Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur l'implantation française au Japon, la coopération franco-japonaise, la situation économique et sociale de la France et sur la politique de réformes, Tokyo le 12 avril 2008. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur l'implantation française au Japon, la coopération franco-japonaise, la situation économique et sociale de la France et sur la politique de réformes, Tokyo le 12 avril 2008.

Personnalité, fonction : FILLON François.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Voyage officiel au Japon du 10 au 13 avril 2008 ; réception de la communauté française le 12

ti : Mes chers compatriotes, je voudrais, d'abord, en mon nom, au nom de la délégation qui m'accompagne et au nom de chacun des Français présents ici, remercier le capitaine de vaisseau Gilles Humeau et son équipage qui nous accueillent sur l'un des fleurons de la Marine nationale, "Le Mistral".

Et je voudrais, aujourd'hui, à l'instant où j'ai l'honneur de m'exprimer devant vous, ici à Tokyo, rendre hommage à tous ceux qui, dans l'Océan Indien, en face des côtes de la Somalie, la Marine nationale et les membres des forces armées qui l'accompagnaient, ont oeuvré pour la sécurité de nos compatriotes. En effet, après la libération de tous les otages du "Ponant" dans la journée d'hier, le contre-amiral Gillier - "Alfusco", pour ceux qui comprennent le langage militaire, l'amiral qui commande les fusiliers commandos - a lancé une opération d'interception. Cette opération, à partir du "Jean Bart" et de la "Jeanne d'Arc", avec des hélicoptères de la Marine nationale et de l'Armée de terre, a permis d'intercepter une partie du commando qui avait pris nos compatriotes en otage et a permis de récupérer la moitié de la rançon qui avait été versée par l'armateur. Je crois que c'est une des toutes premières fois qu'une opération militaire est engagée dans cette région contre des actes de piraterie. C'est la détermination du président de la République qui l'a permis. C'est la capacité de nos forces armées qui l'a rendu possible. Nous allons prolonger cette opération par une initiative internationale, nous allons demander que, sous mandat de l'ONU, une force internationale, à laquelle, naturellement, la France est prête à participer, puisse oeuvrer à la sécurité du transit maritime dans cette région du monde comme dans le détroit de Malacca. Nous ne pouvons pas nous résoudre à revenir à des temps anciens où le droit international ne s'appliquait pas sur une partie des océans.

Je voudrais remercier l'ambassadeur de France, Philippe Faure, et toute son équipe qui ont parfaitement organisé la visite officielle que j'achève maintenant à Tokyo. Ca n'est pas la première fois que je viens au Japon. J'y viens toujours avec beaucoup de plaisir mais, cette fois, c'était une visite très différente des autres visites que j'ai eu l'occasion d'y faire. D'abord, parce que j'y étais accompagné de deux membres importants de mon Gouvernement, Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, et Anne-Marie Idrac, qui a, désormais, en charge le commerce extérieur de notre pays ou plutôt le soutien au commerce extérieur de notre pays, ainsi que par d'éminents parlementaires, le sénateur Jacques Valade, sénateur de la Gironde et président du groupe d'amitié France-Japon au Sénat, Didier Quentin, député de Charente-Maritime - pardon - qui est le président du groupe d'amitié France-Japon à l'Assemblée nationale, ainsi qu'un très grand nombre de chefs d'entreprise qui, pour la plupart, sont repartis vers leurs affaires. Je suis venu pour célébrer le 150e anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre la France et le Japon. Je suis venu pour préparer la réunion du G8 qui aura lieu au mois de juillet ici, au Japon, et à laquelle participera, naturellement, le président de la République française. J'ai eu le privilège d'être reçu, avec mon épouse, par l'empereur et l'impératrice. J'ai eu l'occasion de signer, avec le Premier ministre Fukuda, deux déclarations sur notre coopération économique et sur notre coopération nucléaire civile. J'ai rencontré les responsables du patronat japonais. J'ai visité le siège de AXA FRANCE et j'arrive, à l'instant, de Rokkasho-Mura où j'ai pu me rendre compte de la qualité et de l'importance des investissements réalisés en coopération avec la France pour l'usine de retraitement que le Japon met en oeuvre. Cette usine de retraitement et cette coopération, d'ailleurs, est le symbole de l'excellence technologique française et de la coopération franco-japonaise.

On dit, parfois, que les Japonais considèrent que nous sommes excellents dans le domaine des arts, de la culture, de la mode, de la gastronomie et Dieu sait si nous sommes excellents dans ces domaines, mais nous le sommes aussi sur des technologies aussi pointues que les technologies nucléaires ou encore les technologies spatiales puisque nous avons signé, hier, ou, plutôt, ARIANESPACE a signé, hier, un nouveau contrat pour lancer un nouveau satellite japonais.

A l'issue de cette visite, la première chose que je voudrais faire, c'est rendre hommage au travail qui est accompli par la communauté française, ici, au Japon. Cette communauté française, elle est en expansion permanente depuis quelques années. Nous sommes passés de quelques centaines de Français, au début du siècle, à près de 8000 aujourd'hui. Nous sommes au deuxième rang des communautés d'expatriés de l'Union européenne au Japon, derrière les Britanniques. La communauté est une communauté jeune, elle est mobile. C'est une des plus vivantes dans le monde, ce qui s'explique par les caractéristiques qui sont celles de la société japonaise et qui font que, ici, il faut être dynamique, il faut être mobile pour pouvoir réussir. C'est donc une communauté, et je m'adresse à chacun d'entre vous, qui fait honneur à la France. Elle fait, d'ailleurs, tellement honneur à la France que nos performances économiques au Japon sont en amélioration. La France est le deuxième investisseur au Japon, derrière les Etats-Unis. C'est d'autant plus remarquable qu'il s'agit d'un marché qui est un des marchés les plus difficiles qui soit dans le monde.

Alors, à vous qui êtes le fer de lance de l'économie française et de la culture française dans cette région du monde, je voudrais vous dire, ce soir, que votre pays, dont vous suivez, naturellement, je l'imagine, les évolutions, est en train d'accomplir une mutation très profonde. Nous sommes en train, d'abord, de changer les débats qui agitent la société française. Souvenez-vous il y a encore quelques années, on parlait, en France, du partage du travail et de la réduction du temps de travail. Aujourd'hui, on a un débat sur les heures supplémentaires. Il y a quelques années, on se lamentait devant le blocage de nos universités. Aujourd'hui, grâce à l'action de Valérie Pecresse, elles sont en route vers l'autonomie que connaissent toutes les grandes universités de tous les grands pays développés. Il y a quelques années, on accusait volontiers l'Europe de tous nos maux. Aujourd'hui, la France est en pointe dans la relance de l'Union européenne. Pourquoi ? Simplement parce que, avec le président de la République et grâce à la confiance des Français, nous avons proposé au peuple français un projet clair. Nous lui avons dit ce que nous voulions, où nous voulions conduire la France dans les cinq ans qui viennent. Nous voulons que la France fasse partie des trois premiers pays européens pour la croissance. Ce n'est quand même pas un objectif impossible à atteindre quand on pense que la France est le deuxième pays européen par sa population et que c'est un de ceux qui a le plus d'atouts pour réussir. Pourquoi la France ne serait-elle pas capable ? Est-ce qu'il y a une seule bonne raison objective qui puisse conduire à dire que la France n'est pas capable de faire partie des trois premiers pays européens pour la croissance ? Nous voulons, dans cinq ans, atteindre le plein emploi dans notre pays après des décennies de chômage. Là encore, est-ce impossible ? Il y a plus de dix pays européens qui sont au plein emploi dont beaucoup étaient des pays qui avaient moins d'atouts que le nôtre et qui viennent de plus loin que nous, parfois, en matière de chômage. Ils ont réussi leurs réformes. Pourquoi ne serions-nous pas capables de réussir les nôtres ? Nous voulons placer, dans les cinq ans qui viennent, dix universités françaises parmi les cent premières universités mondiales. Aujourd'hui, nous n'en avons que deux. Là encore, qui peut prétendre que l'université française, avec ses traditions, avec ses capacités, n'est pas en mesure, si elle s'organise de manière plus rationnelle, de placer dix des meilleures d'entre elles dans les cent premières universités mondiales ? Nous voulons retrouver l'équilibre de nos finances publiques, ce que, là encore, beaucoup de pays européens ont réussi à faire et, enfin, nous voulons mettre en oeuvre les engagements de ce que nous avons appelé "le Grenelle de l'environnement" et, en particulier, de cet objectif que nous allons faire partager à tous les pays européens de réduire, d'ici 2020, de 20 % les émissions de gaz carbonique en France. Alors, comment parvenir à atteindre ces objectifs ? Eh bien, d'une manière très simple. On m'interroge souvent sur la politique économique de notre pays. Les experts commentent la question de savoir s'il faut faire de l'offre ou s'il faut faire de la demande.

Moi, ma politique économique, elle est beaucoup plus simple que ça. Je dis que, si la France veut réussir, il faut travailler plus, il faut investir plus et il faut dépenser moins. Et je pense que, quelles que soient les conditions internationales, par ailleurs, si l'on travaille plus, si l'on dépense moins et si l'on investit plus, alors, l'économie française se redressera et retrouvera toute sa place dans les grandes économies mondiales.

Travailler plus, on a commencé à le faire avec les heures supplémentaires. Je n'ai pas besoin de m'étendre beaucoup, ici au Japon, dans un pays où, si j'ai bien compris, les quarante heures sont un minimum et non pas un maximum. Nous allons mettre en place ce qu'on appelle "la flexsécurité", c'est-à-dire un système d'accompagnement des demandeurs d'emploi beaucoup plus efficace que ce que nous avions fait jusqu'à maintenant, comme l'ont réalisé les Anglais, les Allemands, les Danois et beaucoup d'autres, notamment grâce à la fusion de l'Agence pour l'emploi et de l'Assurance chômage. Nous sommes en train de réformer le contrat de travail avec le soutien des partenaires sociaux et nous voulons, d'ici la fin de l'année, réformer les règles de la représentativité syndicale et les règles de la négociation sociale pour faire en sorte, en particulier, qu'on puisse négocier, dans l'entreprise, avec les salariés, des questions aussi fondamentales que celles du temps de travail, de l'usage des heures supplémentaires, sans être obligé de passer sous les fourches caudines d'accords de branches ou de législation nationale qui, naturellement, ne sont pas adaptés à la différence, à la diversité de toutes les activités économiques.

Investir plus, nous avons, dès cet été, pris des mesures pour limiter la pression fiscale dans notre pays avec l'instauration du bouclier fiscal, avec la possibilité, pour les personnes qui sont assujetties à l'Impôt sur la fortune, de déduire une partie de cette imposition lorsqu'ils investissent dans les Petites et moyennes entreprises de notre pays. Nous avons triplé le crédit impôt recherche. Nous avons, désormais, le système d'aide à la recherche privée le plus performant de tous les pays de l'Union européenne. Et nous allons, dans quelques jours, aborder, au Parlement, une loi de modernisation de l'économie qui va, notamment, permettre de mettre plus de concurrence dans l'économie française, plus de concurrence dans la distribution et qui va permettre d'alléger les contraintes qui pèsent sur les petites et moyennes entreprises, en matière de délais de paiement, en matière de seuils financiers, pour ne prendre que quelques exemples.

Et puis, enfin, nous allons essayer de dépenser moins. Alors, évidemment, c'est très difficile dans un pays qui, depuis 33 ans, est en déficit. Tous les Français qui ont moins de 33 ans pensent que ça marche comme ça et tous les Français qui ont plus de 33 ans se disent que, si ça a duré 33 ans, ça durera bien encore un peu. Eh bien non, ça ne peut plus durer parce que, depuis 33 ans, on a accumulé des déficits, on a accumulé l'endettement et on est arrivé, depuis quelques années, à une situation où le poids de cet endettement est tellement fort qu'il pèse sur la croissance, il pèse sur le dynamisme de l'économie française. Il empêche la France d'investir sur les secteurs d'excellence où elle devrait investir. Nous avons déjà décidé, avec le président de la République, de geler les dépenses publiques pour les cinq ans qui viennent. Nous avons entrepris une révision systématique de nos politiques publiques pour essayer de les rationaliser et, enfin, nous avons pris la décision, difficile, peut-être impopulaire, mais absolument nécessaire de réduire les effectifs de la Fonction publique en ne remplaçant pas un fonctionnaire sur deux qui part à la retraite.

Si nous menons jusqu'à son terme ce projet, en 2012, nous aurons simplement retrouvé les effectifs de la Fonction publique française du début des années 90, lorsque François Mitterrand était président de la République et à une époque où, que je me souvienne, on ne pensait pas que la France était sous administrée.

Alors, évidemment, il faut du temps pour réaliser ces réformes et nous demandons ce temps aux Français qui nous jugent mais je veux vous dire que, déjà, il y a des résultats sur lesquels on peut s'appuyer. Il y a, en particulier, la baisse du chômage qui est spectaculaire dans notre pays depuis deux ans. Nous sommes, aujourd'hui, avec 7,5 % de chômeurs, au taux le plus bas que la France ait jamais connu depuis 1983. Bien sûr, c'est un taux qui est plus élevé que celui de nos voisins mais nous avons montré que la dynamique de la baisse du chômage était enclenchée et nous voulons la poursuivre. Nous avons des prévisions de croissance qui, certes, sont impactées par la crise financière internationale mais qui nous placent, grosso modo, au même niveau que les pays de la zone euro, un peu au dessus de l'Allemagne pour l'année prochaine, ce qui, compte tenu de nos handicaps propres et compte tenu des performances de ces dernières années, est le signe que les bonnes réformes ont été engagées et qu'il faut les poursuivre. Et, enfin, depuis cinq ans, nous assistons à une baisse continue de la délinquance dans notre pays, ce qui est aussi le signe que l'action publique peut être efficace du moment qu'elle est servie par une forte volonté.

Enfin, j'évoquais, tout à l'heure, la place de la France dans la relance de l'Union européenne. Souvenez-vous quand même de notre situation il y a un an. Nous nous demandions si nous allions être mis au ban de l'Union européenne. Les pays européens se réunissaient sans nous pour essayer d'envisager la sortie de la crise. Aujourd'hui, non seulement nous avons obtenu la ratification du traité de Lisbonne mais, surtout, la France est, de nouveau, le moteur. C'est elle qui a permis qu'un accord soit trouvé à Lisbonne et c'est elle qui, aujourd'hui, à la veille de prendre la présidence de l'Union européenne, prend les initiatives les plus audacieuses, sur le réchauffement climatique, sur la question de la sécurité énergétique de l'Europe, sur l'idée d'une harmonisation des législations en matière d'immigration sur le territoire de l'Union européenne ou encore sur cette question si fondamentale, et que je suis heureux d'aborder ici à bord du "Mistral", de la défense européenne.

C'est difficile mais je veux vous dire que, avec le président de la République, nous sommes déterminés, que rien ne nous détachera de l'objectif que nous nous sommes fixés et, en particulier, parce que nous voulons rétablir, de manière durable, la confiance entre les Français et leurs institutions. Je suis convaincu que, si notre pays a eu tant de mal à se réformer ces vingt dernières années, c'est parce que il y a eu rupture de la confiance entre la France et les institutions. Et pourquoi il y a eu rupture de la confiance ? Parce que tous les gouvernements successifs, qu'ils soient de droite ou de gauche, et j'ai appartenu à certains d'entre eux, n'ont pas tenu les engagements qu'ils avaient pris. Ce n'est pas tellement qu'ils avaient décidé de ne pas les tenir, c'est que, à la première difficulté, aux premières manifestations, à la première saute de mauvaise humeur de tel ou tel groupe de pression, aux premiers mauvais résultats lors d'une élection locale, on change de politique et donc, on ne peut jamais conduire les réformes jusqu'à leur terme. Il y a, ici, beaucoup d'entrepreneurs qui savent qu'aucune réforme n'a de sens si elle n'est pas conduite avec détermination sur la durée, si on n'attend pas la fin de la mise en oeuvre de la réforme pour en mesurer les résultats. Et donc, si on veut rétablir durablement, et ceci dépasse, au fond, la question des clivages politiques, si on veut rétablir durablement la confiance entre la France, entre les Français et leurs institutions politiques, il faut démontrer qu'un gouvernement, qu'une majorité sont capables de tenir les engagements, même quand le vent souffle un peu fort et que la mer est un peu agitée. Voilà, mesdames et messieurs, ce que je souhaitais vous dire à l'occasion de mon passage ici à Tokyo. Je ne veux pas terminer sans évoquer quelques questions qui, je le sais, vous tiennent particulièrement à coeur, au-delà même du regard que vous portez sur l'avenir de votre pays. Je sais, d'abord, combien les questions scolaires occupent et préoccupent nos communautés à l'étranger. Elles sont une priorité du gouvernement qui a, comme vous le savez, mis en oeuvre l'engagement pris par le président de la République d'assurer la prise en charge des frais de scolarité pour les Français de l'étranger. Cette réforme a déjà touché les élèves de terminale. Je veux vous dire qu'elle profitera aux élèves de première dès la rentrée prochaine et elle sera ainsi de suite poursuivie. Je rappelle, ensuite, que l'Etat vient de lancer un grand chantier à Tokyo avec la construction de la nouvelle ambassade. Elle va se faire sur la base d'un montage innovant, d'un montage original de partenariats public-privé sans qu'il en coûte un euro au contribuable national. Cette nouvelle ambassade nous permettra, à partir de l'automne 2009, d'assurer un meilleur service à tous les Français du Japon. Elle nous permettra aussi de disposer d'une représentation plus conforme aux ambitions que je viens d'exposer devant vous et à la place que nous occupons largement grâce à vous et grâce à votre action dans ce grand pays qu'est le Japon.

Mes chers compatriotes, je veux vous dire que vous pouvez compter sur l'attention et sur le soutien constant du Gouvernement que j'ai l'honneur de diriger. Je veux vous remercier de la place éminente que vous tenez dans le rayonnement de notre République et dans la défense de ses intérêts en Asie. Je sais que vous agissez avec coeur et avec détermination et je voulais vous assurer, au nom du Gouvernement de la France, que vos efforts sont appréciés et qu'ils sont reconnus. Vive la France ! Vive l'amitié franco-japonaise !


Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 21 avril 2008

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