Interview de M. François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, à France Info le 17 juin 2008, sur la mobilisation sur les retraites et les 35 heures, l'unité syndicale et le dialogue social. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, à France Info le 17 juin 2008, sur la mobilisation sur les retraites et les 35 heures, l'unité syndicale et le dialogue social.

Personnalité, fonction : CHEREQUE François.

FRANCE. CFDT, secrétaire général

ti :
 
 
 
 
R. Duchemin.- Bonjour F. Chérèque
 
Bonjour.
 
Votre syndicat, la CFDT appelle aujourd'hui, notamment avec la CGT, à une journée de mobilisation sur les retraites et les 35 heures. Les précédentes manifestations le 22 mai sur la réforme des retraites avaient rassemblé entre 300 000 et 700 000 personnes, selon les sources, mais le contexte était différent puisque là tous les syndicats étaient dans le coup, ce n'est pas le cas aujourd'hui, on va y revenir. Mais dites-moi d'abord combien de manifestants vous espérez pour que ce soit un succès ?
 
Plus que le 22 mai tout simplement.
 
Ce sera difficile vous le savez.
 
Non, ce ne sera pas difficile, je pense qu'on va y arriver parce que le contexte est différent, vous l'avez dit, et qu'il y aura plus de manifestants en particulier du secteur privé qui savent très bien - et nos militants le savent très bien - que le projet de loi du Gouvernement remet en cause les 35 heures, remet en cause la possibilité de négocier l'organisation du travail dans les entreprises et ça ce n'est pas acceptable pour eux.
 
Alors vous parlez beaucoup des 35 heures, il ne faut pas oublier les retraites aussi, on les oublie du coup.
 
Non, on les oublie, non la CFDT ne les oublie pas.
 
Vous en parlez beaucoup moins que la remise en cause des 35 heures.
 
C'est parce que c'est ce qui est nouveau, parce que c'est ce qui a fait réagir il y a quelques jours, face au fait que le Gouvernement n'a pas respecté l'accord qu'on avait signé avec la CGT et la CFTD et le Medef sur ce sujet là. Mais nous n'avons pas l'habitude à la CFDT de mélanger les sujets, on le sait très bien, mais cette fois-ci, il faut qu'on se mobilise sur les deux sujets. Je rappelle tout simplement que depuis maintenant deux mois, le ministre du Travail n'a toujours pas reçu à nouveau les organisations syndicales pour débattre de ce problème des retraites, c'est-à-dire que c'est lui qui est en train d'enterrer ce sujet-là alors que le problème n'est pas réglé.
 
Alors finalement il n'y a plus de dialogue en ce moment, vous n'êtes en contact avec personne dans le Gouvernement.
 
Au niveau du Gouvernement, il est clair qu'on n'a de contact avec personne. On est dans l'ère des décisions unilatérales, des décisions politiques et non pas celles du dialogue.
 
Alors revenons sur les raisons de la division syndicale. Avec la CGT et le patronat, vous l'avez dit, la CFDT a signé un texte qui ouvre la porte à un aménagement des 35 heures, c'est en tout cas ce que vous reprochent les autres syndicats, qui du coup boudent le mouvement. Est-ce que vous regretter aujourd'hui, F. Chérèque, d'avoir approuvé ce texte ?
 
Je ne regrette pas. Le Gouvernement nous avait donné une consigne de négociations. Deux choses : la représentativité syndicale et le financement des syndicats, et le problème du temps de travail. On a respecté cette fiche de route ; on a fait un accord, un accord qui permet la négociation des heures supplémentaires dans les entreprises avec les organisations syndicales par accord majoritaire, donc on a bien cadré cette démarche-là et c'est le Gouvernement qui ne l'a pas respecté. Si on n'avait pas signé cet accord, le Gouvernement aurait eu, je dirais, sans contestation, la possibilité de faire ce qu'il voulait. Et c'est justement parce qu'il ne respecte pas notre accord que nous sommes légitimes aujourd'hui à dire qu'il n'avait pas la possibilité de le faire. Donc c'est ce qui donne notre force, le non respect du dialogue social, c'est ce qui fait notre force aujourd'hui.
 
Et comme Bernard Thibault de la CGT, est-ce que vous dites que le Gouvernement vous a trompés, qu'il vous a mentis ?
 
A partir du moment où le Gouvernement nous propose de négocier sur la réglementation du temps de travail, qu'on a négocié, qu'on a signé un accord avec le patronat, que le patronat et les syndicats signataires demandent de rester à ce texte, il nous trompe. S'il ne voulait pas le résultat de cette négociation... Il nous dit aujourd'hui : on n'était pas d'accord avant. S'il n'était pas d'accord avant, il ne fallait pas qu'il nous donne la possibilité de négocier ; la confiance qui s'installe entre le Gouvernement et les partenaires sociaux, c'est le respect d'une procédure, celle de la négociation, le respect des signatures. Le Gouvernement ne le fait pas, donc on a été trompé.
 
Mais finalement F. Chérèque, qu'est-ce que ça va changer pour les salariés ? Les 35 heures, ce sera toujours la durée légale du travail ?
 
Oui mais les 35 heures, c'est la durée légale du travail mais on donne la possibilité par accord minoritaire de négocier des heures supplémentaires, plus de 400 heures supplémentaires ; on donne la possibilité de mettre en place ce qu'on appelle les forfaits jour, c'est-à-dire de faire travailler les salariés, ne calculer que leurs jours de travail, non pas leur temps de travail, pratiquement pour tous les salariés, ce qui fait qu'il n'y aura plus d'heures supplémentaires, et les employeurs auront quasiment la possibilité de faire ce qu'ils veulent d'une façon unilatérale. Et quand on sait qu'en plus le Gouvernement français a cédé au niveau européen pour permettre au niveau européen, ce qu'on appelle l'up out, c'est-à-dire la possibilité par accord entre le salarié et l'employeur de travailler jusqu'à 60 ou 65 heures, et que cette possibilité, si le Parlement européen l'accepte, pourra être appliquée en France par simple décret, on voit bien qu'on ouvre la porte à une déréglementation totale. Demain, c'est la santé des travailleurs qui va être remise en cause et ça ne peut pas être accepté par la CFDT.
 
Le sénateur UMP G. Larcher promettait hier dans les Echos que la majorité parlementaire serait attentive à vos demandes et qu'il y avait de réelles possibilités d'amendements au projet. Est-ce que vous avez confiance ?
 
Je me rends compte surtout qu'il y a un grand malaise dans la majorité parlementaire. Les députés, les sénateurs parlementaires UMP savent très bien que la CFDT est un syndicat de dialogue. On a fait nos preuves ces dernières années. On est capable de s'engager y compris dans des réformes difficiles. Donc beaucoup de responsables politiques ne comprennent pas ce qui est en train de se passer, pourquoi il y a eu un revirement de cette sorte de la part du Gouvernement. Donc si le Gouvernement demain ne fait pas ce qu'on lui demande, c'est-à-dire qu'il ne dissocie pas, c'est-à-dire faire passer la partie du texte sur la représentativité et qu'il n'abandonne pas ce problème des 35 heures...
 
Que va-t-il se passer ?
 
...On fera notre travail vis-à-vis des parlementaires.
 
C'est-à-dire ?
 
C'est-à-dire qu'on leur demandera de modifier ce texte puisque certains nous disent qu'ils sont prêts à modifier ce texte. La mobilisation d'aujourd'hui sera d'autant plus, je dirais une force pour convaincre les députés de changer le texte.
 
Si c'est un succès, s'il y a du monde dans la rue.
 
Mais je suis persuadé que ce sera une journée qui amènera plus de monde que le 22 mai.
 
Et que répondez-vous à J.-C. Mailly de Force Ouvrière qui propose un appel commun de tous les syndicats à une journée de grève sur les retraites à la rentrée ? Vous lui dites oui ?
 
Attendez ! J.-C. Mailly il sait très bien que les choses se décident aujourd'hui. Si Force Ouvrière ou d'autres syndicats se désintéresse du problème du temps de travail, s'il se désintéresse du problème des retraites - je rappelle que le Gouvernement ne nous a pas répondu sur les poly pensionnés, il ne nous a pas répondu sur le fonds de réserve des retraites. Il ne nous a pas répondu sur les basses pensions - s'il se désintéresse de tout ??a, c'est son problème, mais je crains qu'il ait d'autres intentions derrière la tête, en particulier, je le dis, dans ce texte qui est signé par la CGT et la CFDT, on demandera maintenant que les salariés votent dans les entreprises pour désigner les syndicats qui seront les syndicats qui les représenteront. On demandera aux syndicats de faire la transparence sur le financement, je crains que ce soit cela qui gène J.-C. Mailly aujourd'hui.
 
Et qu'attendez-vous donc concrètement du Gouvernement ? Qu'il abandonne carrément ses deux projets, ou alors vous êtes prêts à des compromis.
 
On demande au Gouvernement de respecter la signature des organisations syndicales et patronales. Même le Medef - L. Parisot est venue avec moi rencontrer les députés UMP - même le Medef ne demande ce projet de loi. C'est un comble quand même, c'est un comble. Le Gouvernement ne respecte pas ; on lui demande de respecter cette signature, et de nous laisser le temps, s'il désire qu'on reparle de ce sujet là, à la négociation. Nous sommes prêts, la CFDT à ouvrir une négociation sur ce sujet. Je ne comprends pas à ce jour le blocage du Gouvernement.
 
Voilà, l'appel est lancé, merci F. Chérèque, secrétaire général de la CFDT d'être venu ce matin sur France Info.
 
Merci.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 17 juin 2008

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