Interview de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la santé, de la jeunesse, des sports et de la vie associative, sur la démographie médicale, le rôle des Agences régionales de santé, la fermeture des hôpitaux en zone rurale, le parcours de soin et les franchises médicales, Paris le 29 avril 2008. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la santé, de la jeunesse, des sports et de la vie associative, sur la démographie médicale, le rôle des Agences régionales de santé, la fermeture des hôpitaux en zone rurale, le parcours de soin et les franchises médicales, Paris le 29 avril 2008.

Personnalité, fonction : BACHELOT-NARQUIN Roselyne.

FRANCE. Ministre de la santé, de la jeunesse, des sports et de la vie associative

Circonstances : Interview sous forme de chat avec les internautes sur le site internet du Premier ministre (http:/www.premier-ministre.gouv.fr)

ti : Modérateur : Bonjour à tous, bienvenue. Madame la ministre bonjour. Pourquoi avez-vous souhaité engager ce dialogue avec les internautes ?

Roselyne Bachelot-Narquin : Bonjour. Le système de santé français a besoin de modernisation. Il y a des Français qui ne trouvent pas de médecins à proximité, qui ont du mal à trouver un lieu pour recevoir les personnes âgées. Je souhaite mener une politique qui soit au plus près de mes concitoyens. C'est la raison pour laquelle je multiplie les visites de terrain et ce chat permet d'être en contact direct avec mes compatriotes.

Paul : Je n'ai pas très bien compris le débat sur les lunettes. Vont-elles être remboursées par la Sécu ?

Roselyne Bachelot-Narquin : J'ai été un peu étonnée par cette polémique car, d'un coup, cela a flambé, alors que j'ai repris mes déclarations dans le Grand Jury LCI-Le Figaro-RTL et je n'ai rien trouvé sur ce sujet. Je vais plutôt mieux les rembourser. Il faut voir comment mieux rembourser ces frais d'optique qui sont, on peut le dire, mal remboursés, surtout pour la Sécurité sociale. Il y a eu une polémique politicienne.

Nif : Pas trop dur de défendre la baisse du remboursement des lunettes alors que Nicolas Sarkozy avait promis pendant sa campagne de le monter à 50 % ?

Roselyne Bachelot-Narquin : Non seulement ce n'est pas dur, car je ne propose pas un déremboursement des frais d'optique, mais un meilleur remboursement. Et sans augmenter les cotisations.

Patient : Ne serait-il pas judicieux de répartir les professionnels de santé sur le territoire national selon des critères démo-géographiques, à l'image de ce qui se fait déjà pour les pharmaciens, seule profession de santé qui ne pose pas de problèmes d'accessibilité ni de disponibilité ?

Roselyne Bachelot-Narquin : Merci pour ce satisfecit accordé à la profession de pharmacien. Je suis moi-même pharmacienne d'officine. Merci pour cette reconnaissance. Néanmoins, l'exercice de la médecine et l'exercice de la pharmacie ne peuvent pas être séparés. L'exercice libéral de la médecine doit être préservé, c'est consécutif du pacte passé avec les médecins libéraux. Je souhaite que l'offre de médecins provienne de mesures volontaires. C'est pourquoi nous avons entamé une réflexion globale au moment des Etats généraux de la santé avec des médecins, des patients, pour harmoniser la répartition des médecins sur le territoire de notre pays. Je souhaite convaincre et non contraindre.

Olivier : En effet la France souffre à mon sens d'une mauvaise répartition de ses médecins sur le territoire. Pourquoi ne pas déverrouiller le numerus clausus en facilitant les études de médecine à ceux qui accepteraient d'exercer en milieu rural ?

Roselyne Bachelot-Narquin : D'abord, effectivement, votre internaute a raison de dire que nous allons entrer dans les années creuses du numerus clausus. Nous allons donc toucher les années creuses de la démographie médicale. Nous allons évidemment transformer cela, mais cela va prendre dix ou quinze ans pour avoir de nouveau le bénéfice des années les plus importantes. Je vais dans les quatre ans augmenter de 200 étudiants supplémentaires le numerus clausus en fin de première année. Je ne vais pas le faire de façon uniforme, mais faire en sorte que les facultés de médecine pauvres en médecins soient prioritaires, pour qu'à la sortie des études, les jeunes médecins restent de façon privilégiée dans la région où ils auront fait leurs études. Ce sera tout bénéfice pour harmoniser la démographie médicale. Sinon, les collectivités locales peuvent éventuellement attribuer des bourses à l'installation des médecins. C'est une mesure volontaire tout à fait intéressante.

Dabaliou : Pourquoi l'Etat n'envisage pas d'envoyer les jeunes médecins sortant des facs en milieu rural pour exercer pendant 1 ou 2 ans ? Si l'expérience est concluante, cela permettrait au jeune soit de s'y installer définitivement, soit de revenir dans une ville de grande importance.

Roselyne Bachelot-Narquin : Là aussi, c'est une mesure de contrainte. Je suis persuadée que nous ne sommes pas obligés d'en arriver là. Ce qui ressort des Etats généraux de la santé, c'est que les mesures d'organisation doivent être mises en oeuvre. Il y a quelques années, le médecin s'installait seul avec sa femme et ses enfants. Les jeunes médecins souhaitent pouvoir échanger avec d'autres et ne pas rester seuls. La notion de santé pluridisciplinaire est vraiment ressortie de ces Etats généraux de l'organisation de la santé. Je l'ai d'ailleurs anticipé dans la loi de finances pour financer une centaine de maisons de santé multidisciplinaires. Cela pourrait permettre d'équiper en médecins et autres professionnels de santé des secteurs où la démographie médicale est mauvaise. La maison de santé permettrait aux professionnels de santé de se regrouper. Nous pourrions financer des fonctions logistiques de secrétariat, d'archivage, de contacts avec les autres professionnels de santé car il faut libérer du temps médical. Quand vous interrogez les médecins, ils disent bien que le temps d'exercice est "mangé" par de la paperasserie. Ils ont l'impression de se cantonner à des tâches de bureau, alors qu'ils auraient besoin de davantage de temps pour le médical. C'est une autre piste. Et puis, je souhaite donner une troisième piste : on voit bien qu'il y a des tâches de soins qui sont exercées par des médecins, qui pourraient être faites par d'autres professionnels comme les infirmières, les pharmaciens ou les masseurs kinésithérapeutes. Les pôles de santé permettraient un partage des compétences médicales pour les médecins, afin de répondre à la crise de la démographie médicale. Les fonctions supports seraient assurées entre professionnels de santé, et cela devrait nous permettre de répondre à cette crise.

Metikyo : La médecine générale telle qu'elle existe actuellement va-t-elle disparaître au profit de dispensaires ?

Roselyne Bachelot-Narquin : Le dispensaire, dans les textes, c'est un organisme financé par une collectivité territoriale dans lequel le médecin est salarié. La maison médicale assure au professionnel de santé des conditions d'exercice compatibles avec les exigences de la vie moderne. On ne fait plus la médecine comme il y a 50 ans. Les médecins, dont beaucoup de femmes, souhaitent concilier vie privée et vie professionnelle. Il faut accompagner les mutations pour assurer une qualité de vie aux médecins et une qualité de soins aux malades.

Lila : Qu'est-ce que les ARS vont apporter à l'organisation de l'offre de soins en France ? Cela ne va-t-il pas générer des "lourdeurs" supplémentaires ?

Roselyne Bachelot-Narquin : Bien au contraire. Qu'est-ce que nous voulons faire à travers cela ? C'est une des mesures qui sera contenue dans la loi que je présenterai au Parlement à l'automne. On voit dans notre pays que tout est cloisonné entre l'hôpital, la médecine de ville et le secteur médico-social. Nous voyons un manque de médecins, il faut décloisonner les secteurs. La crise est, par exemple, entre la médecine de ville et l'hôpital pour les urgences. Si vous ne trouvez pas de médecin en ville, les malades vont venir engorger les services d'urgences de l'hôpital. En ce qui concerne le secteur médico-social... Avec le vieillissement de la population, on a besoin de lits pour les personnes atteintes d'Alzheimer, donc il faut transformer un certain nombre de lits de court séjour en lits pour l'accueil des personnes âgées. Et les soins de suivi. C'est l'ARS qui doit gérer cela. Et surtout gérer les politiques de prévention et de santé publique. En France, on soigne, mais on ne prévient pas assez les maladies. Cela permettra d'avoir des politiques de santé publique adaptées aux natures de la région. Dans le Nord-Pas-de-Calais, on vit cinq ans de moins que dans le reste de la France. Les problématiques de santé ne sont pas les mêmes que dans le sud de la France. Les ARS viendront évidemment réunir un certain nombre de structures qui existent déjà : les Agences régionales de l'hospitalisation, les Urcam, un certain nombre de personnels des services des Ddass, des Drass. Donc, ce sera une simplification administrative et non pas un alourdissement.

Colette : Les ARS vont favoriser la délocalisation des compétences. Ce sont les assurés qui vont en subir les conséquences ?

Roselyne Bachelot-Narquin : Peut-être vais-je rassurer Colette, mais je ne comprends pas sa crainte. On ne va pas délocaliser les compétences. J'ai eu l'occasion de m'exprimer sereinement devant les personnes. Personne ne sera contraint à quoi que ce soit. Tout le monde pourra rester exercer dans le lieu où il a construit sa vie familiale. Ce procès n'est pas justifié.

Loulou95 : Bonjour Madame la ministre. Parmi les propositions du rapport Larcher se trouve la réforme de la gouvernance hospitalière. Pourriez-vous nous indiquer quels sont les changements concrets qui vous semblent prioritaires ?

Roselyne Bachelot-Narquin : Bonjour Loulou 95. Que constate-t-on quand on parle de l'hôpital ? Que la gouvernance actuelle est confuse et, pour l'expliquer, je dirais une phrase de Nicolas Sarkozy qui disait : "A l'hôpital, tout le monde a le pouvoir de dire non, pas le pouvoir de dire oui". Il faut un vrai patron à l'hôpital pour assurer le service de santé demandé par nos concitoyens. On va faire du directeur de l'hôpital le véritable patron avec une structure, le conseil de surveillance, et une structure de pilotage réel avec le directoire, le directeur de l'hôpital étant le responsable du directoire. Le projet de l'établissement sera fait par les médecins. Il y a une commission médicale de l'établissement. Le président de cette commission sera le vice-président du directoire. Ce n'est pas une approche bureaucratique, comptable. Le projet d'un hôpital, c'est un projet médical, de soins et le directeur aura les moyens d'organiser sa gestion. On renforcera le rôle du directeur.

marielle86 : Pourquoi y a-t-il de plus en plus de difficultés à avoir des rendez-vous avec des ophtalmologues, des gynécologues... ? Ne peut-on augmenter les quotas ?

Roselyne Bachelot-Narquin : Vous avez raison de dire que les problèmes de démographie médicale ne sont pas uniquement liés aux médecins généralistes. De la même façon qu'on a tendance à dire que ces problèmes sont en lien avec la ruralité. Il y a des quartiers en ville qui sont en zone de sous densité médicale, pour les généralistes et pour les spécialistes. Il y a des départements où on manque de spécialistes. On tend à résoudre ce problème en menant une politique d'anticipation. Quand je forme un médecin, pas moi, mais quand une faculté de médecine forme un médecin, notamment un spécialiste, nous allons les avoir dans quinze ans. Nous sommes donc dans le creux de la vague. A moins d'avoir une baguette magique, les formations sont longues. L'inertie est forte. En attendant l'atteinte du numerus clausus, en 2025, il faut faire avec les moyens du bord.

nanoukenzo : Avec l'éloignement des hôpitaux comment vont faire les personnes qui ont de faibles revenus pour consulter un spécialiste ? Des personnes âgées ne se font pas soigner car elles ne peuvent pas payer un taxi. Tout le monde n'a pas à sa disposition les transports en commun comme dans la région parisienne.

Roselyne Bachelot-Narquin : Je veux dire à notre internaute que nous avons la densité hospitalière la plus forte du monde. Je n'ai pas l'intention de fermer un seul hôpital mais je souhaite une bonne qualité des soins. C'est extrêmement important. Quand je vois un hôpital avec un service de chirurgie où le taux de mortalité est de 50 %. Et que dans cet hôpital il n'y a pas tous les jours un pédiatre alors qu'il y a des accouchements, ou pas toujours un anesthésiste, ou qu'il manque un chirurgien. Est-ce que je serais un ministre de la Santé digne de ma fonction si je laisse perdurer cet état de fait ? Je veux conforter les fonctions de proximité et assurer la qualité des soins pour la chirurgie programmée. Une solution, c'est par exemple mettre en place un héliport pour augmenter les chances de survie pour les malades. J'ai envie de demander à votre internaute ce qu'elle préfère : vous préférez être au pied d'un hôpital de proximité et avoir 50 % de chance de laisser votre peau sur la table d'opération, ou d'être transportée vers un plateau technique et avoir plus de chance de survie ? La question, c'est la qualité des soins. C'est la seule chose qui compte pour moi en tant que ministre de la Santé. Aucun hôpital ne sera supprimé. On voit bien qu'un hôpital de proximité doit remplir des fonctions d'accueil des urgences, de médecine de soins courants et du long séjour. Quand, par exemple, vous avez une personne âgée, ou quelqu'un qui doit suivre des soins pendant longtemps, cette personne ne doit pas être coupée de ces liens familiaux.

dombou : Il y a tout de même beaucoup d'hôpitaux qui ferment en zone rurale ou des services de maternité, alors que la France est le pays de l'Union où le taux de natalité est le plus élevé.

Roselyne Bachelot-Narquin : Mais, par exemple, quand vous avez une maternité où les accouchements à risque étaient envoyés ailleurs, quand je vois un taux de césarienne de 25 % alors qu'il est de 10 % ailleurs en France, je me dis qu'il y a une perte de chance pour les femmes. Donc, je veux assurer la qualité des soins des mamans et des bébés. C'est cela qui est important. Ce qui est important, c'est assurer une bonne qualité pour les accouchements. En ce qui concerne les maternités qui n'assurent pas une bonne qualité de soins, l'indicateur, c'est le nombre de césariennes et, pour faire de bons accouchements, il faut en faire un certain nombre. Certains spécialistes disent qu'il faut 1 200 accouchements par an dans une maternité. D'autres disent 900. Je maintiens les maternités qui font 300 accouchements par an, c'est-à-dire presque un par jour. Je veux transformer ces maternités de faibles accouchements en centres périnataux. Les mamans y trouveront un accueil, des explications. Elles pourront alors affronter leur accouchement de la meilleure façon. Elles y trouveront également les suites de couche et un accueil post-natal. C'est cela que je veux offrir à ce pays, offrir de la sécurité. Ce serait incroyable que je n'offre pas à notre pays des soins de qualité alors que nous avons un taux de natalité élevé.

belmonde : Afin qu'il y ait moins de disparités et moins d'attente, ne serait-il pas judicieux d'obliger le corps médical à faire régulièrement des stages de remise à niveau ? Cela éviterait bien des désagréments.

Roselyne Bachelot-Narquin : Oui, la formation médicale est obligatoire. Nous sommes en train de travailler aux modalités d'organisation de cette formation médicale car cela fait partie du constat, du cheminement. Déjà, le niveau d'exigence est élevé.

kikki33 : Le lien hôpital/ville sera-t-il renforcé et comment, afin de favoriser l'accès aux soins des patients sortant d'hospitalisation ?

Roselyne Bachelot-Narquin : Le lien hôpital/ville doit être renforcé par les Agences régionales de santé. Il faut véritablement décloisonner l'hôpital et la ville, réfléchir au niveau de la permanence des soins, comment l'organiser en jonction avec l'hôpital. D'ores et déjà, un certain nombre d'expériences sont faites, comme les maisons médicales de garde, pour permettre d'avoir un accès rapide aux soins hospitaliers. L'internaute soulève le problème de la sortie de l'hôpital pour avoir un vrai parcours de soins vers la médecine de ville. Ce sujet a été étudié et nous allons certainement dédier un certain nombre de personnes dans l'hôpital au suivi de la personne qui quitte l'hôpital vers la médecine de ville. Souvent, les médecins hospitaliers sont les premiers à reconnaître ce fait. Le médecin de ville a aussi toute sa place à l'hôpital pour que la coordination se fasse.

Dombou : Il faut aussi associer les infirmières et autres professionnels de la santé à la définition du projet d'établissement.

Roselyne Bachelot-Narquin : Bien sûr. Evidemment que l'ensemble du personnel doit être associé à ce projet : les infirmières, les aides-soignantes. Vous savez, il y a 150 métiers à l'hôpital : les soins, la logistique, la restauration, des ingénieurs, des cuisiniers. Tout ce personnel participe aux soins, au bien-être. La condition des infirmières me tient particulièrement à coeur, c'est pour cela que nous sommes entrés dans une réforme lourde, le LMD, c'est-à-dire porter le diplôme d'infirmière au niveau licence. Déjà pour reconnaître leurs compétences, mais cela demande beaucoup de travail avec les organisations syndicales ou représentatives des infirmières libérales.

Trotro : Les médecins obtiennent tout du Gouvernement. Les malades subissent le diktat des médecins généralistes. Ceux-ci n'assurent plus les gardes. Tout ceci au détriment du service public. Les hôpitaux sont débordés. Les Français ne sont plus soignés correctement. Quand est-ce que nous verrons des sanctions ?

Roselyne Bachelot-Narquin : J'ai rappelé, car je travaille avec les organisations représentatives de médecins, que la permanence de soins se devait d'être assurée. Nous assurons que la permanence des soins fait partie intégrante de la mission des médecins généralistes. Nous souhaitons assurer cette permanence sans mesures coercitives. Il faut rappeler à chacun ses responsabilités.

Emeline26 : Pensez-vous vraiment à la santé des Français quand vous engagez des réformes, alors que tout n'est question que de faire des économies ? Franchises, déremboursements, suppression de petits hôpitaux locaux (pas assez rentables...), etc. Il faut être riche et (ou) non-malade en France maintenant !

Roselyne Bachelot-Narquin : Je ne peux pas être d'accord avec cela. Que certaines personnes rencontrent des difficultés pour se faire soigner, je suis la première à le constater. J'ai exercé ma profession dans un quartier populaire, j'ai été confrontée aux difficultés de mes concitoyens. Nous avons un taux de dépenses de santé parmi les plus élevés du monde. Nous avons le taux de couverture sociale le plus élevé du monde également : 78 % des dépenses de santé sont prises en charge par l'Assurance maladie et nous y ajoutons 12 % couvertes par les mutuelles. Il y a également une aide à l'acquisition de la couverture santé qui permet une prise en charge plus étendue. 90 % des dépenses de santé sont prises en charge par la solidarité nationale. Ce taux est le plus élevé du monde. Quand j'entends dire que, dans notre pays, on n'aurait pas une vision éthique... Est-ce que je pense à la santé des Français ? J'y pense tous les jours. Notre réforme veut pérenniser le système de santé. Le challenge est énorme avec l'augmentation de l'espérance de vie. C'est merveilleux ce qu'on peut faire en médecine, mais c'est aussi très coûteux. Je trouve que notre pays est exemplaire. On essaie de prendre en compte les difficultés, de réagir au cas par cas. On n'est pas parfait mais on peut être fier du modèle dont nous avons hérité de nos parents, grands-parents résistants, comme les miens, et qui ont fondé le pacte de 1945.

juliettep5 : On pourrait faire énormément d'économie sur tous les dépassements qui sont pratiqués aussi bien chez les médecins que sur les actes de radiologie... ?

Roselyne Bachelot-Narquin : Pour rebondir sur ce que disait l'internaute précédente, les questions s'enchaînent bien, c'est que les difficultés d'accès aux soins ne sont pas liées au ticket modérateur ou aux différentes formes du ticket modérateur. C'est plutôt lié aux dépassements d'honoraires. 40 millions dans l'hôpital public, mais parfois ces dépassements d'honoraires sont très forts. C'est pour les éviter que j'ai pris certaines dispositions dans le cadre de la loi de financement de la Sécurité sociale en donnant aux Caisses les moyens d'afficher les dépassements d'honoraires et d'informer les malades sur les médecins en secteur 1, de pouvoir accéder à la liste des médecins du secteur 1. Mais également, dans la loi de financement de la Sécurité sociale, j'ai imposé que, quand le dépassement dépasse un certain montant, aux environ de 100 euros, cela fasse l'objet d'un devis préalable. Qui sera accepté ou non.

Tricastine : Pourquoi nous obliger à passer par un "référent" pour accéder à un spécialiste (ceux bénéficiant de la CMU en sont dispensés) surtout lorsqu'on habite une région qui se désertifie en généralistes qui se conduisent alors en "mandarins". Il est alors souvent trop tard lorsqu'on arrive au spécialiste...

Roselyne Bachelot-Narquin : Je crois que la notion de médecin référent est un élément indispensable du parcours de soins. Il faut que le médecin traitant, car il s'appelle comme cela désormais, et non plus médecin référent, soit le pilote du parcours du soin. Vous avez un problème aux yeux, par exemple, cela retentit sur votre état général. Vous ne traitez pas votre corps et votre esprit en différents morceaux. Tout est lié, il faut un pilote dans les soins. Et ce pilote ne peut être que le médecin généraliste qui va permettre de vous aider dans votre parcours de soins. Il va analyser ce qu'on va vous dire et vous aider dans votre parcours. On ne se soigne pas par appartenance. Et puis cela ne ralentit pas le processus, au contraire, le généraliste est le plus fréquent sur le territoire. C'est lui qui connaît les différents correspondants, ce qui va permettre au malade de savoir à quel professionnel il peut faire appel.

Philippe17000 : Pensez-vous mettre en place un contrôle efficace et sérieux des "arrêts maladie" accordés à certains salariés ? Le laxisme en ce domaine coûte très cher, à la Sécu comme aux entreprises. Certains médecins font du clientélisme avec ces arrêts.

Roselyne Bachelot-Narquin : Oui, effectivement, des dispositions ont été prises dans la dernière loi de financement de la Sécurité sociale sur la vérification des indemnités journalières indues. Nous avons rappelé les médecins à leurs responsabilités sur ce thème. Dans la loi, nous avions une disposition permettant aux médecins trop dérivants sur les prescriptions médicamenteuses ou d'arrêts maladies de se voir soumis à l'entente préalable. C'est-à-dire qu'ils ne pourraient prescrire des arrêts qu'après avis de la Caisse primaire d'Assurance maladie. Et cela ne concerne que 5 % des praticiens, 95 % agissent avec mesure. Il ne faut pas entacher l'ensemble des médecins.

MARINE : En tant qu'infirmière dans un CHU, je me pose la question de l'avenir de l'hôpital public, et l'accès pour tous aux soins. On ne parle que de déficit et de sous alors que la base de notre métier est l'humain.

Roselyne Bachelot-Narquin : Il ne faut pas opposer qualité des soins et bonne gestion. Je m'inscris totalement en faux sur ce qui pourrait apparaître comme un rationnement. Je tiens à rappeler que dans le cadre de la loi de Sécurité sociale pour 2008, j'ai fixé un objectif d'augmentation des dépenses hospitalières de 3,2 %. Quand j'entends parler de rationnement, c'est le contraire que nous avons fait. Nous ne sommes pas dans une vision de rationnement. Je veux assurer la qualité des soins, la sauvegarde de l'hôpital public, ce que nous faisons avec le président de la République et le Premier ministre. Malheureusement, il existe de mauvais soins, c'est cela qui pourrait éventuellement menacer des hôpitaux publics. Je veux consacrer les marges d'efficience à la qualité de vie des médecins et des autres personnels.

Jean Brant : La contraception rentre-t-elle dans le plan de l'offre de soins, avec notamment la question sur le remboursement des moyens contraceptifs ?

Roselyne Bachelot-Narquin : Bien entendu, la contraception entre dans les soins, et d'ailleurs j'ai présenté ce matin au ministère de la Santé ma nouvelle campagne sur la contraception. Cette campagne va permettre aux jeunes, qui souvent ont du mal à trouver une personne qui accepte de parler de contraception, à travers ce numéro 0800 235 236, numéro anonyme et gratuit depuis un fixe, de trouver les réponses aux questions sur la contraception et la sexualité. Je souhaite que ce numéro soit accessible à tous les jeunes. Je note que les pilules de troisième génération, si elles ne sont pas remboursées, c'est qu'elles n'apportent pas d'amélioration du service médical rendu et ce sont les laboratoires qui ont décidé de rester hors du remboursement pour les vendre plus cher. Cela ne vient pas du ministère de la Santé et de l'Assurance maladie. Il y a sur le marché des moyens contraceptifs remboursés totalement accessibles et qui apportent un service médical de qualité.

Edly5590 : Je suis papa d'un fils qui est dans sa première année d'internat, mais rien n'a été fait jusqu'à ce jour pour lui présenter la médecine générale. Il ne connaît que le milieu hospitalier. C'est une chose à revoir dans les prochains cursus.

Roselyne Bachelot-Narquin : C'est effectivement une chose à laquelle je me suis attachée : une meilleure connaissance de la médecine générale dans le cursus hospitalier. Une filière de médecine générale a été créée, des stages existent. Votre internaute a raison et nous mettons en place les moyens d'assurer la connaissance et au-delà, la reconnaissance de la filière de médecine générale.

Metikyo : Comment faire pour rendre la médecine générale plus attractive ? Quand on sait que moins de la moitié des étudiants en médecine générale finissent par exercer en médecine générale libérale, ça laisse songeur...

Roselyne Bachelot-Narquin : Les chiffres de notre correspondant sont justes, j'ai donc répondu par avance sur les moyens que je comptais mettre en oeuvre. Les moyens en cours d'études, mais aussi d'apporter une attractivité vers la médecine générale. Il faut apporter au médecin des aides à l'installation, la prise en compte d'un certain nombre de tâches administratives pour participer à la qualité de sa prestation.

Michel : Je vous félicite d'aborder enfin ce sujet. Qu'est-ce qui vous empêche d'ouvrir des postes et de les remplir sur concours comme pour les autres services publics ? Après tout, ce sont bien les contribuables qui paient...

Roselyne Bachelot-Narquin : Des postes de quoi, de médecins, d'infirmiers ? Par exemple, dans la Fonction publique hospitalière, l'hôpital n'est pas touché par la mesure de non remplacement d'un fonctionnaire sur deux qui part à la retraite. Il faut trouver les moyens de rendre attractif les métiers de l'hôpital. Par exemple, pour la radiothérapie, pour surveiller les doses de rayons reçus par les malades, nous avons créé de nouveaux postes. D'ici 2010, nous aurons doublé le nombre de radio-techniciens. Ils assureront l'effectivité des doses reçues par les malades atteints de cancers. Il faut faire connaître tous ces nouveaux métiers de l'hôpital. Vous trouverez des renseignements sur ces nouveaux métiers sur le site du ministère. Vous avez une palette extraordinaire de métiers. Le secteur de la santé va recruter plusieurs dizaines de milliers des personnes dans les années qui viennent. Et j'en appelle aux gens que cela intéresse, il y a des postes.

fabi33 : Quand les infirmières, qu'elles soient salariées ou libérales, seront-elles enfin reconnues et rémunérées comme elles le méritent ?

Roselyne Bachelot-Narquin : C'est tout ce que nous faisons à travers la reconnaissance du métier et du diplôme. Par exemple, avoir la reconnaissance au niveau licence du diplôme d'infirmier, cela veut dire que les personnels seront reconnus en catégorie A à l'hôpital et cela aura un sens pour le parcours de carrière et la rémunération.

Camille : Malheureusement la rémunération des métiers de l'hôpital empêche toute attractivité !

Roselyne Bachelot-Narquin : Certes, il y a des transformations, des insuffisances. Je suis la première à le reconnaître. Finalement, je me rends dans deux hôpitaux par semaine, et de différentes tailles. Je suis toujours émerveillée par ce personnel infirmier qui est au chevet des plus souffrants de nos concitoyens. On voit dans certains services une charge émotionnelle importante et ces femmes portent les malades comme s'ils étaient leurs proches. On peut comprendre cette charge, je veux donc m'attaquer à la question de la pénibilité des métiers de l'hôpital. C'est une fonction pénible. Tout cela peut se gérer au niveau de l'établissement, en donnant de l'autonomie, en réfléchissant au projet médical de l'établissement, en donnant une vraie fonction de gestion des hommes au directeur de l'hôpital.

Délizia : Madame, est-il judicieux de maintenir la CMU alors que nombre de Français, même adhérents d'une mutuelle santé, n'ont pas les moyens de se faire soigner correctement (dents, lunettes...) ? Et que beaucoup de soignants sont contre la CMU ? Merci pour votre réponse.

Roselyne Bachelot-Narquin : La CMU est un acquis social absolument indispensable, qui permet de prendre en charge les plus faibles, les plus démunis. C'est l'honneur de notre pays d'avoir bâti cette CMU. Des abus existent, c'est vrai. Il faut lutter contre la fraude à la CMU, mais ce n'est pas pour autant qu'il faut casser le système de protection. Il faut lutter contre la fraude et les abus, tout en gardant un système permettant de prendre en charge les plus faibles. Voilà une réponse de solidarité.

Cloucou : Quand envisagez-vous de privatiser la Sécurité sociale comme aux USA ?

Roselyne Bachelot-Narquin : Jamais. Les choses sont claires. Ce n'est absolument pas un projet. A aucun moment, je l'ai dit et redit, je suis là pour défendre ce pacte de 1945, héritage commun légué par nos parents et grands-parents qui se sont battus pour notre pays. Il est issu du Conseil national de la résistance, composé de gens de droite et de gauche. Tous s'étaient réunis dans ce Conseil national de la résistance et ont construit le système de Sécurité sociale. Bien sûr, il faut apporter des modifications car la protection sociale est beaucoup plus forte que celle qui était en oeuvre au lendemain de la guerre. Les problèmes ne sont plus les mêmes, on ne peut plus les régler de la même façon qu'auparavant. Mais, je souhaite conserver l'héritage commun.

Alexandre77 : Bonjour, j'aimerais savoir pourquoi le président Nicolas Sarkozy dit que les franchises vont aider les malades d'Alzheimer ? Or, ce sont eux qui paieront le plus de franchises médicales.

Roselyne Bachelot-Narquin : Je rappelle les dispositions des franchises : la franchise est plafonnée à 50 euros par an, c'est-à-dire 4 euros par mois. Et effectivement, les priorités du président de la République, dans le cadre des 850 millions rendus disponibles par la franchise, sont le cancer, les soins palliatifs, et les malades atteints d'Alzheimer. Par exemple, pour ces derniers, le président de la République a présenté un plan de 1,6 milliard d'euros. La franchise va évidemment y participer pour une partie, pas en totalité. Cela va permettre de se mobiliser pour la recherche, pour la création de places en établissements médico-sociaux, mais aussi en soins de santé. Je souhaite augmenter le nombre de centres mémoire, mais aussi des centres ressources où les centres mémoire trouveront des renseignements. Je souhaite aider les malades d'Alzheimer jeunes, il ne faut pas les oublier, ils sont 150 000. Bien sûr, je sais que c'est un effort et qu'un ticket modérateur, qui permet... Là, non, il n'y a pas de doute, cette franchise est une sorte de ticket modérateur qui permet de libérer des fonds au niveau de l'Assurance maladie. On a veillé à ce plafond de 50 euros et d'en exonérer beaucoup de Français parmi les plus faibles. Un Français sur quatre ne paie pas la franchise.

A bientôt. Merci.


Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 5 mai 2008

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