Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, vice-président de l'UMP, dans "Le Monde" du 2 juin 2008, sur les relations entre le gouvernement et la majorité, les relations au sein de l'exécutif, le projet de loi de modernisation de l'économie. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, vice-président de l'UMP, dans "Le Monde" du 2 juin 2008, sur les relations entre le gouvernement et la majorité, les relations au sein de l'exécutif, le projet de loi de modernisation de l'économie.

Personnalité, fonction : RAFFARIN Jean-Pierre, ROGER Patrick.

FRANCE. UMP, vice-président;

ti : Q - Depuis le début de la session parlementaire, les accrocs entre l'exécutif et sa majorité se multiplient. Que se passe-t-il ?

R - Nicolas Sarkozy a lui-même imprimé la liberté de parole quand il était ministre et président de l'UMP. Aujourd'hui, tout le monde en profite. C'est positif si ça permet d'améliorer les réformes; ce serait négatif si cela devait conduire à l'immobilisme.

Nous avons deux mois devant nous pour que le quinquennat confirme sa véritable dynamique réformatrice, à travers la modernisation de l'économie, la représentativité sociale et les institutions. Ces trois textes sont déterminants pour la suite du quinquennat.

Chacun tient évidemment à exprimer son avis sur ces sujets, à apporter sa contribution au meilleur texte possible. Mais il faudra, à l'arrivée, que la majorité soit rassemblée et que les humeurs ne favorisent pas le conservatisme. Il faut, pour y parvenir, une majorité libre et loyale.

Q - Le couple exécutif fonctionne-t-il correctement ?

R - Deux points me paraissent essentiels. Pour arbitrer entre les différentes aspirations des parlementaires, c'est le premier ministre qui doit être en première ligne, qui doit trouver les compromis nécessaires. Il est le fabricant du consensus et il ne peut être tenu à l'écart de ces discussions, au risque de favoriser un certain désordre. En outre, le premier ministre doit protéger le président de la République; son exposition politique est nécessaire à l'équilibre de nos institutions.

Q - Xavier Bertrand a-t-il bien fait d'aller au-delà de la position commune des partenaires sociaux sur les 35 heures ?

R - La perspective proposée, qui ne remet pas en cause la durée légale du travail, est la bonne. Je l'approuve, mais nous devons tous, dans la majorité, assumer le fait que, pour le dialogue social, la fiabilité de la parole publique est déterminante.

Dans cet esprit, la tension durable avec la CFDT, force sociale positive avec laquelle nous avons pu procéder à d'importantes avancées sociales, serait dangereuse.

Q - L'UMP est très divisée sur la loi modernisation de l'économie. Quelle est votre position ?

R - Je ne suis pas opposé à une révision de la loi que j'avais fait voter il y a douze ans. Je reste réformateur. Mais sa remise en cause globale serait une erreur.

Le commerce, c'est la vie, il a besoin d'une grande diversité. Il faudra introduire dans le texte législatif une distinction entre les zones très urbanisées et les autres territoires de France. Des questions comme celles de l'ouverture du dimanche ou les surfaces d'installation ne s'y posent pas de la même manière.

Il faut trouver une place spécifique pour les PME. Que Carrefour et Nestlé s'adonnent à de brutaux rapports de forces, ce n'est pas un problème d'aménagement du territoire.

En revanche, que les grandes surfaces imposent leurs conditions aux PME, cela peut être facteur de déséquilibre. Le modèle français n'est pas celui du "tout concurrence".

Q - Comment expliquez-vous la difficulté du gouvernement à trouver un accord avec les députés de l'UMP sur ce point ?

R - Deux cultures s'opposent : celle qui donne la priorité au consommateur et celle qui prend plus en considération le producteur. Ce n'est pas un mouvement d'humeur, mais la confrontation de deux visions économiques dont il faut trouver la complémentarité.

Q - Le Sénat va se saisir du projet de loi sur les institutions. Y a-t-il des points que vous souhaiteriez modifier ?

R - Le point le plus discuté porte sur les moyens dont le gouvernement doit être assuré pour mener son action. Parmi les principes de la Ve République, il y a l'efficacité gouvernementale. Le 49-3 reste, à cet égard, sa meilleure arme de dissuasion.

Le Sénat acceptera qu'on limite les pouvoirs de l'exécutif à condition qu'on limite les moyens d'obstruction.

Q - Gérard Larcher s'est dit "déterminé" à se déclarer candidat à la présidence du Sénat après le renouvellement de septembre. Et vous ?

R - Je respecte l'homme, mais je ne souhaite pas précipiter les échéances. La présidence du Sénat n'est pas aujourd'hui vacante. Il ne faut pas disperser l'attention du Sénat, ni diviser sa majorité, pendant ces deux mois stratégiques de réformes.


source http://www.u-m-p.org, le 3 juin 2008

Rechercher