Interview de M. Hervé Novelli, secrétaire d'Etat au commerce, à l'artisanat, aux PME, au tourisme et aux services, à "I-télé" le 26 mai 2008, sur le dossier des 35 heures de travail négociables, la loi de modernisation de l'économie et l'intéressement des salariés. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Hervé Novelli, secrétaire d'Etat au commerce, à l'artisanat, aux PME, au tourisme et aux services, à "I-télé" le 26 mai 2008, sur le dossier des 35 heures de travail négociables, la loi de modernisation de l'économie et l'intéressement des salariés.

Personnalité, fonction : NOVELLI Hervé, BAZIN Laurent, IANETTA Nathalie.

FRANCE. Secrétaire d'Etat au commerce, à l'artisanat, aux petites et moyennes entreprises, au tourisme et aux services; & nbsp;;

ti : N. Iannetta et L. Bazin.- N. Iannetta : H. Novelli est donc notre invité politique, secrétaire d'Etat chargé du Commerce, des PME et du Tourisme. On va parler, H. Novelli, si vous le voulez bien, de cette fameuse LME, la Loi de Modernisation de l'Economie, qui sera discutée demain, enfin à partir de demain à l'Assemblée.

Demain ou après-demain.

N. Iannetta : Absolument, mais d'abord un mot du libéralisme. On se demandait où il était passé, on l'a retrouvé, il est chez B. Delanoë.

J'en suis très heureux. Moi, je suis toujours très content, quand en France, les hommes politiques se proclament libéraux. Cela veut dire que l'on progresse, mais le libéralisme c'est un tout et ça ne s'achète pas par partie. On ne peut pas être à la fois pour les libertés politiques...

N. Iannetta : C'est ce que défend B. Delanoë.

- c'est ce que la gauche semble prête à faire - et contre les libertés économiques. Le libéralisme ne se découpe pas en tranches et moi, j'attends de B. Delanoë qu'il nous dise qu'il est pour la sortie des 35 heures, qu'il est pour les privatisations. Alors là, il pourra se proclamer libéral.

L. Bazin : Et rejoindre l'UMP, pourquoi pas tant qu'on y est, non ?

Non, pas forcément, pas tout de suite.

L. Bazin : On peut être socialiste et libéral pour vous ?

En tout cas, on l'a été dans le passé, dans l'histoire. Les libéraux, traditionnellement, au 19ème siècle, siégeaient à gauche...

L. Bazin : C'était la modernité, c'était le parti du progrès.

N. Iannetta : C'est l'argument de B. Delanoë.

Ce sont les communistes, les marxistes, l'imprégnation qui les a...

L. Bazin : Mais ce n'était pas le parti du paternalisme industriel à l'époque...

Comment ?

L. Bazin : Ce n'était pas le parti du paternalisme industriel. Donc historiquement, le libéralisme économique et le libéralisme politique ce n'est pas la même chose ?

Non pas du tout, c'était ceux qui portaient fortement les libertés politiques et économiques et ils ont été peu à peu...

L. Bazin : ...Dont vous partagez volontiers le flambeau, quand même ?

Je partage avec tous ceux qui se proclament libéraux, parce que cela veut dire qu'ils sont pour les libertés.

L. Bazin : Y compris dans votre camp ?

Surtout dans mon camp d'abord.

L. Bazin : Il y a 4-5 ans, vous avez sorti un rapport sur les 35 heures, qui était assez volumineux, assez complet...

N. Iannetta : Il faut en sortir hein !

Oui parce qu'il était volumineux, mais il n'a pas été assez lu, je le crois.

L. Bazin :...A l'époque.

A l'époque.

L. Bazin : Mais il semble qu'aujourd'hui on ait commencé à lire au moins l'introduction ?

Absolument.

L. Bazin : Est-ce que ça va assez loin pour vous ?

Ecoutez, en tout cas, ce que je disais à l'époque, à savoir la nocivité des 35 heures appliquées de manière uniforme et globale, est démontré aujourd'hui. Je décrivais un chemin pour en sortir, eh bien nous l'avons emprunté, je m'en réjouis.

N. Iannetta : Vous pensez qu'on va aller jusqu'au bout et jusqu'à ce que P. Devedjian appelle de ses voeux, c'est-à-dire le démantèlement des 35 heures ?

Il faudra que par la négociation, les entreprises, les salariés, et les chefs d'entreprise s'affranchissent de ce qui est aujourd'hui un mur.

L. Bazin : Pas par la loi ?

La négociation c'est souvent préférable à la loi, en tout cas, c'est ce que pensent les libéraux.

N. Iannetta : La loi, alors là on en passera par une loi, celle de la modernisation de l'économie, vous l'avez dit, peut-être demain, peut-être après-demain, suivant le calendrier de l'Assemblée nationale. Plus 0,3 % de croissance et la création de 50.000 emplois environ - c'est l'objectif de F. Fillon. Le rapporteur UMP, J.-P. Charié, lui est beaucoup plus prudent et il dit : "je suis incapable de vérifier la pertinence de ce calcul". Est-ce que vous êtes comme lui ?

Je pense que J.-P. Charié a raison, il faut se méfier des chiffres ; comment isoler les résultats liés à l'implication de cette loi, qui n'est pas encore discutée, ni votée, et, par exemple, la meilleure tenue de la conjoncture internationale, par contre ce que je crois, c'est que ce projet de loi de modernisation de l'économie est absolument indispensable. Dans ces deux volets qui sont à la fois de soutenir les entrepreneurs - et Dieu sait si on en a besoin aujourd'hui dans ce contexte de mondialisation - et aussi l'introduction de plus de concurrence dans la grande distribution.

L. Bazin : Là, c'est du côté des grandes surfaces, qui d'ailleurs sont ravies pour un certain nombre d'entre elles ; le patron d'Intermarché, ce matin, dit que c'est indéniablement - c'est dans Le Figaro - indéniablement favorable à son groupe. Le patron de Leclerc, plus exactement le porte-parole des magasins Leclerc qui sont des enseignes franchisées, dit lui-même que c'est formidable, etc. Est-ce que vous n'êtes pas en train de faire la part belle, est-ce qu'on n'a pas vendu le terrain aux grandes surfaces dans cette affaire-là ?

Non, je crois qu'on a simplement tiré les conséquences de ce qui ne marchait pas. Parce que la concurrence dans la grande distribution ne marche pas. Et c'est pour ça qu'on a des prix...

L. Bazin : Donc Galland/Raffarin ça ne marche pas ?

Ça ne marchait pas, mais surtout, nos amis de la grande distribution avaient tendance à tirer profit d'une situation : ils étaient très peu nombreux sur un certain nombre de territoires à vendre des produits. Et donc tout cela est mauvais, parce que cela fait des produits trop chers.

L. Bazin : Donc mettre un Auchan face à un Leclerc, là où Leclerc est dominant, c'est bon...

C'est meilleur.

L. Bazin : Champion - il faut que je cite une troisième marque pour le CSA - mettre un super Champion ou un Géant, Casino face à un Leclerc c'est bon ?

N. Iannetta : Ou Super U, allez hop, un Carrefour...

Oui c'est bon, à condition que dans le même temps...

L. Bazin : Qu'ils ne s'entendent pas entre eux ?

A condition que dans le même temps, on s'intéresse un peu, ce qui n'a pas été toujours le cas dans le passé, ni même souvent le cas, au commerce de proximité. Et c'est pour cela que j'ai proposé un plan de développement...

L. Bazin : Tout l'esprit de la loi Raffarin ?

Oui, mais on l'a fait par la prohibition, on l'a fait par l'interdiction, ça ne marche pas. Ce qu'il faut regarder, c'est ce qui se passe dans les commerces de proximité dans nos centres-villes. Et qu'est-ce qu'on constate ? On constate qu'il y a un certain nombre de commerces en centre-ville qui vont bien, et puis d'autres qui vont très mal. Et on a à la fois dans des mêmes villes, dans des villes de même densité démographique comme on dit, comparables, on a parfois des centres-villes très actifs, et puis des centres-villes où il n'y a que des banques ou des assurances. Eh bien, cela montre que nous avons besoin de comparer, de faire en sorte que les bonnes pratiques locales souvent liées à des fédérations de commerçants très actifs, à des élus locaux qui regardent ce qui se passe. Et puis on a besoin que toutes ces bonnes pratiques se diffusent, je vais le faire, nous créerons les conditions de la diffusion de ces bonnes pratiques, nous allons aussi faire en sorte que des fonds supplémentaires soient accordés à des commerçants qui aujourd'hui ne sont pas considérés. Je pense par exemple aux commerçants non sédentaires, vous savez ceux qui font les tournées dans toutes nos provinces. Ceux-là n'étaient pas éligibles au soutien des commerçants dit sédentaires. Ca va être...

L. Bazin : Donc la camionnette du boulanger va pouvoir être éligibles...

La camionnette du boulanger, je vous le dis, elle pourra être soutenue, ce qui n'était pas le cas auparavant, ce qui créait une discrimination entre formes de commerce. Moi, ce que je veux, c'est plus de concurrence...

N. Iannetta : C'est le boulanger corse qui va être content. Dites-moi, est-ce que ça va...

Je termine juste, c'est plus de concurrence dans la grande distribution, plus de vitalité dans le commerce de proximité.

N. Iannetta : Est-ce que ça suffit pour rassurer les députés UMP qui sont extrêmement inquiets sur cette fameuse LME et notamment sur, vous savez le désormais "plus d'autorisation administrative obligatoire pour ouvrir des grandes surfaces de plus de 1000 mètres carrés", ils craignent qu'on défigure l'entrée de leur ville, le centre-ville et qu'on tue les petits commerçants ?

Nous avons commencé de discuter avec eux, de manière très approfondie, pendant des semaines et des semaines. Mais nous allons avoir un débat avec eux. Moi, je me réjouis qu'aujourd'hui le Parlement, l'Assemblée nationale, le Sénat dans quelques semaines, discutent, débattent et améliorent ce texte. Ca ne sert à rien de dire que nous proposons un projet et qu'il n'y ait rien à négocier, et donc moi, je me réjouis que les parlementaires s'expriment et je vous rappelle...

L. Bazin : Donc ça se discute, c'est une nouvelle façon de penser du travail parlementaire ?

Bien sûr ! Mais écoutez, j'ai toujours été partisan de la revalorisation du rôle du Parlement. Je trouve que sous la 5ème République, le Parlement n'a pas suffisamment su faire entendre sa voix...

L. Bazin : Donc allez-y messieurs, amendez, changez. Discutons.

Allez-y, débattons, échangeons et cela sera beaucoup mieux. On ne peut pas à la fois discuter de la réforme de nos institutions, qui inclut cette revalorisation du Parlement et dire 2 jours après, circulez il n'y a rien à voir.

N. Iannetta : Parce que ce groupe est frondeur et un peu plaisantin dit B. Accoyer hier, j'ai trouvé ça assez cocasse comme petit mot.

C'est vrai ce n'est quand même pas une classe, ni une cour de récréation, le Parlement, ni l'Assemblée nationale.

L. Bazin : On n'est pas "Entre les murs", vous voulez dire. On n'est pas chez Laurent Cantet...

Non, par contre ce qui est sûr, c'est que les parlementaires s'expriment, s'expriment fortement et bien moi, je m'en réjouis.

N. Iannetta : Alors le Président va être aujourd'hui dans l'Oise pour parler de cet intéressement. Pour les salariés, qu'est-ce qu'on fait de tous ceux qui ne bénéficient pas, ni de stock-options, ni de participation, ni d'intéressement, et ils sont nombreux ces salariés-là pour augmenter leur pouvoir d'achat ?

C'est tout l'intérêt de ce que va proposer le président de la République. Nous allons mettre en oeuvre, mais il va le dire, une défiscalisation des soutiens pour que l'intéressement soit beaucoup plus pratiqué, qu'il ne l'est aujourd'hui.

L. Bazin : L'intéressement aujourd'hui, c'est 4 millions de salariés à peine 11 % des salariés, PME, dont vous êtes le ministre.

Eh bien ce n'est pas suffisant, c'est la raison pour laquelle, le président de la République va faire cette proposition.

L. Bazin : On peut résoudre le problème du pouvoir d'achat par l'intéressement ?

Pas uniquement bien sûr, mais on peut le résoudre si on fait baisser les prix dans la grande distribution, si on fait de l'intéressement et si on donne à notre économie, les moyens de se développement ce que...

L. Bazin : Vous voyez sur l'intéressement ce qu'on vous reproche ? On dit finalement que vous avez une vision CAC 40 de l'économie. Vous voyez l'économie par les grandes entreprises qui sont capables de porter ça ?

Et vous dites ça au ministre des PME, à celui qui a travaillé...

N. Iannetta : Alors que vous, vous savez que voilà, c'est le maillage économique...

Sur ce titre 1 de la loi de modernisation je vous rappelle que les dispositions en faveur des entrepreneurs et des entreprises, c'est 20 articles sur 44 de ce texte, donc il y a effectivement la grande distribution, mais il n'y a surtout pas que cela.

N. Iannetta : Trois questions pour terminer, très rapidement. Le Livret A ne sera plus désormais exclusivement dans une banque, mais généralisé à toutes. Est-ce que la Banque Postale va mourir ?

Non, pas du tout, puisque dans le même temps, on donne à la Banque Postale, les moyens de se développer, et de développer des formes de crédits qu'on lui interdisait auparavant.

N. Iannetta : Les soldes. Les soldes d'été, ce sera quand et pour combien de temps ?

Ce sera bientôt, au mois de juin.

L. Bazin : Et combien ?

N. Iannetta : Et combien de ristourne, monsieur le ministre ?

Et surtout, on va faire en sorte que ce soit de vrais soldes, comme ça se pratique ailleurs, avec des vraies baisses de prix.

N. Iannetta : Est-ce que la France est toujours attractive en matière de tourisme, vous qui venez de clore la saison d'hiver qui a été manifestement assez bonne, celle qui s'annonce là, la saison d'été, est-ce qu'elle s'annonce bonne ?

Oui, la France reste la première destination touristique, elle doit le demeurer, elle doit surtout faire en sorte que les recettes progressent, puisqu'on est plus que troisième, ce sera tout l'objet des Assises du Tourisme que je tiendrai les 18 et 19 juin prochain, où je ferai des propositions très fortes pour rénover notre offre et la mettre au niveau de cette demande mondiale, qui est en forte évolution.

L. Bazin : On fait des assises, on soutient, on aide, on propulse, on réforme... Mon Dieu, que de travail !

N. Iannetta : On bosse dites donc !

Vous ne pouvez pas le reprocher à celui qui a porté la réforme et qui...

L. Bazin : Tout ça ce n'est pas que du bruit, du vent, du brouillard, comme le dit l'opposition ?

Non, je ne le crois pas, je ne le crois pas. J'ai soutenu le président de la République quand il était candidat parmi les premiers, parce qu'il me semblait avoir la capacité de réformer notre pays. Eh bien nous le faisons et j'en suis très heureux.

N. Iannetta : Vous n'êtes déçu, un an plus tard ?

Pas du tout.

N. Iannetta : Merci, H. Novelli, d'avoir été notre invité.

Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 26 mai 2008

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