Interview de M. François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, dans "Le Parisien" du 17 juin 2008, sur les manifestations contre les projets de réforme des retraites et la réduction du temps de travail. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, dans "Le Parisien" du 17 juin 2008, sur les manifestations contre les projets de réforme des retraites et la réduction du temps de travail.

Personnalité, fonction : CHEREQUE François.

FRANCE. CFDT, secrétaire général

ti :

Quelle est l'ampleur de la mobilisation attendue aujourd'hui ?

Ce sera plus important que la journée du 22 mai. Objectif : montrer que les retraites et les 35 heures sont des préoccupations essentielles des salariés. Le nombre de manifestants sera déterminant pour que le gouvernement nous entende et apporte les réponses qu'il refuse de nous donner depuis plusieurs semaines.

Que demandez-vous sur le dossier des retraites ?

Nous voulons reprendre le dialogue. Le gouvernement a arrêté toutes discussions depuis un mois. Xavier Bertrand s'était engagé par écrit à mettre sur la table le problème des personnes qui ont cotisé à la fois dans le public et dans le privé. Nous n'avons toujours aucune réponse. Autre promesse non débattue, le niveau de pension des retraités. Je souhaite aussi que le ministre nous dise ses intentions sur la situation des salariés effectuant des métiers pénibles. Cela fait trois ans que les négociations patinent et le gouvernement ne fait rien.

Et sur le temps de travail ?

Lorsque le Premier ministre nous a demandé de négocier sur le temps de travail par sa lettre du 26 décembre, il nous a posé des questions très précises auxquelles nous avons répondu de façon très précise avec la CGT, le Medef, la CGPME. On a respecté sa demande. Or le gouvernement fait croire aux Français qu'on a refusé de négocier. Il ment. Et il nous trompe en ne reprenant pas dans le projet de loi les éléments de la négociation que nous avons menée.

Pour le patron de FO, cette manif est inutile. Qu'en pensez-vous ?

Si FO a décidé de laisser le gouvernement démanteler la réglementation du temps de travail, c'est son choix. C'est aux salariés d'en juger. Nous, nous sommes là pour défendre leurs intérêts. C'est l'enjeu de cette journée. Le gouvernement ment sur ses intentions. Et j'en apporte la preuve. Xavier Bertrand dit qu'il défend les 35 heures. Or ce projet de loi permettra par accord minoritaire d'entreprise et à partir de 2010 avec des représentants non syndiqués des entreprises, de déroger totalement à la réglementation du temps de travail.

Plus concrètement ?

Les entreprises auront notamment la possibilité de mettre leurs salariés au forfait jour. Ce sera, dans les faits, la fin du « travailler plus pour gagner plus ». Car un salarié au forfait ne calcule pas son temps de travail. C'est le nombre de jours qui comptent. Par ailleurs, on pourra, dans les cas les plus extrêmes, lui demander de travailler jusqu'à 280 jours par an. Ce qui signifie qu'il ne lui restera plus que les jours de congés, les dimanches et les jours fériés non travaillés. Deuxième élément : jusqu'à présent, la France refusait la possibilité pour un employeur de faire travailler un salarié plus de 48 heures par semaine (avec son accord). La semaine dernière, à Bruxelles, Xavier Bertrand a fait passer la France dans le camp des pays qui acceptent de faire travailler les salariés jusqu'à 60 heures de travail et même 65 heures. C'est un recul du droit social européen. Et cette possibilité pourra être appliquée en France dès que le gouvernement le décidera par décret.

Xavier Bertrand affirme que cela ne s'appliquera pas en France.

La France doit prendre la présidence de l'Europe le 1er juillet. Comment le gouvernement français pourra justifier que ce qui est mauvais pour un travailleur français est acceptable pour un travailleur anglais ou irlandais ? Et comment peut-on avoir confiance dans la parole de Xavier Bertrand alors qu'il nous trahit sur le sujet du temps de travail ?

Croyez-vous encore au dialogue social ?

Par ses décisions autoritaires, le ministre du Travail a provoqué une rupture dans la méthode choisie par le président de la République. A son arrivée au pouvoir, Nicolas Sarkozy avait surpris tout le monde par son souhait de réformer notre pays en laissant se dérouler des négociations et en respectant le dialogue social. C'est le premier coup de canif dans cet engagement solennel qu'il avait pris avec les syndicats.

Vous avez le sentiment de vous être fait piéger ?

Le dialogue social a été sacrifié sur l'autel des désaccords entre la majorité et son gouvernement. Est-ce un accident de parcours ou un vrai changement de méthode ? Plusieurs négociations doivent encore s'ouvrir. Aujourd'hui, la confiance est rompue. Il faut que le gouvernement donne des gages. A chaque fois qu'on a affaibli le dialogue social, on a affaibli le dynamisme de la France. Tous les gouvernements, de droite comme de gauche, qui ont rompu durablement la confiance avec les syndicats ont échoué.


Propos recueillis par Catherine Gasté-Peclers


Source http://www.cfdt.fr, le 20 juin 2008

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