Interview de Mme Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, à France-Inter le 13 mai 2008, sur la loi relative aux libertés et aux responsabilités des universités (loi LRU), la recherche et la loi OGM. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, à France-Inter le 13 mai 2008, sur la loi relative aux libertés et aux responsabilités des universités (loi LRU), la recherche et la loi OGM.

Personnalité, fonction : PECRESSE Valérie.

FRANCE. Ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche

ti :
 
 
 
N. Demorand.- La loi LRU, relative aux libertés et aux responsabilités des universités, dite aussi - et c'est plus simple - "loi Pécresse", a été votée, elle est entrée en application. De votre point de vue, bilan rapide à quelques mois de l'entrée en vigueur de ce texte ?
 
La loi se met petit à petit en place. Il n'y a pas de réticences des universités à se l'approprier, au contraire la plus grande partie d'entre elles voit toutes les perspectives qu'elle offre. D'autant plus qu'elle s'accompagne, cette loi, d'autonomie des universités de plusieurs plans qui vont conforter l'université française, que ce soit un plan pour la rénovation de l'immobilier qui est "l'opération campus", que ce soit un plan pour la réussite des étudiants qui est le plan "réussite en licence", le changement radical de maquette de tous les premiers cycles universitaires. Donc on a aujourd'hui une université qui est en mouvement, une université qui travaille à la réussite des étudiants et à son propre rayonnement.
 
Le quotidien Le Monde dans son édition parue à Paris hier, en date donc d'aujourd'hui, pointait un certain nombre d'universités où les élections se passent difficilement pour les équipes dirigeantes ; il y a des blocages. Comment les expliquez-vous ? Est-ce que cela vous inquiète ?
 
Ce qu'il faut d'abord dire, c'est que la loi sur l'autonomie des universités change profondément la gouvernance des universités, puisque les conseils d'administration, où il y avait soixante personnes, qui étaient devenus des lieux de palabres, parce qu'il n'y avait pas non plus de comité technique paritaire dans les universités, c'est-à-dire pas de lieux de dialogue social, donc, on a séparé les choses. Aujourd'hui, ce qui ressort, c'est des conseils d'administration qui fonctionnent beaucoup mieux et c'est ce qui revient de toutes les universités. Des conseils d'administration qui sont portés par un projet qui a été présenté par les équipes qui aujourd'hui prennent la tête des universités.
 
Les blocages qu'on peut voir ici ou là en France, comment les expliquez-vous ?
 
Il y a quelques situations difficiles. Vous savez, il y a 85 universités. Aujourd'hui, il y 50 présidents qui ont été élus ; dans 90 % des cas, ces présidents disposent d'une majorité très solide pour diriger l'université, ce qui n'était pas le cas avant - une majorité à peu près les deux tiers. Il y a quelques cas isolés dans lesquels il y a des difficultés. Je souhaite que ce soit uniquement des situations transitoires. Mais nous avons mis en place un comité de suivi de la loi. Et ce comité de suivi de la loi nous rendra en décembre des recommandations tout à fait transparentes. Si on peut améliorer encore les choses en matière de gouvernance, évidemment on les améliora.
 
Je vous repose la question : d'où viennent ces blocages ? Des minorités qui ne sont pas convaincues par la loi que vous avez proposée ?
 
Ils viennent effectivement d'un certain nombre de personnes qui ne souhaitent pas voir la loi entrer en vigueur. Mais vraiment, ce sont des mouvements qui sont très minoritaires. Je crois qu'il y a deux ou trois universités concernées sur les 80 que je vous cite.
 
Il n'y en a que quarante qui ont voté pour l'instant.
 
Il y a 50 présidents élus et il y a 67 universités dans lesquels les conseils d'administration ont déjà été réélus.
 
Le fait que les blocages apparaissent surtout sur les fameuses personnalités extérieures proposées à la nomination par le président d'université pour intégrer le conseil d'administration. Ce point-là vous inquiète-t-il ? C'était un point important de la réforme de la gouvernance.
 
Je crois que c'est très important que les universités aujourd'hui soient davantage ouvertes sur le monde extérieur. Dans la réforme, un point crucial, c'est de donner à l'université une troisième mission. Cette troisième mission, c'est l'insertion professionnelle. Et ça, je sais que c'est un grand changement de philosophie, de dire à l'université "non seulement vous faites de la formation, vous faites de la recherche, mais vous vous préoccupez aussi de l'insertion professionnelle des étudiants", c'est une vraie rupture. Mais je crois l'entrée dans les conseils d'administration du monde socioprofessionnel est essentiel. Et effectivement, quelquefois, c'est un point de blocage. Je souhaite que ce soit vraiment surmonté. Parce que dans les universités, les autres, les 50 qui ont élus des présidents moteurs, porteurs de la loi, eh bien, on voit bien que l'entreprise rentre et elle rentre de manière intéressante avec des personnalités qui vont apporter un plus à l'université.
 
En tant que ministre de la Recherche, vous avez évidemment un point de vue sur la loi OGM qui arrive aujourd'hui à l'Assemblée nationale pour la dernière ligne droite. Est-ce que la France, d'après vous, a pris un retard préoccupant sur la recherche sur les OGM ?
 
Je crois d'abord que le texte qui est proposé aujourd'hui est un texte de réconciliation. C'est un texte qui doit réconcilier les anti-OGM et les pro-OGM, parce qu'il faut donner des garanties. Nous aurons le texte qui donnera le plus de garanties en Europe. Simplement, ce que je dis et je continuerai à le dire, c'est que nous avons un devoir de recherche sur les OGM. "Devoir de recherche" ça veut dire quoi ? Cela veut dire que nous importons des OGM, que nous en consommons, que ces techniques de modification génétique des plantes sont des techniques qui sont potentiellement porteuses de progrès. On ne sait pas aujourd'hui, mais quand on ne sait pas, il faut chercher. Et je défendrai la liberté du chercheur et la possibilité d'accroître notre connaissance. C'est une question d'indépendance nationale.
 
On est en retard aujourd'hui ou pas ? Toutes ces polémiques ont-elles mises la France en retard ou pas ?
 
Ce qui est clair, c'est qu'aujourd'hui nos chercheurs sont réticents à chercher. Nous avions vingt projets de recherche déposés sur les OGM il y a quelques années, nous en avons six aujourd'hui. C'est quelque chose qui potentiellement peut être dramatique. Il faut, pour l'indépendance nationale de la France, pour savoir ce que nous importons, pour savoir ce que nous consommons que nous ayons des chercheurs et des équipes de recherche sur ces techniques.
 
Le fait que les grands cuisiniers français, qui sont les défenseurs d'un patrimoine immatériel aussi, qui est la gastronomie française, qu'un certain nombre de vignerons prennent publiquement partie contre les OGM, ça vous inquiète ou pas ?
 
Mais attendez, ce qu'il faut dire, c'est que "les OGM", ça n'a pas de sens scientifiquement. Chaque plant génétiquement modifié est un cas particulier, c'est comme un médicament. Si vous prenez certaines expérimentations qui sont faites aujourd'hui sur le tabac, on prend des feuilles de tabac et on essaye d'en sortir un médicament anti-cancéreux. Vous voyez bien que la génétique, ça ne se limite uniquement à du maïs modifié ou du soja qu'on mettrait dans des plats ou dans l'alimentation des Français.
 
Deux questions plus directement politiques pour finir. On va revenir en détail sur l'ensemble des dossiers qu'on a évoqués ensemble. La presse est responsable de tous les maux du Gouvernement ?
 
Aujourd'hui, la presse en France est totalement libre. Elle est totalement libre, et le président de la République est le premier protecteur de cette liberté de la presse. Je vous rappelle qu' au moment de la polémique sur les caricatures de Mahomet dans Charlie Hebdo, le président de la République est celui qui a le plus, dans la classe politique de droite comme de gauche, défendu la liberté de la presse.
 
Mais il a pointé des titres qui seraient, d'après lui, responsables ou qui feraient mal leur travail, ou qui instruiraient systématiquement à charge. Qu'en pensez-vous ?
 
Je crois qu'il y a dans notre pays, je vous le dis, une liberté de la presse, une liberté d'opinion, une liberté d'expression, qui est un principe constitutionnel, protégé par le président de la République. Mais la liberté de l'opinion, elle n'est pas réservée à la presse. Un homme politique peut aussi s'exprimer, dire ce qu'il pense, et il a le droit de le faire.
 
Vous êtes invitée ce soir au raout chiraquien sur le toit du Centre Pompidou ?
 
Il ne vous pas échappé que j'ai passé quatre ans, effectivement, dans l'équipe de J. Chirac. Oui, bien sûr, je suis invitée.
 
Vous y allez ?
 
Bien sûr, j'irai. J'ai une énorme reconnaissance vis-à-vis du président J. Chirac qui m'a mis le pied à l'étrier en politique, même si aujourd'hui je soutiens la politique de N. Sarkozy. Une politique de réformes qui me paraît extrêmement audacieuse et correspondre à la nécessité pour un pays, qui est dans un monde qui bouge.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 13 mai 2008

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