Interview de M. Jean-Louis Borloo, ministre de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de l'aménagement du territoire, à Europe 1 le 23 juin 2008, sur les conclusions du sommet de Djeddah sur le pétrole, le bonus-malus écologique pour l'achat de voitures et sur les priorités de la présidence française de l'Union européenne en matière d'énergie et de climat. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Louis Borloo, ministre de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de l'aménagement du territoire, à Europe 1 le 23 juin 2008, sur les conclusions du sommet de Djeddah sur le pétrole, le bonus-malus écologique pour l'achat de voitures et sur les priorités de la présidence française de l'Union européenne en matière d'énergie et de climat.

Personnalité, fonction : BORLOO Jean-Louis.

FRANCE. Ministre d'Etat, ministre de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de l'aménagement du territoire ; FRANCE. Parti radical, président

ti : F. Namias.- J.-L. Borloo est arrivé dans la nuit de Jeddah, bonjour et merci d'être là.
 
Bonjour !
 
Jeddah qui accueillait un sommet sur le pétrole. 37 pays y participaient, les plus grandes compagnies pétrolières également. Finalement pour pas grand-chose, puisqu'on sait que la production n'augmentera pas. Les prix vont encore monter ?
 
Ecoutez, d'abord, c'était très important que ça se passe, que cette réunion se passe à l'invitation du roi Abdallah d'Arabie Saoudite, parce que l'Arabie Saoudite a toujours été un pays régulateur au fond, parmi les producteurs de pétrole.
 
L'idée c'était que les producteurs et les consommateurs se parlent ?
 
Oui, c'est ça. L'idée c'était la spéculation, c'est-à-dire que le doublement n'est pas tenable. Il est dangereux, et pour les pays producteurs, contrairement à une idée reçue plus ça monte, mieux c'est pour eux, non, eux-mêmes disent que ce n'est pas tenable. Il y a des risques de déstabilisation à la fois économique, voire plus grave d'ailleurs, peut-être un jour. Et de réunir à la fois les pays producteurs, les pays consommateurs, qui eux aussi pèsent par la demande. Il y a deux solutions, dans ces cas-là, il y a, augmenter l'offre ou réduire la demande pour stabiliser les prix.
 
Là, on sait déjà que l'offre n'augmentera pas ce matin.
 
Non, vous ne pouvez pas résumer une réunion comme celle-là. C'est une réunion qui était d'abord très importante parce que c'était en Arabie Saoudite, et tous les pays, tous, ont dit que cette spéculation n'est pas tenable, point numéro un. Deuxièmement, l'Arabie Saoudite a dit qu'il faut augmenter globalement l'offre et d'ailleurs, le ministre saoudien du pétrole, au-delà des 200.000 barils immédiats...
 
Il n'a pas été suivi par l'ensemble de l'OPEP ?
 
Attendez ! C'est le leader l'Arabie Saoudite, quand même dans ce genre de chose. C'est 22 % des réserves mondiales, ils sont à 9,7 millions, ils sont prêts à passer à 11,2 voire à 12,5 en faisant un certain nombre d'investissements. Mais le plus important n'est pas là, le plus important c'est l'absolue condamnation et éviter de laisser la part à la spéculation, en étant parfaitement transparent, à la fois sur les réserves et sur les besoins des consommateurs. Et puis surtout, surtout, pour la première fois, réellement, les pays producteurs ont dit : "oui, il faut faire des économies d'énergie. Oui, il faut des énergies renouvelables ou alternatives". Jusqu'à présent, à chaque fois qu'on évoquait la réduction de la demande, c'était vécu comme une forme d'agression au fond, à la valeur de l'or noir, si vous voulez.
 
Donc il y a un progrès de ce côté-là. Mais simplement, je vous donne un chiffre ce matin, parce que c'est ce qui préoccupe aussi les gens qui nous écoutent : le cours du baril est reparti à la hausse, il cotait 136 dollars ce matin en Asie, on va aller jusqu'où comme ça ? Est-ce que ça va être 140, 150 cet été ? Parce que c'est ce qui inquiète les gens, les professionnels, les pêcheurs, les routiers...
 
Mais je sais bien, je sais bien. Je suis incapable de vous dire quelle va être l'évolution du prix du brut. Moi, ça me préoccupe énormément. Là-bas, la France a pris des positions extrêmement fermes sur la spéculation et sur l'absolue nécessité d'une réduction des besoins énergétiques dans le monde. Et surtout d'augmenter la production de sécurité, elle est de 2 millions de barils par jour, à 3 millions de barils par jour. Et puis qu'il y ait une organisation entre l'Agence internationale de l'énergie et le Forum International de l'Energie, un groupe de travail que nous avons proposé et qui a été accepté, pour qu'on regarde comment on peut lutter contre cette spéculation et baisser les besoins énergétiques.
 
Il a été question des énergies renouvelables, évidemment, c'est votre dossier. N. Sarkozy, à Bruxelles, avant le week-end, n'a pas réussi à convaincre nos partenaires européens de baisser la TVA sur le carburant, ce qui aurait pour effet de baisser le prix à la pompe. Finalement ça va plutôt dans votre sens, à vous, ça va dans le sens de rechercher de nouvelles énergies, tant mieux si la TVA ne baisse pas ?
 
Vous savez, il ne faut pas être aussi simpliste sur ce genre de chose. Il y a deux choses distinctes. Il y a...
 
Non mais il faut que les choses soient claires.
 
Non, mais vous avez raison, merci de me permettre de le dire. Sur le fond, il faut réduire notre besoin énergétique. Nous sommes dans une transition énergétique majeure, c'est la transition du siècle et ça c'est mon boulot, sur le fond. En même temps, à court terme, quand il y a un doublement du prix du baril, vous avez des gens en première ligne, des professions en première ligne, des pays qui sont en première ligne. Je pense notamment aux pays pauvres, des problèmes de crise alimentaire aussi. Donc dans chacun des pays, il y a des gens en première ligne et vis-à-vis d'eux, il faut absolument qu'on essaie de trouver des solutions. Ce n'est pas parce qu'ils vont aller plus mal qu'on va améliorer la transition énergétique. Donc ne mélangeons pas les deux sujets, ils ne sont pas contradictoires. Le président de la République a proposé à Bruxelles, non pas une baisse de la TVA, mais qu'elle soit cantonnée, qu'elle soit limitée, c'est-à-dire que s'il y a des hausses complémentaires, que la TVA ne s'applique plus sur ces hausses complémentaires.
 
Oui, mais ce que lui ont dit, Barroso, le président de la Commission, et A. Merkel, c'est que ça ne va pas dans le sens de chercher de nouvelles solutions, ce que d'ailleurs vous appelez, vous, de vos voeux.
 
On peut traiter les problèmes à court terme et les problèmes à long terme. Je ne suis pas du tout certain qu'en ne traitant pas les problèmes à court terme, on améliorer les problèmes à long terme. Je ne crois pas ça du tout. Donc on est sur les deux sujets, absolument fondamentaux, le Président l'a proposé à Bruxelles, j'observe qu'il a été dit que tout allait être étudié y compris la proposition du Président Sarkozy. On va voir ce que ça donne.
 
Il y a quelque chose qui concerne les gens, c'est le bonus-malus écologique qui a été instauré pour l'achat de voiture. Ça fonctionne très bien, les gens se ruent sur les voitures propres. Ça fonctionne tellement bien, que ça coûte très cher à l'Etat, 200 millions d'euros, tant mieux, mais comment on paie ? C'est quoi la solution ?
 
Est-ce que vous vous rendez compte que 200 millions d'euros - il y a 72 milliards de niches fiscales -, 200 millions d'euros pour assumer, bouleverser le marché automobile !... Vous savez que les transports, la mobilité, c'est le seul secteur d'émission de CO², qui a continué à progresser, tout le reste a baissé. C'est un sujet absolument crucial. Alors par ailleurs, il faut qu'on adapte le dispositif : on devait mettre en place un malus annuel pour les très, très grosses automobiles, il faudra le faire. On avait dit qu'on le ferait, donc on le fera à la fin de l'année. Et puis il faut adapter en permanence... L'objectif, il est clair, c'est d'adresser un signal aux constructeurs en leur disant : le vrai marché, il est sur les voitures qui consomment moins, il est sur des voitures qui émettent moins de CO², c'est ça le vrai marché et les Français ont dit : "bravo, chiche !"
 
Et est-ce que ces nouveaux produits autres que les voitures vont être concernés ? Oui. Lesquels par exemple, ça nous intéresse de le savoir ?
 
Non, parce que par définition, je vous le dirais le jour où ça se fera, sinon, il foutrait une pagaille.
 
Vous avez des pistes...
 
Non, parce qu'on mettrait une pagaille sur le marché. Si je vous dis : dans telle famille de produits, il va y avoir un bonus-malus, vous allez attendre et plus du tout les acheter et les consommer. Je ne tiens pas à avoir des problèmes d'ordre social tout simplement qui pourraient intervenir. Et puis, il faut le faire avec beaucoup de précaution. Mais je reviens sur ce bonus-malus : en réalité, ce n'est pas une mesure automobile, c'est l'idée qu'il va y avoir un juste prix, un nouveaux prix, un prix écologiste dans les échanges dans le monde. On ne peut pas considérer que quelle que soit l'utilisation du capital planète, les produits valent la même chose.
 
Et ça vaut bien 200 millions d'euros...
 
Sachant que le concept c'est l'équilibre, le produit qui n'est pas vertueux doit financer le produit vertueux.
 
On parlait de la présidence française de l'Union européenne, qui commence dans quelques jours. Une des priorités, une des quatre grandes priorités, c'est l'énergie et le climat. Est-ce que ça, ça ne va pas être très difficile à vendre à nos partenaires, notamment aux nouveaux entrants, les pays de l'Est, la Pologne, comptent des économies qui reposent beaucoup sur "l'économie carbone" comme on dit.
 
Cela va être difficile à vendre à tout le monde. L'idée selon laquelle l'Europe, chacun des pays d'Europe, chacune des économies s'engage sur une baisse des émissions de CO² de 20 %, sur 20 % d'énergie renouvelable et une amélioration de la performance énergétique de 20 % pour dire les choses assez simplement, c'est énorme, c'est tout le modèle économique et industriel de l'Europe qui va muter. C'est une mutation nécessaire, l'Europe est la seule région du monde qui pour l'instant s'engage de manière aussi volontaire. Cela a des conséquences pour les économies. Vous savez, les quotas d'émission, l'idée que chaque usine en gros, va devoir acheter, payer pour les tonnes de CO² qu'elle émet, ce marché-là va impacter nos économies européennes et vous avez raison, plus pour les économies anciennement industrialisées, avec moins de performance énergétique...
 
Oui, parce que c'est pour eux un bouleversement de modèle, ça coûte très cher.
 
...Et fondé essentiellement sur le charbon. Sachez que l'ensemble de tout ça, si on estime que ce marché des quotas d'émission est de l'ordre de 40 euros la tonne, ça fait près de 500 milliards au total, sur la période de treize ans. Donc ça va être difficile, mais nous n'avons pas le choix. Il faut faire cette transition énergétique et cette transition énergétique, elle peut être heureuse, ça peut améliorer le pouvoir d'achat des Français. Car quand on consomme moins, qu'on consomme mieux... Reprenez l'exemple des logements qui sont des épaves thermiques...
 
Et vous allez batailler là-dessus à Bruxelles. Quand est-ce qu'on vous verra sur les bancs de l'Assemblée ou du Sénat, défendre votre "Grenelle sur l'environnement" ? C'est passé au Conseil des ministres il y a une quinzaine de jours. Bon, en Conseil des ministres très bien, mais le Parlement c'est quand ?
 
C'est le premier texte, de la rentrée, c'est le 3 octobre, par ailleurs demain...
 
Ca y est, c'est ficelé, c'est sûr ?
 
Oui. Mais par ailleurs...
 
Pour l'anniversaire du Grenelle alors ?
 
Oui, mais parce qu'en fait le Grenelle, c'est tous les jours quelque chose, le bonus-malus, c'est le Grenelle. Mais demain, je défends la loi responsabilité environnementale à l'Assemblée nationale, qui est un des éléments, une partie du Grenelle. Tous les jours, nous passons des conventions avec les industries, avec la grande distribution, avec la publicité, pour éviter qu'elle utilise l'environnement même quand c'est inexact. Je vais d'ailleurs saisir le BVP dans la semaine, parce qu'il y a un certain nombre de choses que je trouve inacceptable. Il se passe toujours, tous les jours quelque chose dans le Grenelle. Vous savez Jeddah, c'est le Grenelle.
 
Vous parlez à l'instant de BVP, le Bureau de vérification de la pub, tiens, on va parler un peu de pub, puisque le Gouvernement va faire sa pub, là, c'est un peu plus d'une heure je crois, que Premier ministre et T. Saussez présentent une campagne de publicité sur les mesures en faveur du pouvoir d'achat. Il y a vraiment besoin de ça ? Il y a besoin de faire payer le contribuable pour communiquer ?
 
L'idée d'expliquer l'action publique, j'écoute sur les radios, tous les jours, des publicités pour le bonus-malus - et il y en a eu chez vous il y a un quart d'heure - et ça se terminait par "faisons vite, ça chauffe !". Vous voyez, informer. Je viens de lancer une campagne de publicité avec K. Lagerfeld, sur les gilets...
 
Les gilets de sécurité...
 
Je le remercie d'ailleurs, il a accepté de le faire parfaitement gracieusement. Il faut bien parler aux gens ! Tous les jours, on est pris par nos préoccupations...
 
Mais il y a besoin de recourir à l'argent des impôts pour communiquer ?
 
...Par nos différents sujets, il n'est pas complètement interdit...
 
Ce que vous faites au micro d'Europe 1 ce matin, ça ne suffit pas, il faut en plus des campagnes de pub à la télé, dans les journaux ?
 
Sur la Sécurité routière, oui, indiscutablement, il le faut. Sur les émissions de CO², sur les économies d'énergie, on va lancer une grande campagne, une nouvelle campagne à la rentrée, sur les économies d'énergie. Evidemment, qu'il faut le faire !
 
Il semble que, on lisait ce week-end dans la presse, que les réunions autour de N. Sarkozy, vous savez de ces sept ministres, dits "favoris" qui parlent politique, ça tombe un peu aux oubliettes. Vous n'y étiez pas dans ces réunions ; bravo, tant mieux ? Ça vous amuse ?
 
Non, écoutez, le président, alors franchement, il réunit qui il veut, quand il veut, membre du gouvernement ou pas...
 
Il paraît qu'il ne les réunit plus. Moi, c'est ce que j'ai lu.
 
Je ne sais pas. De toute façon, je n'y étais pas donc je ne peux pas vous raconter. Mais je crois que cela fait partie d'une espèce de... le commentaire, du commentaire du commentaire, voilà. Ce n'est pas très important.
 
Etait-ce une bonne idée ? Cela n'a pas plombé un peu l'ambiance au Gouvernement ?
 
Ecoutez, je ne vais pas commenter les réunions du président de la République, franchement, ce serait ridicule. Surtout que vous n'y étiez pas ! Non, mais ce n'est même ça. Dieu merci, je fais plein de réunions avec lui, je ne vous en parle pas. C'est le principe même du travail en équipe.
 
N. Sarkozy, ce week-end, a reçu quelques minutes. Il a évoqué avec eux, les prochaines échéances européennes, c'est une question qu'on peut se poser. Vous-même, vous envisagez d'y aller aux Européennes, d'être tête de liste ?
 
Ah, non, en aucun cas ! Non, non, en aucun cas ! Vous savez, moi, j'ai une tâche qui est... Je ne sais pas si vous réalisez bien : vous êtes né avec le pétrole, mais vos enfants ne seront pas adultes avec le pétrole. En tous les cas, pas une économie aussi énergétivore de pétrole. Que ce soit à cause des émissions de CO², à cause de la rareté du pétrole, nous sommes rentrés dans le siècle de la rareté. C'est un boulot énorme, c'est le boulot des 10 ou 20 ans qui viennent pour notre pays, pour l'Europe et pour le monde.
 
Donc pas le temps pour les élections européennes ?
 
Vous savez, je crois être passé assez souvent devant l'électeur.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du  Gouvernement, le 23 juin 2008
 

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