Déclarations de M. François Fillon, Premier ministre, sur le plan de prévention et de lutte contre la drogue et la toxicomanie en milieu scolaire, Paris le 2 juin 2008. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclarations de M. François Fillon, Premier ministre, sur le plan de prévention et de lutte contre la drogue et la toxicomanie en milieu scolaire, Paris le 2 juin 2008.

Personnalité, fonction : FILLON François.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Visite au lycée Paul-Bert, Paris 14e arrondissement, sur le thème de la prévention contre la drogue en milieu scolaire, le 2 juin 2008

ti : Madame le proviseur,
Mesdames et Messieurs,


Je voudrais d'abord vous dire pourquoi, avec Xavier Darcos et Rachida Dati, nous avons choisi de venir ce matin, ici, au lycée Paul-Bert. Nous allons rendre public le Plan gouvernemental de lutte contre la drogue pour la période 2008-2011. C'est la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie qui le fera connaître, et nous avons voulu illustrer ce plan à partir d'un débat dans un établissement qui a choisi déjà depuis longtemps de prendre ce problème à bras le corps.

Nous sommes ici dans un lycée qui est assez représentatif de ce que sont les lycées de notre pays, et où le proviseur, les enseignants, la communauté éducative a choisi d'aborder cette question directement, sans détours, en rompant un silence qui a été trop longtemps la règle dans notre pays, s'agissant au moins de ce qu'on avait l'habitude d'appeler les drogues douces, alors que l'un des messages que nous voulons faire passer, c'est justement qu'il n'y a pas de drogues douces et de drogues dures, il n'y a qu'un seul phénomène qui est celui qui conduit à une accoutumance avec tous les dangers que présente ce phénomène. Et donc, ce que je souhaite aujourd'hui, c'est pouvoir débattre avec vous, entendre vos expériences, répondre le cas échéant aux questions que vous vous posez les uns et les autres, pour que nous puissions montrer à l'ensemble de nos concitoyens que le plan que nous allons proposer, ce n'est pas un plan supplémentaire, avec, naturellement des moyens supplémentaires - il y en a - avec des actions supplémentaires, y compris des actions à caractère internationale pour essayer de lutter plus efficacement contre le raisons qui aboutissent jusqu'à nos villes, jusqu'à nos lycées, mais que c'est aussi une prise de conscience collective avec une décision de tous les adultes de prendre leur responsabilité par rapport à ce sujet. Et je crois qu'ici, dans cet établissement - en tout cas, c'est ce que l'on m'a dit, donc je vais le vérifier d'après ce que vous allez me dire -, c'est justement ce qui a été fait, et je pense que c'est un exemple qui méritait d'être souligné.

Je pense que le plus simple ce serait que l'on fasse, si vous en êtes d'accord, le tour de la table pour que vous nous disiez un peu comment vous, vous ressentez les choses, quelles sont les questions que vous vous posez, quelles sont les suggestions que vous avez, les uns ou les autres, à faire, et puis le débat s'organisera comme ça, si tout le monde en est d'accord, et si le recteur en est d'accord.

Intervention de clôture

D'abord, moi je voudrais vous remercier en vous disant que votre lycée n'a pas besoin de la venue du Premier ministre, du ministre de l'Education nationale et du garde des Sceaux, pour prendre des mesures et prendre conscience de l'importance du problème et réagir, puisque je vous ai dit dès le début de mon propos que si on était venu ici à Paul Bert, c'est justement parce qu'on a le sentiment que dans ce lycée, il y a un effort particulier qui a été fait. Donc, ne prenez pas notre venue comme une leçon de morale supplémentaire mais, au contraire, comme l'utilisation du dialogue qui existe dans votre établissement, comme point de départ d'une action de communication de grande ampleur que le Gouvernement veut lancer avec la Mission interministérielle de lutte contre les toxicomanies et la drogue. Donc, on part de votre exemple, du dialogue qui existe ici, des situations que vous avez évoquées, pour illustrer cet effort.

Pourquoi est-ce qu'on a décidé d'agir avec force ? D'abord, parce que comme l'a dit Xavier Darcos, la consommation de drogue augmente, et qu'elle descend de plus en plus bas, s'agissant de l'âge auquel on commence. Donc cela veut dire que nous sommes, d'une certaine façon, en situation d'échec par rapport à tout ce qui a été fait depuis des années contre ce fléau. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas, ici ou là, des choses qui ont été réussies, mais enfin, globalement, cela augmente et l'âge diminue. Il faut donc que nous soyons plus efficaces, et plus efficaces de façon globale parce que, Madame, vous avez raison de dire que tous les adolescents ne vont pas tomber dans une dépendance destructrice comme les exemples que l'on met souvent en avant, mais en même temps, personne ne sait quand il commence à se droguer, ce qu'il va lui arriver. Donc le risque est pour tout le monde. Heureusement, tout le monde ne va pas jusqu'aux situations les pires.

Nous, nous pensons que tous les moyens doivent être mis en oeuvre pour lutter contre ce fléau, et naturellement, d'abord la prévention, et c'est la raison pour laquelle on ne peut pas faire l'impasse sur le milieu scolaire, même si je suis assez sensible à l'argument selon lequel le rôle principal de l'école c'est d'instruire, et qu'il ne faut pas donner à l'école trop de missions, parce que si on lui donne trop de missions, elle n'arrive plus à les faire bien. Enfin, là, on a un sujet, une espèce de situation d'urgence, et avec quand même une concentration des difficultés à l'école ou autour de l'école... C'est pour cela qu'on ne peut pas éviter de concentrer une partie de l'action sur l'école.

Je retiens, et je le dis au ministre de l'Education nationale en particulier, quelque chose qui ressemblait à un cri du coeur de la part de la plupart d'entre vous, c'est-à-dire : faites de la prévention à partir d'images, de témoignages réels, concrets, et dans un langage qu'on comprend. C'est vrai que c'est une vraie difficulté souvent pour l'administration, pour ceux qui conçoivent ces campagnes et ces projets, que de se mettre au niveau où il faut pour que ça fonctionne. Donc, je retiens cette idée comme une idée très forte de la table ronde de ce matin.

Deuxièmement, la répression est nécessaire. Il ne faut pas non plus faire preuve de naïveté. On n'a pas baissé de plus de moitié le nombre des morts sur les routes sans faire de répression. Pendant très longtemps, on a pensé que ce n'était pas la solution, qu'il fallait agir autrement, et puis un jour on a décidés d'être extrêmement fermes, et le résultat a été au bout de l'effort. De la même façon sur le tabac, on peut quand même dire qu'il y a une diminution importante de la consommation de tabac dans notre pays, c'est quand même parce qu'il y a eu tout d'un coup une espèce de prise de conscience générale. Alors, je ne dis pas que toutes les campagnes qui ont été menées sont forcément les meilleures, mais enfin, cette prise de conscience a abouti à une diminution de la consommation de tabac. Et c'est bien ce qu'on veut faire pour la drogue, c'est faire en sorte qu'il y ait une prise de conscience générale du danger de l'usage des drogues, y compris des drogues considérées à tort comme des drogues douces. Donc, c'est bien un problème de mobilisation des adultes en particulier. Pendant très longtemps, vous le savez très, très bien, on a fait le silence sur ces sujets-là ; pendant très longtemps dans les établissements scolaires, ça n'existait pas, ça n'existait pas et on ne voulait surtout pas qu'on dise qu'il y avait usage de drogue dans un établissement scolaire, parce que ça lui aurait donné une mauvaise image et une mauvaise réputation. Donc on est passés maintenant, je pense, à une prise de conscience qui est complètement différente. Il faut sans doute aller encore plus loin. Et tout à l'heure, Rachida Dati a évoqué un sujet très difficile, qui est celui de la collaboration de tous les adultes qui composent la communauté éducative à la lutte, y compris contre les trafics, et donc au signalement des trafiquants à l'intérieur de l'établissement scolaire.

C'est la raison pour laquelle, même si cette phrase peut peut-être aller contre ce que beaucoup d'entre vous ont dit en disant "il ne faut pas nous faire la morale", il faut en même temps renforcer l'interdit. L'un d'entre vous a dit : "il y a une banalisation du cannabis", on considère que c'est un produit de consommation courante. Eh bien si on ne renforce pas l'interdit, c'est-à-dire si tous, les uns après les autres, à chaque fois qu'on en a l'occasion, on ne dit pas publiquement "c'est interdit", et ce n'est pas interdit pour des raisons morales, c'est interdit parce que c'est dangereux pour la santé, alors on ne réussira pas à faire reculer la consommation du cannabis.

On va conduire des actions coordonnées avec l'Union européenne sur le trafic. Je vais en parler dans un instant, puisque après cette table ronde, je vais aller rencontrer les magistrats pour continuer la discussion sur ce sujet. On va renforcer les contrôles et la lutte contre les trafics sur le plan national. Mais on n'arrivera à rien si on n'a pas une sorte de support de l'ensemble de nos concitoyens, et en particulier de la communauté éducative dans ce domaine, donc c'est à cela que j'appelle, en sachant que dans bien des cas, elle est déjà très engagée, et on en a ici l'exemple. C'est souvent d'ailleurs un peu le cas lorsqu'un établissement scolaire fait quelque chose de positif, c'est là qu'on vient en parler. Du coup, on donne le sentiment qu'on est en train de faire la morale sur ces sujets, alors que c'est vous-mêmes qui avez montré l'exemple, et c'est de votre exemple qu'on veut s'inspirer.

Je vous remercie. Je sais que je vous ai fait perdre une heure ou deux heures de cours. Mais j'espère que vous comprendrez que c'est pour que, au plan national, la campagne qu'on va conduire s'appuie sur votre expérience, et donc soit plus crédible que si elle était née, comme ça, simplement de notre imagination.


Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 3 juin 2008

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