Interview de M. Gérard Aschiéri, secrétaire général de la FSU à France-Inter le 3 juin 2008, sur la réforme de la formation et du traitement des enseignants, la réforme du lycée, des filières du baccalauréat et les suppressions de postes d'enseignants. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérard Aschiéri, secrétaire général de la FSU à France-Inter le 3 juin 2008, sur la réforme de la formation et du traitement des enseignants, la réforme du lycée, des filières du baccalauréat et les suppressions de postes d'enseignants.

Personnalité, fonction : ASCHIERI Gérard.

FRANCE. FSU, secrétaire général

ti :
 
 
 
N. Demorand.- L'école au coeur du débat public. Hier, N. Sarkozy a annoncé des réformes, à l'horizon 2010 pour la formation des enseignants, 2009- 2012 pour la réforme du lycée. Pour en parler, ce matin, G. Aschiéri. Bonjour Monsieur, bienvenue sur France Inter. Le recrutement des enseignants à Bac + 5, cela change quoi, concrètement ?
 
Les enseignants sont déjà recrutés à Bac + 5, parce qu'aujourd'hui, c'est trois ans pour une licence, puis un an pour préparer un concours, puis un an de stage en IUFM, où les jeunes sont sur le terrain. Ils font ce qu'on appelle un stage en situation : une classe, ils sont suivis, et ils ont des cours théoriques.
 
Ce sont des fonctionnaires stagiaires.
 
Ils sont fonctionnaires stagiaires, avec une rémunération. Ils sont payés, ils commencent leur carrière à ce moment-là. Ce que je crains, c'est que la masterisation, comme dit le président de la République, qui en soi n'est pas une nouvelle chose, aboutisse à ce que la carrière commence en réalité plus tard, sans allonger le temps de formation, c'est-à-dire la cinquième année serait l'année du master, au lieu d'être l'année du stage, avec de surcroît une disparition, ou en tout cas un amoindrissement de la formation professionnelle des enseignants. Et ça, ça pourra être un vrai problème.
 
Mais le président de la République dit le contraire, puisqu'il dit qu'on va recruter plus tard, donc former des enseignants de manière encore plus pointue, si j'ose dire...
 
Je ne suis pas sûr qu'il dise les choses aussi nettement. Son propos est assez vague, mais ce que je lis dans la presse des intentions gouvernementales, et ça semble bien informé, parce que tous les journaux disent à peu près la même chose, c'est quoi ? C'est bien l'idée de la disparition du stage, ce qui ferait d'ailleurs économiser une vingtaine de milliers de postes. Il n'y a pas de petites économies, et ce qui aurait, je le répète, comme conséquence, une formation professionnelle qui risquerait d'être limitée à ce que l'on appelle le compagnonnage. C'est-à-dire on va voir ce que fait un enseignant expérimenté, et on limite ça, il en faut, mais on ne peut réduire la formation à cela. Le métier d'enseignant c'est un métier difficile, ce métier on a besoin de construire ses pratiques au jour le jour et de réfléchir sur ses pratiques.
 
Pour qu'on comprenne bien les choses, vous dites : suppression de 20.000 postes au passage. Expliquez ce (chiffre) très précis.
 
Les stagiaires sont sur des emplois qui ont un budget, ce sont des emplois de stagiaires, présents au budget de l'Education nationale. S'il n'y a plus de stage, on n'aura plus d'emplois de stagiaire, et donc on fait des économies au tournant.
 
Cet argent-là sera redéployé, pour revaloriser les traitements des jeunes enseignants, a dit le président de la République.
 
Peut-être, peut-être ! Sauf que les jeunes enseignants qui commencent aujourd'hui à être payés à Bac + 4, commenceront à être payés à Bac + 5. Et cela fait une différence. Si l'on réfléchit sur la totalité de la carrière, je ne suis pas certain que ce soit du gagnant-gagnant. Prenons par exemple l'exemple des retraites : on cotisera un an plus tard. Je ne sais pas si, quand on arrive à 60 ans, le résultat est si positif que ça.
 
Vous, G. Aschiéri vous êtes contre cette réforme telle qu'elle s'esquisse ?
 
Telle qu'elle s'esquisse, cela me pose de sérieux problèmes. Mais peut-être qu'il est encore temps d'avoir des précisions et il est peut-être encore temps que la réforme ne soit pas celle-là. En tout cas, nous, on va se battre dans ce sens. On n'est pas contre la réforme, au contraire, c'est vrai que cela fait longtemps qu'on demande une amélioration de la qualification des enseignants. Et que ce soit reconnu dans leur rémunération. Simplement, on n'est pas prêt à ce que le prix de cette amélioration ça soit la disparition de la formation professionnelle.
 
Une question de détail, en passant : vous n'avez été à aucun moment associé à cette réforme ?
 
Je peux vous dire qu'on rencontre demain le cabinet de V. Pécresse làdessus, seulement.
 
Donc, les choses se sont faites sans les syndicats...
 
Oui, et encore une fois, il y a un paradoxe... Hier, j'ai entendu le président de la République qui a commencé par se féliciter de la signature d'un accord sur le dialogue social, et que là, ce soit signé. Mais en même temps, il a fait l'éloge de toute une série de réformes qui n'ont absolument pas été concertées, qui se sont faites contre les personnels, et je ne voudrais pas que les réformes qu'il annonce pour le lycée et pour la formation des maîtres subisse le même sort.
 
En deux mots, sur le lycée - on va avoir le temps d'y revenir, bien entendu, avec les auditeurs de France Inter tout à l'heure - mais en deux mots, sur le lycée, l'idée de simplifier, de rationaliser à nouveau les filières, notamment les filières du Bac, le déséquilibre entre les scientifiques et les littéraires, est-ce que tout cela ce n'est pas aussi un problème urgent ?
 
Il y a un vrai problème de déséquilibre entre les filières, qu'il faut traiter. Mais je suis pas certain, loin de là, que la bonne manière de le traiter, ce soit ce que l'on appelle le baccalauréat à la carte. Parce qu'à un moment donné, d'abord il faut que la carte elle soit suffisamment fournie, qu'il y ait une vraie offre de formations. Deuxièmement, il y a un vrai problème de lisibilité et de cohérence des formations. Le lycée ce n'est l'université. On a besoin d'un socle, j'allais dire relativement commun et qui permette à la fois d'avoir des enseignements pour tout le monde, et en même temps, d'avoir des débuts de spécialisation cohérents. Moi je suis pour qu'on regarde cette question de l'équilibre entre les filières, et de la souplesse, parce qu'il y a besoin de souplesse, en maintenant l'existence de trois voies - la voie générale, la voie technologique, la voie professionnelle - et en maintenant les filières. Cela me paraît possible. Or le propos du Président est relativement ouvert puisqu'il dit à la fois quelque chose qui s'approche du lycée à la carte, et qui dit en même temps : il ne faut pas que ce soit du papillonnage. J'attends de voir les propositions précises que fera le ministre de l'Education nationale là-dessus.
 
Il y aura moins d'heures de cours, sans doute ? Est-ce une bonne chose, ça ?
 
Je trouve assez paradoxale que le Président vante sans cesse le travail et qu'ensuite, il dise pour les élèves : il faut moins d'heures. Qu'est-ce que cela signifie ? Est-ce que cela signifie moins d'offre d'éducation ? Eh bien, s'il y a moins d'offre d'éducation, les inégalités sociales on ne les résoudra pas. Elles vont au contraire s'accroître. Est-ce que cela signifie par exemple qu'il faut supprimer l'originalité du système français qu'on enseigne la philosophie en Terminale, ce qui n'est pas le cas dans la plupart des autres pays ? C'est ce type de questions qu'il faudrait poser, et pas poser le problème en terme de moins d'heures...
 
Etes-vous inquiet que le nombre d'heures baisse ?
 
Mais évidemment que je suis inquiet ; parce que je sais que le Gouvernement il a besoin de trouver 15.000 à 16.000 postes à supprimer dans l'Education nationale l'an prochain. Et quand je fais le lien entre le discours sur le trop grand nombre d'heures et les postes à supprimer, je suis inquiet, effectivement.
 
Sur les suppressions de postes, vous avez perdu...
 
Pour l'instant, je veux dire, on n'a pas gagné. Le Gouvernement...
 
Vous avez perdu ?
 
Non. Je pense qu'on travaille sur la durée.
 
Cela veut dire quoi ?
 
Il y a cette année, et puis il y a les ann??es suivantes : il y a une programmation des suppressions de postes. Mais notre problème - et là, pour l'instant, effectivement on n'a pas gagné - notre problème c'est d'arrêter l'hémorragie. Cette bataille on va la continuer. On va la continuer dès le mois de juin, avec une grève, et on va la continuer au-delà des vacances.
 
Pourquoi avez-vous perdu ?
 
Je pense qu'on n'a pas suffisamment emporté la bataille de l'opinion sur cette question, même si, quand je regarde de près les enquêtes, on s'aperçoit que les Français mettent au dernier rang des mesures positives les suppressions de postes de fonctionnaires. C'est quelque chose qui n'est pas approuvé, loin de là. Mais il y a le sentiment qu'il n'y a pas d'autre solution, et c'est là, je pense, qu'on a besoin de mener cette bataille. Et de ce point de vue, j'ai des arguments, et on a le souhait de continuer à mener cette bataille en argumentant.
 
Vous n'êtes pas, comment dire, épuisé par cette première défaite ?
 
C'est fatigant la bataille mais je ne parlerais pas de défaite. Je pense qu'on est dans un mouvement qui est sur la durée, et je pense que, aussi bien mes collègues que les jeunes et que les parents ne sont pas prêts de lâcher, y compris ce qui s'est passé au lycée Paul-Bert, hier, montre que les jeunes...
 
Votre sentiment là-dessus ?
 
Cela montre que les jeunes, ils ne pas prêts de lâcher non plus. Je crois qu'il y a encore des ressources pour continuer à mener la bataille.
 
Habile, X. Darcos ?
 
Habile X. Darcos, habile N. Sarkozy, à l'évidence, redoutable. Mais en même temps, je crois... moi je crois aux idées, je crois à la capacité que nous avons de convaincre. Simplement, on a un vrai problème : il faut démonter un certain nombre d'argumentations. Par exemple, le Président il nous dit : cela fait vingt ans qu'on met des postes et ça ne marche pas mieux. Faux. Cela fait six ans qu'on supprime des postes, et si moins de postes avaient permis d'améliorer la qualité, ça se serait.
 
Vous êtes pris de vitesse, là. On ne parle déjà plus de suppressions de postes, on parle de la réforme du lycée.
 
Ah non, les suppressions de postes, nous on va continuer à en parler.
 
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 3 juin 2008

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