Interview de M. Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO, à RTL le 11 avril 2008, sur la carte "famille nombreuse", les manifestations lycéennes, la politique budgétaire et les négociations en vue d'une réforme de la représentativité syndicale. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO, à RTL le 11 avril 2008, sur la carte "famille nombreuse", les manifestations lycéennes, la politique budgétaire et les négociations en vue d'une réforme de la représentativité syndicale.

Personnalité, fonction : MAILLY Jean-Claude, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. FO, secrétaire général;

ti : J.-M. Aphatie.- Bonjour, J.-C. Mailly. Le Gouvernement assure que la carte "famille nombreuse", dont vous avez dénoncé, avec d'autres, la possible disparition, sera maintenue. Etes-vous rassuré ?
 
R.- Ecoutez, on va voir. Ça fait un peu cafouillage, tout ça, quand même. J'ai l'impression que c'est un peu la famille Oncle Picsou. Dès qu'il y a un peu d'argent quelque part, ils essaient de le récupérer. Je pense que c'est ça l'origine.
 
Q.- Vous savez pourquoi c'est Oncle Picsou ?
 
R.- Ah, parce qu'ils ne savent plus comment faire.
 
Q.- Parce que les caisses sont vides.
 
R.- Qui les a vidées ?
 
Q.- Il y a beaucoup de monde.
 
R.- Oui, mais en partie eux aussi. Et puis la conjoncture économique internationale qui n'est pas bonne. Enfin, ça on le sait. On revient en arrière. Et je pense qu'il faut maintenir cette carte, bien entendu.
 
Q.- Les lycéens ont manifesté, hier, pour la cinquième fois, beaucoup en province mais surtout à Paris avec aussi des enseignants. Il s'agit de protester (c'est un peu la même question d'ailleurs !) contre les suppressions de postes de fonctionnaires, à la rentrée, et puis il y en aura d'autres, les autres années ?
 
R.- Oui les enseignants FO étaient avec eux, d'ailleurs hier. On soutient leur mouvement. Nous, Force Ouvrière, on est en contact étroit, par exemple avec la FIDL, un des syndicats lycéens. On retrouve ces problèmes-là : le lycée... demain avec la réforme de l'Etat, vous allez voir dans d'autres secteurs. Ce n'est pas simplement une question d'effectifs. Là, il y a une question d'effectifs cruciale. Mais c'est aussi une réforme de l'Etat qui conduit, vous allez voir demain, à vouloir privatiser, jusqu'au service public. Il y a déjà certaines annonces de faites, il y en aura d'autres qui vont être faites au mois de mai. Moi, je l'ai dit et je le confirme, c'est une forme de rupture républicaine. Et c'est inquiétant. C'est très inquiétant pour l'avenir du service public.
 
Q.- Mais la motivation de tout cela ce sont des économies budgétaires qui sont présentées comme nécessaires. Cette nécessité, vous la partagez ou pas ?
 
R.- Non, pas de la manière dont c'est fait parce que là, on a besoin d'argent, donc comment on peut en trouver ? Mais il n'y a pas de réflexion, il n'y a toujours pas de modifications de réorientation de la politique économique. Le seul endroit où il n'y a pas de rupture, au bon sens du terme, pas comme rupture républicaine, le seul endroit c'est effectivement en matière de politique économique. On continue comme avant. Quand on annonce, ou le ministre M. Woerth, annonce que l'objectif, c'est 30 milliards d'ici 2012, on coupe à la serpette. C'est ça, donc il n'y a pas de réflexion. Et dès qu'on peut supprimer quelque chose, on le supprime. Alors, ça suscite des réactions et ça va vraisemblablement en susciter beaucoup d'autres.
 
Q.- 30 milliards d'économies d'ici à 2012, parce que l'objectif c'est d'arriver à l'équilibre budgétaire...
 
R.- Objectif européen.
 
Q.- Objectif européen et puis objectif, sans doute, de bonne santé publique, non ?
 
R.- Attendez, moi je ne suis pas pour le déficit systématique.
 
Q.- Vous êtes pour l'équilibre ?
 
R.- Non, attendez, ce que je dis, c'est que ça dépend du déficit. Si c'est pour investir, si c'est pour faire de l'Education et de la Recherche, on peut utiliser du déficit. Vous savez, il n'y a pas qu'une seule théorie économique. Il y en a beaucoup de théories économiques. Donc là, on est dans une situation où on se met dans les clous. On va présider l'Union Européenne au 1er juillet, on veut montrer à nos partenaires : vous voyez, on a serré les boulons avant, etc. pour faire une présidence à peu près correcte. Et c'est cette démarche de politique. Il n'y a pas de débat de politique économique dans notre pays.
 
Q.- C'est-à-dire qu'on a une monnaie commune avec d'autres partenaires...
 
R.- Oui, mais on n'a pas de coordination des politiques économiques.
 
Q.-... C'est au titre de cette monnaie unique qu'on pense, les uns les autres, tout le monde doit être plutôt vertueux et rigoureux dans la gestion des Finances publiques.
 
R.- Oui, mais M. Aphatie, n'importe quel économiste explique ça : quand vous avez une monnaie commune, mais qu'en face vous n'avez pas de coordination des politiques économiques, on voit... C'est, par exemple, le rôle de la Banque Centrale qui prime sur tout aujourd'hui. Ce n'est pas bon.
 
Q.- La notion de coordination passe par le rétablissement des équilibres, selon ceux qui gèrent cette monnaie.
 
R.- Oui, mais pour rétablir des équilibres, on peut aussi faire de la croissance. Vous augmentez le numérateur et ça rétablit les équilibres plutôt que couper dans les dépenses publiques et sociales.
 
Q.- Au fond, il ne faut pas bouger grand chose ? Il faut continuer à dépenser tout ce qu'on dépense ?
 
R.- Non, je ne dis pas ça ; mais moi, je ne suis pas partisan de la pensée unique en matière économique comme beaucoup trop de monde aujourd'hui.
 
Q.- On ne sait pas ce que c'est la pensée unique ?
 
R.- Si, c'est la politique économique en oeuvre depuis quelques années dans notre pays et ailleurs.
 
Q.- La preuve est qu'elle n'est pas unique, puisqu'elle est contestée y compris dans la rue.
 
R.- Oui, mais dans l'application elle est unique.
 
Q.- C'est assez abusif de parler de pensée unique quand il y a un débat comme ça. B. Thibault dit, comme vous d'ailleurs, qu'il faut s'opposer à tous ces choix politiques. Mais il est assez méchant avec vous parce que, quand il parle de FO, il dit : FO était totalement absent quand nous avons fait une journée de manifestations le 29 mars. Et FO joue cavalier seul puisque vous appelez, vous, J. C. Mailly, à une journée de manifestations, le 16 avril.
 
R.- Oui. Il est gonflé, B. Thibault. Ah bon ! Ah oui, il est gonflé. Le 29 mars, nous n'y étions pas pourquoi ? Je l'ai dit publiquement : parce que nous ne voulions pas mélanger les choses. Il y avait une grande journée de manifestation des handicapés. J'ai participé avec une délégation FO à cette manifestation des handicapés. Nous sommes en contact régulier avec eux. Nous travaillons beaucoup sur Travail et Handicap. Là, nous appelons le 16. Certains endroits, d'autres organisations nous rejoignent à des manifestations, rassemblements sur le dossier retraite. La CGT ne le souhaite pas dans la plupart des cas, et très largement. C'est son problème. Mais qu'on ne parle pas d'unité à partir de là. Quand on donne des leçons, il ferait mieux de faire attention, Bernard Thibault.
 
Q.- Mais enfin, vous êtes toujours désunis, quoi. Vous êtes d'accord pour critiquer les choix du Gouvernement mais pas d'accord sur la manière de les contester.
 
R.- Mais non, attendez, vous savez pourquoi il y a des problèmes entre les organisations syndicales aujourd'hui ? Parce qu'il y a un débat avec une négociation sur la représentativité. Et moi, je trouve ça formidable. La représentativité, Seillère en rêvait. Parisot le fait. D'autres organisations syndicales sont d'accord. Et moi, je suis prêt à débattre avec n'importe quel signataire, qu'il soit potentiel, qu'il soit patronal ou syndical, pour expliquer, par exemple, que ce pseudo accord va remettre en cause le droit syndical.
 
Q.- C'est l'accord trouvé, hier, entre le Medef et certaines organisations syndicales...
 
R.- Tout à fait. Oui, à priori, oui.
 
Q.-... pour que plusieurs autres syndicats qui ne le sont pas aujourd'hui, soient jugés représentatifs sur les accords interprofessionnels...
 
R.- Oui mais ça, c'est possible. Ce n'est pas ça, le problème de fond. Le problème de fond dans cette négociation, c'est que demain avec cette logique, il n'y aura plus d'accords de branche. Ca, c'est ce que souhaite le patronat depuis longtemps. On privilégiera essentiellement l'accord d'entreprise. Or, si vous privilégiez l'accord d'entreprise et que vous n'avez plus d'accord de branche, ça veut dire que les salariés vont se retrouver seuls d'une certaine manière, plus facilement victimes du chantage à l'emploi, par exemple.
 
Q.- Et ça, la CGT, par exemple, n'en est pas consciente ou la CFDT ?
 
R.- Je ne sais pas si elle n'est pas consciente. Il y en a qui raisonnent dans cette affaire en termes d'appareil, pour préserver leurs appareils, et il y en a d'autres qui restent sur les positions fondamentales, sur : comment améliorer le droit social ? Comment améliorer le droit syndical ? Pour moi, ce n'est pas un accord qui améliore le droit syndical, c'est un accord qui retire du droit syndical.
 
Q.- B. Thibault veut protéger son appareil ?
 
R.- Oui. Selon moi, oui. Selon moi, oui. Vous savez, si demain un délégué syndical avant de pouvoir négocier, il doit attendre que des élections aient lieu, ça veut dire qu'il peut attendre trois ans par exemple. Ca veut dire : vous vous implantez syndicalement dans une entreprise, si vous devez attendre trois ans pour négocier, pour montrer que la négociation peut apporter quelque chose aux travailleurs, et que vous ne pouvez pas le faire, qu'est-ce que vous faîtes ? Eh bien, vous rentrez dedans dans l'entreprise. Ca va changer les relations sociales.
 
Q.- Donc, vous ne serez pas signataire de cet accord sur la représentativité ?
 
R.- Ecoutez, on en discute lundi ; mais je crois qu'on ne sera pas signataire.
 
Q.- Un point de vue syndical sur les Jeux Olympiques. Tous les désordres, boycott ou pas ? Est-ce qu'un syndicat comme le vôtre, J.-C. Mailly, a quelque chose à dire ?
 
R.- Oui, mais bien sûr, parce que moi je trouve que c'est une formidable hypocrisie quand même. Tout le monde savait bien que quand on a décidé que ce serait Pékin, en Chine la liberté syndicale, la liberté d'associations, la liberté, la démocratie n'existent pas. Alors, on découvre aujourd'hui. Moi je pense qu'il faut continuer à faire pression pour que la Chine devienne, enfin, un jour un pays de liberté. On en est loin.
 
Q.- Mais il faut participer aux Jeux ?
 
R.- Ah écoutez, là-dessus, dans tous les cas, je ne suis pas partisan particulièrement, non.
 
Q.- Question de philosophie qu'on pose quelquefois ici : la Chine est une dictature ?
 
R.- La Chine n'est pas une démocratie, en tous les cas, oui. Ca, c'est clair.
 
Q.- Ah ! Ah !
 
R.- Ah mais ce n'est pas loin de la dictature. Vous savez, on appelait ça la dictature du prolétariat, dans le temps. C'est des camarades de B. Thibault.
 
Q.- La Chine n'est pas loin de la dictature. On progresse, Christophe ! C. Hondelatte : Il y a des progrès. Ca, c'est la question récurrente de J.-M. Aphatie cette semaine...
 
R.- Non, mais il a raison. Il a raison.
 
C. Hondelatte : ... et vous êtes le seul à aller aussi loin...
 
Q.- Ah là, c'est celui qui a été le plus loin. Il a le record ! Bravo J.-C. Mailly !
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 11 avril 2008

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