Interview de M. Luc Chatel, secrétaire d'Etat chargé de l'industrie et de la consommation, à "France Info" le 9 juin 2008, sur l'avenir du petit commerce face à l'étendue de la grande distribution prévue par la loi de modernisation de l'Etat, et sur les conséquences de la hausse du prix du pétrole. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Luc Chatel, secrétaire d'Etat chargé de l'industrie et de la consommation, à "France Info" le 9 juin 2008, sur l'avenir du petit commerce face à l'étendue de la grande distribution prévue par la loi de modernisation de l'Etat, et sur les conséquences de la hausse du prix du pétrole.

Personnalité, fonction : CHATEL Luc, DUCHEMIN Raphaëlle.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'industrie et à la consommation, porte-parole du gouvernement;

ti : R. Duchemin.- "La Question du Jour", on la pose ce matin à L. Chatel, secrétaire d'Etat à la Consommation. Bonjour, merci d'être en direct avec nous sur France Info. Pour les petits commerçants, la CGPME en tête, la loi LME et l'assouplissement des règles de grandes surfaces, c'est le dynamitage du petit commerce. Vous êtes prêt, aujourd'hui, à appuyer sur le détonateur ?

Bien sûr que non. Il faut regarder la réalité en face. Depuis 12 ans, nous nous abritons en France derrière une législation qui avait bien sûr un objectif très louable, c'était de protéger le petit commerce contre l'arrivée de la grande distribution et c'était de protéger les fournisseurs de la grande distribution contre la pression excessive des hypermarchés.

Protéger le petit commerce n'a pas forcément complètement fonctionné.

Voilà, vous avez entièrement raison. Douze ans après, on s'aperçoit même qu'on a perdu sur tous les tableaux. Nous n'avons pas empêché l'arrivée de la grande distribution ; il y a entre 3,5 et 4 millions de m² supplémentaires chaque année en France. Nous avons défiguré les périphéries des villes et nous n'avons pas empêché le déclin du commerce de bouche. Au total, on a l'impression que ces lois qui ont voulu rigidifier, encadrer la législation en matière de commerce, ont eu un effet négatif. Ce que nous voulons, c'est revenir à un système que pratiquent tous les grands pays développés, qui est à la fois un système de plus grande liberté de négociation et de concurrence entre les modes de distribution. Parce que le paradoxe de ces lois, c'est qu'à l'échelon des bassins de vie, des zones de chalandises, il n'y a pas assez de concurrence dans la grande distribution, ce qui fait que la France est plus chère que les grands pays développés. Les Français paient trop cher leurs produits de grande consommation.

Mais cela ne peut fonctionner que si, en parallèle, on met évidemment un plan en place pour revitaliser le petit commerce. C'est visiblement ce que vous souhaitez faire, mais est-ce que ça ne risque pas d'arriver un petit peu trop tard finalement ?

Je ne crois pas, on le voit bien, j'étais avec le Premier ministre et H. Novelli vendredi à Nancy, on voit bien que dans les villes où il y a la volonté locale des élus et des associations de commerçants d'être dynamiques, de monter des opérations, d'avoir de vraies animations, d'avoir des politiques d'aménagement local pour les maires, eh bien oui, ça marche et on a une vraie diversité de l'offre commerçante. C'est ce que nous voulons. Nous ne choisissons pas entre différents modes de commerce, nous voulons au contraire que les consommateurs, vous savez, ce sont les mêmes qui vont dans les hypermarchés faire leurs courses, faire leurs achats dans les commerces de proximité et, de temps en temps, chez du hard discount. Ce sont les mêmes. Ce que nous voulons, c'est assurer la diversité de l'offre commerçante en replaçant le consommateur au coeur de cela.

Vous pensez avoir aujourd'hui l'aval des députés de votre majorité sur ce texte-là, parce qu'ils sont, pour la plupart, maires de petites villes et, évidemment, ce texte passe assez mal auprès des petits commerçants, quoique vous en disiez ce matin ?

Nous avons beaucoup travaillé avec les députés, puisque, depuis plusieurs mois, je les ai rencontrés chaque semaine. C'est vrai que sur ce sujet, il y a eu des inquiétudes, des interrogations. Nous avons à nouveau travaillé, il y a 15 jours, avec le groupe UMP, avec la Commission des Affaires économiques, son président P. Ollier, avec le rapporteur J.-P. Charié. Aujourd'hui, nous avons trouvé un accord qui permet, en gros, de se dire : "on va aller progressivement vers une législation où nous rapprocherons urbanisme commercial et urbanistes." C'est-à-dire que les maires seront les aménageurs de la politique en matière de développement économique et commercial.

C'est ce que vous avez dit à vos administrés ? Comment le prennent les bouchers, les charcutiers, les quincailliers ?

Je crois que ce qu'ils souhaitent, c'est avoir à la fois des maires qui soient des aménageurs de la politique commerciale et de développement économique, mais les maires n'ont pas à être des arbitres en matière de concurrence et à choisir. Nous allons créer une Autorité de concurrence qui va avoir des pouvoirs renforcés. C'est elle qui pourra considérer, par exemple, qu'une enseigne de distribution est trop puissante à l'échelle d'une zone de chalandise et considérer qu'il faut remettre de la concurrence dans le système.

Et il risque aussi, en tout cas c'est un des arguments défendus par les petits commerçants, d'y avoir une désertification de certaines zones. Ils disent également que le petit commerce finalement ça sert de tissu social. Comment allez-vous faire pour maintenir ça ?

Mais bien sûr que ça sert de tissu social, mais aujourd'hui que voyons-nous ? On voit de plus en plus les centres-villes se vider et des périphéries absolument immondes se développer. Nous, nous voulons l'inverse, c'est pour cela que nous laisserons la possibilité lorsqu'il y aura moins de 1.000 m², de construire des magasins, ça peut être en centre-ville. L'autre jour, j'étais avec le maire de Maisons-Laffitte, J. Myard, il m'a expliqué qu'une moyenne surface dans son centre-ville a permis de retisser autour de cette surface des petits commerces de proximité. Donc, on voit bien qu'il faut sortir qu'il faut sortir d'une vision manichéenne : d'un côté, la grande distribution, de l'autre, les petits commerces. On a besoin des deux, et c'est l'objectif de cette loi, c'est d'avoir une meilleure concurrence au service des consommateurs.

Vous jouez gros sur ce texte ? On dit que vous êtes dans "la bande des chouchous" de N. Sarkozy ?

On "joue gros" pour l'économie française. Cette loi va permettre, si elle est mise en oeuvre en l'état, de libérer les énergies. C'est toute la partie sur la transmission d'entreprise et sur la suppression des seuils. Et avec la concurrence, que je viens de décrire, elle va permettre de remettre du pouvoir d'achat, redonner du pouvoir d'achat aux Français, de faire baisser les prix. Encore une fois, les prix sont trop chers en France par rapport aux autres pays. Et elle va permettre de créer de la croissance et de l'emploi. Je rappelle un chiffre : si la France avait le même taux d'emploi dans le commerce que l'Allemagne, elle aurait 450.000 emplois supplémentaires. Donc, il y a un enjeu économique absolument considérable.

Les prix sont trop chers, c'est vrai, je crois que tout le monde est d'accord sur la question, notamment les prix à la pompe, il y a encore des manifestations ce matin, des routiers dans l'Ouest du pays. Et vous recevez aujourd'hui à Bercy avec C. Lagarde, C. de Margerie, le patron de Total. Vous allez lui dire quoi, pour essaye de faire en sorte que, finalement, il mette la main à la poche ? Il a dit qu'il était d'accord sur le principe mais pas sur la manière.

Si vous voulez, dans cette affaire de hausse de pétrole, on voit bien que chacun est un peu obligé de faire preuve de solidarité, de mettre la main à la poche, c'est le cas également des consommateurs, qui ont vu les prix exploser...

Il faut le taxer, il faut taxer Total ?

... c'est le cas de professionnels, c'est le cas de l'Etat. Il n'est pas anormal que l'Etat se tourne vers les compagnies pétrolières, mais aussi demain vers les distributeurs pour discuter avec eux. Mais là, on a deux façons de faire : soit, on taxe, c'est la méthode...J'ai entendu M. Delanoë, qui a encore des progrès à faire en matière de libéralisme, parce qu'il veut taxer...

Il dit : "Ce n'est pas possible qu'ils se goinfrent et qu'ils gagnent de l'argent à ce point-là sur une crise aussi terrible !"

Ce que nous pensons c'est que, comme nous l'avons fait l'année dernière avec la table ronde organisée à Bercy, c'est que nous pouvons demander aux pétroliers de contribuer à financer des dispositifs comme la prime à la cuve, parce qu'on pense que tout chacun doit faire preuve de solidarité et mettre la main à la poche quand les prix du pétrole explosent.

Donc, s'il faut, on les taxera ?

Oui, mais si vous voulez il y a deux façons : soit vous créez un nouvel impôt et ce n'est pas notre méthode ; soit vous mettez des acteurs autour de la table, et vous les encouragez, vous les incitez à faire preuve de solidarité, c'est ce que nous allons faire.

Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 9 juin 2008

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