Intervention de M. Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat à l'emploi, sur les objectifs de la fusion de l'ANPE et des Assédic et sur les implications en matière de changement de métier, de formation pour les agents, Paris le 16 juin 2008. | vie-publique.fr | Discours publics

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Intervention de M. Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat à l'emploi, sur les objectifs de la fusion de l'ANPE et des Assédic et sur les implications en matière de changement de métier, de formation pour les agents, Paris le 16 juin 2008.

Personnalité, fonction : WAUQUIEZ Laurent.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'emploi

Circonstances : Clôture de la convention des managers ANPE/Assédic

ti : Messieurs les présidents,
Madame la vice-présidente,
Messieurs les directeurs généraux et directeurs,
Mesdames, Messieurs les managers,


Je suis très heureux d'être parmi vous pour conclure cette journée qui marque un moment très important dans la création d'un nouvel opérateur du service public de l'emploi.

- Un moment important parce que ce rassemblement des 2500 managers des deux réseaux montre que nous sommes aujourd'hui bel et bien rentrés dans la phase opérationnelle de la fusion.

- Un moment important parce que votre présence ici témoigne de la force de frappe que vous allez constituer au sein de ce nouvel opérateur, au service d'une politique majeure pour nos concitoyens qui est la lutte contre le chômage.

Et c'est pour moi tout à fait impressionnant que de vous voir tous réunis dans cette salle du Palais des Congrès.

Je voulais tout d'abord m'arrêter quelques instants et prendre un peu de recul sur la situation actuelle car je crois que nous sommes aujourd'hui à un tournant dans l'évolution du marché du travail.

Bien sûr, les chiffres récents ne peuvent que nous réjouir.

Avec 7,2 % de taux de chômage, nous obtenons les meilleurs résultats depuis vingt-cinq ans. Le nombre de demandeurs d'emploi a encore baissé en avril (-8 400), repassant sous le seuil de 1,9 million d'après les statistiques de l'ANPE. Il faut se réjouir en particulier de la forte baisse du nombre de chômeurs de longue durée ces derniers mois.

Cela veut dire que nous attaquons maintenant le plus difficile, le « noyau dur du chômage » et qu'il nous faut poursuivre les réformes de fond pour diminuer le chômage structurel et atteindre l'objectif fixé par le président de la République : le plein-emploi en 2012, c'est-à-dire 5 % de taux de chômage, mais aussi, ce qui est encore plus ambitieux, un taux d'emploi de 70 %.

Notre défi, c'est de bâtir ensemble le marché du travail qui nous permettra d'en sortir enfin, durablement et sans y sacrifier la qualité de nos emplois. C'est un défi, que nous avons le devoir de relever par la mise en oeuvre de réformes ambitieuses, en agissant sur tous les leviers : création du nouvel opérateur rénovation de son offre de service, nouvelle convention d'assurance chômage, réforme de la formation professionnelle. Vous serez les chevilles ouvrières de ce nouveau service public de l'emploi, au coeur de ce nouveau marché du travail. Que vous veniez des Assédic, que vous veniez de l'Unédic, que vous veniez de l'ANPE, quel que soit votre métier, sur des fonctions supports ou sur des fonctions opérationnelles, vous avez tous un rôle dans ce grand chantier de modernisation. Je sais qu'il peut provoquer de légitimes inquiétudes - c'est bien naturel. Mais je voudrais aussi que chacun prenne conscience que, dans cette période difficile mais surtout exaltante, il participe aussi à une expérience sans doute unique dans une carrière professionnelle.

( I / Rappel des avancées avant la loi fusion )

C'est bien dans ce contexte plus large que la création du nouvel opérateur du service public de l'emploi prend tout son sens.

L'objectif, finalement, est simple et je vous livre ce défi : constituer d'ici trois ans le service public de l'emploi le plus performant d'Europe.

Bien sûr, en vous disant cela, je sais aussi que nous ne partons pas de rien, que beaucoup a déjà été fait. Je tenais à vous dire que j'en ai parfaitement conscience.

Vos deux maisons ont déjà, chacune de leur côté, effectué d'importants efforts de modernisation que vous avez, les uns et les autres, portés.

Je pense par exemple à l'ambitieuse réorganisation du réseau des Assédic.

Je pense aussi, pour l'ANPE, à la mise en place du suivi mensuel personnalisé et du conseiller référent unique, qui ont constitué une petite révolution et seront très certainement le socle de la nouvelle offre de service.

Je pourrais citer également l'important travail qui a été mené depuis plusieurs années, au sein des deux maisons, en termes de démarche qualité et de certification du service rendu.

Et puis, il faut aussi le souligner, la coopération entre l'ANPE et l'Unédic ne commence pas aujourd'hui avec la fusion même si cela implique évidemment d'aller beaucoup plus loin.

Il y a eu le transfert de l'inscription. Il y a eu la mise en oeuvre du PARE. Et puis, plus récemment, il y a eu la convention Etat-ANPE-Unédic de mai 2006, qui a permis la mise en place des premiers guichets uniques, le rapprochement dans le temps des entretiens à l'Assédic et à l'ANPE ou encore à la création d'un Groupement d'intérêt économique commun à l'ANPE et à l'Unédic sur les systèmes d'information...

Tout ceci avec des premiers résultats significatifs, qu'il ne faut pas occulter, et notamment, au-delà des résultats opérationnels comme la réduction des délais entre les deux entretiens Assédic et ANPE, l'habitude du travail en commun, qui n'est pas à mes yeux le moindre de ces résultats.

Bien sur, il s'agit maintenant d'aller au-delà, d'aller beaucoup plus loin.

Parce que votre efficacité collective était, je crois, bridée par la complexité des organisations.

Parce que cette complexité générait aussi des incompréhensions parmi nos concitoyens, malgré votre mobilisation et votre engagement au service des demandeurs d'emploi.

Parce que cette fusion va, j'en suis persuadé, vous permettre de mobiliser davantage de marges de manoeuvres pour simplifier les organisations et faciliter votre travail au quotidien.

( II / Rappel des avancées depuis la loi fusion de février )

Ce chantier de longue haleine sera marqué en 2008 par plusieurs grandes étapes. Depuis ma dernière rencontre avec certains d'entre vous, début avril, les choses ont sensiblement avancé :
- L'instance provisoire a été mise en place et son premier conseil s'est tenu le 28 avril dernier. Il a permis, et je l'en félicite, l'élection de Dominique-Jean Chertier à sa présidence, suivi quelques jours plus tard par la nomination de Christian Charpy au poste de Délégué général. Ce sont deux hommes de grande compétence et de grande expérience, qui ont chacun dirigé l'une des deux structures, Unédic et ANPE. Je leur fais une entière confiance pour mener à bien ce chantier considérable et je suis sur que leur complémentarité sera déterminante au quotidien.
Je veux aussi saluer l'engagement des partenaires sociaux dans cette réforme, lors du travail de concertation sur la loi et désormais dans la gouvernance de l'instance provisoire, ou ils tiennent une place primordiale. Au travers des premières réunions du conseil de l'instance, je crois qu'ils ont pu montrer leur volonté d'être des acteurs impliqués dans la constitution de ce nouvel opérateur.
- La préparation opérationnelle de la fusion a elle aussi commencé : l'Instance provisoire a mis en place un comité stratégique associant l'Instance provisoire, l'ANPE, l'Unédic et l'Etat, ainsi qu'une dizaine de groupes de travail sur les principaux sujets.
- Le rapport de Jean-Marc Boulanger sur l'offre de service du nouvel opérateur nous a été remis, à Christine Lagarde et à moi-même, le 21 mai dernier : ce rapport constitue une contribution, je crois très utile, à l'élaboration de l'offre de service ; il confirme le rôle essentiel qui est attendu du nouvel opérateur, qui va apporter :
- une personnalisation plus marquée et plus précoce de l'appui apporté aux demandeurs d'emploi dès leur inscription,
- une prospection systématique des offres d'emploi à pourvoir dans les entreprises,
- une intermédiation efficace entre demandeurs d'emploi et entreprises.

L'objectif prioritaire est plus que jamais celui souhaité par le président de la République : une accélération du retour à l'emploi grâce à un appui régulier et bien ciblé des demandeurs d'
emploi.

( III / Le calendrier à venir : )

Le second semestre 2008 va être tout aussi chargé en étapes-clés, en plus des chantiers opérationnels de préparation de la fusion qui ont été évoqués au cours de cette journée :
- Le principal décret d'application de la loi du 13 février devrait être publié début juillet.
- Avant le 31 décembre, la nouvelle convention d'assurance chômage ainsi que la convention tripartite Etat-Unédic-nouvel opérateur devront être signées. Cette dernière doit notamment définir les axes stratégiques de l'action du nouvel opérateur.

L'objectif, c'est la création juridique effective du nouvel opérateur au 1er janvier 2009, et avec elle, le premier palier de fusion opérationnelle, visible sur le terrain.

Je veux également vous dire combien je juge important que vous puissiez, pendant cette phase de transition, garantir la continuité et la qualité de l'offre de service aux demandeurs d'emploi et aux entreprises qui recrutent. C'est un défi, tant les bouleversements sont importants et les chantiers lourds à mener. Mais c'est une nécessité, nous le devons aux usagers. Je sais pouvoir compter sur vous pour relever ce défi.

( IV Rappel des objectifs de la fusion )

Gardons bien tous en tête les objectifs simples de la création du nouvel opérateur. Le nouveau service public de l'emploi, c'est concrètement pour le demandeur d'emploi :

- Un meilleur suivi en faisant du « sur-mesure » : un système de guichet et de référent uniques, un suivi personnalisé plus précoce et un raisonnement en termes de parcours individuels. Là encore, nous ne partons pas de rien : les parcours d'accompagnement existent, mais il faut sans doute les revoir, les simplifier, et augmenter leur efficacité. La création d'un opérateur unique est un élément clé, parce qu'en termes de recherche d'emploi - vous êtes les premiers à le savoir - le temps est un facteur absolument capital : chaque jour compte ! La généralisation des guichets uniques représente un gain de temps et donc d'efficacité pour le demandeur dans sa recherche d'emploi.
- C'est aussi la garantie des mêmes prestations à tous les demandeurs d'emploi, indemnisés ou non. Je rappelle toujours ce point car il est essentiel. Ce n'est pas le moindre des effets de la réunion des deux réseaux. Et s'agissant de l'offre de service en termes d'accompagnement au retour a l'emploi, l'opérateur devra aussi apporter sa pierre à la mise en oeuvre des conclusions du Grenelle de l'insertion. Une mission de réflexion a été confiée par le Premier ministre à Carine Camby, qui fera notamment des propositions en matière d'offre de service aux bénéficiaires de minima sociaux. C'est un chantier majeur, qui vous met au coeur d'une des politiques publiques les plus importantes et les plus nobles : la mobilisation contre l'exclusion du monde du travail, le soutien à ceux qui en sont le plus éloignés.
- Enfin, et c'est essentiel dans l'efficacité de notre force de frappe pour atteindre le plein emploi : c'est un passage à la vitesse supérieure dans le service aux entreprises et la collecte des offres. Je crois que la mise en place qui est envisagée, dès le début de l'année 2009, de forces de prospection en direction des entreprises sera un atout majeur.

Je viens de parler de renforcement de l'offre de service, notamment en direction des demandeurs d'emploi.
- C'est essentiel, car si la création du nouvel opérateur n'est qu'une réforme des structures institutionnelles, elle ne sert à rien. Il ne s'agit pas de simplement de mettre un toit commun sur deux maisons.
- C'est essentiel, car le renforcement de l'offre de service est un élément clé de notre politique d'emploi.

J'ai présenté mercredi dernier en Conseil des ministres un projet de loi sur les droits et devoirs des demandeurs d'emploi. Celui-ci ne prend son sens que parce qu'il s'inscrit dans l'ensemble de nos réformes : la fusion et la rénovation de l'offre de service, la prochaine convention d'assurance chômage que vont négocier les partenaires sociaux, la réforme de la formation professionnelle.

Notre logique, c'est celle d'un engagement réciproque plus fort, ce qui implique de travailler davantage au projet professionnel de chaque demandeur d'emploi. Il ne s'agit pas de sanctionner, mais de s'engager sur un projet, de personnaliser l'accompagnement, de confronter le projet, au fil du temps, aux réalités du marché du travail. C'est le coeur du métier des conseillers. Cette relation équilibrée, à double sens, est un élément essentiel du travail du conseiller avec le demandeur d'emploi. Mais cela ne fonctionnera que si nous tenons nos promesses sur l'accompagnement renforcé et personnalisé.

( V Comment réussir la fusion )

Pour atteindre les objectifs que j'ai rappelés à l'instant, il faut mener à bien un chantier considérable dans les prochains mois.

Votre rôle de manager sera essentiel. Il implique aussi d'aller au delà des inquiétudes des personnels, inquiétudes en partie apaisées par des engagements ministériels forts. Les mois prochains permettront d'apporter des réponses complémentaires. Il est vrai que des changements seront nécessaires, en termes de métiers, de professionnalisation. Des efforts de formation seront indispensables et les moyens nécessaires seront mis en place pour cela. Je pense d'abord aux agents aujourd'hui en charge du recouvrement des contributions d'assurance chômage, mais pas seulement. La redéfinition des métiers, avec sans doute un élargissement des compétences, c'est une opportunité pour les agents des deux maisons d'enrichir leurs métiers et leurs parcours professionnels dans la nouvelle institution. En revanche, s'il nous faut mieux mettre en musique les équipes et les compétences, je ne crois pas au métier unique, à l'homme orchestre.

Je sais que, sur tous ces sujets essentiels, la réflexion est déjà en cours et j'en suivrai la progression, comme sur les autres sujets, avec beaucoup d'attention.

Je mesure que cela n'est pas forcément simple, mais je note aussi la volonté de tous les acteurs de passer aux réalisations concrètes.

Nous devrons être attentifs à ces réalisations concrètes. L'offre de service, ce n'est pas seulement des chiffres abstraits (un nombre d'entretiens ou un taux d'encadrement). C'est d'abord faire en sorte, par exemple, que les demandeurs d'emploi puissent bénéficier plus facilement d'une aide à la mobilité. C'est aussi faire en sorte, par exemple que les outils informatiques mis à disposition des clients du service public de l'emploi soient améliorés, que les plates formes téléphoniques soient plus performantes.

Comme vous l'avez dit je crois ce matin, Monsieur le délégué général, chaque réseau doit apprendre des réussites de l'autre, c'est une formule et une logique simple que je veux pleinement reprendre à mon compte.

L'essentiel c'est de concrétiser rapidement une première étape lisible et constituant une plus-value réelle et tangible pour les demandeurs d'emploi et les entreprises.

( Conclusion )

Je voulais pour conclure, essayer de vous dire comment je souhaite que nous travaillions ensemble dans les semaines et les mois à venir.

- Cette opération de fusion est, je crois, une opération tout à fait unique, au moins dans notre pays. C'est un chantier majeur synonyme d'un service public plus efficace pour nos concitoyens. La tâche qui vous incombe est complexe mais aussi exemplaire de la modernisation des opérateurs de service public qu'attendent nos concitoyens.

- Je veux poursuivre ce dialogue avec les acteurs de terrain, en étant à votre écoute et en allant voir concrètement comment les choses avancent. Depuis ma prise de fonction, je me suis rendu déjà à plusieurs reprises dans des agences locales ou des antennes Assédic. Je continuerai à le faire.

- Je veux aussi vous dire que je serai à vos côtés, non pas pour m'immiscer dans les chantiers qui s'inscrivent d'abord dans une logique opérationnelle, mais pour continuer à marquer toute l'importance que le gouvernement attache à cette opération et le soutien qu'il souhaite vous témoigner, comme l'a fait le président de la République il y a quelques semaines à Melun.

- C'est donc un partenariat exigeant que je veux construire avec vous. Cette exigence donne aussi tout son sens à votre action. Parce que j'ai la certitude comme vous que redonner un travail à une personne qui en est privée, c'est redonner du sens à sa vie.


Je vous remercie.


Source http://www.minefe.gouv.fr, le 18 juin 2008

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