Interview de M. Roger Karoutchi, secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement, à Radio Classique le 16 mai 2008, sur le débat parlementaire au sujet du projet de loi sur les OGM, les cotes de popularité du président de la République et du Premier ministre et le chantier de la réforme des institutions. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Roger Karoutchi, secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement, à Radio Classique le 16 mai 2008, sur le débat parlementaire au sujet du projet de loi sur les OGM, les cotes de popularité du président de la République et du Premier ministre et le chantier de la réforme des institutions.

Personnalité, fonction : KAROUTCHI Roger, NAHUM Olivier, JEAMBAR Denis, LE BOUCHER Eric.

FRANCE. Secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement; ; ;

ti : O. Nahum, D. Jeambar, E. Le Boucher et J.-M. Lech.- O. Nahum : Quand même, il y a peut-être une réflexion institutionnelle - et on la poursuivra dans un instant avec J.- M. Lech. C'est vrai que traditionnellement le style d'intervention qu'a fait le président de la République hier c'est plutôt une intervention qui, dans la logique de la Vème, serait plutôt du ressort du Premier ministre, l'intervention qu'il a faite hier ? Est-ce que ça ne court-circuite pas F. Fillon ?
 
Je ne suis pas d'accord et je vais vous dire tout de suite pourquoi. D'abord parce que le ministre X. Darcos parle de ce service minimum depuis plusieurs mois. On a mis en place des dispositifs d'aides financières pour les communes qui le mettaient en place, il y a eu plusieurs questions à l'Assemblée et au Sénat auxquelles a répondu en allant dans ce sens X. Darcos. Et je me permets de vous rappeler que le tout premier qui a parlé du service minimum à l'école, et qui d'ailleurs a provoqué à ce moment-là quelques troubles, des réactions dans la presse, c'était F. Fillon il y a six mois, au moment où on parlait de la mise en place du service minimum dans les transports, il avait dit : "et pourquoi pas dans l'accueil dans les écoles en cas de grève des enseignants ?". Alors je crois qu'en la matière, le projet avance, qu'il a mûri beaucoup depuis plusieurs mois, et très légitimement, surtout si ça doit donner lieu à un projet de loi assez fort, un peu emblématique, il est assez logique et normal que ce soit le président de la République qui l'annonce. Ensuite, il sera naturellement porté devant le Parlement par X. Darcos, dès que ce projet sera prêt. Un petit mot juste pour dire dans une vie où j'étais raisonnable, donc je ne faisais pas autant de politique, j'étais aussi inspecteur général de l'Education, et sincèrement, je voudrais qu'on fasse bien la distinction, dire qu'on souhaite un service d'accueil dans les établissements scolaires en cas de grève des enseignants, ce n'est pas une remise en cause du droit de grève des enseignants. Il n'y a pas de cours pendant les services d'accueil, mais chacun peut comprendre que les millions de familles qui ont des enfants en bas âge, si vous avez une grève dans l'éducation, toutes les familles n'ont pas les moyens de faire garder leurs enfants. Donc il n'y a pas de raison majeure qu'il n'y ait déjà pas de cours pour les enfants et qu'en plus, il y ait une difficulté matérielle, financière, pour les familles. Voilà, je crois que c'est la raison beaucoup plus que de l'idéologie ou de la lutte. Et si on me dit : "oh oui mais là-dessus, il joue sur les [inaud.]" ; il joue surtout sur la raison et le bon sens pour tout le monde, mais ce n'est en rien une remise en cause du droit de grève.
 
D. Jeambar : Mais enfin, il y a une forme d'habileté tout de même à tout de suite intervenir le soir même de la grève et d'ailleurs, c'est lui qui fait les gros titres ce matin et non plus la grève. Mais je voudrais rebondir sur ce que vous avez dit sur la relation avec les parlementaires en citant une phrase de F. Fillon ce matin, dans Le Figaro, qui dit qu'il admet que certains ministres traitent les députés par-dessus la jambe...
 
Je suis d'accord.
 
D. Jeambar : Vous êtes d'accord ! C'est à dire ?
 
Je suis même beaucoup plus dur que ça moi, vous plaisantez.
 
D. Jeambar : Allez y, des noms, des noms !...
 
Non, ce n'est pas le problème des noms. Nous avons, au Parlement, eu franchement à la fois coup politique et accident technique mardi soir sur cette affaire OGM. Pourquoi accident ? Parce qu'en réalité, dix minutes avant, une autre motion de la gauche toujours avait été repoussée...
 
Journaliste : Un travail d'opposant...
 
Mais je ne conteste pas que la gauche fasse des motions, je dis simplement que dix minutes avant, une motion qui disait la même chose avait été repoussée largement, repoussée largement sur le coup. Comme vous le savez, la discussion générale, ce n'est pas amendement par amendement, beaucoup de députés sont repartis en commission en disant : on est large. On n'a peut-être pas suffisamment, du côté du groupe UMP, J.-F. Copé l'a reconnu, vérifié les procurations, etc. Et puis la gauche a fait un petit coup politique en faisant rentrer en 5 minutes sept ou huit députés socialistes.
 
O. Nahum : Mais ça, c'est le coup des SMS...
 
Très bien. Petit coup politique, accident technique. Pour autant, je suis le premier d'accord pour dire que lorsque les parlementaires protestent ou me disent dans certains cas : "on n'a pas suffisamment de contacts, on n'a pas suffisamment d'échanges avec un certain nombre de ministres", je l'ai dit au président de la République, qui, d'ailleurs, a deux reprises en Conseil des ministres, dans les trois derniers mois, a redemandé aux ministres d'être plus présents, plus attentifs, plus à l'écoute des parlementaires et pas seulement plus à l'écoute comme ça, mais plus dans l'échange. Alors quand J.-F. Copé dit, par exemple, qu'il faut "de la coproduction législative", j'apprécie le terme ; moi, je rajoute qu'il faut aussi de la coresponsabilité, c'est-à-dire qu'il faut que les ministres se disent : mon texte est porté par moi, ministre...
 
O. Nahum : Il n'y a que C. Lagarde qui a été bien vue par le Président, qui, elle, aurait traité aux petits oignons les députés, c'est ce que dit Le Figaro.
 
Il n'y a pas qu'elle, non, ce n'est pas vrai. C. Lagarde le fait très bien puisque c'est sur le prochain texte de loi de modernisation de l'économie où, avec ses secrétaires d'Etat, elle traite les parlementaires et les écoute depuis décembre dernier.
 
O. Nahum : Ce qui n'est pas le cas de certains de ses collègues ?
 
C'est-à-dire que pendant six mois, avant même que le texte n'arrive au Parlement, les députés, les sénateurs ont été écoutés, entendus, reçus, on a amendé le texte, etc. Il faut que tout le monde comprenne que le Parlement d'aujourd'hui n'est plus le Parlement d'il y a vingt ans.
 
Journaliste : Ce n'est pas le cas sur les OGM alors ?
 
Sur les OGM, s'il y a eu beaucoup de discussions. Mais sur les OGM, et vous le savez bien d'ailleurs, le problème est moins facile parce que ce n'est pas là un problème, j'allais dire de conviction politique ou de ligne politique. Vous avez des gens pro, hésitants, anti, un peu dans tous les camps. Il y a eu beaucoup de débats internes et je reconnais bien volontiers que si les gouvernements de gauche et de droite qui se sont succédés pendant sept, huit ans, n'ont pas transposé la directive européenne, c'est que tout le monde savait que c'était un problème difficile. Alors il y avait un vrai sujet. Mais je précise simplement que dans le vote incriminé de mardi dernier, et la presse ne l'a pas suffisamment souligné, malgré mes dires non suffisamment entendus...
 
Journaliste : C'est pour ça que vous venez sur Radio Classique...
 
C'est pour ça que je reviens. Mais dans la pratique, lors de la première lecture sur le texte OGM, une douzaine de députés UMP ont voté contre le texte. Là, dans les deux motions, premier vote, deuxième vote, dans les deux motions, aucun député UMP ne s'est opposé au texte OGM. Pourquoi ? Parce que, entre temps, il y a eu beaucoup de discussions.
 
Journaliste : Au Sénat ?
 
Non, je parle de l'Assemblée là. Beaucoup de discussions au Sénat mais aussi beaucoup de discussions entre le Gouvernement et les députés, et nous étions arrivés avec cet amendement de compromis qui avait été adopté par le Sénat, nous étions arrivés à un accord général à l'intérieur du groupe. Donc il faut parler beaucoup, il faut s'expliquer beaucoup. Nous avons des représentants de la Nation qui se disent - j'ai été parlementaire moi avant - "sur le fond, nous ne sommes pas suffisamment influents, ni sur la loi ni sur le contrôle". Et c'est pour ça qu'il faut une révision constitutionnelle sur le fond. Et puis, il y a des éléments, alors là plus techniques, dans la gestion de groupe, mais ça J.- F. Copé les a décidés.
 
O. Nahum : J.-M. Lech, tout cela vous inspire réflexions et questions, parce que vous êtes là aussi pour commenter l'actualité politique et vous, par rapport à ce qu'on disait, entre N. Sarkozy et F. Fillon, dans le propos que vous vouliez formuler ce matin, c'est quand même de dire qu'il y a une rivalité entre les deux messieurs quand même. Plus qu'une rivalité, il y a un problème de désamour.
 
J.-M. Lech : Oui, on va permettre à nos auditeurs de n'acheter ni L'Express ni Le Point, puisqu'on va répondre aux deux questions que ces deux hebdomadaires se posent cette semaine, assez calmement. Les chiffres sont mauvais, monsieur le Premier ministre, et vous le savez...
 
O. Nahum : Quelle promotion !
 
Ça, franchement, ne me mettez pas dans l'embarras, merci. J'ai déjà assez de problèmes comme ça, vous n'êtes pas obligé d'en rajouter, sinon je quitte le studio juste pour le dire et que ça se sache
 
Journaliste : Il est parti au Pérou...
 
Il est parti hier soir au Pérou, à la demande du président de la République, pour représenter le Président.
 
O. Nahum : Précisons quand même, Jean-Marc, pour être clair, R. Karoutchi n'est pas encore Premier ministre...
 
J.-M. Lech : Pas encore.
 
O. Nahum : Ça viendra sans doute...
 
Le "encore" est déjà de trop, merci de bien vouloir... Il y a déjà du monde, ça va.
 
J.-M. Lech : Donc, les chiffres ne sont pas bons. Et c'est plutôt de la faute du pouvoir en place. Il y a aujourd'hui 18 points d'écart entre le président de la République et le Premier ministre, au profit du Premier ministre. Le président de la République est 29ème, dans le baromètre IFOP/Paris-Match d'aujourd'hui ; l'ancien président de la République, J. Chirac, est 3ème, je ne sais pas si c'est un effet pacemaker, mais il est 3ème. Il vient de fêter son anniversaire, au moment où Sarkozy, lui, n'est pas venu salle Gaveau. C'est intéressant parce que les deux hommes ont la date d'anniversaire en même temps, l'un parce qu'il est parti, et l'autre parce qu'il est arrivé. Cet écart aujourd'hui entre Fillon et Sarkozy il est constant et c'est les mêmes populations qui les soutiennent et qui les détestent. Et ces populations n'ont rien à voir avec celles qui ont fait l'élection de N. Sarkozy. Je veux dire que N. Sarkozy a perdu tout ce qui est "la France active", "celle qui se lève tôt", celle qui veut "travailler plus pour gagner plus", c'est-à-dire les salariés petits, moyens et gros. Et il est soutenu aujourd'hui essentiellement par, évidemment les électeurs UMP, autour de 3 sur 4, les électeurs du Front national, autour de 1 sur 2, et puis après les gens de plus de 60 ans, ex actifs ou n'ayant jamais travaillé. Ce n'est quand même pas la France qui gagne qui soutient aujourd'hui le pouvoir. Donc, il y a là quelque chose à faire de nécessaire, pour N. Sarkozy. D'où l'intervention d'hier, effectivement. Sarkozy veut travailler l'opinion publique, il faut le laisser la travailler pour qu'il regagne de la popularité lui-même, sur ses forces. D'où le "face caméras" incongru à 18h30 depuis l'Élysée. A ma connaissance, hors évènement exceptionnel, type Général de Gaulle en 68, vous avez très peu d'interventions inopinées de cette nature. Donc, le Président travaille l'opinion, et ce qu'il reproche probablement au Premier ministre - et c'est la réponse à la question posée par L'Express - c'est justement de ne pas diriger, gouverner le Parlement et l'UMP. Donc, Sarkozy reproche à Fillon quelque chose qui est simple. Il lui dit : « tu es le chef de la majorité, donc tu ne vas pas suivre les députés, tu vas les précéder » ; donc Sarkozy veut des députés godillots et pas du tout quelque chose qui soit de l'ordre de la liberté folâtrée dont vous venez de parler.
 
O. Nahum : Jean-Marc, ça interpelle le ministre R. Karoutchi... Est-ce que c'est vrai qu'il n'y a pas un peu de ça, quand même, dans l'air, d'un F. Fillon qui aurait du mal à gérer une majorité qui a fait preuve de grognement, un J.-F. Copé qui, finalement, sort renforcé de cette affaire ? Parce que, finalement, il a eu quand même quelques standing ovations, sauf si les images de l'Assemblée n'étaient pas... Journaliste : Ils étaient quinze...
 
Non, ils n'étaient pas 15, c'était la séance des questions d'actualité.
 
O. Nahum : Non, mais très sérieusement R. Karoutchi, il n'y a pas de bisbilles mentionnées par monsieur Lech ? Vous avez l'habitude de J.-M. Lech.
 
Vous savez, je le soupçonne d'avoir des intentions malignes...
 
O. Nahum : Moi aussi...
 
On est déjà deux, donc ça fait déjà une quasi-majorité.
 
O. Nahum : Répondez quand même !
 
Oui, je vais répondre. D'abord, je crois qu'il faut un peu arrêter cette espèce de fixation depuis des mois sur la thématique "Fillon-Sarko, la rivalité", "Fillon-Sarko, l'antagonisme", etc. A la fois, la qualité des deux hommes qui se connaissent bien, qui ont fait le projet présidentiel ensemble, qui ont pris des engagements ensemble et qui savaient dès le début quels étaient les rôles respectifs, et à la fois le système institutionnel de la Vème République entre le Président et le Premier ministre, font que dans la pratique, le fonctionnement auquel nous assistons est un fonctionnement attendu, classique, normal. Premier point : le patron politique dans ce pays, le patron au sens de celui qui impulse, celui qui conçoit les choses, les grandes réformes, les grands changements, c'est évidemment le président de la République puisque, par définition, c'est sur son projet qu'il y a eu l'élection, qu'il y a l'élection d'une majorité. Deuxième élément : le Premier ministre est chef d'orchestre, il est là pour mettre en musique, coordonner l'équipe gouvernementale, le travail avec le Parlement, etc., pour faire avancer les choses. Et je crois que là-dessus, les choses se font. Alors l'écart de popularité dont on parle c'est un écart qui ne nous a pas échappé...
 
O. Nahum : On s'en doute.
 
C'est un écart qui est dû à quoi ? Il est dû au fait que, justement, le président de la République, justement pendant sa campagne, a dit : "je serai acteur et pas spectateur". Et à partir de là, l'acteur est celui qui, lorsque les résultats très positifs seront là, engrangera naturellement la popularité. Et tant que les gens se disent : "on sent bien que vous faites les réformes, on est sur le fond d'accord, il faut des réformes", parce que je constate que chaque fois qu'il y a, en revanche, des sondages d'intentions de vote, la gauche n'en profite pas du tout. Et que pratiquement...
 
O. Nahum : Aux municipales, elle en a profité quand même...
 
Non, je parle d'intentions de vote aux présidentielles. Donc, très clairement, N. Sarkozy lorsqu'on parle d'intentions de vote ou de sondages sur les présidentielles, reste de très loin devant. Donc ...
 
J.-M. Lech : Ah non, pas au deuxième tour !
 
Au deuxième tour, c'est 50/50.
 
J.-M. Lech : Il y en a un à 50/50 et un à 53 pour Royal...
 
Vous voudrez bien reconnaître qu'au premier tour alors qu'on dit que... il est à deux points ou trois points. Non mais ce que je veux dire, c'est que bien entendu, ça veut dire que les résultats commencent à se manifester, ce n'est pas encore assez net, ça le sera dans les mois qui viennent et de plus en plus. A partir de là, vous verrez que le président de la République, comme c'est lui le point central, comme c'est lui l'acteur quand il y a doute, quand il y a interrogation, c'est sur lui que ça se pose ; quand il y aura résultat ou quand il y aura satisfaction, c'est lui qui naturellement sera immédiatement appelé vers le haut. Alors, si je puis me permettre un mot à J.-M. Lech qui nous fait dans la nostalgie, avec toute la déférence que j'avais ou que j'ai pour l'ancien président de la République, mais tout de même je ne vais pas dire à J.- M. Lech que le président de la République le plus populaire en France, aujourd'hui dans tous les sondages, est de très, très, très, très loin, le général de Gaulle. Et que les Français ont toujours un peu le sentiment que c'était mieux avant. Et ça vous savez bien que c'est à la fois ...
 
J.-M. Lech : Pas pour tout le monde.
 
Si c'était mieux avant, parce qu'on était plus jeune monsieur Lech !
 
O. Nahum : Alors vous savez ce que disait Picasso : "on met longtemps à être jeune". Voilà, j'ai pu le placer...
 
On met longtemps à être jeune ? Vous avez des références non négligeables...
 
O. Nahum : On ne devient pas journaliste par hasard. Alors à 8h46, vous avez eu une référence à un des pères fondateurs de la Vème République, le général de Gaulle...
 
Pourquoi "un des pères" ? Le père fondateur !
 
O. Nahum : Le père fondateur, allons y carrément !
 
D. Jeambar : M. Debré a joué un rôle aussi, dans la rédaction des institutions, ce qui va être le sujet suivant.
 
Oui, mais monsieur de Gaulle d'abord, depuis Bayeux.
 
O. Nahum : D'accord, très bien. R. Karoutchi l'historien, l'historien de l'avenir aussi si j'ose dire, s'implique fortement dans la réforme des institutions. Alors cette réforme des institutions pour passer, en ce moment, on en est où ? Vous négociez ? Quels assouplissements vous allez pouvoir offrir ?
 
D'abord, je veux dire sincèrement que je comprends que pour le grand public, la réforme des institutions, le rééquilibrage des pouvoirs avec le Parlement, ce n'est pas le quotidien, ce n'est pas du pouvoir d'achat. Donc ça semble un peu éloigné, mais c'est extrêmement important. Pourquoi ? Parce que tout ce qu'on dit sur le Parlement, tout ce qu'on dit sur les parlementaires présents, pas présents, leur travail en commission et tout, moi je veux dire d'abord, premier point - parce que quand même, il faut que les choses soient dites -, par exemple le jour du vote sur OGM, où on a dit : et les députés UMP...
 
O. Nahum : Qui étaient en commission...
 
D'abord, ils étaient beaucoup en commission puisqu'il y avait trois commissions qui se réunissaient en même temps, les finances, les affaires économiques, etc. Deuxième élément, vous savez dans l'Hémicycle il y avait en réalité 80 députés UMP et il y avait 65 ou 70 députés de gauche, sauf que chaque député de gauche avait une procuration et que, malheureusement, les députés de droite n'en avaient pas au moins assez. Mais ça veut dire quoi ? Cela veut dire qu'à gauche aussi, il y avait au total au mieux un tiers. Qu'est-ce que ça veut dire ? Cela veut dire que nous devons réformer profondément le travail du Parlement et l'équilibre. Le Parlement a besoin de pouvoir pour donner le sentiment aux parlementaires que ça vaut le coup d'être là, que ça vaut le coup de se battre, le jour, la nuit, en commission, séance de groupe, pour faire avancer les choses. Les parlementaires ont besoin de plus de pouvoir législatif, les parlementaires ont besoin de plus de pouvoir de contrôle. Et je dis à l'ensemble de l'exécutif : nous n'avons rien à craindre d'un vrai partage. Il ne faut pas se dire : "ça va dessaisir l'exécutif" ; ça va conforter la réforme, ça va conforter l'exécutif si on fait bien le travail et si on fait...
 
O. Nahum : Et ça, vous le dites pour le président de la République ?
 
Pas du tout ! C'est le président de la République, c'est lui qui est à l'initiative de cette réforme, c'est lui qui la demande, c'est lui qui l'inspire. Mais on a besoin que tout le monde comprenne, y compris dans l'opinion publique, que le mouvement est dans le renforcement des droits du Parlement, si on veut avoir un vrai équilibre : partage de l'ordre du jour, texte de commission en séance, etc. C'est extrêmement nécessaire.
 
Journaliste : Mais pour que ça passe, vous avez besoin des voix des socialistes.
 
Mais je regrette...
 
D. Jeambar : Quelle est la comptabilité exacte des 3/5ème ? Est-ce que si vous avez la totalité du groupe parlementaire UMP à l'Assemblée et le Nouveau centre, et les sénateurs de la majorité, est-ce que vous arrivez au 3/5ème ou est-ce que vous avez besoin de voix socialistes ?
 
Alors, si j'étais mécanique, je vous dirais que l'ensemble du Parlement c'est 908, 3/5ème c'est 545. Cela veut dire que si on avait toutes les voix UMP, toutes les voix Nouveau centre à l'Assemblée nationale, ça fait globalement 345. Et si vous aviez l'UMP, les indépendants, les centristes et une partie d'un groupe qui s'appelle le "Rassemblement démocratique" au Sénat, vous êtes pratiquement à 540, voilà.
 
Journaliste : Il en manque un tout petit peu.
 
Oui. Si je puis me permettre, vous savez, puisque le président Bayle, pour les Radicaux de gauche, a fait des interviews, pour dire que, lui, était plutôt, sur le fond, favorable à la réforme, et députés et sénateurs radicaux de gauche, sont plutôt très en avant sur cette idée qu'il faut que le Parlement ait plus de pouvoirs et ils ne sont pas opposés à la réforme. Ceci étant, les calculs sont naturellement compliqués, parce que, en revanche, un certain nombre de députés de droite disent, "nous on ne veut pas qu'on touche à la Constitution"...
 
O. Nahum : Ils y en a même qui disent qu'ils ne vont pas...
 
Donc, vous dire aujourd'hui, "bien sûr, c'est tranquille, serein, les négociations vont faire que nous aurons les 3/5ème", je ne peux pas le dire. Mais en revanche, ce que je voudrais dire, et je le dis aux élus socialistes, du Sénat comme de l'Assemblée, sincèrement, sincèrement, on apporte beaucoup de pouvoirs supplémentaires au Parlement. Si cette réforme ne passe pas cette année, qu'on se dise bien que pour des années il n'y aura pas de rééquilibrage.
 
Journaliste : Oui, mais il y a deux gages que veulent les socialistes et que vous ne voulez pas leur donner.
 
Oui, mais qui ne sont pas dans la Constitution.
 
Journaliste : Non, mais promettez-leur, mettez un papier sous séquestre...
 
Journaliste : Les deux gages, ils sont extrêmement simples, les socialistes ne veulent pas d'un changement de mode de scrutin pour les régionales tel que F. Fillon le prépare, qui va consister à faire des élections à un tour pour les élections régionales. Bon, ils n'en veulent pas, on a bien compris.
 
O. Nahum : Vous en voulez vous ?
 
Ils en parlent...
 
Journaliste : Et puis c'est le mode de scrutin du Sénat.
 
Oui, alors moi je vais vous dire deux choses, vous voyez, il faut que les socialistes se mettent d'accord entre eux parce que ce n'est pas les deux, qu'ils nous donnent... Ils nous parlent du mode de scrutin...
 
O. Nahum : C'est quoi ? C'est le discours du président de la République ?
 
Non. Ils nous disent, un, le mode de scrutin du Sénat - je vais y revenir - deux, le temps de parole du président dans les médias, ce qui n'a rien à voir. Et puis, ils nous disent, "dites-nous ce que vous voulez faire du mode de scrutin régional ?", mais ils savent bien que le scrutin régional, alors là, on est très, très loin de la Constitution. Sur le temps de parole du président de la République, moi je suis ravi de voir que... On ne va pas faire le débat-là, mais d'abord ça n'a rien à voir avec la Constitution, ni de près ni de loin, franchement. Deux, il y a eu un avis du CSA, qui dit très clairement ce qu'il a dire sur le temps de parole du président de la République. Et nous dire "il faut respecter les autorités indépendantes", et dans le même temps nous dire, "il faut quand même changer par rapport à la décision du CSA", c'est un peu compliqué. Troisième élément, sincèrement, je le dis comme ça, pour les socialistes, si madame Royal était présidente de la République, est-ce que le groupe socialiste, dans la révision constitutionnelle, nous aurait posé le temps de parole du Président ?
 
O. Nahum : Oui, ça aurait été un peu différent.
 
Certainement pas. Donc, je crois que là-dessus, il faut un peu arrêter les man?uvres ! Un mot sur le mode de scrutin du Sénat. D'abord, le Sénat, arrêtons d'en faire une image ultraconservatrice, le Sénat s'est pas mal modifié entre 2000 et 2004 : raccourcissement du mandat, proportionnelle dans beaucoup plus de départements que ça n'était autrefois, et le Sénat est prêt encore à modifier son système de fonctionnement. Mais, un, le mode de scrutin, que ce soit d'ailleurs pour le Sénat ou l'Assemblée nationale, n'est pas dans la Constitution, deux, je trouve assez maladroit, de la part de l'Assemblée nationale, de dire que c'est à l'Assemblée nationale qu'on va parler du mode de scrutin et du changement du Sénat. La logique institutionnelle, la tradition depuis toujours, c'est que naturellement, chaque Chambre réfléchit, débat, d'abord et en premier de son mode de scrutin. Je regrette que l'Assemblée imagine faire ça. Parce que si le Sénat disait, "nous allons, nous, débattre de savoir si on crée des députés français de l'étranger à l'Assemblée", l'Assemblée hurlerait à la mort.
 
O. Nahum : C'est entendu. Mais R. Karoutchi, quel gage alors vous donnez, pour vous assurer du passage de cette réforme ?
 
Mais on n'a pas de gage à donner !
 
O. Nahum : Ils demandent bien des choses les socialistes...
 
Ils en demandent beaucoup, ils ont le droit d'en parler, nous en parlons, ils ont dit un certain nombre de choses, par exemple sur le contrôle des nominations du président de la République, où ils disaient, "on ne veut pas que ce soit seulement avis, il faut qu'il puisse y avoir un veto", et on avance là-dessus puisqu'on admet l'idée que si quelqu'un nommé n'est pas rejeté à une majorité des 3/5ème, eh bien il ne pourra pas être nommé. Donc on avance là-dessus, et d'ailleurs, de mémoire, les élus socialistes ont voté pour l'amendement en commission des lois. De la même manière, on avance, et le président de la République lui-même dit, "très bien, si je ne vais pas devant l'Assemblée ou le Sénat, Congrès et seulement Congrès, très bien". De la même manière, on a avancé, ils disaient, point fort," il ne faut surtout pas qu'on enlève au Premier ministre, dans la Constitution...
 
O. Nahum : La politique de défense...
 
On a accepté de rétablir.
 
O. Nahum : Vous êtes confiant alors ?
 
Non, je n'ai pas vraiment...
 
Journaliste : ...Parce qu'on a vraiment le sentiment que ces dernières heures, ils se sont crispés et qu'ils veulent imposer un camouflet au Président.
 
Attendez. Dans la période politique que nous vivons, tout se politise à l'extrême. Ce que je regrette, je le dis franchement, et je l'ai dit aux socialistes, et je le redirai, c'est de prendre la réforme des institutions, c'est de prendre le renforcement des pouvoirs du Parlement, comme otage sur soit des règlements de comptes internes pour préparer le congrès - parce que c'est ça la vérité -, soit pour faire de la surenchère sur d'autres éléments. C'est tout à fait regrettable. Et moi qui a été parlementaire et qui ait mal vécu le fait de ne pas avoir de pouvoir, je dis aux députés et aux sénateurs socialistes, "on vous offre la possibilité d'avoir davantage de compétences, de capacités, d'initiatives, de contrôles, par pitié, ne le refusez pas, parce que sinon, dans les années qui viennent, personne ne vous les donnera" !  
 
Source :  Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement le 16 mai 2008    
 

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