Interview de M. François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, à RMC le 27 juin 2008, sur le chômage, l'emploi des séniors et la hausse des prix du carburant. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, à RMC le 27 juin 2008, sur le chômage, l'emploi des séniors et la hausse des prix du carburant.

Personnalité, fonction : CHEREQUE François.

FRANCE. CFDT, secrétaire général

ti :
 
 
 
J.-J. Bourdin.- F. Chérèque, bonjour. Le chômage qui ne baisse plus depuis le mois de janvier - on ne va pas s'en réjouir - pourquoi selon vous ?
 
La situation économique française n'est pas très bonne, non seulement en France d'ailleurs, internationale et en Europe. En général, à partir du moment où la croissance est moins importante, le chômage ne baisse plus. En même temps, le mois dernier il a baissé, ce mois dernier, il ne baisse pas. Il faut voir cela sur une période plus longue.
 
Il ne baisse plus depuis janvier, alors qu'il baissait régulièrement depuis 2005.
 
Oui mais ce qui est le plus inquiétant c'est que la raison principale - moi j'ai toujours dit - de la baisse du chômage c'était surtout les départs à la retraite de façon massive, avec moins de jeunes qui arrivent sur le marché du travail. Un système logique d'équilibre. Là, si le chômage ne baisse plus, ça veut dire que non seulement lorsqu'il y a des personnes qui partent à la retraite, il y a aussi des suppressions d'emplois. Donc là, il y a une inquiétude plus importante, en particulier dans l'industrie où les baisses d'emplois ont continué depuis plusieurs années sans s'arrêter.
 
On va parler de l'emploi des seniors dans quelques minutes. Le prix du carburant, qu'est ce qu'on fait ? On est à 140 dollars ! Qu'est-ce qu'on fait ? Que propose une organisation comme la vôtre ?
 
Vous savez, le prix du carburant c'est un combat mondial. Moi il me semble que les mesures doivent être d'aider les professions qui ont des difficultés, en attendant de changer de modèle...
 
C'est ce qu'on fait avec les pêcheurs, et avec les conducteurs routiers mais pas suffisamment ; c'est ce qu'on fait avec peut-être les viticulteurs, ce qu'il va falloir faire. Enfin, etc.
 
Les conducteurs, je crois qu'il n'y a rien à voir avec le pétrole. Il ne faut pas mélanger les choses. Mais il faut le faire en attendant de changer les comportements. Les pêcheurs il faut les aider, mais aussi il faut faire en sorte qu'ils aient une flotte modernisée qui consomme moins de pétrole.
 
Je voudrais qu'on pense à tous ceux qui travaillent avec leur voiture, qui sont obligés de prendre leur voiture pour aller travailler.
 
Je vais y venir. On avait obtenu- ce qui est une bonne idée - avec le Gouvernement De Villepin, le principe du chèque transport.
 
Vous aussi vous défendez ce principe du chèque transport ?
 
On nous dit cela ne marche pas. Mais vous savez pourquoi cela ne marche pas ? Simplement parce que les compagnies pétrolières n'ont jamais accepté de les prendre. Alors à quoi ça sert de donner un chèque transport à un salarié si à la pompe on ne le prend pas pour payer l'essence ?
 
Le Gouvernement nous dit : ce n'est pas facile à mettre en place, c'est trop compliqué !
 
Le Gouvernement se fout de nous là-dessus. Le Gouvernement n'a jamais demandé aux entreprises pétrolières d'accepter les chèques transport pour les personnes qui sont obligées de prendre leur voiture. Il suffirait que les compagnies pétrolières viennent, et comme on donne des aides fiscales aux entreprises qui négocient, à ce moment-là, on pourrait le négocier. Mais à quoi ça sert de le négocier si on ne peut pas l'utiliser ? C'est comme si on vous donnait, vous savez les chèques déjeuner dans les restaurants. Si on va à un restaurant qui dit : on ne vous le prend pas, ça ne sert à rien de l'avoir. Donc, il faudrait peut-être un peu le regarder...
 
Les chèques restaurant qui pourraient être taxés d'ailleurs, c'est l'idée d'Y. Bur, qui est un député UMP qui a rendu un rapport avant hier. On va taxer les niches sociales, dit-il.
 
Il y a deux types de niches sociales. Il y a ce qui est une question des plus importantes, c'est les allègements de charges pour les entreprises, en particulier sur les bas salaires. 23 milliards d'allègement de charges. Là, il y a une réflexion : est-ce qu'il faut les supprimer ou les faire évoluer ? Nous sommes favorables à réfléchir, de réfléchir sur ce sujet-là. Et puis il y a ce qu'on appelle les petites niches sociales : c'est des déductions de cotisations sociales pour les chèques restaurant, les chèques vacances. Il ne faut pas rigoler, il ne faut pas y toucher quand même. Généralement, c'est trois euros par jour, deux euros par jour. C'est des recettes de poche qui ne sont pas à la hauteur de l'enjeu. Le vrai enjeu c'est les aides aux entreprises qui sont données et qui maintiennent en particulier les salariés dans les bas salaires, puisqu'on aide les entreprises sur les bas salaires. Donc, les entreprises n'ont pas intérêt à faire augmenter les salaires sinon ils perdent leurs aides. Donc, c'est cela que nous on veut regarder. Est-ce qu'il faut les supprimer ? Est-ce qu'il faut les faire évoluer en particulier ? On est dans les seniors, par exemple, il faut se poser ces questions là.
 
On va parler des seniors, de l'emploi des seniors. On va parler aussi - vous êtes fâché aussi avec X. Bertrand ? Qu'est-ce qui se passe, F. Chérèque ? Vous vous êtes senti trahi ?
 
Fâché ! Ecoutez, je n'ai pas une tête de quelqu'un qui est toujours fâché mais ... Oui, oui, il m'a trompé ; il a trompé B. Thibault. On avait signé un accord sur le temps de travail avec le patronat. Il nous avait dit dans un premier temps dit qu'il était bien. Et puis ensuite, il a fait autre chose.
 
Mais qu'est ce qu'il a changé ? On va expliquer aux auditeurs.
 
Il a changé... Nous ce qu'on avait décidé, c'est de pouvoir négocier dans les entreprises par accord majoritaire une augmentation du contingent d'heures supplémentaires. C'était quand même une volonté.
 
Dans chaque entreprise, négociations avec les entreprises et les syndicats, négociations sur le nombre d'heures supplémentaires à effectuer.
 
Mais on avait gardé toute la réglementation qui protège les conditions de travail : les repos compensateurs, au bout d'un certain nombre d'heures supplémentaires des repos, une limitation du nombre de personnes qui sont ce qu'on appelle au forfait jour. Forfait jour c'est souvent les cadres ou les personnels itinérants, c'est-à-dire on leur dit : vous travaillez tant de jours dans l'année, puisqu'ils sont autonomes. Et là, dans la loi, on propose que tous les salariés autonomes passent au forfait jour. Mais on ne dit pas qui c'est un salarié autonome. Je prends un exemple simple : je suis dans une entreprise de travaux publics ; je suis peintre dans le bâtiment. Je vais sur des chantiers, donc le patron me dit vous allez chez tel client. S'il estime demain qui est autonome, on ne comptera plus ses heures supplémentaires. On lui dira : vous avez tel travail et tel jour pour le faire. C'est la fin des heures supplémentaires et la fin du gagner plus pour travailler plus. Donc, c'est cela qu'on met en place.
 
Lui, qu'est ce qu'il a changé ? En quoi il vous a trahi ?
 
X. Bertrand est en train de casser totalement tous les accords d'entreprise et les accords de branche sur le temps de travail.
 
C'est-à-dire qu'il libère le nombre d'heures supplémentaires ?
 
Il libère totalement !
 
Donc, il offre aux salariés la possibilité de travailler plus pour gagner plus ?
 
Attendez ! Il offre la possibilité d'une façon déréglementée de faire n'importe quoi. On ne peut pas faire n'importe quoi, on ne peut pas...
 
Cela veut dire que si la loi est votée, on pourra faire n'importe quoi ?
 
C'est-à-dire que le nombre d'heures supplémentaires pourra aller au-delà des 14 heures par an. On ne peut pas sans réglementation de branche...
 
Cela veut dire qu'il n'y aura pas de limite sur les augmentations d'heures supplémentaires ?
 
Il n'y aura pas de limites dans les négociations qui sont possibles par accords minoritaires dans les entreprises. Et pire que cela. Actuellement, on a des accords d'entreprise, on a des accords de branche. Si fin 2009, on n'aura pas renégocié ces accords, ce sera la loi et les décrets qui s'appliquent. On ne connaît même pas les décrets c'est-à-dire qu'on a un trouble là-dessus. On va pouvoir aller sur un nombre d'heures supplémentaires qui est totalement déréglé, j'ai dit 14 heures supplémentaires. On va pouvoir faire passer une majorité de salariés au forfait jour c'est-à-dire compter le nombre de jours.
 
Cela va jouer contre l'emploi, ça ?
 
Certainement, certainement. C'est-à-dire que, si...
 
Certains chefs d'entreprise préfèreront offrir des heures supplémentaires plutôt que de rembaucher ?
 
Certainement. C'est-à-dire que si cela coûte moins cher de faire des heures supplémentaires plutôt que d'embaucher, bien ils feront faire des heures supplémentaires et ils embaucheront moins. A moyen terme, ça peut jouer contre l'emploi.
 
Alors, vous êtes allé voir J.-F. Copé, parce que vous savez que les deux hommes ne s'aiment pas beaucoup.
 
Oui.
 
Vous savez ça ? Vous avez constaté ?
 
On a constaté surtout qu'on est dans un système qui est difficile pour un syndicaliste. Le syndicalisme c'est le résultat pour les salariés. Mon travail de syndicaliste c'est d'obtenir des résultats pour le salarié mais aussi de protéger leur santé. Quand on va discuter avec un ministre, et puis qu'on a un problème avec le groupe UMP, ou lorsqu'on va discuter avec le groupe UMP et qu'après on a un problème avec le ministre, on ne peut pas fonctionner comme cela. On ne travaille pas en confiance.
 
C'est-à-dire que les deux hommes ne disent pas la même chose ?
 
On a bien vu que le ministre du Travail avait soutenu le texte signé par la CGT et la CFDT et le MEDEF. Jusqu'au moment où il y a un conflit avec le groupe UMP. Et c'est au moment du conflit avec le groupe UMP qu'il a changé de position. Donc, là en réalité, je dirais, coincés...
 
Allez voir le groupe UMP peut être que...
 
Mais non. Moi je ne suis pas dans une démarche politicienne. Ma démarche c'est d'amener des résultats concrets aux salariés mais aussi de protéger leur santé.
 
Mais le groupe UMP peut faire voter des amendements qui vont dans votre sens, par exemple.
 
Nous avons fait notre travail. Maintenant, à partir du moment où le projet de loi est à l'Assemblée nationale...
 
Il va vous proposer de voter, de vous soutenir ?
 
On est allé voir le groupe UMP. On a fait des propositions pour limiter cette dérive je dirais de déréglementation. Maintenant, c'est le débuté qui décide. Mais j'ai quand même le sentiment que derrière, ils ne vont pas changer beaucoup de choses sur le projet de loi. [...]
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 27 juin 2008
 

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