Interview de M. Jean-François Copé, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, à RMC le 10 avril 2008, sur le débat sur les OGM et sur les déclarations de N. Kosciusko-Morizet à l'Assemblée nationale. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Jean-François Copé, président du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée nationale, à RMC le 10 avril 2008, sur le débat sur les OGM et sur les déclarations de N. Kosciusko-Morizet à l'Assemblée nationale.

Personnalité, fonction : COPE Jean-François, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. UMP, président du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale ; FRANCE. UMP, député;

ti : J.-J. Bourdin.- J.-F. Copé, bonjour.
 
R.- Bonjour.
 
Q.- Alors, un mot de l'olympisme puisque cette flamme continue son parcours chaotique à travers le monde. Est-ce qu'il ne serait pas bon d'arrêter ce parcours ?
 
R.- De l'arrêter, non, mais enfin en tout cas c'est vrai que c'est chaotique. Je dis non parce qu'il y a une toute une tradition - il faut que l'olympisme dépasse les circonstances d'une olympiade par rapport à une autre, c'est une tradition mondiale - à laquelle on est attachée, mais enfin c'est vrai que tout ça est très chaotique.
 
Q.- Ca ne vous a pas gêné que les Chinois décident lundi à Paris.
 
R.- Que les Chinois, pardon ?
 
Q.- Que les Chinois décident lundi à Paris.
 
R.- « Décident », je ne comprends pas.
 
Q.- Décident d'arrêter, de cacher la flamme, de l'éteindre. Soient les maîtres d'oeuvre.
 
R.- Ah ! Je vais vous dire, tout ça s'est mal passé, je ne vais pas vous dire le contraire, c'est vraiment une image tout à fait désolante de l'olympisme, ce n'est évidemment pas l'idée qu'on s'en fait, voilà. C'est un éternel mélange entre le sport et cet événement mondial qu'est les Jeux Olympiques avec d'autres considérations et notamment politiques, qui par ailleurs touchent à notre sensibilité, nous émeuvent, évidemment, et en particulier le Tibet.
 
Q.- Les déclarations de N. Kosciusko-Morizet, c'est un événement ?
 
R.- Oh, ce n'est pas un événement, non !
 
Q.- C'est un événement ou pas ?
 
R.- Ce n'est pas un événement mais c'est un épisode désolant surtout.
 
Q.- Désolant pourquoi ?
 
R.- Pour mille raisons. Ecoutez, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Elle s'est excusée...
 
Q.-... vous avez quelque chose à dire.
 
R.- Ah oui, ça j'en ai plein.
 
Q.- Oui, ça j'imagine !
 
R.- Elle s'est excusée, J.-L. Borloo a dit qu'il n'y avait pas une feuille de papier à cigarette entre elle et lui ; le Premier ministre a dit que l'incident est clos. Alors, je vais vous dire aussi que l'incident est clos. Pour autant, je vais vous dire ce qui me gêne dans cette affaire...
 
Q.-... allez-y, dites-nous, oui, au-delà du discours habituel.
 
R.- Non, surtout de l'injure qu'on s'est pris dans figure.
 
Q.- Elle vous a injurié ? Elle a injurié les députés UMP ?
 
R.- Ben oui ! Elle nous a traités de « lâches ». Donc, quand même, c'est pas... je ne sais pas comment vous le prenez, vous, si on vous traite de lâche, mais enfin...
 
Q.-... oui, bien sûr, mais, bon.
 
R.- Mais je vous dire surtout, moi, ce qui m'a désolé parce que - voilà, on est au lendemain de cet épisode - ce qui m'a désolé c'est pas ça, ce qui m'a désolé c'est que quand on fait ce genre de sortie, d'une manière ou d'une autre, on peut être tenté de s'attribuer le beau rôle, voilà. Et c'est ça qui m'a énervé et attristé et beaucoup de mes amis ont ce sentiment aujourd'hui, parce que cette affaire des OGM elle est beaucoup plus compliquée qu'elle n'en a l'air. Il n'y a pas d'un côté les gentils anti- OGM et de l'autre les méchants pro-OGM. Il y a une question de fond que ce Gouvernement à la demande de N. Sarkozy a posée clairement et courageusement à travers le débat. Pourquoi est-ce qu'on recherche sur les OGM ? Eh ben, tout simplement parce qu'il se trouve que d'ici vingt, trente années peut-être, il y aura une pénurie en eau majeure pour nos productions alimentaires, et notamment dans les pays du sud. Et ce qu'on demande à nos chercheurs aujourd'hui, et les Français sont parmi les meilleurs du monde, c'est est-ce qu'on peut demain peut-être trouver des solutions pour produire avec moins d'eau ? Est-ce qu'on peut produire, J.-J. Bourdin, avec moins de pesticides dont on sait aujourd'hui malheureusement beaucoup des produits qu'on consomme sont avec pesticides, et ainsi de suite ? Donc, l'intérêt de ce projet de loi, c'est de trouver l'équilibre entre d'un côté le principe de précaution, qui est majeur...
 
Q.- Qui est inscrit dans la Constitution, rappelons-le.
 
R.- Qui est inscrit dans la Constitution, donc le principe de précaution - c'est-à-dire la transparence pour les consommateurs, le libre choix, etc. - et puis, de l'autre, le fait de permettre à nos chercheurs de pouvoir trouver des solutions dans l'avenir. Qu'est-ce qui se passe ? Si on fait trop dans le sens anti-OGM, notre communauté scientifique elle va quitter le pays. Et à l'inverse, si on fait trop du côté pro-OGM, eh bien à juste titre, on risque d'avoir des dérives. Donc, ce texte il est équilibré.
 
Q.- Et si les OGM disséminent et polluent, par exemple, tout ce qui est culture bio ?
 
R.- Mais voilà pourquoi nous avons dans ce texte un nombre très important de garde-fous pour éviter cela. Cela ne veut d'ailleurs pas dire qu'il ne faille pas encore l'améliorer...
 
Q.-  ... il est encore compliqué ce texte. Je l'ai lu, il est très compliqué.
 
R.- Ça, vous avez bien raison ! Et il est d'autant plus compliqué qu'il a souffert d'un déficit d'explication terrible, et c'est ça que je regrette aussi. D'ailleurs, j'ai tiré, même sur votre antenne, le signal d'alarme il y a quelques semaines, vous vous en souvenez peut-être, en disant : « attention, le Grenelle de l'environnement qui est un très beau travail a souffert d'une grande fragilité, on n'y a pas associé les députés », c'est-à-dire les gens qui in fine vont voter la loi. Eh bien, malheureusement, c'est ce qui s'est passé.
 
Q.- Ils l'ont voté de justesse cette loi, vous avez vu.
 
R.- Alors, ils l'ont voté de justesse pourquoi ?
 
Q.- Même dans vos rangs, certains ne l'ont pas voté.
 
R.- Mais, bien sûr ! D'abord, parce qu'il y a eu d'énormes problèmes de forme, dont cet épisode a été le dernier avatar, et après la cinquième nuit successive de débats, parce que ça a quand même été jour et nuit et je veux remercier mes amis députés qui sont venus malgré, il faut bien le dire, une ambiance d'assez grande tension avec le Gouvernement, ils sont venus et ils étaient pour beaucoup d'entre eux, et c'est normal, à se poser des questions de fond.
 
Q.- Oui, vous avez battu le rappel quand même pour les faire venir.
 
R.- Mais bien sûr, mais vous savez pourquoi ?
 
Q.- « Vous ne tenez pas le groupe », c'est N. Kosciusko-Morizet qui dit ça, je ne sais pas moi.
 
R.- D'ailleurs, pour tout dire, je crois que c'est à peu près la dernière qui le dit, il y a longtemps qu'on ne me l'avait pas ressorti. J'ai donc pensé qu'il y avait là sans doute vraiment...
 
Q.-... vous ne l'aimez pas, non, vous l'aimez pas, qu'est-ce qui se passe ?
 
R.- Moi, personnellement, rien. En plus, pour tout vous dire, je la connais à peine. Mais, le moins qu'on puisse dire, ce qui d'ailleurs est révélateur, je trouve que quand on est ministre, ce n'est pas mal d'aller voir de temps en temps les élus de son groupe. Mais enfin, écoutez, je la connais à peine.
 
Q.- Elle ne vient jamais vous voir ? Elle travaille seule dans son coin ?
 
R.- Ecoutez, moi, je ne sais pas comment elle travaille, c'est pas mon sujet. Je peux vous dire une chose en tout cas, J.-J. Bourdin, je pense que les grandes entreprises, comme les grandes organisations, comme les grandes structures institutionnelles, elles doivent faire l'objet d'un management, comme on dit maintenant, qui tienne compte du caractère et du tempérament de chacun, mais aussi de l'esprit d'équipe. Moi, j'essaie d'animer mon groupe parlementaire avec le maximum d'esprit d'équipe dans lequel on essaie d'écouter chacun et de veiller à ce que chacun se respecte et écoute et partage les idées des uns et des autres. Moi, le sectarisme c'est pour moi la forme la plus aboutie de la bêtise humaine.
 
Q.- Elle aurait dû démissionner ou pas ?
 
R.- Ce que j'ai vu par rapport à tout ça, c'est qu'il faut en tirer les leçons. Oh ben, ce n'est pas à moi de dire ça, il y a le président de la République, il y a le Premier ministre. Je crois qu'effectivement ils lui ont dit des choses, d'après ce que j'ai lu dans la presse.
 
Q.- Elle a été rappelée à l'ordre, ce que vous savez aussi.
 
R.- La seule chose que je peux vous dire c'est que pour moi l'incident il est clos mais que pour autant, j'ai eu avant toute chose une pensée pour mes amis députés parce que se prendre ce genre d'attaque alors qu'on essaie de trouver un texte équilibré, de le défendre et de voir que d'autres essaient d'avoir le beau rôle en nous faisant passer pour les méchants, c'est un peu dommage.
 
Q.- Alors, dans ce principe, le texte reconnaît le droit de produire et de consommer avec ou sans OGM. C'est cela ?
 
R.- Oui, mais c'est très important, ça veut dire qu'il y a derrière ça une exigence de transparence, il faut savoir, et d'autre part de libre choix et puis de responsabilité aussi pour ceux qui cultivent et qui produisent.
 
Q.- Les OGM vous font peur ou pas, franchement, J.-F. Copé ? Vous avez trois enfants, est-ce que les OGM vous font peur, vous êtes responsable politique ? Franchement !
 
R.- Je vais vous répondre. Ce qui m'aurait fait peur, c'est que tout ça soit fait sans garde-fous. Or, je suis obligé de vous dire qu'il y a eu beaucoup de garde-fous qui ont été mis. Et donc, à partir de là, il faut tout de même aussi qu'à un moment en tant que responsable politique on choisisse, on décide, on assume. Or, qu'est-ce qu'il y a derrière ça, avec les recherches OGM ? La possibilité de produire peut-être demain sans pesticide, de produire des produits qui peut-être aussi pourront être de meilleure qualité, c'est ça qu'on demande à nos chercheurs, selon le bon vieux principe que Louis Pasteur avait en son temps beaucoup utilisé : en tant que chercheur, je constate et je vérifie.
 
Q.- Là, vous ne me parlez que de la recherche mais il n'y a pas que ça dans la loi, rappelons-le.
 
R.- Bien sûr, vous avez raison.
 
Q.- Il y a la recherche, il y aussi la dissémination, il a aussi un côté répressif...
 
R.-... vous avez tout à fait raison.
 
Q.-... puisque tout faucheur d'OGM pourra être puni de deux ans de prison et 75 000 euros d'amende, c'est bien ça ?
 
R.- Ben oui, c'est un délit quand même.
 
Q.- Vous n'avez pas apprécié peut-être la bise de N. Kosciusko-Morizet à J. Bové.
 
R.- Oh, s'il n'y avait eu que ça, franchement, ce serait vraiment champêtre. Ca, c'est un détail.
 
Q.- Bon, d'accord, c'est un détail. Passons à autre chose parce qu'il y a d'autres débats : le budget énergie avec l'augmentation du gaz, 5,5 %. Q.- Alors, qui est le plus touché ? Les plus modestes, vous le savez bien, J.-F. Copé. Avec l'augmentation du coût de l'énergie, les plus modestes, 15 % des revenus consacrés à l'énergie chez les plus modestes, moins de 10 %, entre 6 et 10 % chez les plus aisés. Et l'écart progresse.
 
R.- Et pour cause, puisque par définition c'est un produit incompressible.
 
Q.- Eh oui, mais oui, mais... eh oui, mais d'accord, mais, bon, ça creuse les inégalités.
 
R.- Ah, ça c'est sûr ! Mais le vrai sujet, malheureusement, c'est que face à des situations qui nous échappent puisque c'est le prix malheureusement de l'énergie qui est fixé par le reste du monde...
 
Q.-... sauf que le gaz ne baisse pas quand le pétrole baisse.
 
R.- Oui, enfin, je ne sais pas, ça je ne peux pas vous dire ça dans le détail.
 
Q.- Dernière baisse du gaz, il y a plus de dix ans.
 
R.- Oui, mais ce que je peux vous dire en tout cas c'est que le prix de l'énergie n'a cessé de monter depuis quatre ans et que malheureusement, un jour ou l'autre, ça se retrouve sur les factures que nous payons tous. Moi, je voudrais juste vous dire une chose, J.-J. Bourdin, par rapport à ça : c'est vrai pour le prix de l'énergie comme pour tous les prix des matières que nous consommons, notre sujet c'est celui de savoir comment on peut gagner plus. J'y reviens inlassablement. La réponse que nous pouvons faire, nous, en tant que décideurs politiques français, nous qui n'avons pas de matières premières dans le domaine de l'énergie, en tout cas ni gaz, ni pétrole, eh bien c'est en réalité comment on peut faire en sorte que le pouvoir d'achat des Français augmente.
 
Q.- Pour payer des factures plus chères.
 
R.- Ah, ben non !
 
Q.- Pour gagner plus pour payer des factures plus chères.
 
R.- Dites, ça veut dire aussi que ces matières premières si elles baissent un jour - et on a vu qu'à certains moments, le pétrole ou le gaz avait baissé - ça veut dire que c'est incompressible. Donc, l'idée c'est qu'on puisse gagner plus, c'est tout. Et c'est ce sujet-là auquel nous sommes confrontés et c'est ce que nous essayons de faire avec les heures supplémentaires, avec l'assouplissement des 35 heures, avec les défiscalisations, avec les baisses d'impôts, voilà, c'est ça notre chantier. Et on le fera d'autant plus aisément qu'on baissera des dépenses publiques inutiles pour se consacrer à des baisses d'impôts, par exemple.
 
Q.- Il est 08 h 42. Il faut réussir la fusion GDF/Suez.
 
R.- Je suis content de vous l'entendre dire.
 
Q.- Oui, il faut la réussir, donc il faut absolument que l'entreprise GDF se porte bien.
 
R.- Ah, non !
 
Q.- Non, ce n'est pas ça ?
 
R.- Moi, je ne suis pas le porte-parole de l'entreprise mais je ne crois pas que ce soit ça le sujet, non, non.
 
Q.- Bon, ok. J.-F. Copé, on va parler de la télévision dans quelques instants, après la pub, et je vais vous poser aussi 2-3 questions, notamment sur la carte famille nombreuse de la SNCF. A tout de suite. [...] 
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 10 avril 2008

Rechercher