Interview de M. Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat à l'emploi, à "RMC" le 9 avril 2008, sur les manifestions sur le parcours de la flamme olympique à Paris, sur la politique de l'emploi et l'offre d'emploi raisonnable et sur le revenu de solidarité active. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat à l'emploi, à "RMC" le 9 avril 2008, sur les manifestions sur le parcours de la flamme olympique à Paris, sur la politique de l'emploi et l'offre d'emploi raisonnable et sur le revenu de solidarité active.

Personnalité, fonction : WAUQUIEZ Laurent, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'emploi;

ti : J.-J. Bourdin.- L. Wauquiez, bonjour... Vous avez changé de casquette, si je puis dire, dans ce Gouvernement. On va parler évidemment emploi tout au long de cette demi heure. Un mot sur l'actualité. Vous êtes jeune, vous êtes passionné de sport, je le sais. Les Jeux Olympiques... Un mot quand même sur ce qui s'est passé à Paris avec ces Chinois. Sont-ils des policiers déguisés avec des survêtements sur le dos, qui entourent la flamme et qui finalement la privent de liberté ? Ca ne vous gêne pas ça ? Ca ne vous a pas gêné ?
R.- J'ai été un peu choqué par les images parce que je pense qu'il y a l'esprit de l'olympisme qu'il faut qu'on arrive à sauvegarder et je crois que surtout, quand on manifeste, ce qui est un droit dans ce pays, c'est important qu'on puisse exprimer son opinion, qu'on mette la pression sur les droits de l'homme, mais ce que je crains c'est quand on va au delà des limites, le risque c'est que finalement ça n'apporte rien en terme de droits de l'homme.
Q.- Donc les responsables ce sont les manifestants ?
R.- Non, ce n'est pas ce que je veux dire. Juste, ce que je veux dire, c'est qu'il faut qu'on arrive à trouver un équilibre entre le fait de mettre la pression, d'essayer de nouer un dialogue et d'inciter à un dialogue entre la Chine et le Tibet mais pas non plus se perdre dans un spectacle où je ne suis pas sûr que ça améliore et que ça va contribuer à améliorer concrètement les choses au Tibet.
Q.- Est-ce qu'il faut continuer ce parcours de la flamme olympique ?
R.- Oui, je pense parce que la flamme olympique, c'est tout l'esprit de l'olympisme et ce sera au-delà de la Chine.
Q.- L. Wauquiez, parlons emploi. D'abord parlons aides sociales, ce qu'a dit le président de la République hier et j'ai une question directe à vous poser, est-ce que les aides sociales en France sont en partie responsables de la dette de l'Etat ?
R.- Non, les aides sociales ne sont pas en partie responsables de la dette de l'Etat parce qu'il y a des gens qui en ont besoin. La seule chose c'est qu'il faut que ces aides sociales soient utiles et que surtout, elles n'enferment pas les gens dans une logique d'assistance mais qu'on les aide dans un parcours pour revenir vers l'emploi. Et toute la logique qu'on essaie de porter autour du président de la République, c'est de dire : chaque sou doit être utilisé pour inciter et ramener vers une trajectoire d'emploi.
Q.- Mais les politiques sociales sont en partie responsables du déficit et de la dette. C'est ce qu'a dit N. Sarkozy hier.
R.- Oui, si jamais elles sont mal utilisées. C'est-à-dire que si jamais on fait juste dans les aides sociales, en donnant de l'argent aux gens et sans s'occuper derrière que ça les aide à se remettre dans une direction d'emploi, ça ne sert à rien. Prenons un exemple concret, si jamais vous prenez quelqu'un qui est au RMI, que vous lui donnez juste de l'aide sociale sans, à côté de ça, essayer de réfléchir en terme de parcours de formation professionnelle pour l'amener vers ces métiers par exemple du BTP où il y a de l'emploi, sans essayer de voir comment est-ce qu'on peut essayer de le remettre à niveau sur des formations - logiciel, informatique ou même des choses aussi basiques que savoir se présenter, lire, écrire, ce genre de choses - à quoi ça sert ? On donne juste de l'argent sans réellement s'occuper de la personne derrière. Et c'est un petit peu ce qu'on essayera aussi de faire avec M. Hirsch, c'est voir comment est-ce que chaque aide sociale peut être mobilisée pour aider les gens vraiment et durablement.
Q.- M. Hirsch et son RSA. Le RSA qui sera regardé de près, si j'ai bien compris ?
R.- Oui parce que, pourquoi...
Q.- Est-ce qu'on va généraliser le RSA ? Oui ou non ?
R.- L'engagement oui, c'est d'essayer de faire en sorte d'utiliser, d'abord il faut expliquer ce qu'est le RSA.
Q.- Il sera généralisé ?
R.- Je vais répondre mais juste peut-être, le RSA il faut expliquer quand même ce que c'est.
Q.- On l'a beaucoup expliqué mais on va le rappeler. Allez-y.
R.- Donc le RSA c'est juste essayer de faire en sorte que quand quelqu'un est dans des minima sociaux comme le RMI et qu'il recommence à travailler, chaque heure où il travaille lui rapporte de l'argent. Ca c'est l'esprit initial du RSA. Après ce à quoi il faut...
Q.- Parce qu'il vaut mieux se remettre au travail que de rester au RMI.
R.- Exactement.
Q.- Et de toucher des aides sociales.
R.- Oui parce que tout le monde le vit...
Q.- Donc c'est bien le RSA, donc il faut l'encourager.
R.- Oui mais attention parce qu'il faut arriver à le financer correctement et il ne faut surtout pas que pour faire le RSA, on dépouille Pierre et Jacques. C'est-à-dire qu'il ne faut pas que pour faire le RSA...
Q.- Il faut trouver de l'argent quoi.
R.- Oui il faut trouver de l'argent et surtout, il faut faire en sorte que cet argent on ne le prenne pas notamment aux classes moyennes modestes qui travaillent et qui, elles, bénéficient par exemple de la prime pour l'emploi.
Q.- Il faudrait le prendre à qui cet argent ? A d'autres ?
R.- Oui bien sûr, on peut toujours...
Q.- Mais oui, on peut toujours. Encore faut-il en avoir l'ambition et la volonté.
R.- Prenons juste un tout petit peu de recul, pour comprendre quel est le travail qu'en tous cas, j'essaie de porter. C'est que dans une période budgétaire difficile, il faut que chaque euro qu'on investisse serve à faciliter l'accès à l'emploi. Et c'est ça la priorité. On a des très bons chiffres du chômage mais pas suffisamment bons si on veut revenir à 5%. La priorité c'est de faire en sorte que chaque argent investi serve la cause de l'emploi.
Q.- Alors, on va parler des embauches parce qu'il y a du travail en France, il y a des propositions d'embauche, encore faut-il trouver le personnel qualifié, correspondant. On va en reparler mais sur le RSA, est-ce qu'il doit être limité dans le temps ?
R.- Vous voulez dire limité dans le temps dans le cadre de son aide ?
Q.- Oui.
R.- Aujourd'hui qu'est-ce qui se passe ? On a une période d'expérimentation du RSA, département par département. C'est-à-dire que M. Hirsch a mis en place le RSA dans les différents départements. J'ai envie de dire, il faut voir comment ça tourne. C'est-à-dire, si on fait une expérimentation, ce n'est pas pour dire tout de suite : on va le généraliser immédiatement. Il faut avoir les retours de l'expérimentation. Si dans le cadre des expériences qu'on a tentées, on s'aperçoit qu'on a besoin du RSA sur une longue durée, d'accord. Si on s'aperçoit au contraire qu'il faut le faire sur une période de temps qui soit limitée, c'est ça qu'il faut faire.
Q.- Mais il sera généralisé, vous confirmez donc ?
R.- Oui il y a un engagement là-dessus.
Q.- Un engagement et il sera tenu ?
R.- Oui mais il faut bien qu'on calibre le RSA pour que ça n'aboutisse pas, soit à des dépenses inutiles, soit à prendre de l'argent d'autre part, notamment sur les classes moyennes modestes. Ca je pense que ce serait une lourde erreur.
Q.- Bien, je voudrais revenir aussi sur ce qu'a dit aussi hier le président de la République, qui est très important. Il a dit que le chercheur d'emploi - volontairement, j'emploie le mot "chercheur d'emploi", au lieu de demandeur - qui refuse deux offres d'emploi raisonnables pourra être sanctionné, c'est ça ?
R.- Oui c'est ça.
Q.- Sanctionné.
R.- Alors il faut l'expliquer clairement.
Q.- Expliquez-nous.
R.- Qu'est-ce que je cherche à faire et qui est d'ailleurs un souhait et un engagement du président de la République ? Jusque-là, on a parfois eu un peu l'impression que le chômage était juste et que ce qui était pas très bon, un petit peu une logique d'assistanat. C'est-à-dire que vous prenez quelqu'un qui se présente à l'ANPE, vous le traitez comme un numéro dans une liste de statistique, et puis grosso modo, de temps en temps, on lui présente une offre d'emploi. Même si la situation s'est considérablement améliorée en terme d'effort fait par les équipes ANPE/ASSEDIC. Ce qu'on veut essayer de faire, c'est de faire en sorte que quand le demandeur d'emploi vient, on fasse un vrai contrat avec lui dans lequel on met sur la table les droits qu'il a, un vrai accompagnement personnalisé où on fait du sur mesure, le fait d'avoir un entretien très régulier mensuel, le fait qu'on lui propose des vraies offres d'emploi, le fait qu'il ait accès à de la formation s'il en a besoin pour se mettre à niveau dans tel domaine. Mais en contrepartie, il y a aussi des devoirs. Et moi en tant que ministre de l'Emploi, je veux mettre le paquet pour qu'on ait un vrai accompagnement, où le demandeur d'emploi soit vraiment aidé, épaulé, où on soit efficace, où on s'impose une culture de résultat au niveau du fonctionnement ANPE/ASSEDIC. Mais de l'autre côté, il faut que ce soit aussi équilibré et qu'il y ait des devoirs en contrepartie.
Q.- Quelles sanctions ? Quels devoirs ?
R.- Alors juste ces devoirs, ça veut dire quoi ? Ces devoirs, ça veut dire que si on vous propose deux offres d'emploi qui sont des offres d'emploi raisonnables, qui correspondent au secteur...
Q.- Ca veut dire quoi "raisonnables" ?
R.- Il y a plein de manières de l'évaluer. La première d'abord c'est que ce soit, grosso modo, dans la branche professionnelle dans laquelle vous êtes.
Q.- Pas grosso modo, dans la branche professionnelle.
R.- Oui, après, ça dépend évidemment. Vous avez parlé aussi de ces offres d'emploi qui sont non pourvues. Prenons un exemple. Quelqu'un qui était chargé de manutention dans une entreprise. Par exemple, je ne sais pas, une entreprise en difficultés comme une entreprise du textile ou de la sidérurgie. Peut-être qu'avec une formation, on peut lui permettre de rebondir dans une branche d'une entreprise d'artisan, d'électricien qui va lui permettre de retrouver beaucoup plus facilement un emploi. Vous avez parlé de ces offres d'emploi qui sont non pourvues. On a 650 000...
Q.- On va y revenir mais finissez sur les sanctions éventuelles.
R.- D'accord. Donc, ça c'est la première et encore une fois, ma première logique n'est pas une logique de sanction.
Q.- Mais ça j'ai compris, L. Wauquiez, mais je voudrais... les sanctions éventuelles, quelles seraient ces sanctions éventuelles ?
R.- Les sanctions par exemple, c'est de suspendre pour une période de temps limitée ou définie dans le temps, de dire : pendant 15 jours, pendant un mois, pendant 2 mois, en fonction de la motivation qu'on a vue du demandeur d'emploi, on suspend les droits à indemnités.
Q.- Ca veut dire qu'on suspend les indemnités si le chercheur d'emploi refuse deux offres d'emploi raisonnables ?
R.- Raisonnables.
Q.- Pourquoi ?
R.- C'est une question de justice.
Q.- Suspendu dans une période de temps, 15 jours, un mois, trois mois, définitivement peut-être ? Définitivement ou pas ?
R.- Juste, monsieur Bourdin, pourquoi est-ce que je ne vais pas vous répondre ? Pardonnez-moi. C'est parce que c'est sujet dont on va discuter avec les partenaires sociaux.
Q.- J'imagine oui.
R.- C'est quand même la moindre des choses.
Q.- Bien sûr.
R.- Le sujet est sur la table. Ca fait partie du courrier qu'on a envoyé avec C. Lagarde aux syndicats. On en discute le 6 mai mais après, on entame le travail. Pourquoi ?
Q.- On va un petit peu plus loin. Je résume. Je suis chercheur d'emploi. On me propose, l'ANPE me propose deux offres d'emploi "raisonnables", alors vous avez défini.
R.- Je les refuse successivement.
Q.- Je les refuse successivement, je perds mes indemnités.
R.- Oui. Pourquoi ? Parce que c'est une question de justice. On ne peut pas avoir d'un côté des gens qui cherchent de l'emploi, qui sont des demandeurs d'emploi. On ne peut pas avoir d'un côté l'ANPE/ASSEDIC qui met le paquet pour essayer de les aider, en tous cas c'est ce que je veux faire, et de l'autre un certain nombre de personnes qui, elles, ne sont pas véritablement dans une logique de recherche d'emploi.
Q.- Si on me propose un emploi à l'autre bout de la France, est-ce que ça entre dans les offres d'emploi "raisonnables" ?
R.- Ca c'est sans doute pas une offre d'emploi raisonnable parce que si jamais vous êtes...
Q.- Donc il faudra que l'offre d'emploi soit dans mon périmètre géographique ?
R.- Si jamais vous avez construit votre maison au Puy-en-Velay ou en Haute-Loire chez moi.
Q.- Oui, au Puy-en-Velay, tiens, par exemple.
R.- Que vous avez deux enfants qui sont scolarisés, c'est évident que si on vous propose un job qui est à Montpellier ou à Lille, ce n'est pas une offre d'emploi raisonnable parce que vous avez construit votre vie, que vous vous êtes endetté pour votre maison etc. Ca ce n'est pas raisonnable.
Q.- Et si c'est à 40 ou 50 kilomètres, c'est raisonnable ?
R.- Par contre, si c'est à 30 kilomètres et qu'on essaie de voir comment est-ce qu'on peut, à côté de ça, compenser les coûts que représente la distance, c'est raisonnable.
Q.- On pourrait nous aider avec un chèque transport, par exemple, mais enfin, ça c'est un autre débat.
R.- Non mais ça, c'est des bonnes idées, parce que c'est des idées de bon sens.
Q.- Oui, une bonne idée les chèques transport mais enfin vous l'avez mise au rancard, cette idée. Elle a disparu.
R.- Non, non, non.
Q.- Ah bon ?
R.- Prenons des trucs simples en la matière. La mobilité c'est un vrai problème quand vous cherchez un emploi. Moi j'ai des gens chez moi qui travaillent, par exemple, au Puy, qui travaillent à 30 kilomètres de là et qui perdent toute une partie de leur salaire en transport. Il y a une réflexion à avoir sur la mobilité. Des choses même toutes bêtes. Un demandeur d'emploi qui a 23 ans, lui payer une mobylette pour faire en sorte qu'il puisse aller prendre un job qui est à 15 kilomètres de là et où il n'y a pas de transport en commun...
Q.- Mais qui va payer la mobylette ? L'Etat, sans argent ?
R.- Peut-être que ça vaut la peine, là-dessus, d'investir parce que moi je préfère qu'on investisse.
Q.- Votre mairie du Puy ?
R.- Pourquoi pas, sur une Mission locale. Je préfère qu'on investisse là-dessus et qu'on permette à un jeune d'avoir son premier job, plutôt que de l'avoir et qu'il se dise, je n'ai pas d'avenir et qu'il reste à regarder les affichettes devant la Mission locale.
Q.- 8 heures 45 déjà, ça passe vite. L. Wauquiez, secrétaire d'Etat à l'emploi est notre invité ce matin. J'ai d'autres questions et vous aussi, j'en suis sûr. Sur RMC, vous appelez 32 16. A tout de suite.
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 9 avril 2008

Rechercher