Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur l'emploi, la formation professionnelle et la formation continue dans le domaine de la maintenance, l'implantation d'un centre d'ingénierie du matériel roulant de la SNCF et le développement du transport de marchandises, Le Mans, le 5 avril 2008. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur l'emploi, la formation professionnelle et la formation continue dans le domaine de la maintenance, l'implantation d'un centre d'ingénierie du matériel roulant de la SNCF et le développement du transport de marchandises, Le Mans, le 5 avril 2008.

Personnalité, fonction : FILLON François.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Inauguration du Techniparc au Mans (Sarthe), le 5 avril 2008

ti : Mesdames et messieurs, je voudrais d'abord vous dire le très grand plaisir que j'ai d'être ici. Je ne peux pas m'approcher de la piste du circuit des 24 heures du Mans sans sentir une petite pointe d'adrénaline, même si le moteur qu'on nous a présenté tout à l'heure ne pourrait sans doute pas procurer les mêmes sensations que celles que l'on a d'habitude sur cette piste - il a d'autres qualités. Je voudrais d'abord me réjouir du succès du Technoparc du Mans. Je me souviens - et Marcel-Pierre Cleach le rappelait tout à l'heure - qu'au milieu des années 1990, alors que je présidais d'abord le comité d'expansion économique de la Sarthe, puis le conseil général, nous étions, avec Marcel-Pierre Cleach, avec la SECOS, puis avec Alain Laureart, avec Michel Legendre, assez peu à y croire. Nous avons pris un risque, celui de parler de notre identité, de notre héritage à travers ce Technoparc. Cet héritage, c'était celui de la course automobile, ici, pour créer de la valeur ajoutée au tissu industriel manceau et pour structure l'Ouest de l'agglomération. Depuis, avec Roland du Luart, l'effort a été poursuivi et aujourd'hui, le retour sur investissement est là, puisqu'il ne reste plus qu'un ou deux terrains à vendre sur le Technoparc. C'est vrai, honnêtement, qu'on n'avait pas imaginé, en lançant cette initiative, qu'un jour, ce serait le ferroviaire qui viendrait y installer ses compétences, mais c'est souvent comme ça, le développement économique. Il n'y a qu'un seul cas dans lequel on est sûr du résultat, c'est quand on n'investit pas et qu'on ne fait rien.

Accueillir une entreprise comme la SNCF, c'est une consécration, et c'est la deuxième chose que je voudrais dire. Plusieurs sites étaient en concurrence, mais c'est Le Mans qui a été choisi. Ce n'est pas un hasard. Nous sommes certes proches du centre d'ingénierie du matériel roulant, mais nous avons su aussi, avec l'ensemble des collectivités locales, créer les conditions optimales pour rendre notre territoire attractif.

Je voudrais profiter de cette occasion qui m'est donnée pour évoquer au fond deux sujets, la question de l'emploi et de la formation, et celle du développement de la SNCF. D'abord un mot sur l'emploi, pour dire qu'avec 7,5 % de chômage dans notre pays, nous sommes revenus à un taux que nous n'avions pas connu depuis 1983. Et nous avons, en deux ans, gagné à peu près deux points de chômage par rapport à ce qui était la moyenne, avec des hauts et des bas depuis très longtemps. Qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire qu'il n'y a pas de fatalité du chômage de masse ; cela veut dire que quand on regarde les autres pays européens qui nous entourent et qui ont réussi, pour au moins dix d'entre eux déjà, à atteindre le plein emploi, cet objectif est possible. Il est possible à condition de continuer à nous réformer. Nous avons une économie qui est créatrice d'emplois, mais si on veut aller plus loin, c'est-à-dire si on veut gagner les deux points qui nous séparent de ce que l'on appelle le plein emploi, il faut résoudre le paradoxe de notre marché du travail. Et ce paradoxe, tout le monde le connaît, c'est d'un côté une pénurie de main d'oeuvre dans certains secteurs et de l'autre, un chômage qui reste élevé avec une durée qui reste trop longue pour certaines populations, notamment les jeunes, en tout cas les jeunes peu qualifiés, les seniors, mais aussi les femmes. Tout l'enjeu consistera donc, dans les années à venir, à accélérer les créations d'emplois, tout en étant en capacité de pourvoir ces emplois. Et la clé de cette boucle vertueuse, c'est la formation. Et mon ambition, c'est de doter la France d'un système qui soit apte à répondre aux nouveaux besoins de qualification, qui changent sans cesse, et à accompagner les transitions professionnelles. Nous avons pour cela engagé plusieurs réformes structurelles.

D'abord, la réforme du contrat de travail et celle de la sécurisation des parcours professionnels. Sur ces sujets très difficiles, nous avons fait le choix de laisser les partenaires sociaux trouver eux-mêmes les meilleurs compromis ; ils l'ont fait. Et l'accord qu'ils ont signé le 11 janvier sera débattu au Parlement dans les tout prochains jours.

Et puis la réforme du service public de l'emploi avec la fusion de l'ANPE et de l'Unedic pour épauler et orienter efficacement les demandeurs d'emploi ; là encore, il n'est peut-être pas nécessaire de faire preuve de beaucoup d'imagination, il suffisait de regarder autour de nous les pays qui avaient réussi, ceux qui n'avaient pas réussi. Ceux qui avaient réussi, c'est ceux qui avaient mis en place un système d'accompagnement des demandeurs d'emploi beaucoup plus dense, beaucoup plus efficace que celui qui existe dans notre pays.

Et puis enfin, c'est la réforme de la formation professionnelle proprement dite. En dépit de toilettages successifs, notre système de formation professionnelle n'est toujours pas à la hauteur de nos attentes et de l'effort financier que la nation y consacre. Les besoins des salariés des entreprises ne sont pas suffisamment pris en compte, c'est une tâche immense puisqu'il faut non seulement pouvoir offrir à ceux qui entrent sur le marché du travail une qualification solide et qui soit adaptée aux offres d'emplois, mais il faut aussi donner aux actifs une formation pour s'adapter à des organisations de travail en forte évolution. On parle beaucoup de la question de l'emploi des seniors, la solution de cette question est beaucoup plus dans la formation que dans toutes les autres dispositions législatives ou financières que l'on pourrait imaginer. J'ai tout à l'heure beaucoup apprécié de voir ce que l'on appelle un senior, c'est-à-dire quelqu'un qui a le même âge que moi, qui est en train de se reconvertir dans ce centre sur un nouveau métier. Quand on vous reconvertit, vous êtes capables d'occuper une nouvelle fonction. Si on ne vous donne pas de formation au milieu de votre carrière, eh bien progressivement, vous vous trouvez de plus en plus déconnecté par rapport aux évolutions de la technologie, aux évolutions du marché du travail et vous vous trouvez en situation d'échec. Nous avons mis en place un groupe de travail sur la formation professionnelle continue, avec l'Etat, avec les partenaires sociaux et avec les régions. Les discussions de ce groupe de travail vont nous permettre de fixer nos objectifs et de dégager les premières orientations. Pas question de refaire un nouveau diagnostic de la situation, la situation, on la connaît parfaitement, ce qu'il faut maintenant, ce sont des conclusions opérationnelles ; je les attends pour le mois de mai et j'espère qu'elles seront pragmatiques et qu'elles seront innovantes.

La maintenance fait partie justement des métiers qui sont, comme on dit, les plus en tension, particulièrement pour les techniciens. Ces tensions sont supérieures de 50 % à la moyenne des autres branches professionnelles. Cela veut dire que contrairement à une idée communément admise : ce sont les métiers de la maintenance, des métiers d'avenir. Ce sont des métiers où un jeune peut entrevoir une très belle réussite professionnelle, ce sont des métiers à forte valeurs ajoutée technologique, où les matériels connaissent d es évolutions rapides et souvent passionnantes. Aujourd'hui, avec ce Technicampus, un cap symbolique est franchi dans la valorisation des filières manuelles et technologiques qui pâtissent d'une image injustement négative. Pour réussir, il faut faire du sur-mesure. Et c'est ce qui est fait ici. Les élèves se verront proposer une solution personnalisée d'une manière générale. Ils pourront choisir entre un parcours en deux, trois ou 4 années, CAP en deux ans, bac professionnel en trois ans ou CAP suivi d'un bac professionnel en quatre ans. Le bac professionnel, c'est une formule qui doit intéressée les adolescents qui ne veulent pas sacrifier leur vocation ou leur talent sur l'autel des sacro-saintes études longues. Dix mille élèves ont choisi cette voie à la rentrée dernière, et le taux de croissance est de 50 % par rapport à 2005. Il faut faire preuve d'encore plus de créativité en identifiant en concertation les nouveaux baccalauréats en trois ans qu'il est possible de mettre en place. Le futur Technicampus illustre bien ce qu'il faut faire. D'abord parce qu'il va faire rêver des jeunes en diffusant une image positive de l'apprentissage technique et des opportunités qu'il offre. Ensuite, parce qu'il va engendrer un véritable brassage, un brassage entre les jeunes en formation initiale et les actifs en formation continue. Un brassage entre ces derniers et les salariés d'autres unités qui se reconvertissent dans les métiers de la maintenance. Un brassage entre tous les savoir-faire en matière de maintenance des matériels de transport terrestre.

Parce qu'au-delà des spécialités ferroviaires, les gestes et les compétences sont proches. Et il y a donc des synergies à trouver entre les acteurs industriels et de la formation, sur le territoire même de ce Technoparc, comme sur le territoire de l'agglomération mancelle. L'implantation de la SNCF au côté des professionnels de l'automobile va, j'en suis certain, susciter des enrichissements mutuels, même si on n'ira pas jusqu'à courir les 24 heures du Mans sur des rails, comme l'avait annoncé le poisson d'avril de Ouest-France. Encore que ? Il y a des rails sur la piste et quant on sort de la trajectoire, c'est comme si on déraillait.

Mesdames et messieurs, le troisième symbole d'avenir et de réussite dans cette première pierre, c'est le ferroviaire. Le chemin de fer, cet emblème de la première révolution industrielle sera aussi celui de la troisième dans les décennies qui viennent. Et comme le mode de transport de la deuxième révolution industrielle c'était l'automobile, on peut dire que dans la Sarthe, on a coché toutes les cases. Les succès de la grande vitesse TGV, en France comme à l'étranger, le renouveau des tramways et des métros en agglomération, la progression de la demande pour les TER, partout, le rail est plébiscité. Et ce n'est qu'un début, parce qu'avec le défi environnemental qui s'impose à nous, le développement des transports massifiés va s'amplifier. Il faut donc que nous cultivions notre avantage en la matière. Nous avons uns stratégie cohérente et ambitieuse et donc des attentes fortes envers l'entreprise nationale SNCF pour les années qui viennent.

D'abord, monsieur le président, le fret. Notre pays est la plaque tournante des flux de marchandises en Europe. C'est le point de passage obligé de la quasi-totalité des trafics avec la Péninsule ibérique et l'Italie. D'un côté, nos autoroutes sont encombrées par un nombre excessif de poids lourds, avec toutes les conséquences écologiques que l'on sait, notamment au passage des Alpes et des Pyrénées ; de l'autre, nos ports sont un potentiel sous exploité puisqu'ils sont en fait la porte d'entrée naturelle en Europe, alors même que les grands ports d'Europe du Nord sont saturés, ces grands ports d'Europe du nord qui nous montrent la voie à suivre. La voie à suivre c'est l'intégration des modes de transports. A Anvers, ce sont plus de 220 trains qui sont chargés et déchargés chaque jour. Le fret ferroviaire, c'est donc le grand défi du moment pour la SNCF. Et je veux dire à cet égard que le rapprochement envisagé avec Géodis fera de cet ensemble l'un des tout premiers acteurs en Europe dans le domaine du transport des marchandises. C'est un des objectifs majeurs que le Gouvernement vous a assigné, monsieur le président.

Ce défi exigera des efforts de tous. L'Etat fera sa part du chemin, en faisant le nécessaire pour assurer les interconnections partout où le fret ferroviaire en a besoin, dans les ports, dans les plateformes logistiques, aux points du réseau où la fluidité le réclame. Le ferroviaire est actuellement au milieu du gué. La mutation de ses conditions d'exploitation est engagée dans toute l'Europe depuis plusieurs années, et la SNCF y prend naturellement sa part. Ma conviction, c'est qu'il ne peut y avoir de développement durable du ferroviaire que sur des bases saines, c'est-à-dire des bases comparables à celles mises en place par nos partenaires. Cela implique deux choses : d'abord une ouverture progressive à la concurrence, selon un calendrier bien défini, et en veillant à mettre notre pays à même d'y faire face, à faire en sorte que chaque opérateur ferroviaire puisse faire rouler des trains dans de bonnes condition sur notre réseau, et à ce que la SNCF soit elle-même en mesure de jouer pleinement son rôle. Cela veut dire que l'accès des entreprises aux infrastructures doit se faire dans des conditions non discriminatoires, et dans le cadre d'une gestion qui soit à la fois dynamique, simple et efficace. Un pas essentiel dans ce domaine va être fait avec la création prochaine d'une autorité indépendante, chargée de la régulation du marché, et de la remise à plat du processus d'allocation des sillons aux différents opérateurs.

Des bases saines, cela veut dire aussi une certaine vérité des prix. Peu de gens le savent, mais la SNCF et les autres opérateurs ferroviaires paient des péages à Réseau ferré de France. Je sais que c'est un sujet sensible entre la SNCF et RFF. Je sais aussi qu'il y aura des ajustements à opérer. On ne peut pas nier que les tarifs de ces péages sont trop bas ; ils sont plus bas que chez la plupart de nos voisins, notamment sur le fret. Ils ne reflètent donc pas la réalité économique et ils ne couvrent pas le coût des infrastructures.

Or, c'est un problème parce que les droits de péage à Réseau ferré de France financent l'entretien du réseau. C'est aussi un problème, parce que au moment où le marché s'ouvre il faut éviter que les nouveaux entrants bénéficient de subventions indues du fait des péages trop bon marché. Donc, nous allons engager une révision de ces tarifs qui sera applicable à partir de 2010, le tout évidemment, sans déséquilibrer l'économie du secteur, ni le prix du billet pour le passager.

Augmenter les péages, ce n'est pas enrichir Réseau ferré de France, c'est faire en sorte que le réseau soit en bon état, et qu'il soit modernisé.

Monsieur le président, avec le président de la République nous vous avons confié une mission ambitieuse. Nous vous avons demandé de construire un leader du fret et de la logistique dans la mondialisation des échanges. Nous vous avons demandé de faire des déplacements ferroviaires quotidiens un nouveau modèle de service public. Nous vous avons demandé de pousser l'avantage de la grande vitesse à la française en France, en Europe et dans le monde. De moderniser le réseau ferroviaire français, et de prendre de l'avance sur ce qu'on appelle "la mobilité durable". Je veux vous dire que j'ai confiance dans votre expérience, j'ai confiance dans l'aptitude des hommes et des femmes de la SNCF à réussir ces mutations. Je veux pour la SNCF un projet industriel qui s'accompagne d'une évolution de l'organisation du travail. Je sais que vous menez en ce moment avec les organisations syndicales une concertation très importante, notamment sur l'avenir de la branche fret. Je souhaite que tout cela converge sur un projet commun que l'Etat pourra ensuite valider.

Une nouvelle organisation et une nouvelle offre commerciale doivent être mises en place pour le 1er octobre prochain.

Oui, monsieur le président j'ai confiance, parce que la SNCF porte en elle une richesse unique, la compétence des cheminots, et des savoir-faire exceptionnels. C'est sur ce socle que se construira l'avenir de la SNCF, et c'est pourquoi ce "Technicampus" prend tout son sens. Je ne sais pas si on peut dire que, pour nous, la SNCF, ça veut dire "Succès National du Chemin de Fer". Avec un TGV qui passera bientôt à 350 Km/h ; avec des projets d'automotrices à grande vitesse ; avec 2.000 nouveaux kilomètres de voies prévues ; avec l'exportation du TGV en Argentine et au Maroc.

Ces succès doivent conforter les missions d'intérêt général que l'Etat assigne à la SNCF. Il faut poursuivre une politique tarifaire, populaire et démocratique pour un accès de tous à la grande vitesse. Il ne faut plus voir de ralentissement, si ce n'est pas des débrayages, sur certaines lignes régionales mal entretenues. Il faut en finir avec les services interurbains dégradés, comme certaines lignes RER en région parisienne. En tant qu'opérateur historique, gestionnaire délégué de l'infrastructure et principal contributeur à Réseau ferré de France. La SNCF se doit de participer à un plan ambitieux de rénovation des voies. La qualité du service rendu aux usagers doit être améliorée dans les transports régionaux. Il faut donc poursuivre la politique des contrats signés avec les régions, qui est une réussite. Pardonnez-moi d'évoquer ici, monsieur le président de la région des Pays de la Loire, en Pays-de-la-Loire, l'Ile-de-France, mais c'est là que se situent, pour le moment, les problèmes les plus difficiles ; en Ile-de-France, monsieur le président, vous avez des chantiers lourds, la régularité des trains, le renouvellement des matériels roulants, la rénovation des gares, l'information des voyageurs en continu, l'accessibilité pour les personnes à mobilité réduite. Vous savez que sur tous ces sujets, nous n'avons pas le droit à l'erreur. Non seulement parce que c'est une question de vie quotidienne pour un quart des Français, mais aussi parce qu'il y va de l'attractivité et la compétitivité de la région capitale et donc, de notre pays.

Voilà, mesdames et messieurs, le message de volonté et de soutien que je voulais vous adresser. Autour de cette première pierre, il y a de belles promesses, de belles promesses pour la Sarthe, pour la région des Pays de la Loire et pour la France. Il y a des métiers porteurs, une expérience de la formation innovante, des synergies locales, il y a toute la question des transports de demain. Eh bien, à nous, tous ensemble, Etat, élus, responsables privés, d'y apporter notre meilleur soutien pour qu'à la pose de la dernière pierre, dans le délai le plus court possible, l'aventure de ce site puisse vraiment commencer.


Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 9 avril 2008

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