Interview de M. Xavier Darcos, ministre de l'éducation nationale, à RMC, le 13 mai 2008, sur le service minimum d'accueil dans l'enseignement primaire, la participation de l'Etat et des communes dans la mise en place de ce service et l'obligation des enseignants de se déclarer grévistes 48 heures à l'avance. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Xavier Darcos, ministre de l'éducation nationale, à RMC, le 13 mai 2008, sur le service minimum d'accueil dans l'enseignement primaire, la participation de l'Etat et des communes dans la mise en place de ce service et l'obligation des enseignants de se déclarer grévistes 48 heures à l'avance.

Personnalité, fonction : DARCOS Xavier.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

ti :
 
J.-J. Bourdin.- "Où va la France ?", "Bougeons-nous !"... Première d'une série de sept émissions avec sept personnalités politiques jusqu'à l'été. X. Darcos, est notre invité ce matin, ministre de l'Education nationale. Pendant sept semaines, nous allons regarder la France, et nous allons essayer de faire avancer les choses et de faire bouger les choses. Comment ? Je vais inviter trois ministres importants du Gouvernement, trois personnalités importantes de l'opposition, plus le Premier ministre, et chacun viendra nous dire où va la France et quelles sont les solutions pour la faire bouger, pour la faire avancer. Pendant une demi-heure, sur BFM-TV et sur RMC, X. Darcos, ce matin, et comme les autres qui le suivront, va répondre à mes questions... Alors, êtes-vous prêt ? Il y a cette grande grève jeudi, enfin grande, je ne sais pas, il y a grève jeudi dans l'Education nationale. Êtes-vous prêt à recourir à la loi pour imposer votre service minimum ?
 
Le service minimum d'accueil, comme vous le savez, ça s'adresse d'abord aux communes ; ce sont les communes qui, librement, organisent cet accueil. Et c'est donc une liberté que nous donnons aux familles de faire en sorte que les communes leur rendent ce service. Service qu'en échange, nous, représentants de l'Etat, nous remboursons, nous rémunérons.
 
90 euros pour cette participation de l'Etat, jusqu'à 15 élèves accueillis, c'est ça ?
 
Des groupes de 1 à 15 élèves. Alors, pour pouvoir l'organiser, il y a deux conditions. D'abord, que les communes acceptent de le faire. La dernière fois, c'était un peu plus de 2.000, une ville sur trois de plus de 100.000 habitants l'a fait, ce n'était pas si mal pour une première...
 
2.000 sur 20...22.000 ?
 
Oui mais enfin, dans les 22.000, vous comptez aussi les toutes petites communes n'est-ce pas. Mais enfin, en gros, quand même, nous avons eu une réponse qui n'était pas négligeable. Là, peut-être ce sera plus difficile ici ou là, parce que, comme savez, un certain nombre de communes sont passées de droite à gauche et, visiblement, elles n'ont aucune envie de nous aider dans cette affaire. Mais nous avons cependant déjà plus de communes qui sont prêtes à le faire que la dernière fois. Nous en avions un peu plus de 2.000, cette fois-ci nous sommes à 2.500 environ...
 
Est-ce que les communes qui refusent, refusent pour des raisons politiques ?
 
C'est clair, puisque il y a des villes...
 
Uniquement pour des raisons politiques ?
 
Oui, clairement, oui, parce qu'il y a des villes où ça a été fait la dernière fois, la majorité a basculé et on ne le fait plus cette fois-ci...
 
Je vous interromps, pardon, parce que ce matin j'avais quand même le maire d'une petite commune qui est regroupée en communauté de communes sur toutes les questions éducatives. Et il me disait : "Je ne peux pas, je ne peux pas ! Parce que je n'ai pas de personnels, je n'ai pas suffisamment de personnels ! Je n'ai pas de personnels qualifiés !"
 
Je le comprends très bien.
 
"Je ne peux pas mettre en place ce service minimum !"
 
Je le comprends très bien, ça peut se produire. Cependant, dans la plupart des villes et des villes moyennes en particulier, on organise un accueil le matin avant la classe, de 07h30 à 9h00 ou en fin de journée ; il y a aussi des écoles ouvertes à d'autres moments. Donc, il y a du personnel qui sait faire ça. Exceptionnellement, lorsqu'il y a une grève, on leur demande de le faire sur une journée. Je crois que dans l'immense majorité des cas, c'est possible. Mais ce que je veux dire par ailleurs, c'est que, pour nous nous l'organisions bien, il faut donc la liberté des communes, bien sûr, mais il faut aussi que nous sachions quels seront les grévistes et où ils seront. Et voilà pourquoi ce que je demande aux enseignants, c'est de bien vouloir se déclarer 48 heures par avance pour que nous puissions nous organiser. Et voilà ce qui fait l'objet de discussions tendues avec les syndicats et qui fera éventuellement l'objet d'une loi, parce que c'est nécessaire que nous sachions quand et où les professeurs seront grévistes.
 
Vous allez obliger par la loi les enseignants à se déclarer grévistes ou pas grévistes, 48 heures à l'avance ?
 
C'est ce que je souhaite. J'espère que je n'arriverai pas à la loi, que je n'y serai pas obligé. Mais s'il le faut, je le ferai. Parce que je vais vous dire une chose, à la fin du quinquennat, le service minimum d'accueil se sera imposé. Pour une raison simple, c'est qu'il suffit de lire les sondages, il faut voir ce que veut l'opinion. On ne pourra pas toujours faire des choses contre l'avis des familles, et contre l'avis des parents d'élèves, contre l'avis de l'opinion. Ce matin, les Français approuvent à 60 % le service minimum d'accueil. Sondage CSA pour Le Parisien - Aujourd'hui, oui. Lorsque vous interrogez les parents, le chiffre est plus important encore. Donc, on ne pourra pas toujours dire : "moi, je ne m'occupe pas de ce que pense la nation, je ne m'occupe pas de ce que pensent les parents d'élèves. J'ai ma propre doctrine qui consiste à ne pas vouloir l'entendre". Je pense que cette attitude est aujourd'hui inadaptée aux besoins de la société française qui a besoin d'évoluer.
 
Vous pensez que le conservatisme règne en maître dans l'Education nationale, franchement, soyez franc ?
 
Oui, je trouve qu'il y a beaucoup de conservatisme, beaucoup de dogmatisme, beaucoup de peurs. Je suis même tout à fait stupéfait quand je vois des propositions que nous faisons, et qui reçoivent l'assentiment extrêmement puissant des familles et de l'opinion, tout simplement parce que ça rend service aux élèves, qui sont critiquées pour des raisons purement idéologiques, purement dogmatiques. Comment peut-on être contre, par exemple, l'accompagnement éducatif ! Comment peut-on être contre le fait que nous offrions gratuitement des stages en fin d'école primaire pour des élèves qui en ont besoin ! Comment peut-on être contre des programmes qui se recentrent sur les fondamentaux, et que 93 % des personnes sondées trouvent aller dans le bon sens ! Est-ce que, si c'était un ministre de gauche...
 
On a le droit de discuter de l'efficacité de telle ou telle mesure ?
 
Bien entendu, oui, mais enfin, est-ce que a priori il est inefficace d'apporter du soutien, de donner des cours complémentaires, de permettre de réviser, de donner au fond à tout le monde ce que certains s'offrent autrement ! Est-ce que, fondamentalement on peut être contre ça ? Est-ce que le refus de cela n'a pas un caractère idéologique et dogmatique ?
 
Puisque vous parlez de caractère idéologique, certains enseignants expliquent la grève aux enfants, et expliquent qu'ils ne seront pas là jeudi parce qu'il y a des suppressions de postes dans l'Education nationale. Est-ce qu'ils dépassent leur rôle ?
 
Oui, d'autant qu'il s'agit en particulier des professeurs du premier degré. J'ai vu des documents où des professeurs s'adressent aux enfants et aux familles en disant : nous ne ferons pas classe vendredi parce que le ministre retire des postes, retire des moyens. Or, non seulement, ce n'est pas souhaitable que l'on politise comme cela le débat avec les familles, mais surtout, c'est faux ! Parce que, dans l'école publique, dans le premier degré, non seulement nous ne retirons pas des moyens mais nous en ajoutons à la rentrée prochaine. Et nous avons débloqué des crédits importants pour tous les dispositifs d'accompagnement dont je viens de parler. Donc, il n'est pas bien de mentir aux élèves.
 
Certains enseignants mentent aux élèves ?
 
Lorsque vous dites dans un document : "Je fais grève, moi, professeur de l'école primaire à la rentrée prochaine, parce que le ministre retire des moyens à l'école primaire", vous mentez parce qu'il fait le contraire. [...]
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 13 mai 2008
 

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