Déclaration de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, sur les relations franco-danoises et sur les sujets d'actualité européenne et internationale, Paris le 9 juillet 2008. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, sur les relations franco-danoises et sur les sujets d'actualité européenne et internationale, Paris le 9 juillet 2008.

Personnalité, fonction : KOUCHNER Bernard.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et européennes

Circonstances : Visite en France du ministre danois des affaires étrangères, Per Stig Moeller, et entretien avec Bernard Kouchner le 9 juillet 2008 à Paris

ti : Mesdames et Messieurs bonjour,


J'ai reçu avec beaucoup de plaisir mon ami le ministre danois des Affaires étrangères, Per Stig Moeller et nous avons d'abord parlé de sa visite en Géorgie et en Abkhazie. A ce propos, nous avons échangé quelques réflexions sur la nécessité pour l'Union européenne en général et l'Union européenne sous Présidence française en particulier, de faire notre possible pour désamorcer cette crise. Ce problème est urgent et mon ami m'a incité à me rendre, au nom de la Présidence de l'Union européenne, rapidement dans cette région.

Par ailleurs, nous avons parlé des relations bilatérales qui sont excellentes entre le Danemark et la France. Nous avons particulièrement discuté de la situation en Afghanistan, de la situation au Moyen-Orient, avec le processus de paix qui est menacé.

De plus, nous avons échangé nos points de vue sur l'Union pour la Méditerranée, avec le Sommet à la fin de la semaine qui verra 44 pays se réunir à Paris.

Enfin, nous avons abordé le sujet de l'immigration. En effet, vous savez que le Pacte pour l'immigration a été accepté avant-hier soir par les vingt sept pays. Nous en avons rendu compte hier, avec M. Hortefeux et le Premier ministre. Nous avons également parlé de la priorité de l'énergie, du paquet "énergie-climat", et de problèmes de répartition de quotas d'émissions.

Tout n'est pas encore achevé mais je crois, nos amis l'ont affirmé en tout cas, les Danois nous soutiennent dans ces deux démarches et nous en sommes très heureux.


Q - Monsieur le Ministre, sans le Traité de Lisbonne, que devient l'Union européenne ? Et, si je puis me permettre, comprenez-vous les citoyens qui se posent la question aujourd'hui de savoir pourquoi il y a une différence entre un "non" français et un "non" irlandais ?

R - Il n'y a pas de différence. Nous respectons le "non" irlandais. Le ministre danois des Affaires étrangères vient de vous le dire, il faut laisser du temps aux Irlandais, d'abord pour qu'ils nous expliquent leur vote mais, surtout, parce que nous respectons cette décision.

Nous avons également respecté la décision du "non" français, on ne pouvait pas faire autrement. J'ai, comme le président Sarkozy, voté "oui". Nous avons respecté la décision du " non " et il a fallu presque deux ans avant de trouver la solution acceptée par tous nos amis de présenter le Traité simplifié, devenu le Traité de Lisbonne.

A présent, nous travaillons ensemble pour la suite de l'Europe. Nous avons décidé à vingt-sept chefs d'Etat, de continuer la ratification. Rien dans le Traité de Lisbonne ne nous interdisait de continuer la ratification.

Rien surtout ne nous interdit de continuer de mener des politiques. Nous le faisons et cela se concrétise par exemple avec le Pacte sur l'immigration qui vient d'être accepté.

A partir du mois de septembre ou d'octobre peut-être, nous allons montrer que l'Europe continue. Je vous assure - bien sûr vous vous trouviez en Abkhazie et en Géorgie - mais le travail avec nos amis irlandais, par exemple sur le paquet "énergie-climat", avant-hier encore, se poursuit normalement.

Il faut que l'Europe soit plus compréhensible, plus transparente, plus acceptée par les citoyens et nous nous y employons tous. Je vous assure que la réunion de dimanche prochain à Paris, avec 44 pays, les 27 pays de l'Union européenne et les pays de la Méditerranée, sur des projets et aussi le projet de la paix et de la rencontre des civilisations, vous verrez, cela parlera aux Européens je pense.

Q - Comme ancien combattant des causes pour les Tibétains, approuvez-vous la décision de votre chef d'Etat d'aller à Pékin ?

R - Le président de la République, Nicolas Sarkozy a dit, il y a longtemps déjà, qu'il consulterait les 27 pays, les 26 en fait, pour savoir s'il était le représentant de la Présidence française ou bien simplement le représentant de la République française. Il a décidé de se rendre à la cérémonie d'ouverture. C'est tout ce qui a été décidé. Il a rencontré le président chinois au Japon avec lequel il s'est entretenu et il lui a fait part de sa décision.

Nous avons accueilli avec beaucoup de surprise la déclaration de l'ambassadeur de Chine ce matin et je lui ai demandé de venir me voir. Il viendra cet après-midi pour que je puisse comprendre et qu'il puisse expliquer sa position, qui paraissait difficile à accepter de la part de la France.

Q - Est-ce votre sentiment personnel ?

R - Mon sentiment personnel, c'est qu'il appartient au président de la République de décider et il décidera. En tout cas, il vient de décider de participer à la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques.

Quant à mon sentiment personnel, vous le savez, j'ai reçu très souvent le Dalaï-Lama et je n'étais pas ministre des Affaires étrangères. J'étais un militant, un activiste et je le sais, M. Per Stig aussi.

Q - L'Iran a montré aujourd'hui, avec son tir de missile qu'il est incapable de mettre en place ses menaces mais en même temps, la Russie menace la Tchéquie d'une réponse militaire si l'on installait un radar là-bas. Quelle est la réponse européenne à ce sujet ?

R - Mais, il n'y a pas eu de menace sur la Tchéquie. De quoi parlez-vous ?

Q - La Russie aujourd'hui a indiqué que si les Américains mettaient un radar en Tchéquie...

R - C'est une discussion que nous avons déjà tenue, il n'y a pas de menace spéciale. Nous en avons parlé à Bucarest, au Sommet de l'OTAN, nous en avons parlé plusieurs fois. Le président Bush et le président Poutine en ont discuté très ouvertement. Je ne peux pas parler à la place du président américain. Nous considérons qu'il existe une vraie menace sur les missiles à longue portée, nous le savons. La Russie et nos amis russes le savent aussi.

Ce n'est pas une décision de l'Europe. Je suis président de l'Union européenne pour l'heure, pendant six mois, je ne peux pas commenter à la place de la Russie, ce n'est pas une décision européenne. C'est, en Pologne comme en Tchéquie, une décision nationale que d'avoir accepté la présence des missiles anti-missiles sur son territoire.

Q - Si l'ambassadeur de Chine vous confirme qu'il existera bien de graves conséquences pour la France dans le cas où le Dalaï-Lama serait accueilli au plus haut niveau en France, quel serait le sens pour la France d'être représentée en Chine au plus haut niveau puisqu'il perdrait tous les contrats ?

R - Mais vous supposez bien des choses ! Pour le moment, je reçois l'ambassadeur de Chine, nous verrons bien ce qu'il en ressort. Pour comprendre ce qu'il a voulu dire, il est normal que je reçoive l'ambassadeur de Chine et je lui ai demandé de venir me voir. Voilà ce que je peux faire pour le moment.

Q - Monsieur le Ministre, vous avez dit que la paix dans la région est menacée. La France souhaite renforcer le rôle de l'Union européenne dans cette région, notamment sur le dossier palestinien et sur les négociations syro-israéliennes. Comment allez-vous concrétiser ce souhait français qui est par ailleurs partagé par les Palestiniens, par les Syriens et par les Israéliens ?

R - Nous venons d'en parler avec mon collègue. Nous pensons que les choses avancent entre la Syrie et Israël et nous nous en félicitons. Nous pensons que le gouvernement libanais sera formé dans les jours qui viennent ; je le souhaite et nous nous en félicitons également. Nous nous félicitons aussi que par l'intermédiaire des Egyptiens et par l'intermédiaire des Turcs, les Israéliens et le Hamas ait pu accepter cette trêve. Les choses vont un peu mieux dans la région.

En revanche, le Processus de paix ne va pas bien et nous souhaitons, avec Tony Blair qui était là hier soir et les membres du Quartet, dont Mme Benita Ferrero-Walner, nos amis norvégiens et américains, ainsi que la Présidence de l'Union européenne, que le processus de paix soit maintenu sur ses rails. C'est très difficile et nous avons demandé expressément à nos amis israéliens, avec l'appui de nos amis palestiniens, que les projets puissent prendre corps, que l'argent de la Conférence de Paris puisse servir à ces projets et que les obstacles à la circulation dans les Territoires palestiniens soient levés. Nous l'espérons mais effectivement, si cela continue, ce sera le seul endroit où la paix ne fait pas des progrès. Les négociations au sommet font des progrès, avec les rencontres entre MM. Abou Mazen et Ehud Olmert, ou entre Mme Tzipi Livni et M. Abou Ala, mais il n'y a pas de progrès sur le terrain et les populations vont finir par être désespérées.

Q - Allez vous lancer des initiatives européennes ?

R - Mais nous ne cessons pas de lancer des initiatives. Nous avons l'argent et les projets. La prochaine initiative sera celle de M. Tony Blair, qui sera samedi à Tel Aviv et à Jérusalem, qui va rencontrer les deux parties et qui va exprimer ses opinions.

Q - Concernant le Sommet Union pour la Méditerranée et le Processus de paix ?

R - Ce sera à la fin de la semaine en France, nous allons essayer d'avancer dans ce sens. Je suis heureux d'entendre qu'il faut que l'Union européenne ait une place dans le Processus de paix ; il ne vous l'a pas dit maintenant mais c'est ce que mon ami m'a dit tout à l'heure, c'est souhaitable et nous essayons.

Q - Vous avez parlé d'Israël et de la Syrie, vous dites qu'il y a des progrès entre les deux pays, mais on ne s'attend plus à une réunion en marge du Sommet dimanche. Y aura-t-il au moins une poignée de main. Vous vous attendez à quoi des deux côtés ?

R - Je m'attends à tout et à rien. C'est déjà bien qu'ils soient ensemble autour de la table. Peut-être que cela ira plus loin, je le souhaite en tout cas mais ce n'est pas garanti ; nous verrons bien. Concernant l'accueil de cette proposition de l'Union pour la Méditerranée, au départ à l'intérieur de l'Europe, avec nos amis espagnols, italiens, avec l'Allemagne en particulier et tout le reste de l'Europe, nous avons réussi à faire une proposition commune aux pays du Sud. Nous avons réussi, tout d'abord, par exemple entre les pays du Maghreb ensemble, c'est difficile, avec le reste des pays arabes, c'est difficile, avec Israël et les pays arabes c'est encore plus difficile, tout le monde sera là. Inch'Allah.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 10 juillet 2008

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