Interview de M. Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat à l'emploi, à "LCI" le 17 juin 2008, sur la politique de réforme du gouvernement, sur les relations entre le Président de la République et le Premier ministre. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat à l'emploi, à "LCI" le 17 juin 2008, sur la politique de réforme du gouvernement, sur les relations entre le Président de la République et le Premier ministre.

Personnalité, fonction : WAUQUIEZ Laurent, BARBIER Christophe.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'emploi;

ti : C. Barbier.- L. Wauquiez bonjour.

Bonjour.

Faire revoter les Irlandais comme il est envisagé, ne serait-il pas antidémocratique après le non de Dublin au traité de Lisbonne ?

Non, je ne pense pas au contraire. L'idée c'est plutôt de prendre appui sur ce qui s'est passé en Irlande pour voir dans quelle mesure il faut qu'on travaille sur une Europe qui soit concrète. Cela valide totalement l'approche du président de la République. Si jamais on arrive à imprimer ce changement de cap, ce sera au contraire légitime de revenir vers les Irlandais.

Alors manifestations aujourd'hui en France contre la réforme des retraites et contre celle des 35 heures. Si un million de manifestants sont dans la rue, le Gouvernement est-il prêt à reprendre sa copie ?

Non, parce que je pense que sur le contrat de réformes, d'abord c'est légitime qu'il y ait des inquiétudes qui s'expriment, donc qu'il y ait des manifestations, qu'à un moment il y ait des temps de crispation avec les syndicats, cela se comprend. Mais par contre je crois qu'il y a trois bases qui sont très claires. Le contrat de réformes il est clair, d'abord, parce que le Président a tout dit pendant la présidentielle. Il est clair aussi, parce que tout le monde a compris que le Gouvernement aurait le courage d'aller jusqu'au bout. Et il est clair enfin, parce que les réformes sont équilibrées, celle sur 41 annuités est assez représentative. Certains disaient : il faut passer à 42 ans, 43 ans, ce qui aurait été une réforme beaucoup plus dure. Le choix qui est fait à chaque fois c'est de faire des réformes qui sont des réformes d'équilibre.

Equilibre, sur les 35 heures, quand même, vous renvoyez dans l'entreprise, dans un face à face employeur-employé, la négociation sur le temps de travail, c'est un peu injuste et brutal.

Si je peux me permettre c'est sans doute une vieille vision quand même, le côté "l'entreprise, lieu d'affrontement inéluctable entre le salarié et l'employeur", je n'en suis pas sûr. Je pense que précisément au contraire, aujourd'hui, l'entreprise c'est le lieu moderne du dialogue social, parce qu'elle permet de faire du sur-mesure pour chaque salarié et pour chaque entreprise.

Les syndicats, CFDT et CGT en tête, accusent le Gouvernement, notamment X. Bertrand d'avoir menti. Que répondez-vous ?

Je connais très bien X. Bertrand, qui, en matière de dialogue social est quelqu'un qui est toujours extrêmement transparent, dit les choses à l'avance et qui est considéré comme étant un partenaire de confiance. Je comprends très bien que les syndicats ne soient pas d'accord sur ce qui est fait sur les 35 heures. Mais personne ne peut dire qu'on a menti, cela suppose que les syndicats n'ont pas écouté la campagne présidentielle. La réforme des 35 heures était un message de coeur de la campagne présidentielle. Donc il n'y a pas de surprise. Le Président a toujours dit : je veux sortir des 35 heures et je veux redonner du pouvoir d'achat aux Français par le travail. Ça cela suppose que l'on travaille sur les heures sup. Les 35 heures nous briment donc il faut qu'on les enlève. Je pense que cela a été totalement clair. Il y a une part, je trouve un tout petit peu de mauvaise foi là-dessus. Cela serait une surprise si le Président n'en avait pas parlé pendant la campagne, on a fait que ça.

Oui, il y a une mauvaise foi aussi du côté gouvernemental. On nous dit : les 35 heures resteront la durée légale et puis en fait on les démantèle par derrière.

Non, on ne les démantèle pas du tout et ce point-là doit être très clairement expliqué. Les démanteler ça veut dire que quelqu'un qui aujourd'hui travaille 35 heures, on le mettrait à 39 heures, sans aucun changement sur son salaire. Les 35 heures restent la base, la durée légale, pour une raison : c'est qu'on mise sur les heures sup et ce que l'on veut c'est que les Français voient que le travail paie concrètement sur leur feuille de salaire. Pour ça on a besoin des heures sup et donc on a besoin du seuil de déclenchement des heures sup qui est à 35 heures et ça cela ne changera pas.

Pourquoi la France ne s'est pas opposée à la directive européenne prônant les 48 heures comme base légale et pour certaines extensions on peut aller jusqu'à 65 heures par semaine ?

Si vous me permettez, c'est un exemple typique de sujets médiatiques qui s'emballent et sur lesquels on raconte un peu n'importe quoi et c'est de notre faute. Cette directive est plus protectrice, c'est-à-dire que vous aviez, au niveau européen la possibilité d'avoir des contingents d'heures qui étaient largement supérieurs à ce qui a été adopté par la directive, là, 65 heures et surtout une possibilité de faire de l'up out, c'est-à-dire, grosso modo l'Angleterre pouvait faire un peu tout et n'importe quoi. Cette directive permet de revenir à quelque chose qui est plus encadré sur le temps des horaires que l'on peut faire dans une semaine et sur cette clause d'up out. Donc c'est une directive qui est meilleure pour la protection sociale. La seule chose c'est que la France a un régime qui est tellement plus avantageux que les autres pays, que pour nous, même quand au niveau européen on améliore un peu le régime de protection sociale, la France est déjà tellement plus généreuse et protectrice que cela ne nous concerne pas. Est-ce que c'est, parce que cela ne nous concerne pas qu'il faut bloquer ? Je n'en suis pas sûr !

Les partenaires sociaux ont été reçus par le groupe UMP à l'Assemblée nationale. Les parlementaires auront-ils le droit d'amender pour fluidifier le dialogue social ?

Il y a eu une prise de position de G. Larcher...

Oui, il craint le froid social, "cela jette un froid" dit-il, il faut assouplir.

Ce n'est pas tout à fait ce qu'a dit G. Larcher. G. Larcher a dit : voilà, il y a un travail de jeu entre la démocratie sociale et la démocratie politique. Je crois qu'effectivement le rendez-vous auquel on est là, face aux 35 heures, c'est comment est-ce qu'on arrive à moderniser ce jeu ? Jusque là, la démocratie sociale a été systématiquement mise de côté. Le Président a fait le pari sur chaque réforme, et il n'y a pas une réforme sur laquelle on n'ait pas consulté les partenaires sociaux. Mais après, les partenaires sociaux doivent aussi respecter ce qu'est le jeu de la démocratie politique. On a un engagement, qui est un engagement qui a été passé lors du contrat social fait avec les français au moment de l'élection présidentielle, on le tient. Cela n'exclut pas que dans le cadre du débat parlementaire, il puisse y avoir des discussions.

Le PS manifeste aujourd'hui, F. Hollande parle de révolte sociale, craignez-vous la révolte sociale ?

Il y a une chose que je regrette, c'est que le Parti socialiste soit sur une approche qui soit, sur tous les sujets, à ce point là archaïque. Et je le dis vraiment profondément. Je crois qu'ils ont des gens qui sont de talent, des gens comme M. Valls, mais tout ça s'étouffe sur des formules toutes faites, des vieux raisonnements. Que sur le temps de travail, le seul raisonnement du Parti socialiste soit de dire : on protège la vache sacrée des 35 heures, parce que c'était celle de M. Aubry, je trouve ça un peu pauvre comme réflexion.

L'emploi va mieux, dans le secteur concurrentiel notamment, est-ce pour cela que vous lancez la « traque » aux chômeurs pour reprendre le mot de P. Moscovici, le député socialiste ?

Là, encore c'est assez intéressant comme expression. D'abord, oui, l'emploi va mieux, on a les meilleurs résultats depuis 1981 - ce qui est assez révélateur, symboliquement - c'est-à-dire la période à partir de laquelle la France rentre dans le chômage de masse. On est en train d'en sortir. Pour y arriver, il faut qu'on aille un peu plus loin, il faut que l'on fasse des réformes de structures au niveau du fonctionnement de l'emploi. Sur la formation professionnelle, sur l'emploi des seniors, sur l'insertion des jeunes. Et aussi sur le fonctionnement du service public de l'emploi. Ce projet de loi qui est aussi un des piliers importants de la campagne présidentielle repose sur une idée toute simple : mieux accompagner ceux qui cherchent un emploi, mieux contrôler ceux qui ne jouent pas le jeu. Et je suis convaincu que l'on ne peut pas avoir un système de protection social généreux sans un bon équilibre entre les droits et les devoirs. C'est ce qu'on essaye de faire. Tous les pays européens ont ce dispositif.

54.000 hommes en moins dans l'armée française, on ferme des bases, le Livre blanc que présente N. Sarkozy aujourd'hui n'est-il pas simplement un livre à données budgétaires ?

Non, je ne crois pas c'est une vraie métamorphose dans l'approche de l'armée française. Et d'ailleurs c'est intéressant d'écouter les commentaires. On nous dit : attention, en terme d'aménagement du territoire, ce n'est pas bon, il vaut mieux garder une base. Mais là, on raisonne, la pyramide la tête à l'envers. L'armée française elle est d'abord là pour nous protéger, elle n'est pas là pour faire de l'aménagement du territoire sur les villes moyennes. Si on veut faire de l'aménagement du territoire, il faut que l'on mette de l'argent pour aider ces villes à se développer. Mais le but d'une base c'est d'abord de nous protéger, de défendre le pays et c'est la volonté du Président, c'est de faire en sorte qu'on ait d'abord une armée qui soit là pour nous protéger. Et surtout miser sur le renseignement dans un univers où les nouvelles menaces sont surtout terroristes et supposent donc d'anticiper.

Bateaux bloqués, PME asphyxiées, qu'allez-vous faire pour dégager les ports ?

Je crois que sur les ports d'abord, il est important de tenir. Cette réforme là avait été tentée dans le précédent Gouvernement, et je crois que le grand tort avait été de lâcher beaucoup trop tôt. Les ports français sont les seuls ports au monde qui perdent de l'activité, parce qu'on a des statuts qui sont trop lourds et qui nous empêchent d'aller de l'avant.

Donc rapport de force !

Non, pas rapport de force, mais juste leur dire : si vous voulez que l'on sauve votre job et qu'on fasse en sorte que les ports français soient dynamiques, eh bien mettons nous autour d'une table, et essayons de voir comment est-ce que l'on peut un peu améliorer les méthodes de fonctionnement.

Vous faites parti du G7, ce groupe de 7 ministres que le président de la République réunit chaque jeudi...

Très fantasmatique !

Certains appellent ça les « 7 samouraïs » aussi...

Je préfère ça aux « 7 mercenaires ».

Rendez-vous compte ensuite, après ces réunions, au Premier ministre de ce qui s'est dit ?

Enfin, tout le monde le sait, j'ai une très bonne entente avec le Premier ministre, j'ai été son porte-parole pendant plus de huit mois...

Mais là, vous ne lui dites rien ?

Mais bien sûr que si, mais enfin, le Premier ministre on le rencontre de façon très fréquente, on a énormément de réunions d'arbitrage avec lui. Vous parliez de mon offre d'emploi raisonnable, on en a encore parlé ensemble la semaine dernière. Donc, il y a un flux qui est continu. Après, que le Président ait besoin sur les chantiers qui sont les chantiers des réformes de coeur de la campagne présidentielle, d'avoir de temps à autre un dialogue avec des ministres directement...

C'est toutes les semaines quand même, de temps à autre, c'est un vrai Conseil des ministres bis.

Non, par exemple la semaine dernière, il n'y en avait pas. Mais je crois qu'il y a... voilà, une espèce de fantasme qui s'est créé sur ce groupe. Personnellement, moi je n'aime pas les fantasmes en politique.

Fantasme ou réalité ? J. Sarkozy, fils du président prend la tête du groupe UMP au Conseil général des Hauts-de-Seine contre le candidat du Nouveau centre, allié de l'UMP, c'est un fait du prince ça ?

Non, je crois au contraire que c'est un signal qui est intéressant, qui est le signal du renouvellement de la génération politique, notamment à droite. Et Jean en est un excellent exemple. Et moi, ce qui m'intéresse, c'est plus Jean, un jeune homme politique qui s'engage, qui n'a même pas la trentaine et qui permet de faire un renouvellement.

Sans être le fils du Président, il aurait peut-être eu plus de mal non ?

Non, je crois qu'au contraire, ce n'est pas si facile que ça comme parcours à faire. Parce que cela veut dire qu'il faut qu'il arrive, lui-même à dire : je ne suis pas seulement le fils de mon père, je suis moi, un jeune homme engagé en politique et qui essaye d'apporter quelque chose. Chapeau !

L'Académie française s'inquiète de l'entrée des langues régionales dans la Constitution. Elle dit que peut-être on arrivera à des procès, où le prévenu demandera à être jugé dans sa langue régionale. Le normalien que vous êtes promet-il que la charte européenne des langues régionales ne sera pas signée par la France ?

Ce n'est pas dans mon domaine de compétence, donc je n'ai pas à promettre ce genre de chose. Par contre, a titre personnel, je ne suis pas du tout favorable à ce qu'on rentre dans l'application à ce point là des langues régionales. Sur un point très précis, ce à quoi elle aboutirait, c'est que quelqu'un pourrait venir en mairie ou en préfecture et demander à être reçu par quelqu'un qui parle d'une langue régionale.

Mais on la met dans la Constitution, quand même ? La langue régionale, on la reconnaît ?

En tout cas ce genre de déclinaison pratique, je ne le souhaite pas. Le normalien que je suis est attaché à l'unité du pays à travers sa langue.

Mariage homosexuel en Californie, c'est légal désormais. Et à quand en France ?

Eh bien en France, là aussi le Président a été clair pendant la campagne présidentielle, ce n'est pas une voie dans laquelle il souhaite s'engager.

L. Wauquiez merci et bonne journée !

Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 17 juin 2008

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