publiques ?

R - Oui, je pense qu'il faut d'abord qu'elles le lisent. Je vous signale que ce n'est pas une déclaration, il n'y a pas dans les réunions du Gymnich de texte officiel. Simplement, vous avez le produit de la discussion. Qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que nous, les 27 ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne, sommes très concernés par ce qui s'est passé au Tibet, très concernés par la situation des Droits de l'Homme en Chine. Nous souhaitons que le dialogue reprenne, s'il a vraiment existé, entre les autorités chinoises et le Dalaï-Lama.

Il est nécessaire que soient respectés les Droits de l'Homme, les religions, c'est-à-dire le choix libre de sa religion, les différences culturelles et évidemment tout ce qui concerne aussi de près ou de loin les décisions du Dalaï-Lama, qui s'est prononcé très clairement non pas en faveur de l'indépendance mais de l'autonomie du Tibet. D'ailleurs, la région s'intitule région autonome du Tibet. Il y a de quoi reprendre le dialogue. L'Union européenne est très concernée par ce dialogue et est prête à faire tous les efforts pour que cela reprenne.

Q - Le problème c'est que les Chinois diabolisent toujours le Dalaï-Lama et nient même l'existence d'un problème tibétain.

R - C'est bien pourquoi nous avons insisté non pas, comme vous l'avez vu, sur les Jeux Olympiques, parce que c'est un problème qui va se régler -je pense qu'à partir du mois d'août, on n'en parlera plus-, mais sur le problème du respect des minorités, du respect de la religion, du respect des Droits de l'Homme qui continuera de se poser. C'est cela qui nous a intéressés.

Ils diabolisent mais, en même temps, il y a eu déjà des contacts puisque je crois que deux fois par an, l'envoyé du Dalaï-Lama rencontrait les autorités chinoises. Et puisque chacun des deux côtés, les autorités chinoises et le Dalaï-Lama, est d'accord sur l'autonomie et non l'indépendance. Où est le problème ? Qui parle d'indépendance ? Personne. Donc, oui, vous avez raison, on diabolise quelqu'un qui, véritablement, semble beaucoup plus d'accord, et tous les jours le confirment, avec les autorités chinoises qu'on ne le croit.

Certains font preuve de bonne volonté puisqu'il semble qu'aujourd'hui il y ait une réunion à Pékin avec les différents ambassadeurs des pays que va traverser la flamme olympique. Par exemple, hier ou avant-hier, il y a eu une délégation avec certains diplomates qui se sont rendus au Tibet. Je sais que ce sont des visites encadrées, mais c'est le signe d'une prise de conscience.

Q - Vous mettez la Chine sous observation particulière dans les semaines qui viennent ?

R - N'exagérons rien, c'est un grand pays, il faudrait beaucoup d'observateurs. Nous, nous disons très clairement que nous sommes absolument concernés parce ce qui se passe. Il n'y a aucune raison de ne pas continuer avec cette détermination à voir comment, oui, en effet, la liberté de religion, la liberté de choix, la liberté culturelle seront respectées.

Q - A aucun moment il n'a été question de faire pression sur Pékin par le biais d'un boycott, sous quelque forme que ce soit ?

R - Non. Pour deux raisons : d'abord, personne n'était en faveur du boycott, alors c'était un peu difficile, il y avait 27 pays réunis. Puis, il n'y a pas eu la moindre allusion aux Jeux Olympiques.

Q - Même les Polonais ?

R - Non, même les Polonais, vous pouvez leur demander. Ce sont les 27 pays qui ont discuté. Non, ce n'était pas le problème. Le problème dépasse celui des Jeux Olympiques. Comme personne n'était en faveur du boycott, la moindre allusion aurait voulu dire que nous n'étions pas d'accord. Nous étions et nous sommes d'accord sur cet aspect des choses. Nous n'avons pas mentionné les Jeux Olympiques parce que cela ne paraît pas indispensable pour le moment, mais nous restons attentifs à l'évolution de la situation.

Q - (A propos du boycott de la cérémonie d'ouverture)

R - Deuxième ambiguïté, c'est pour cela qu'on n'en a pas parlé, parce que l'attitude vis-à-vis d'une cérémonie d'ouverture dont on connaît encore mal les modalités nous paraissait également très difficile à illustrer. Personne n'était en faveur du boycott des Jeux Olympiques. Quant à la cérémonie d'inauguration, personne n'a voulu en parler. Cela me paraît clair, nous étions obligés de tenir compte de l'avis de tout le monde, y compris du nôtre, qui allait dans ce sens.

Q - C'est un message ferme que vous envoyez ?

R - C'est un message à mon avis très ferme et qui témoigne d'une unité totale des 27 pays, plus d'ailleurs les pays qui sont candidats.

Q - Recevoir le Dalaï-Lama à 27, cela n'aurait pas eu suffisamment de "gueule" vis-à-vis de la Chine ?

R - Oui, vous avez raison de parler comme cela. Mais le Dalaï-Lama est invité à Bruxelles par le président du Parlement et nous avons fait vraiment allusion au Parlement européen à propos -c'est Mme Benita Ferrero-Waldner qui nous a fait employer ces termes exacts- de la nécessité de construire véritablement ce dialogue, une confiance et un respect des droits que j'ai cités.

Donc, évidemment il y aura cette rencontre à Bruxelles pour ceux qui le veulent, avec le Parlement européen. D'autres pays ont invité, vous le savez, théoriquement, le Dalaï-Lama. Il doit se rendre en France en août, mais je ne sais pas quel sera son programme.

Q - La France aura la Présidence au moment des Jeux Olympiques de Pékin. Quelle est l'attitude française ? D'ici cinq mois, il y aura beaucoup de changements mais maintenant on peut dire que cela n'est pas sûr. Le président Sarkozy sera représenté au moment de la cérémonie, mais c'est sûr le Dalaï-Lama sera reçu, au moment des Jeux Olympiques de Pékin, en France.

R - Je ne sais pas, cela dépend de son programme. Est-ce qu'il maintient son voyage ? Est-ce qu'il va en Angleterre en mai ? Je ne sais pas. Nous verrons bien. Ne me demandez pas l'impossible, je ne peux pas répondre à ces questions. Le Dalaï-Lama est toujours le bienvenu en France. Nous verrons bien

Q - Le problème au Tibet, pour nous, a un lien direct avec les Jeux Olympiques de Pékin.

R - Pas pour cette déclaration des 27. Il me semble que le respect des droits humains, le respect des droits religieux, le choix de sa religion et de sa culture, me paraissent plus importants que la tenue des Jeux Olympiques parce que cela demeurera un sujet pendant bien plus longtemps. Encore une fois, personne ne voulait parler du boycott.

Q - Alors quelles sont les exigences de la France à l'égard de la Chine à cinq mois des Jeux olympiques ?

R - L'exigence de la France ressemble à l'exigence des 26 autres Etats membres. C'est cette nécessité que les droits humains soient respectés et que l'on tienne compte de la religion du choix des gens, de leur volonté d'avoir une culture différente, et que l'on continue à proposer comme unique solution le dialogue et l'entente collective.

Q - (Sur le Kosovo)

R - Nous allons faire notre maximum avec les partisans de l'introduction du débat sur l'Europe dans les élections du 11 mai. Nous ferons tout pour cela. Il y a du travail.

Q - M. Jeremic est venu pour cela, pour porter ce message : " aidez-nous encore " ?

R - Non, c'est nous qui lui avons dit : "nous devons vous aider". Mais il se sentait à l'aise et, en même temps, c'est un beau geste qu'il vienne. Qu'il reparte aussitôt, peut-être pressé par d'autres tendances dans son pays mais qu'il vienne au milieu de nous, dans l'endroit où nous avons, certains d'entre nous, reconnu l'indépendance du Kosovo, c'était bien, c'était formidable. Son discours était très humain et politiquement très ferme.

Q - Mais cela ne lui fait pas gagner une seule voix...

R - Ce qui ne fait pas gagner de voix aux démocrates, ce qui fait peut-être perdre des voix aux démocrates, ce sont les violences, ce sont les provocations auxquelles nous répondrions. Et je crois qu'il faut vraiment, tout en restant très fermes sur la configuration générale, tout en restant très fermes sur l'unité de la KFOR, de la MINUK, l'UE etc, que l'on calme la situation et que l'on ne donne pas de prétexte aux violences. Alors, c'est facile à dire parce que nous le disons d'un côté, mais ces violences existent de l'autre côté.

C'est pourquoi il faut regagner la confiance des Serbes, leur tendre la main, leur faire comprendre, en permanence, qu'ils ne sont pas les perdants dans cette situation, au contraire. Grâce à l'Union européenne et à la décision de certains d'entre eux - mais je pense la majorité - de venir vers l'Union européenne, ce seront les gagnants. La jeunesse est gagnante !

Grâce à l'initiative de la lettre que nous avons prise avec Carl Bildt - avec les commissaires qui vont se réunir, évidemment Jacques Barrot, Benita Ferrero-Waldner et Oli Rehn -, le fait que nous allons travailler - c'est très important - sur les visas et le fait que la France ait proposé qu'il y ait une attitude un peu différente - peut-être la gratuité, je n'en sais rien -, on va essayer de travailler à une position commune pour favoriser la venue des Serbes à travers évidemment les pays de Schengen et pas seulement la France. Et puis M. Schwarzenberg a proposé un certain nombre de mesures pratiques et je crois qu'il faut les mettre en oeuvre.

Et il y a aussi une mesure qu'il faudrait débloquer, c'est évidemment l'accord de stabilisation et d'association.

Q - Il y a un échafaudage juridique possible là-dessus ?

R - On est en train d'y travailler. Je pense que oui. Vous savez, le droit européen est complexe.

Q - Qu'est ce qu'on peut imaginer ?

R - Disons que le raisonnement c'est de se dire que c'était une situation exceptionnelle, sui generis. Cette situation exceptionnelle pour le Kosovo doit correspondre à une attitude exceptionnelle envers la Serbie, qui est liée complètement à cette attitude exceptionnelle envers le Kosovo. Alors, sui generis d'un côté, sui generis de l'autre, est-ce qu'on peut faire une espèce d'exception ? Evidemment. Le Parlement hollandais n'est pas de cet avis et nos amis belges non plus.

Q - (à propos des perspectives d'arrestation de Mladic et Karadzic)

R - A mon avis, en favorisant la venue des nationalistes au pouvoir, ce ne serait pas un atout pour l'arrestation de Mladic et Karadzic, certainement pas.

Q - Comment voyez-vous l'évolution de la Serbie ?

R - S'il n'y a pas trop d'incidents, je la vois donner la majorité aux partisans de l'Europe. J'ai encore cette espérance. Aux partisans de Tadic, bien sûr ! Les derniers sondages ne sont pas en faveur de ce que je dis mais je crois qu'il y aura une campagne qui divisera d'un côté les partisans de l'Europe et de l'autre ceux qui ne veulent parler que du Kosovo. Il faut que nous soutenions les partisans de l'Europe. Et le meilleur des soutiens, je pense que ce serait évidemment de leur tendre la main. Nous le faisons et c'est pourquoi nous avons proposé à notre ami Maxim, ministre des Affaires étrangères hollandais, d'être à ses côtés quand il le veut.

Q - Quelle est la position des Belges à ce sujet ? Les Néerlandais, on voit bien l'emprise constitutionnelle...

R - Je pense que si les Néerlandais changent, les Belges changeront. Karel van Gucht avait un raisonnement juridique parce qu'il est juriste. Là, aujourd'hui, on n'a pas entendu cela.

Q - D'où cela sort-il ? Il n'y a pas de pression du Parlement belge en ce sens ? Le ministre néerlandais a apparemment dit dans la réunion qu'il était prêt à être créatif, ce serait une ouverture ?

R - C'est une décision courageuse qu'a prise quand même la Hollande. Oui, pour inverser la position des Belges, je pense que, vraiment, l'attitude décisive, c'est celle de la Hollande.

Q - Et donc, là, vous sentez qu'il y a un mouvement ?

R - Il l'a dit lui-même. Je viens de lui parler encore, nous sommes très amis. Et on se voit lundi, parce qu'il y a quelques ministres qui viennent. On fait des dîners un peu informels avec six ou sept ministres, pas les 27 parce qu'on ne peut pas parler. Donc, là, c'est le premier lundi. Et on en a un autre fin avril, et un autre en mai, et un autre en juin.

Q - C'est par groupe ou isolément ?

R - Oui, c'est en fonction de leurs dates. Des groupes de six ou sept, bien sûr, c'est ouvert à tout le monde.

Q - Il y a une logique géographique ?

R - Non pas du tout, absolument pas de logique. Seulement une logique d'agenda et d'opportunité. Le deuxième rendez-vous c'est parce que Jean Asselborn, le Luxembourgeois, vient en France et c'est donc autour de lui que l'on fait la deuxième réunion, enfin pas autour de lui, avec lui. Non, non, je ne veux pas qu'il y ait de gauche/droite, de région, rien du tout.

Q - C'est qui ? Donc, il y a le Néerlandais, le Luxembourgeois... ?

R - Il y a le Slovaque, il y a David Miliband, le Slovène, l'Italien, l'Espagnol. Enfin, il y en a d'autres, à Paris.

Q - Concernant le Kosovo, pourrait-on dire, pour les relations UE-Serbie, que l'on essaie en effet de mettre le problème du Kosovo un peu de côté ? On sait que le problème existe, c'est un problème difficile, on ne peut rien faire pour l'instant, alors on continue le dialogue avec la Serbie et on essaye de séparer les deux questions.

R - Je ne dirais pas que l'on ne peut rien faire pour l'instant, ce n'est pas vrai. Nous avons pris cette décision parce qu'il n'y avait pas d'autre décision possible. Certains pays européens ont suivi cette décision immédiatement, d'autres non. On n'a pas rompu l'équilibre européen, contrairement aux sarcasme sur l'unité de l'Europe.

J'ai demandé que l'on attende que les Espagnols votent. Cela n'a pas été possible pour des raisons de pression extérieure, dommage. Je comprends bien les Espagnols, je comprends bien les Grecs. Cela ne change pas, nous avons le même raisonnement vis-à-vis de la Serbie. Ce n'est pas parce qu'il y a eu le problème du Kosovo, parce que c'est évidemment une des conséquences du problème du Kosovo.

Nous maintenons notre attitude avec cette idée majeure : ce n'est pas votre défaite, pas du tout, c'est le début de votre nécessaire retour vers l'Europe. Vous n'êtes pas hors de l'Europe, vous êtes avec nous. Il est évident que les Balkans vont faire partie de l'Union européenne, avec un calendrier, avec les années et les exigences nécessaires. Voilà ce qu'on leur dit - à la Serbie avant tout.

Alors, certains l'entendent, qui voudront bien parler donc et qui voudront bien participer à une campagne. Ce n'est pas moi qui fait la campagne là-bas, ce sont les partis politiques, d'une campagne européenne, et d'autres ne veulent pas entendre et se maintiendront plutôt sur la décision, illégale à leurs yeux et certainement néfaste, de l'indépendance du Kosovo.

C'est la réalité, il nous faut aller de l'avant. Je prends le pari que cela va marcher. Je ne sais pas pour les élections, mais je ne vois pas comment on pourrait faire autrement. Qu'est ce que vous voulez faire ? Avant, déjà, on ne pouvait rien faire, alors après, c'est très compliqué, il n'y avait pas d'autre solution.

Q - Et s'il y avait une situation de cohabitation entre un président, Tadic, et un gouvernement nationaliste, qu'est-ce que vous diriez ?

R - Je n'en sais rien, c'est leur affaire. Nous parlerons aux deux comme on l'a fait jusque là. Tadic et Kostunica étaient en désaccord profond, et d'ailleurs ils n'étaient pas en désaccord profond, ils étaient tous les deux profondément hostiles à l'indépendance du Kosovo. Mais en réalité on savait qu'il y avait des désaccords, même s'ils n'étaient pas si manifestes... On fera avec. J'espère qu'il n'y en aura pas, j'espère qu'il y aura un mouvement européen, c'est tout notre espoir, en tout cas, notre détermination.

Q - l'évolution de la Serbie, vous la sentez aussi sur la question du Kosovo

R - Je l'espère plus que je ne la sens. Mais si on écoute Vuk Jeremic, on la voit, on sait que c'est une nouvelle génération, qu'ils ne sont pas complètement tournés vers le passé, on sait que ce ne sont pas des gens qui commencent une phrase au présent pour la finir 50 ans avant. C'est autre chose qui se passe, quelque chose de dynamique. Alors il ne faut pas leur couper l'herbe sous le pied, il ne faut pas qu'il y ait de crispations. Il reste très peu de temps, un mois et demi. Et nous espérons pouvoir donner des preuves, disons d'affection, de solidarité.

Q - Vous iriez en Serbie ?

R - Si c'est utile, bien sûr. Je l'ai proposé mais je crois que cela n'est pas utile pour le moment. Nous avons proposé à plusieurs ministres d'aller à Belgrade et à Pristina, et pas à Pristina seulement. Nous l'avons encore proposé, mais enfin notre lettre, la lettre commune avec Carl Bildt, a été très bien accueillie et nous en ferons d'autres.

Q - Belgrade et Pristina, c'est avec Carl Bildt ?

R - Pour le moment ce n'est avec personne ! Parce que pour le moment je ne crois pas que ce soit productif, à moins qu'il n'y ait un changement... Je suis prêt à aller à Belgrade, bien sûr. J'y allais très souvent dans des circonstances plus hostiles encore.

Q - Et avec le Premier ministre kosovar ?

R - Ca s'est très bien passé, il a fait un discours extrêmement respectueux des formes, de Premier ministre, très court. Il nous a dit des choses très claires sur la protection des minorités, qu'il était très fier de ce pays multiethnique et qu'il allait continuer dans ce sens. Non, c'était très bien. Cela a été très bien accueilli. Il n'y avait pas que lui. Vous savez, le paysage de cette tribune avec tous les pays nés, si vous voulez, ou "re-nés" de la disparition de la Fédération des Républiques yougoslaves, c'était très impressionnant.

Et avec Carl Bildt, qui a été responsable pour l'ONU, et moi-même - nous n'étions pas loin l'un de l'autre - est-ce que nous aurions pu penser à ça dix ans plus tôt ? Les choses évoluent plutôt favorablement. Voir la Bosnie, voir la Croatie, voir la Republika Srpska, tout le monde était là.

Q - Il y avait un moment où les Serbes étaient là avec le Kosovo ?

R - Bien sûr. Mais en fait c'était une dame qui était avec Vuk Jeremic ce matin, qui occupait le siège de la Serbie. Et Vuk était parti, donc ce n'était pas exactement pareil.

Q - Oui mais il y avait un officiel de la Serbie ?

R - Absolument, mais enfin qui a dit peu de choses.

Q - ...Qui a pris la parole ?

R - ...Qui a dit "vous savez que mon ministre est parti...", mais enfin tout de même.

Vous savez, quand vous avez connu la Bosnie et que vous les voyez maintenant plutôt quand même en ordre de marche, en tout cas en "speaking terms", vous avez le sentiment que tout peut changer, y compris le problème de la Serbie et du Kosovo.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 7 avril 2008

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