Interview de M. Bernard Accoyer, président de l'Assemblée nationale, dans "Le Parisien" du 12 avril 2008, sur le débat sur le projet de loi sur les OGM, l'application de la directive européenne et sur son souhait de voir se maintenir la recherche biomédicale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bernard Accoyer, président de l'Assemblée nationale, dans "Le Parisien" du 12 avril 2008, sur le débat sur le projet de loi sur les OGM, l'application de la directive européenne et sur son souhait de voir se maintenir la recherche biomédicale.

Personnalité, fonction : ACCOYER Bernard.

FRANCE. Assemblée nationale, président ; FRANCE. UMP, député

ti : Q - Le projet de loi sur les OGM a provoqué à l'Assemblée des remous et presque des violences...

R - Cette transposition de deux directives européennes a fait l'objet, depuis sept ans, de tergiversations sans fin. Ce retard a d'ailleurs entraîné des sanctions puisque la France est menacée, à cause de cela, de payer 38 millions d'euros. Or, derrière les OGM, il y a aujourd'hui une forme de doute, une sorte de peur...

Q - Une peur que vous comprenez ?

R - Je comprends que des craintes puissent s'exprimer à l'occasion d'une avancée technologique, sans doute insuffisamment expliquée. Cela étant, nous avons assisté à une gigantesque opération de manipulation de l'opinion, qui a déséquilibré le jugement des Français.

Pendant ces sept années de vide juridique, il y a eu en effet une série d'actions violentes conduites par certains altermondialistes idéologues. Leur opération de communication a été, il faut le reconnaître, un vrai succès. Un militant détruisant un champ d'OGM devant les caméras et face aux forces de l'ordre, ce sont des images tellement fortes ! L'amalgame, le raccourci, l'approximation ont prévalu sur la parole des scientifiques.

Les accusations et la caricature l'ont emporté sur l'objectivité. Un seul exemple : la mise en cause systématique de l'impartialité, voire de la déontologie, de tous ceux qui tentent, de bonne foi, de défendre un autre point de vue dans ce débat.

Résultat : l'opinion a été majoritairement troublée. Dans ce contexte, la discussion à l'Assemblée a été forcément très difficile.

Q - Comment expliquer le psychodrame qui s'est joué autour de la secrétaire d'Etat à l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet ?

R - Je regrette que la présence gouvernementale à l'Assemblée, pendant les débats, ait été réduite aux deux ministres chargés de l'environnement (NDLR : Jean-Louis Borloo et NKM). Les enjeux sont importants : il faut trouver un équilibre entre le respect de l'environnement, la protection de notre agriculture, la défense de notre économie et de notre recherche. Or nous n'avons vu au banc du gouvernement ni Michel Barnier (NDLR : le ministre de l'Agriculture) ni Valérie Pécresse (NDLR : la ministre de la Recherche). Cela peut expliquer beaucoup de choses.

Q - Nathalie Kosciusko-Morizet a-t-elle péché par arrogance ?

R - Non. Mais sa position n'a pas toujours été en phase avec celle de la majorité à laquelle elle appartient. C'est une situation que le Premier ministre a dû gérer avec doigté. Pour elle aussi, ce n'était sûrement pas facile de trouver la juste voie.

Q - Elle n'aurait pas dû embrasser José Bové pendant sa grève de la faim de janvier, lui reprochent les députés UMP...

R - La question peut se poser lorsqu'il s'agit de quelqu'un qui s'est rendu coupable d'actions illégales de destruction au mépris du travail des chercheurs et des paysans. Mais allons à l'essentiel. Depuis qu'il y a des fauchages volontaires en France, les cultures expérimentales dûment autorisées de plantes génétiquement modifiées sont passées de 115 en 1997 à 13 en 2007.

Et cette année, il n'y en aura sans doute pas. Tout l'avenir de notre agronomie, de notre recherche, de nos médicaments, de la lutte contre la mucoviscidose, contre certaines maladies orphelines ou certains cancers est remis en cause.

Nos chercheurs s'en vont ou sont déjà partis. Avant Bové, la France était l'un des tout premiers pays au monde dans le génie biomoléculaire. Aujourd'hui, elle est en passe de ne plus exister dans ce domaine. Pendant ce temps-là, les surfaces d'OGM cultivées dans le monde augmentent chaque année de plus de 20 %. C'est à ce jour l'une des meilleures solutions pour relever le défi de l'alimentation de l'humanité. On ne sait pas préserver notre ressource en eau, ni éviter les utilisations excessives de produits phytosanitaires qui polluent les nappes phréatiques sans ces technologies d'avenir. Or certaines pollutions chimiques peuvent être effectivement cancérigènes. Voilà la vérité scientifique.

Q - Vous êtes passionné...

R - Je suis entré tardivement en politique. Je suis médecin. Je lis régulièrement la presse scientifique. Et je suis décontenancé par les mensonges énormes et les amalgames inimaginables qu'on a entendus à l'envi dans l'hémicycle. Toutes les positions dogmatiques sont inacceptables, comme le sont tous les sectarismes.

Q - Qui visez-vous ?

R - Je pense à ceux qui veulent, surtout sans le dire, une France sans aucun OGM, sans progrès.

Q - Vous souhaitez que, sur les OGM, la clarification aille jusqu'au bout ?

R - Evidemment !... Dans notre pays - celui des Lumières - seule la raison doit l'emporter.

Q - Les députés UMP sont parfois jugés rétrogrades sur les questions d'environnement...

R - C'est tellement facile... Faut-il rappeler que c'est l'UMP qui a porté la charte de l'environnement ? Mais la France n'est pas dans une bulle de verre !

La défense de l'environnement passe aussi par l'utilisation des nouvelles technologies. On ne peut que se tourner vers le progrès pour relever les défis : c'est l'histoire de l'humanité. Si l'on n'avait pas accepté le nucléaire, nous n'aurions pas les moyens de lutter modestement contre les excès de consommation d'énergie fossile et contre l'effet de serre.

Si nous n'avions pas maîtrisé les technologies de la vaccination, de la manipulation génétique pour créer les vaccins et, par exemple, éradiquer la rage, il y a des tas de problèmes majeurs que nous n'aurions pas surmontés. De façon générale, soyons pragmatiques. Sans renier les engagements du Grenelle de l'environnement, ni le principe de précaution. Mais sur les biotechnologies, il ne faut pas fermer la porte à tout ! Ce serait suicidaire.

Q - Le président de la République doit-il avoir le droit demain, à la faveur de la révision constitutionnelle, de venir s'exprimer devant le Parlement ?

R - Il n'est pas illégitime qu'un chef de l'Etat puisse s'exprimer directement devant les parlementaires français, comme devant les médias ou devant d'autres parlementaires, ainsi que Nicolas Sarkozy l'a fait à Londres. Une intervention par an, ce serait bien. Mais il y a aussi des circonstances importantes - par exemple la décision d'envoyer des troupes à l'étranger - qui justifieraient une communication du chef de l'Etat devant les députés et sénateurs. Il faut en débattre.

Q - Que pensez-vous du revenu de solidarité active (RSA) dont l'avenir n'est pas assuré ?

R - Le RSA est conforme à notre volonté de réhabiliter la valeur travail. Cette excellente idée de Martin Hirsch mérite d'être soutenue et mise en oeuvre au rythme des contraintes financières, tout comme sa proposition de créer un bouclier sanitaire, seul moyen de relever le défi de la hausse des dépenses de soins, inéluctable avec le vieillissement de la population et le progrès des traitements. C'est une réponse juste parce qu'elle tient compte des revenus des familles.

Q - Fallait-il remettre en cause la carte famille nombreuse ?

R - Je suis totalement opposé à ce que la nation ne manifeste pas concrètement une solidarité élémentaire à l'égard des familles nombreuses. Le président de la République a été très clair sur ce sujet. Je l'approuve totalement.


Source http://www.ump.assemblee-nationale.fr, le 17 avril 2008

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