Interview de Mme Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, à "La Chaîne Info" le 6 mai 2008, sur le bilan de la première année de présidence de Nicolas Sarkozy, le pouvoir d'achat, la réforme des institutions, les candidatures pour la création de 10 campus universitaires et la carrière des maîtres de conférence. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, à "La Chaîne Info" le 6 mai 2008, sur le bilan de la première année de présidence de Nicolas Sarkozy, le pouvoir d'achat, la réforme des institutions, les candidatures pour la création de 10 campus universitaires et la carrière des maîtres de conférence.

Personnalité, fonction : PECRESSE Valérie, BARBIER Christophe.

FRANCE. Ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche;

ti : C. Barbier.- Il y a un an, N. Sarkozy était élu président de la République. Comprenez-vous aujourd'hui la déception de nombreux Français et l'impopularité du Président ?
 
R.- Ce que je vois, c'est surtout derrière nous une année très intense, une année où nous avons vraiment fait bouger la France au rythme du monde, et je crois qu'il n'y a pas, quand je lis toutes les études d'opinion qui sont en ce moment faites, je sens une très grande volonté de changement, un grand soutien à l'idée de réforme, à cette idée qu'il faut bouger, à l'idée qu'il faut se mettre en mouvement, et en même temps une soif de résultats très grande.
 
Q.- Et les résultats ne sont pas là ?
 
R.- Les résultats c'est compliqué, parce qu'il y a des résultats immédiats. Si je prends mon domaine de compétence, par exemple, on augmenté les bourses des 100.000 étudiants les plus défavorisés de 7 % en janvier, donc ça c'est immédiat. Et puis, il y a les résultats différés. Et les résultats différés, c'est parfois des résultats qu'on ne verra que dans cinq ans, dans dix ans. La réforme de la licence pour faire une meilleure réussite pour les étudiants, c'est en septembre prochain ; un professeur pour 20 élèves, référent ; l'autonomie des universités, ce sera en janvier 2009 pour les premières d'entre elles ; dans cinq ans, on verra les nouveaux campus universitaires sortir de terre ; et dans dix ans, le plan Alzheimer que nous venons de lancer produira peut-être un nouveau médicament. Donc, si vous voulez, on est obligé de prendre des décisions qui sont des décisions structurelles, qui vont répondre aux grands défis socio-économiques de notre temps, l'université en est un, l'Alzheimer en est un autre. On prend ces décisions et on aura les résultats entre maintenant et dans dix ans. Et en même temps, il faut quand même le faire, parce que gouverner c'est prévoir.
 
Q.- Pour le critère phare de l'an passé, c'est-à-dire, le pouvoir d'achat, quand est-ce que les clignotants vont se mettre au vert ? + 7% pour un boursier, c'est quasiment immédiatement dévoré dans un loyer qui augmente ou le prix des pâtes ?
 
R.- Alors, sur le pouvoir d'achat, il y a toute une série, et là encore, ce qui est très important et ce qu'il faut que les Français aient vraiment en tête, c'est que toutes les réformes se tiennent. On est obligé de tout bouger en même pour espérer avoir tous les résultats en même temps. Sur le pouvoir d'achat, si vous parlez de la précarité étudiante, l'un des grands problèmes c'est le logement étudiant. Donc, il faut qu'on avance sur le logement. Un autre problème, c'est aussi le travail des étudiants, donc nous avons défiscalisé le travail étudiant, nous avons considéré que le travail ne devrait pas être pris en compte dans la bourse, nous avons créé des contrats pour les étudiants, dans les universités, et maintenant nous allons mettre en place l'alternance, l'apprentissage à l'université. Parce que, ce qui est très paradoxal dans le système français, si vous êtes médecin, si vous êtes énarque, vous faites de l'apprentissage, vous allez dans l'entreprise gagner de l'argent en même temps que vous faites vos études, alors que si vous êtes à l'université vous ne pouvez pas le faire. Et tout cela va ensemble.
 
Q.- Comment vivre avec 1.000 euros, demande une smicarde ? Comment vais-je faire les courses ou plutôt aller chez le médecin, demande un retraité ? Comment jugez-vous la campagne d'affichage du Parti socialiste à l'occasion de cet anniversaire ?
 
R.- Je crois que le Parti socialiste, malheureusement, depuis un an, c'est vraiment une année de perdue, une année gâchée. Il n'y a pas eu une idée sortie du Parti socialiste. Il y a une pléthore de candidats, mais ni projets, ni idées. Vraiment, ce qui m'a beaucoup choquée ce sont, sur mes sujets - l'université, la recherche - le Parti socialiste passe sa vie à expliquer que pour lui la priorité nationale c'est d'investir dans la recherche, investir dans l'université. On a passé une loi qui était dans le programme de S. Royal, qui s'appelle l'autonomie des universités, et le Parti socialiste n'a même pas été capable, alors qu'on a eu un débat très ouvert, très intéressant, très constructif, même pas été capable de le voter. Donc, je crois que vraiment on est aujourd'hui face à un Parti socialiste qui s'oppose pour s'opposer, qui surfe de manière assez démagogique, il faut bien le dire, sur les difficultés économiques de la France dans un contexte international qui est un contexte extrêmement difficile. Et je crois que vraiment, ça n'est pas digne d'un Parti socialiste d'un grand pays.
 
Q.- Souhaitez-vous que N. Sarkozy vienne ce soir Salle Gaveau fêter cet anniversaire avec les militants ou bien est-il plus sain qu'il garde ses distances maintenant avec son parti d'origine ?
 
R.- A titre très personnel, je crois qu'il faut qu'il soit très simple dans ce domaine. D'abord, aujourd'hui ça n'est pas une commémoration particulière. Pour nous, le rendez-vous de la réforme c'est dans cinq ans, et dans cinq ans, on jugera notre bilan, dans cinq ans, on verra si tous les changements que nous avons faits, qui sont les changements que tous les autres pays sont en train de faire, aboutissent à une amélioration de la vie des Français.
 
Q.- L'UMP fait la fête quand même aujourd'hui ? Il y a une réunion Salle Gaveau, il y a des manifestations à droite, à gauche...
 
R.- L'UMP se remobilise, parce qu'un grand parti ça doit être un parti apporteur d'idées, et ça doit être aussi un parti qui sait faire naître des talents. Et je crois que l'UMP a décidé de se donner une nouvelle impulsion à partir de cette année, je crois que c'est nécessaire. Vous savez, quand on porte à la tête de l'Etat son Président, ce qui a été le cas de l'UMP, on a tendance après à se dire : bon, ben voilà, on a fait notre travail. En réalité, l'UMP n'a pas fait son travail, l'UMP aujourd'hui doit être apporteur d'idées pour le Gouvernement et doit être vraiment moteur. Donc, ça, c'est un moment de remobilisation de l'UMP.
 
Q.- Et vous demandez au Président de venir ce soir ?
 
R.- Je crois qu'il faut qu'il soit très simple. C'est sa famille politique, s'il peut venir, moi ça ne me choquerait pas du tout qu'il vienne.
 
Q.- Trop réformes ne tue-t-il pas la réforme ? Est-ce que tout ça n'est pas assez illisible en ce moment ?
 
R.- Mais je crois que c'est tout le contraire. Là encore, je vais vous donner un exemple : on parle, si on parle d'emploi, si on parle du pouvoir d'achat, on parle d'emploi, parce que qu'est-ce qui donne du pouvoir d'achat durable, c'est le travail, d'une manière générale. Le travail qui permet soit de financer les prestations sociales, soit de donner un salaire aux gens qui travaillent. Donc, si on parle de pouvoir d'achat, on parle de travail. Eh bien, le travail c'est la formation professionnelle, c'est la formation à l'université, mais c'est aussi la réforme du lycée, mais c'est aussi la réforme du primaire, tout se tient. Si vous voulez être qualifié pour votre travail, il faut tout réformer. Nous avons ouvert cette année des chantiers qui étaient tabous depuis 20 ans : l'hôpital, on n'a plus parlé de l'hôpital depuis 20 ans ; la carte judiciaire, 58 ; l'université, de 84. Je crois que toutes ces réformes...Et pourquoi ces réformes ? Pour que ça fonctionne mieux, pour que ça fonctionne avec un meilleur rapport qualité-prix, et toutes les marges de manoeuvre financières qu'on récupère c'est pour plus de bien-être pour les Français et pour faire face à des nouveaux défis, comme le réchauffement climatique, comme le vieillissement de la population, ce sont des défis formidables ! Donc, il faut qu'on ait de l'argent pour les relever.
 
Q.- L'UMP et le Parti socialiste cherchent aujourd'hui un consensus sur la réforme des institutions. Est-ce que vous souhaitez par exemple, vous, qu'on réforme le mode d'élection au Sénat, ce que demande la gauche ? Est-ce que c'est une modernité, une bonne réforme ?
 
R.- Je crois d'abord, ce qu'il faut dire sur la réforme des institutions, on me dit : les Français ne s'intéressent pas à la réforme des institutions parce que ce sont les institutions. Je crois que ce n'est pas vrai, je crois que c'est tout le contraire, je crois que les institutions c'est la vie politique, et que les Français sont passionnés par la politique. Et que la réforme des institutions qui va leur donner plus de démocratie, plus de droits aussi, elle est absolument fondamentale.
 
Q.- Le Sénat par exemple, alors on réforme, on modernise ?
 
R.- Attendez, attendez, j'y arrive. La réforme est absolument essentielle. Nouveaux droits pour les Français, plus de démocratie, plus de pouvoir pour le Parlement. Dedans maintenant, il y a un accord politique à trouver parce que cette réforme, il nous faut trois cinquièmes du Parlement pour la voter, et je sais que le Premier ministre débat en ce moment avec le groupe socialiste, avec le groupe UMP pour trouver un consensus...
 
Q.- Pas de tabous sur le Sénat ?
 
R.- Je crois qu'il y a des discussions, elles sont en cours. Cela étant dit, il faut quand même dire que le Sénat n'est pas du domaine de la Constitution, en tout cas le mode de scrutin sénatorial ne rentre pas dans le cadre de [la Constitution], ni le cumul des mandats d'ailleurs, ce sont des lois simples.
 
Q.- L'UMP, qui a réfléchi autour de la commission Attali, souhaite que la fonction publique multiplie le recours aux contractuels. Dans votre domaine, recherche, universités, il y a de la place pour plus de contractuels ?
 
R.- Alors, nous, nous avons pris le soin pour rassurer les enseignants, parce que un professeur ça ne s'improvise pas, c'est un métier, et un chercheur de la même façon, ce sont des métiers qui se construisent dans la durée, nous avons pris des précautions. C'est-à-dire que, dans les contrats signés avec les universités et avec les organismes de recherche, de toutes les façons il y a toujours la garantie du nombre de contractuels ou du pourcentage de contractuels qui pourront être recrutés. Néanmoins, c'est évident que dans un monde complètement international, comme celui de l'université et de la recherche, il faut pouvoir recruter les meilleurs, et il faut aussi pouvoir faire revenir les Français qui sont partis pour l'étranger. Les Français qui sont partis pour l'étranger faire un post doctorat aux Etats-Unis ou ailleurs, eh bien quand ils veulent revenir, ils ont 35 ans, ils ont 40 ans, ils ont une famille. Et pour les attirer, on ne peut pas les attirer au premier échelon d'un salaire de maître de conférence débutant. Il faut donc leur faire des contrats avec possibilité de les intégrer ensuite.
 
Q.- Alors, vous lancez la réorganisation de l'université en campus, 46 dossiers ont été déposés, 10 seront retenus en juillet, avec 5 milliards d'euros de financement à la clé. 46, est-ce que ce n'est pas un peu trop ? Sont-ils tous sérieux. Et 10, est-ce que ce n'est pas un peu trop peu ? Est-ce que vous n'allez pas tuer l'université en villes moyennes ?
 
R.- Ce qui est important, c'est de savoir que ce Plan "campus", d'abord c'est un tournant, c'est la première fois qu'on met autant d'argent sur des campus universitaires. Pourquoi le fait-on ? Parce que aujourd'hui, l'immobilier est une condition d'attractivité des métiers de la recherche et des étudiants et des enseignants. On a des étrangers, là encore, qui viennent en France, qui voient la qualité de nos campus et qui repartent. On a 30 % de campus insalubres, enfin, pas aux normes du XXIème siècle, disons plutôt. Donc, il faut absolument qu'on ait une double dynamique, double dynamique, à la fois ce Plan "campus", pour faire émerger des campus internationaux de qualité mais vraiment nationale ou internationale, de visibilité quasiment mondiale, et puis qu'on ait à côté un plan de rénovation des universités pour les mettre aux normes de sécurité, pour les mettre aux normes d'accessibilité pour les handicapés, et puis pour les mettre aux normes environnementales, et aux normes des technologies de l'information. Mais on fera les deux en même temps. Et c'est pour ça que ce Plan "campus" qui sont 5 milliards de ressources exceptionnelles, va me permettre de l'autre côté de dégager dans mon budget des crédits supplémentaires pour la rénovation dans les villes moyennes, dans ces universités dont vous parlez.
 
Q.- Où sont-ils ces campus ? Forcément dans les très grandes villes, dans l'Ile-de-France ?
 
R.- Nous avons des projets. Ce qui est très intéressant dans ce Plan "campus" - et là aussi c'est très inédit, et nous l'avons voulu comme ça, le président de la République l'a voulu comme ça - nous avons demandé aux universités de réfléchir à leur stratégie, de réfléchir à leur avenir, de se mettre ensemble. Et il y a vraiment une dynamique d'alliance entre universités, grandes écoles, organismes qui est en train de se dessiner. Et ça, ça va avec l'autonomie.
 
Q.- Et que dites-vous aux maîtres de conférence qui sont inquiets pour leur carrière, pour l'impasse dans leur carrière ?
 
R.- Je leur dis que d'abord, dès cette année, on a fait des efforts, on a fait des efforts pour rendre, j'allais dire, plus mobiles les carrières, pour permettre davantage de passages à la classe exceptionnelle, pour faciliter les promotions, les transformations d'emploi de maîtres de conférence en professeurs, de façon à ce que il n'y ait pas... Ce qui me frappe, c'est dans la fonction publique d'une manière générale, il faut qu'on donne des perspectives de carrière, sinon les gens s'étiolent, ils n'ont plus envie de bien faire. Donc, il faut absolument, j'allais dire, rendre dynamiques ces promotions, donc c'est ce que nous avons fait dès 2008. Mais nous allons réfléchir plus avant, et en juin j'aurai deux rapports sur mon bureau : un, sur les carrières des enseignants chercheurs et des personnels de l'université, et un autre sur la carrière des chercheurs. Et je crois que nous avons un défi démographique incroyable à relever. Il y a 30 % des personnels qui partent à la retraite dans les dix ans qui viennent, il faut attirer les meilleurs vers ces métiers extraordinaires de la transmission et de la recherche, et nous allons nous donner les moyens de le faire.  
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 6 mai 2008  

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