Interview de M. Jean-François Copé, président du groupe parlementaire de l'UMP à l'Assemblée nationale, à France 2 le 17 avril 2008, sur l'exercice de la solidarité gouvernementale et la mise en oeuvre de la suppression de la publicité sur la télévision publique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-François Copé, président du groupe parlementaire de l'UMP à l'Assemblée nationale, à France 2 le 17 avril 2008, sur l'exercice de la solidarité gouvernementale et la mise en oeuvre de la suppression de la publicité sur la télévision publique.

Personnalité, fonction : COPE Jean-François, SICARD Roland.

FRANCE. UMP, président du groupe parlementaire à l'Assemblée nationale ; FRANCE. UMP, député;

ti : R. Sicard .-  Bonjour à tous. Bonjour J.-F. Copé.
 
R.- Bonjour.
 
Q.- Hier, N. Sarkozy a décidé de recadrer le Gouvernement. Il a appelé les ministres à la loyauté et à la solidarité, ça paraît bizarre parce que ça veut dire que jusqu'ici, il y avait ni loyauté ni solidarité ?
 
R.- En tout cas, moi, c'est ce que j'appelle l'esprit de cordée, vous savez, il y a une idée assez simple : c'est que, pour qu'on réussisse une action politique, c'est-à-dire, en clair, pour qu'on arrive à atteindre les Himalaya, réputés impossibles, eh bien, il faut avoir un esprit de cordée. C'est-à-dire que s'il y en a un qui se met de côté, c'est toute la cordée qui dévisse, voilà.
 
Q.- Oui, parce que là, dans la cordée, il y en avait qui coupaient la corde, peut-être ?
 
R.- Enfin, je ne sais pas s'ils coupaient la corde, mais en tout cas, ils avaient tendance à se mettre un peu de côté, et du coup, c'est toujours pareil, vous savez, l'esprit d'équipe, c'est qu'on est solidaire. Donc moi, je trouve très bien que le président de la République ait rappelé ça à ses ministres et secrétaires d'Etat, parce que nous, les députés, ce qu'on attend en réalité, c'est la même chose que les Français, c'est-à-dire, c'est de mettre en ?uvre les réformes pour lesquelles il y a des attentes de résultat. Or, depuis près d'un an maintenant, il y a eu énormément de choses qui ont été faites, de très positives, il faut continuer, il faut même passer la vitesse supérieure. Et donc par rapport à ça, eh bien, c'est vrai qu'il vaut mieux le faire ensemble, de manière organisée, et de manière solidaire. Donc, je suis, moi, très heureux de ce que le Président a dit à ses ministres.
 
Q.- Mais là, vous avez le sentiment que jusqu'ici, il n'y avait pas de solidarité entre les ministres ?
 
R.- Eh bien, je pense qu'en tout cas, s'il l'a dit hier au Conseil des ministres - encore que, par définition, je n'y étais pas, mais c'est ce que je crois avoir compris - c'est que c'était bon sans doute de rappeler qu'on ne peut pas gagner seul, qu'en réalité, les sujets sont tellement difficiles qu'on doit le faire ensemble. Et si je peux me permettre, c'est les ministres ensemble, mais c'est aussi avec les députés, parce qu'en réalité, ce sur quoi je me bats depuis le début de cette législature, c'est pour dire que nous, en tant que députés, on veut coproduire, comme on dit à la télé, les réformes, c'est-à-dire qu'on ne veut pas voir les paquets tout ficelés arriver à l'Assemblée une fois que ça a été décidé par tout le monde, sauf par nous, et qu'ensuite, on nous dit : eh bien voilà, vous votez maintenant, vous votez, et puis, point. Ce n'est pas possible. On l'a vu sur un certain nombre de textes, nous voulons en discuter ensemble. Ce sont des sujets difficiles, il faut qu'on en parle avec nos concitoyens dans les circonscriptions, et pour ça, il faut qu'en amont, on soit associé aux décisions.
 
Q.- Il y a eu un nouveau cafouillage gouvernemental hier, à propos des allocations familiales. A midi, le porte-parole du Gouvernement disait qu'il n'y avait pas de réforme prévue, puis, le soir, Matignon disait : il y aura une réforme ; le 1er mai, les allocations familiales vont être revues, il y aura moins d'allocations pour les enfants, à partir de 14 ans, je crois. Comment vous expliquez ce cafouillage ?
 
R.- D'abord, non, mais, je crois qu'il ne faut pas non plus se mentir. Cette décision a été annoncée par X. Bertrand, si ma mémoire est bonne, à l'automne dernier, dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Alors peut-être que certains ont fait mine de l'oublier, mais c'était X. Bertrand qui l'avait annoncé. Quelle est l'idée...
 
Q.- Là, c'est le porte-parole du Gouvernement qui dit à midi : il n'y a pas de réforme.
 
R.- Encore une fois, pardon, moi, je ne suis plus au Gouvernement, ça ne vous a pas échappé quand même, ça fait un certain temps, bon. Donc, moi, simplement, ce que je regarde, c'est le fond de la mesure. Or, ce que je crois comprendre de ce qui a été annoncé par X. Bertrand à l'époque, c'était de dire : on met tout à l'âge de 14 ans, c'était d'ailleurs un souhait de la Cour des comptes, parce que c'est l'âge pivot. Et dans le même temps, on veille à redonner un peu plus d'argent pour financer les modalités de garde d'enfants. Voilà un petit peu l'esprit, pour ce qui nous concerne. Maintenant, ce qui est important - et je l'ai dit à notre nouvelle secrétaire d'Etat à la Famille, N. Morano, qui a pris à bras le corps tous ces dossiers depuis quelques jours maintenant qu'elle est en charge, et je crois que c'est elle-même son intention - c'est que, sur tous ces sujets familiaux, qui sont majeurs, on présente les choses de manière globale, qu'on remette en perspective, ce qui n'était peut-être pas suffisamment fait auparavant, et c'est d'ailleurs pour cela sans doute que N. Sarkozy et F. Fillon ont souhaité qu'il y ait une secrétaire d'Etat dédiée à ces questions. Moi, je crois que ce qui est important, c'est qu'on en ait une vision globale de la politique familiale, pour éviter les difficultés, on avait eu ça, il y a quelques jours, avec la carte famille nombreuse. Il faut distinguer : la politique familiale c'est pour toutes les familles françaises, la politique sociale c'est pour les Français les plus modestes. Et je crois qu'il faut faire le distinguo entre les deux.
 
Q.- Vous parliez de N. Sarkozy et de F. Fillon, on lit beaucoup qu'entre eux, le courant ne passe plus, est-ce que vous avez, vous, cette impression ?
 
R.- Non, je vous le dis, non, moi, je n'ai pas cette impression. D'abord, je ne suis pas dans le secret de leurs rendez-vous, de leurs réunions, mais enfin, moi, ce n'est pas du tout ce que je constate, je l'ai vu encore hier, lorsque le président de la République nous a réunis à l'Elysée avec le Premier ministre. Et donc l'objectif... enfin, moi, je vois bien ce qui est écrit dans les journaux, et je sais que ça vous passionne, et c'est normal, c'est votre métier...
 
Q.- Ça vous passionne aussi.
 
R.- Oui, enfin, très franchement, moi, j'en ai un peu marre de tout ça. Ce qui m'importe, ce n'est pas ça. Ce qui m'importe, c'est une chose : le programme de travail, le calendrier de réformes, la manière dont nous, les députés, nous allons y être associés, comme c'est le cas sur le texte que prépare C. Lagarde, qui donne suite au rapport de la Commission Attali, sur la modernisation de l'économie. On est très actif sur ce sujet, on l'est sur la télévision publique de la même manière. Il y a plein de réformes comme ça, sur lesquelles, moi, ce que je souhaite, c'est qu'on soit sur le fond des choses et pas uniquement sur les aspects tactiques, de politique politicienne ou de petites phrases, parce que ça, objectivement, c'est insupportable.
 
Q.- A propos de petites phrases quand même, il y en a eu beaucoup la semaine dernière sur les...
 
R.- Je vous le confirme, oui...
 
Q.-...Sur les OGM. Il y a même eu des insultes entre vous et la secrétaire d'Etat à la Communication (sic)...
 
R.- Ah, non, moi, je n'injurie personne, ce n'est pas mon genre. Non, non, ce n'est pas mon genre.
 
Q.- Alors, il y a eu des noms d'oiseaux qui ont été échangés.
 
R.- Oui, c'est vrai, mais je vous dis : ils n'ont pas été "échangés". J'ai reçu les miens, je n'ai pas jugé utile de répondre, parce que les sujets sont déjà assez difficiles comme ça pour faire prévaloir le fond à la forme.
 
Q.- Cette nuit, un nouveau texte a été adopté, le texte a été adopté par le Sénat, il y a eu un compromis de trouvé. Pourquoi est-ce qu'il a fallu s'insulter pour arriver finalement à un compromis ?
 
R.- Non, l'insulte, c'est une chose, le débat est clos, n'en parlons plus. Le fond des choses, c'est que c'est un sujet difficile. Pourquoi est-ce qu'on cherche sur les OGM ? Ce n'est pas pour embêter les gens, on cherche parce que... et nos chercheurs sont en train de travailler, comment est-ce qu'on peut demain produire sans pesticides, comment est-ce qu'on peut produire demain avec moins d'eau, alors qu'il y a des alertes majeures pour les décennies à venir sur les pénuries d'eau, notamment dans les pays du sud de la planète. Donc notre communauté scientifique, elle est mobilisée là-dessus. Ce texte de loi, qui est le premier mis en ?uvre en France, c'est marcher sur deux piliers : d'un côté, on dit, principe de précaution, veiller à ce que la sécurité, la santé soient garanties ; deuxième élément : permettre aux chercheurs, dans un cadre organisé, de faire leurs recherches pour justement trouver les meilleurs produits alimentaires possibles pour demain. Cet équilibre, il est aujourd'hui clairement indiqué dans le texte que nous avons adopté. Et ce compromis était utile pour préserver cet équilibre. Je regrette, bien sûr, les noms d'oiseaux, parce que je pense que la vie politique commande qu'on s'écoute et qu'on se respecte, mais sur le fond, c'est un sujet difficile. Je crois que c'est cet équilibre-là qui va permettre de trouver la meilleure solution.
 
Q.- Sur la télévision publique, N. Sarkozy avait dit : pas de pub à la télévision publique à partir du 1er janvier 2009. Apparemment, c'est une idée abandonnée ?
 
R.- Bon. Il a en même temps proposé qu'on réfléchisse à faire des choses de manière plus progressive. C'est notre idée. Nous proposons, dans le rapport d'étape que j'ai remis hier au président de la République, c'est une toute petite partie de notre travail. Nous faisons de très nombreuses auditions, déjà, plus d'une centaine ont été faites. On continue d'y travailler jusqu'au 25 juin. Le grand rendez-vous, comme on dit sur une chaîne concurrente, c'est le 25 juin. Là, on remettra un rapport global. Donc parmi les toutes premières propositions, c'est l'idée de faire une suppression de la pub, par étapes à partir de 2009 jusqu'en 2011, où là, on passera définitivement de l'analogique au numérique. Et donc, on est en train d'étudier plusieurs hypothèses par rapport à cela.
 
Q.- Et alors, l'argent, où est-ce que vous allez le trouver ?
 
R.- Eh bien, ça fait partie aussi des pistes sur lesquelles nous travaillons. Alors je sais que certains regrettaient qu'on n'ait pas toutes les réponses dès hier, mais enfin, ça a toujours été convenu comme ça. Ce que nous avons annoncé hier, c'est une dizaine de préconisations dans des registres très variés. Je vous en donne un exemple très concret : il faut que FranceTélévisions, demain, soit un média global, parce que les téléspectateurs, eh bien, ils ne vont plus regarder la télé que sur leur télé, ils vont la regarder aussi sur leur ordinateur ou sur leur téléphone mobile. Pourquoi ne pas imaginer demain d'ailleurs de créer des chaînes thématiques sur Internet, qui rapportent des recettes supplémentaires pour FranceTélévisions. Tout est possible en réalité, on va être très global dans ce domaine, et on va même y associer les Français, vous savez qu'il y a un site « matelepublique.fr », sur lequel les Français sont invités eux aussi à participer.
 
Q.- Mais ça, ça va coûter de l'argent tout ça. Est-ce qu'il y aura une hausse de la redevance ? Est-ce que c'est une hypothèse envisagée ?
 
R.- Aujourd'hui, on va tout mettre... enfin, pour l'instant, on met tout sur la table, on va voir. La redevance, elle a ses avantages, mais elle a aussi ses inconvénients, elle est assez injuste. Vous savez que dans une même rue, moi, je le vois dans ma ville, à Meaux, vous avez celui qui est au Smic et qui paie la redevance, celui qui est au RMI et qui ne la paie pas. Donc on voit bien que ce sont des sujets sur lesquels il faut travailler...
 
Q.- C'est une des plus faibles d'Europe...
 
R.- C'est une des plus faibles d'Europe, mais elle n'est pas forcément répartie de manière la plus équitable. Donc là aussi, ce sont des discussions qu'il faut qu'on ait.
 
Q.- Merci J.-F. Copé.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 17 avril 2008

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