Interview de Mme Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, à I-Télévision le 20 mai 2008, sur la durée légale du travail fixée à 35 heures, la discussion parlementaire sur le projet de loi sur les OGM et la réforme constitutionnelle. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, à I-Télévision le 20 mai 2008, sur la durée légale du travail fixée à 35 heures, la discussion parlementaire sur le projet de loi sur les OGM et la réforme constitutionnelle.

Personnalité, fonction : PECRESSE Valérie, IANETTA Nathalie, BAZIN Laurent.

FRANCE. Ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche; ;

ti : N. Iannetta et L. Bazin N. Iannetta : On va parler effectivement de cette grosse journée à l'Assemblée ; les OGM, les institutions, on va le faire en français, même si vous vous souhaitez que les étudiants parlent désormais très bien l'anglais, nous de toute façon c'est trop tard, pour Laurent et pour moi, on n'est plus étudiants depuis longtemps, donc on va le faire en français...
 
Et vous le regrettez de ne pas avoir appris l'anglais ?
 
L. Bazin : j'ai appris l'anglais à l'école !
 
N. Iannetta : Oui, on l'a appris à l'école, mais de manière assez insuffisante, on en parlera donc avec vous tout à l'heure. Mais d'abord un mot de ce qui s'est passé à l'UMP hier : vous qui avez été porte-parole de ce mouvement, comment est-ce que vous qualifieriez ce qui s'est passé entre P. Devedjian, secrétaire général, et X. Bertrand, secrétaire général adjoint, à quelques heures d'intervalle sur les 35 heures ?
 
Je crois que P. Devedjian a exprimé son opinion, mais la position du Gouvernement, elle est très, très claire sur cette question des 35 heures, c'est la liberté de choix pour tous les Français. Alors la liberté de choix pour tous les Français, ça veut dire qu'on garde la durée légale aux 35 heures, mais qu'on peut travailler plus. Simplement, notre projet c'est travailler plus pour gagner plus, donc il faut une durée légale du travail à partir de laquelle on mesure, comme l'a dit X. Bertrand, les heures supplémentaires. Donc il faut effectivement garder les 35 heures comme durée légale.
 
L. Bazin : Donc il faut faire semblant d'une certaine manière de conserver un socle, qu'on appelle les 35 heures, qui est le seuil minimum...
 
On ne fait pas semblant, on le garde, on le garde !
 
L. Bazin : ...Pour pouvoir subventionner les heures supplémentaires ?
 
Pour pouvoir faire gagner à plus à ceux qui veulent travailler plus. Et comme notre objectif c'est que tous les Français puissent gagner plus, parce que pour nous le travail c'est la seule valeur juste et c'est aussi le moteur de la croissance, eh bien la politique est assez cohérente.
 
N. Iannetta : Donc là, vous êtes tout à fait dans la ligne du Gouvernement hier, mais moi je parlais à l'ex porte-parole de l'UMP. C'est un peu délicat quand même d'avoir un secrétaire général qui dit "il faut le démantèlement". A quoi ça sert si, de toute façon, il sait très bien qu'on conservera le cap des 35 heures ?
 
Je crois que donner la liberté à tous les Français c'est en réalité pouvoir potentiellement vider les 35 heures de tous leurs aspects pervers pour l'économie.
 
L. Bazin : Alors pourquoi ne pas les démanteler carrément ? Vous comprenez la difficulté, on ne fait pas carrément quelque chose qu'en fait on était en train de faire en catimini.
 
Non, vous n'avez pas compris ce que je dis. Ce que je dis, c'est que nous voulons à partir de la situation actuelle, des accords actuels, de la législation actuelle, faire en sorte que les Français travaillent davantage, parce que c'est le moteur de la croissance, et quand ils travailleront davantage, on veut leur donner davantage d'argent. Si on veut leur donner davantage d'argent, si on veut leur donner des heures supplémentaires défiscalisées, eh bien il faut absolument qu'on ait une durée légale du temps de travail qui permette de leur faire gagner plus.
 
L. Bazin : Même si elle est fictive, puisque avec les heures supplémentaires on va travailler 38, 39, 40 heures.
 
Elle n'est pas fictive parce que ceux qui n'ont pas envie de travailler davantage, eh bien eux resteront aux 35 heures.
 
N. Iannetta : Est-ce que vous êtes d'accord avec B. Accoyer qui dit que la majorité doit se ressaisir ?
 
Moi, je pense que sur tous les sujets, il y a une communauté de destins. Les députés UMP ne peuvent pas ne pas savoir que la dynamique qui les a fait élire, c'est N. Sarkozy qui l'a créée par son élection à la présidentielle. C'est le quinquennat. Le quinquennat, c'est une élection du Président suivie d'une élection du Parlement. Donc il y a une dynamique majoritaire, cette dynamique crée une communauté de destins. On peut être divers, la diversité c'est une richesse, avoir des expressions diverses c'est une richesse, mais à un moment donné, il y a la solidarité. Et la solidarité...
 
L. Bazin : Donc "attention", c'est ce que vous dites ?
 
Non, je pense que la solidarité doit être plus forte que la diversité. Ce qui nous uni est plus fort que ce qui nous divise.
 
L. Bazin : Oui, mais sur le OGM, ce qui vous divise est plus fort que ce qui vous réuni.
 
Sur les OGM, je pense que la situation est très différente.
 
L. Bazin : Et pourtant, aujourd'hui, normalement tout le groupe UMP devrait voter comme un seul homme. Après rappel à l'ordre du Président...
 
Non, ce n'est pas comme ça que ça marche. Les OGM c'est un projet de société qui n'est pas clivé droite/gauche. Les OGM, c'est un projet de loi de réconciliation entre anti OGM et pro OGM en trouvant des compromis. Moi-même, je suis particulièrement intéressée par ce projet parce que...
 
L. Bazin : Sur la recherche, bien évidemment, c'est votre secteur.
 
Les OGM, on ne sait pas leurs effets aujourd'hui, on ne les connaît pas. Quand on ne connaît pas, il faut chercher. Il faut chercher, c'est une question d'indépendance nationale parce qu'on importe des OGM, on en consomme, dans le monde ils sont produits. Donc nous devons, la France, avoir une recherche forte en matière d'OGM. Moi, je suis prête à tous les compromis pour que les chercheurs puissent chercher dans la sérénité et pas être victime de fauchage. Et ce texte de loi, c'est un texte de compromis, c'est pour ça que je le soutiens. J'ai soutenu J.-L. Borloo et N. Kosciusko-Morizet depuis le début parce que je veux qu'on arrive à cette réconciliation, et cette réconciliation on est sur le point de l'obtenir avec un amendement Chassaigne qui a été un petit peu réécrit, mais qui reste et qui donne des garanties à la fois aux anti OGM et aux pro OGM. Je crois que c'est le bon texte, je crois qu'il faut le voter et je crois que ce n'est plus une question de clivage droite/gauche.
 
L. Bazin : Les socialistes disent "déni de démocratie"... N. Iannetta : "Passage en force", disent-ils. L. Bazin : Et ont déposé une motion pour un référendum.
 
Déni de démocratie ? Mais enfin, il y a eu 100 amendements adoptés, dont un amendement communiste, qui a d'ailleurs fait couler beaucoup d'encre, et en plus c'est eux, excusez-moi, qui ont voté cette motion, qui ont fait voter avec cette espèce d'artifice de procédure...
 
L. Bazin : C'est le Parlement, c'est les règles.
 
Non, attendez, ils ont fait voter une motion de procédure en deuxième lecture qui a empêché de débattre du fond du texte une deuxième fois, alors que si les socialistes...
 
L. Bazin : Donc il n'y a pas passage en force pour vous ?
 
Mais il y a eu deux lectures, il y a une centaine d'amendements, on en a débattu pendant des heures, il n'y a absolument pas... Il y a un débat démocratique approfondi, on n'a pas déclaré l'urgence, quand on déclare l'urgence, il n'y a qu'une seule lecture. Là, on n'a pas déclaré l'urgence, c'est les socialistes qui ont fait voter une motion de procédure qui a empêché de re-débattre une deuxième fois à l'Assemblée.
 
L. Bazin : Pardon, mais déclarer l'urgence juste avant l'examen d'une réforme constitutionnelle qui veut donner plus de pouvoir au Parlement, ça aurait été le pompon !
 
N. Iannetta : Ça aurait fait désordre, oui...
 
L. Bazin : Il faut le reconnaître.
 
Non, on n'a pas déclaré l'urgence, c'était une décision politique qu'on a prise parce qu'on pensait qu'il fallait un débat serein et approfondi et il a eu lieu, la preuve, il y a eu beaucoup de débats sur cette question. Je crois vraiment que ce qu'il faut se dire sur les OGM, c'est que ce texte est le plus précautionneux d'Europe. On n'a pas fait qu'appliquer une directive européenne, c'est le texte le plus précautionneux d'Europe, c'est un texte qui fixe un cadre de réconciliation et à partir de maintenant, il va falloir l'appliquer et on sera intraitable sur les fauchages à partir du moment où ce texte aurait été voté.
 
N. Iannetta : Est-ce que le débat sur la réforme des institutions avec les députés UMP sera serein ?
 
Alors sur la question des institutions, il y a un certain nombre de députés, un petit nombre...
 
N. Iannetta : Un certain nombre...
 
Un petit nombre qui considère que la Constitution de 1958 est excellente et ne doit pas être retouchée. Moi, et pourtant Dieu sait que je suis gaulliste...
 
L. Bazin : Vous êtes chiraquienne.
 
Je suis gaulliste...
 
L. Bazin : Et gaulliste d'abord.
 
Gaulliste d'abord, mais je pense qu'aujourd'hui, profondément, il faut faire évoluer la Constitution. Je pense qu'il n'y a que des avancées démocratiques dans ce texte, des avancées démocratiques parce qu'il y a un rééquilibrage des pouvoirs au profit du Parlement, qui est nécessaire parce qu'on est aujourd'hui en quinquennat, on n'est plus en septennat. C'est une situation qui a été demandée par les Français, qui a été votée et on a un quinquennat. Et en quinquennat, il y a un Président qui est, par définition, beaucoup plus fort qu'en septennat, qui est le moteur des réformes, qui ne peut pas rester en retrait, qui n'est plus le garant des institutions mais qui est un acteur de la politique et c'est normal puisque son mandat coïncide avec celui du Parlement. Si on veut que les députés aient un rôle à jouer dans ce quinquennat, il faut qu'ils aient davantage de pouvoirs. Il faut qu'ils aient une partie de la maîtrise de l'ordre du jour, il faut qu'ils puissent contrôler les nominations, il faut enfin qu'ils aient un vrai...
 
L. Bazin : On ne va pas venir dans le détail, mais les nominations c'est le veto des 3/5ème, ce n'est pas tout à fait l'approbation aux  3/5ème à la mode américaine.
 
Mais c'est une avancée, c'est un rééquilibrage. Et de la même façon, le fait de pouvoir contrôler l'action du gouvernement, c'est un leurre de dire que les députés aujourd'hui peuvent contrôler l'action du Gouvernement, il leur faut un vrai office d'évaluation.
 
L. Bazin : Ils disent que le leurre c'est de dire qu'ils pourront le contrôler demain, les députés socialistes.
 
Non, mais enfin attendez, ça alors là si... Les députés socialistes, aujourd'hui, sur cette réforme institutionnelle, leur position est totalement injustifiable. Elle est totalement injustifiable parce qu'on voit bien qu'à force de s'accrocher au frein anti-réforme ils font un tête à queue. Ils ont dit et répété depuis un an que le président de la République avait trop de pouvoirs, qu'il concentrait trop de pouvoirs. On leur propose une réforme institutionnelle, on rend des pouvoirs au Parlement, on limite la portée de l'article 49.3 qui permet de voter sans faire voter l'Assemblée.
 
L. Bazin : Le vote bloqué...
 
Le vote bloqué, oui. On donne une partie de l'ordre du jour au Parlement, on permet aux commissions d'adopter le texte qui passera devant le Parlement, on leur donne un droit de veto sur les nominations...
 
L. Bazin : Apparemment, ils s'abstiendraient bien, voire ils voteraient éventuellement cette réforme, si vous leur donniez une petite dose de proportionnelle au Sénat ; c'est un tel tabou ?
 
C'est l'art de l'esquive. Pourquoi il ne faut pas changer le mode de recrutement du Sénat ? D'abord, parce que le mode de recrutement du Sénat, ce n'est pas constitutionnel, donc on voit bien à quel point c'est de l'esquive de la part des socialistes. Ils cherchent désespérément une excuse pour ne pas voter ce texte, pour ne pas faire avancer une réforme présentée par le Gouvernement, comme d'habitude, comme sur les OGM, comme sur tout. L'art de l'esquive, comme sur le service minimum à l'école où ils disent il faut saisir le Conseil constitutionnel. Quelle est leur position sur le service minimum à l'école ? Moi, j'aimerais savoir, ils n'ont pas de position, ils esquivent. Alors là, ils nous disent "donnez-nous autre chose pour qu'on puisse voter" et ils poussent, ils poussent, ils poussent jusqu'à ce qu'on ne puisse plus donner. Sur le Sénat, il ne faut pas changer. Pourquoi ? Parce que si le Sénat c'est exactement le décalque de l'Assemblée nationale, cela ne sert à rien d'avoir deux chambres. Le Sénat a une vocation radicalement différente de l'Assemblée, c'est un lieu de sérénité, c'est le lieu qui représente les communes de France. Alors si on ne veut plus du Sénat, mais que les socialistes l'assument !
 
L. Bazin : Bon, alors ne touchons pas au Sénat...
 
..Ils disent "c'est une anomalie", "supprimez-le !", mais...
 
L. Bazin : Mais alors quand le candidat Sarkozy disait "après le score de F. Bayrou, d'accord, on mettra une dose de proportionnelle", cette promesse-là ne sera pas appliquée ? Si c'est le cas, il faut le dire.
 
Une dose de proportionnelle à l'Assemblée ou au Sénat c'est une des propositions du Président Sarkozy.
 
L. Bazin : Oui, et donc ?
 
N. Iannetta : Et donc non, finalement ?
 
Mais ce n'est pas dans le cadre de la révision constitutionnelle...
 
N. Iannetta : Cela ne fait pas partie du texte.
 
Ça relève d'une loi organique.
 
N. Iannetta : On va terminer sur cet anglais assez rapidement, parce qu'il nous reste du coup plus beaucoup de temps malheureusement : pourquoi est-ce que vous voulez qu'on apprenne l'anglais et qu'il y ait une sorte de Toefl, on va dire à la française ? Le Toefl, c'est un examen que les étudiants passent pour connaître leur niveau d'anglais dans les autres pays, notamment aux Etats-Unis. Est-ce que ce n'est pas un peu tard en fait à la fac ?
 
Mais je crois qu'il faut être très lucide, l'anglais aujourd'hui n'est plus une langue étrangère. L'anglais c'est une compétence, une connaissance, un véhicule de communication...
 
L. Bazin : Comme l'informatique, autrement dit ?
 
Comme l'informatique, c'est un langage. C'est un langage qu'on...
 
N. Iannetta : Une sorte de permis de conduire aussi ?
 
Pareil. Il faut absolument l'inclure dans notre socle de compétences fondamentales qu'on donnera à tous les étudiants. On apprend bien l'anglais au collège et au lycée, avec simplement...
 
N. Iannetta : On apprend, parce que "bien" je ne suis pas sûre, mais on apprend !
 
Si, si, il y a quand même un effort fait sur les langues au collège et au lycée. Le problème c'est que vous savez bien qu'il n'y a rien de plus clivant que les langues étrangères en terme social, si vos parents ont pu vous envoyer à l'étranger, vous parlez bien, si vos parents n'ont pas pu, vous ne parlez pas bien. Et donc, quand on arrive à l'université il faut qu'il y ait de l'anglais offert à 100 % des étudiants, des cours de niveau qui permettent à ceux qui sont déjà très bons d'aller plus vite et peut-être de faire, soyons fous, une deuxième langue étrangère à l'université et puis pour ceux qui sont moins bons, qui arrivent avec du retard, il faut pouvoir les aider. Et maintenant, on a des tas de moyens, pas très chers et efficaces pour le faire : les technologies de l'information, des tuteurs de langue maternelle anglaise qui peuvent venir sur contrat dans l'université pour faire des cours de conversation, parce que le principal blocage qu'on a en anglais, c'est la conversation. Et donc, il faut qu'on débloque tout ça, il faut que l'on n'ait plus ce tabou de l'anglais qui fait qu'on dit "il faut apprendre l'anglais, comme il faut apprendre le japonais ou le russe ou le chinois", ce n'est pas tout à fait la même chose, ce n'est plus une langue étrangère, c'est vraiment quelque chose dont on a besoin pour réussir dans la mondialisation.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 20 mai 2008 

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