Entretien de M. Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d'Etat aux affaires européennes, dans "Le Figaro" du 19 avril 2008, sur les priorités de la présidence française de l'Union européenne. | vie-publique.fr | Discours publics

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Entretien de M. Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d'Etat aux affaires européennes, dans "Le Figaro" du 19 avril 2008, sur les priorités de la présidence française de l'Union européenne.

Personnalité, fonction : JOUYET Jean-Pierre.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux affaires européennes

ti : Q - Comment se présente la préparation de la Présidence française de l'Union européenne ?

R - Nous avons consulté nos partenaires et nous les avons beaucoup écoutés. Nos priorités sont nombreuses. Elles concernent la lutte contre le changement climatique, la politique énergétique, le pacte européen de l'immigration et de l'asile, la politique alimentaire et agricole, et enfin la défense européenne.

La Présidence française se situe à un moment très particulier avant les élections européennes. Ce n'est pas par volonté de tout faire ou par arrogance que nous avons un agenda si riche mais parce que les décisions doivent être prises avant la fin de la législature du Parlement européen et la fin du mandat de la Commission.

Q - Peut-on s'attendre à la conclusion d'un pacte sur l'immigration dès le mois d'octobre ?

R - Nous allons tout faire pour cela. Je crois que c'est un objectif réaliste. Le plus difficile concerne le droit d'asile parce que les traditions nationales sont dans ce domaine plus différenciées. Il va falloir harmoniser les conditions d'accueil des réfugiés.

Q - Parviendrez-vous à faire approuver un paquet énergie climat ?

R - Il y a une obligation de résultat pour l'Europe, compte tenu du calendrier international. Nous devons définir une position exemplaire avant le Sommet de Copenhague, en 2009, et avons donc besoin d'un accord politique avant la fin de la Présidence française. Cet accord doit porter sur le niveau de réduction des émissions, la part des énergies renouvelables, le partage de cette charge de réduction entre les Etats membres et les secteurs et sur le lien à faire entre compétitivité et changement climatique pour éviter des délocalisations dans des pays qui n'appliqueraient pas les mêmes normes. Avant la Présidence française de l'Union européenne, il faut résoudre la question de la séparation patrimoniale dans le domaine énergétique. Nous sommes en accord avec l'Allemagne et d'autres pays sur ce point. La commission doit prendre en compte notre position et celle de ces sept autres pays.

Q - Quels progrès concrets peut-on attendre en matière de défense européenne ?

R - Nous souhaitons un accord sur des orientations pour qu'une fois le Traité de Lisbonne mis en oeuvre, nous puissions progresser vers une défense européenne renforcée. Les Britanniques sont pragmatiques et voient bien la nécessité d'une coopération entre l'OTAN et la défense européenne. Avec les Allemands, il faut évoquer le renforcement des capacités opérationnelles. Concrètement, lorsqu'il y aura des opérations extérieures, il faudra disposer de moyens suffisants pour ne pas devoir quémander des hélicoptères et un hôpital de campagne comme pour le Tchad et la RCA. Il faut également renforcer la coopération entre nos industries de défense.

Q - La hausse des prix alimentaires nous aide-t-elle à mieux défendre la Politique agricole commune (PAC) ?

R - Nos amis britanniques nous accusent d'utiliser l'arme alimentaire pour maintenir une politique dépassée. Ce n'est pas du tout le cas. Nous voulons adapter la PAC pour assurer la sécurité alimentaire de l'Europe. On s'aperçoit aujourd'hui avec les émeutes de la faim que l'on ne peut pas laisser aux seules lois du marché le fonctionnement de l'économie agricole. Nous avons besoin d'une PAC forte et modernisée.

Q - La Commission semble peu coopérative pour mettre en oeuvre l'Union pour la Méditerranée...

R - Pour avoir plaidé la nécessité d'articuler le projet d'Union pour la Méditerranée avec la solidarité européenne, je suis bien placé pour dire qu'il ne faut pas dénaturer ce projet. Je rappelle que nous voulons, sur la base de l'accord du Conseil européen de mars, un partenariat égal entre pays européens et pays du sud avec une pluralité de sources de financements pour des projets concrets. Bref, il faut une union de projets pour donner un nouvel élan au Processus de Barcelone qui en a bien besoin.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 22 avril 2008

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