Interview de M. Xavier Darcos, ministre de l'éducation nationale à France 2 le 16 juin 2008, sur le baccalauréat, la réussite scolaire, les programmes scolaires et les mouvements d'enseignants. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Xavier Darcos, ministre de l'éducation nationale à France 2 le 16 juin 2008, sur le baccalauréat, la réussite scolaire, les programmes scolaires et les mouvements d'enseignants.

Personnalité, fonction : DARCOS Xavier.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

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F. Laborde.- Bonjour à tous. Avec X. Darcos, nous allons parler de ce jour J qui concerne 500 000 candidats. Cet examen qui fête cette année ses 200 ans, c'est-à-dire le baccalauréat. Alors peut-être, bonjour monsieur le ministre.
 
Bonjour.
 
Un petit mot pour ces papas, ces mamans qui nous regardent, ces jeunes qui sont en train de boucler le cartable le coeur battant et qui partent ?
 
Bien sûr, je voudrais les rassurer. C'est un moment d'émotion mais enfin tout de même, nous avons 615 625 candidats qui vont se présenter. La plupart d'entre eux, ça va bien se passer. Il y a de l'angoisse, il y a de l'inquiétude mais quand on a fait une bonne année, les choses devraient bien se passer. Et ce n'est pas très usuel pour un ministre de l'Education nationale, surtout en public, mais si vous voulez bien, je vais leur dire un seul mot : merde.
 
D'accord. Ils ont compris et chacun saura que la chance est avec lui. Alors il y a aussi une autre inquiétude, ce sont les mouvements sociaux. Il y a les routiers aujourd'hui, demain il y a le mouvement autour des retraites. Les parents disent : quand même on risque d'avoir des transports perturbés.
 
Alors nous allons en parler d'ailleurs avec les représentants des professions qui sont en grève, avec l'aide de D. Bussereau. Je crois qu'ils se sont mis d'accord pour ne pas commencer trop tôt ce matin, s'ils devaient faire des ralentissements. Et d'autre part, moi j'ai fait prendre une circulaire par le directeur général des enseignements scolaires qui invite à la tolérance pour ceux qui vont arriver plus tard, de sorte que l'on puisse commencer l'épreuve même entamée et rester un peu plus longtemps. Donc j'espère qu'il n'y aura pas trop de difficultés.
 
Et en tous cas une ouverture d'esprit. Alors ce fameux bac qui a donc, je le disais, 200 ans, on dit régulièrement : ça coûte cher, finalement ça ne sert à rien, tout le monde finit par l'obtenir. Et les Français y sont extrêmement attachés. Est-ce que le ministre de l'Education y est aussi très attaché ?
 
Moi, j'y suis très attaché, d'abord parce que c'est le sésame pour rentrer dans l'enseignement supérieur. Et donc pour la plupart d'entre eux, pour 60% d'entre eux, c'est le début d'une carrière d'étudiant. Or nous avons besoin d'avoir à l'horizon 2020, nous avons besoin d'avoir un Français sur deux qui a un diplôme supérieur. Donc le baccalauréat, c'est quelque chose de très utile. En même temps c'est vrai que ceux qui s'y présentent ont une assez bonne chance d'y être reçus mais je rappelle qu'il n'y a que 64% d'une génération qui a le baccalauréat. Ca veut dire que plus d'un Français sur trois, d'un Français en âge de l'avoir, ne l'aura jamais. Donc il ne faut pas non plus exagérer. Lorsqu'on dit le bac, tout le monde l'a, c'est une braderie, c'est une loterie, ce n'est pas complètement exact.
 
Le sénateur Legendre, qui fait un rapport justement, note que le niveau baisse. Et alors, permettez-moi de remarquer que l'année par exemple du CPE, où il y a eu trois mois de grève, il y a eu un record absolu au baccalauréat de réussite. Ca veut dire que moins il y a cours, mieux ça marche ?
 
Ca veut dire que le baccalauréat sanctionne une série d'années scolaires. C'est la fin du cycle du lycée, ce n'est pas seulement sur la dernière année que ça se joue. Et puis peut-être aussi, dans ces cas-là, on essaie [de faire en sorte] que les élèves les plus méritants n'aient pas subi trop les conséquences des désordres.
 
Ca veut dire que les profs notent plus facilement, donnent de meilleures notes dans ces cas-là ?
 
 Je ne crois pas. En tous les cas, on fait en sorte que les élèves ne soient pas pénalisés par les évènements.
 
Bon. Et le niveau baisse ou pas ?
 
En tous les cas, le baccalauréat a beaucoup changé depuis de nombreuses années et c'est vrai qu'il existe tellement de systèmes d'options et autres qu'on arrive toujours à trouver un dispositif qui permette d'avoir des notes plus convenables. Est-ce que le niveau baisse ? Ce qui est certain c'est que les élèves aujourd'hui connaissent beaucoup plus de choses, beaucoup plus variées que ne le connaissaient les élèves d'il y a 10 ou 20 ans. Et qu'en conséquence, peut-être que le niveau strictement scolaire n'a pas beaucoup progressé mais la largeur, la largesse de leur champ de connaissances est immense quand même. D'ailleurs on dit ça, mais je voudrais bien que quelques-uns d'entre nous repassent le baccalauréat, ils seraient peut-être surpris, ce n'est pas si facile que ça, ce n'est pas certain qu'on l'aurait tous.
 
Non ça c'est sûr. En terme d'options, vous parliez justement du nombre d'options, il y en a une centaine, c'est ça ?
 
Beaucoup plus que ça. Rien qu'en langues, il y en a 59 diverses.
 
J'ai bien entendu : 100 options différentes ? Mais c'est options de quoi alors ?
 
Oh il y a de tout. Nous avons randonnée, surf, que sais-je. Non c'est vrai ?
 
Mais bien sûr oui. Ce pays est un peu malade des options et sans aucun doute, il faudra qu'on s'interroge là-dessus. Ce n'est pas faire un crime contre l'humanité scolaire que de dire qu'il y a trop d'options, trop diverses et trop compliquées. Et finalement ça n'a plus beaucoup de sens.
 
Donc il faut revenir aux fondamentaux là aussi ?
 
En tous les cas, il faut certainement resserrer le champ de nos enseignements. Nous avons beaucoup trop d'options en France.
 
Alors on entend aussi beaucoup de parents dont les enfants ne passent pas le bac, mais qui se disaient : cette année le ministre nous l'a promis, l'école va, ou les collèges vont rester ouverts jusqu'à la fin du mois de juin. Et puis la plupart des collégiens sont déjà, si je puis dire, en vacances.
 
Parce que nous avons expérimenté seulement dans quatre académies, plus deux départements, cette reconquête du mois de juin et ça marche très bien. Mais c'est très compliqué à organiser.
 
Pourquoi ?
 
Parce qu'il faut passer les épreuves du baccalauréat ailleurs, il faut que ce soit d'autres personnes que les professeurs qui surveillent, il faut que nous augmentions le taux de paiement de la copie puisque les professeurs enseignent et corrigent les copies du bac. Il faut que nous trouvions des lieux pour accueillir les épreuves. Il faut repousser à la fois les conseils de classe et les conseils d'orientation. C'est une énorme machine à mettre en route. Mais nous l'avons expérimentée, ça marche très bien. Et donc je dis à ces parents - j'espère que ça ne les consolera plus parce que leur fils ou leur fille aura passé le baccalauréat cette année - je dis à ces parents que l'an prochain, dans toutes les académies, nous aurons reconquis le mois de juin et qu'on travaillera jusqu'à la fin du mois de juin.
 
Jusqu'à la fin du mois de juin. Est-ce que tout de même, quand on vous écoute et qu'on voit que même pour déplacer les dates du bac c'est très compliqué, est-ce que ce ministère de l'Education nationale ce n'est pas, pour employer l'expression qui n'a pas porté bonheur au ministre, mais une sorte de mammouth qui est extrêmement difficile à manoeuvrer ? On a le sentiment quand même qu'il faut vraiment forcer sur la barre pour...
 
Oui il y a tellement d'angoisse avec tout ça parce que ça concerne toutes les familles, tous les enfants. Nous avons 13 millions et demi d'élèves donc évidemment tout le monde est angoissé. Et dès qu'on touche quelque chose, les gens ont peur pour eux. Et puis c'est une profession qui est, en effet, assez conservatrice. On le voit par exemple sur des programmes du premier degré, sur les primaires. Nous faisons ce que tout le monde a fait : revenir aux fondamentaux, simplifier, faire des programmes lisibles, remettre les élèves en face des choses les plus simples dont ils aient besoin. Tous les pays modernes l'ont fait. Il y a que chez nous que ça pose problème.
 
Alors justement il y a des instituteurs, enfin des professeurs des écoles, qui occupent en ce moment les écoles, qui font du sitting ?
 
Il y a des instituteurs et parfois quelques parents d'élèves qui ont cru bon d'aller dormir dans des écoles, samedi dernier. Il y avait 650 écoles sur 55 000, il faut quand même... Moi ce camping revendicatif ne me plaît pas beaucoup. Ce sont les mêmes maires socialistes qui ferment les écoles les jours de grève et qui là, les ouvrent le vendredi soir pour qu'on aille y faire du camping, amener son thermos, son sac de couchage. Tout ça, j'aurai la charité de ne pas dire ce que j'en pense et ce qu'en pensent, sans aucun doute, la plupart des Français. Il y a quelque chose là d'un peu dérisoire. Ce n'est pas comme ça que les problèmes de l'école se régleront. Et puis il faut respecter l'école. Ce n'est pas un lieu où on vient regarder avec les copains des matchs de foot, pendant la nuit. Ce n'est pas comme ça que les choses se passent et je ne voudrais pas qu'on transforme les écoles de France en foires du caravaning, n'est-ce pas. Tout ceci n'est pas souhaitable.
 
On a le sentiment que vous êtes un ministre de l'Education nationale qui ne cèdera pas ?
 
Je suis un ministre de l'Education qui parle mais qui n'est pas victime des lobbies. Et c'est parce que nous avons trop tardé qu'aujourd'hui nous sommes dans cette situation qui fait que l'école française ne va pas bien. Les professeurs travaillent mais les résultats ne sont pas satisfaisants parce que nous avons toujours reculé.
 
Merci d'être venu nous voir ce matin. Très bonne journée à vous.
 
Merci.
 
On dit encore merde à ceux qui doivent passer le bac ce matin. Et puis tiens, je vous donne ça : les copies inventées..."
 
Ma fille et ma petite-fille me l'ont déjà offert.
 
C'est vrai ?
 
Oui.
 
Bon alors je le garde. Les vraies fausses copies du bac de Zidane, BHL, etc. C'est assez rigolo à lire. C'est très sympa.
 
Ils n'ont pas eu toujours de très bonnes notes. Vous n'y êtes pas d'ailleurs William. Si vous y êtes ? Je ne vous ai pas vu.
 
Madame Voynet a travaillé sur du papier recyclé.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 16 juin 2008

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