Interview de M. Bernard Accoyer, président de l'Assemblée nationale, à LCI le 7 juillet 2008, sur l'UMP et le droit de grève, le débat sur les institutions et le temps de parole présidentiel, la négociation en entreprise sur les 35 heures, les jeux olympiques et les droits de l'homme. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bernard Accoyer, président de l'Assemblée nationale, à LCI le 7 juillet 2008, sur l'UMP et le droit de grève, le débat sur les institutions et le temps de parole présidentiel, la négociation en entreprise sur les 35 heures, les jeux olympiques et les droits de l'homme.

Personnalité, fonction : ACCOYER Bernard, BARBIER Christophe.

FRANCE. Assemblée nationale, président ; FRANCE. UMP, député;

ti : C. Barbier "Désormais quand il y a une grève en France personne ne s'en aperçoit", déclaration du président de la République samedi devant l'UMP. Est-ce une provocation envers les syndicats ?
 
Non, ce n'est pas une provocation, c'est une expression devant des militants auxquels il a voulu rappeler que, avec le service minimum, avec cette évolution qui a été introduite, la France n'apparaît plus comme un pays qui est perpétuellement paralysé par des grèves. Mais le droit de grève est toujours là, et il y a un certain nombre de grèves. Mais elles ne donnent plus ce sentiment de paralysie et les Français ne sont pas pris en otages.
 
C'est un défi quand même pour que l'automne social soit chaud et que les syndicats trouvent le moyen de redonner de la paralysie, parce que c'est là qu'on les entend ?
 
Pourquoi vouloir dire que c'est un défi ? Si on ne peut pas s'exprimer, et qu'à chaque fois ont dit c'est un défi, c'est une provocation, ce n'est plus la peine de parler.
 
L'Assemblée va-t-elle suspendre ses importants travaux sur les 35 heures pour pouvoir essayer d'en finir avec l'interminable débat sur les institutions ?
 
Si le débat sur le temps de travail n'est pas fini ce soir, oui, nous suspendrons l'examen de ce texte pour terminer celui sur les institutions.
 
C'est un peu faire passer l'essentiel après l'accessoire ?
 
Non, c'est parce qu'il y a une échéance qui est celle du Congrès, qui doit se tenir à Versailles en principe le 21 juillet prochain, et que cette contrainte n'est pas contournable.
 
On va parler des institutions et du Congrès. Sur le temps de travail, sur les 35 heures, on a l'impression que la majorité souffle le froid et le chaud. D'un côté, on veut libérer le carcan des 35 heures, et de l'autre, on voit passer des amendements pour que les forfaits jours des cadres soient néanmoins toujours plafonnés ?
 
Oui, oui, c'est vrai, vous avez souligné cela. Enfin, c'est un texte très important parce qu'il va confirmer que le carcan des 35 heures doit être définitivement écarté. Il y a, c'est vrai, un amendement du groupe UMP qui, s'agissant du forfait jour des cadres, va un petit peu à contresens de ce message. Mais je pense que la discussion parlementaire, des discussions au sein du groupe, le travail entre l'Assemblée et le Sénat, devraient bien entendu faire que ce texte soit homogène. On ne peut pas, s'agissant des cadres, aller moins loin que ce qui existait autrefois du temps des 39 heures. Les cadres sont un moteur essentiel dans une entreprise, une PME qui souhaite se développer, et il faut que la liberté de chacun, en particulier des salariés, puisse être respectée, s'ils veulent travailler davantage. C'est ce que nous avons dit depuis que nous sommes en campagne.
 
Ne va-t-on pas logiquement dans un prochain texte à la suppression de la durée légale du temps de travail, comme le demande le Medef ? Chaque entreprise fixe son temps de travail ?
 
Non. Le président de la République et la majorité sur ce point sont extrêmement clairs : la durée légale du travail demeurera à 35 heures, mais il faut avoir la liberté de travailler plus parce que l'économie dans laquelle nous sommes l'exige bien souvent, et que les salariés ont besoin également de pouvoir travailler plus, surtout dans le contexte que nous connaissons aujourd'hui.
 
Alors, la réforme des institutions va essayer de trouver sa conclusion. J.-F. Copé, président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, affirme que sur la délicate affaire de la Turquie, un compromis a été trouvé entre la majorité et N. Sarkozy ; le président de la République accepterait qu'un référendum soit obligatoire pour toute entrée d'un nouveau pays dans l'Union européenne, sauf, sauf si le Parlement va demander au président de la République de passer outre ce référendum obligatoire, et de ratifier cela simplement en Congrès. Confirmez-vous cet accord ?
 
Oui, à une majorité des trois cinquièmes, donc c'est effectivement une disposition équilibrée, je pense qu'elle sera adoptée.
 
C'est donner au Parlement le libre choix finalement : on fait le référendum obligatoire ou alors on demande de Président de surseoir ?
 
C'est un libre choix d'abord qui relève tout à fait des représentants de la Nation, mais qui exige une majorité qualifiée, et croyez-moi, on en parle actuellement à propos de la réforme de la Constitution, les trois cinquièmes, c'est une majorité importante.
 
"Le temps de parole du Président compté dans les médias", c'est une des revendications des socialistes pour éventuellement ne pas voter non lors de cette réforme des institutions. La majorité va-t-elle aller dans leur sens ?
 
Je suis moi-même mobilisé sur cette perspective...
 
En vain, pour l'instant ?
 
...je la trouve tout à fait pertinente, j'ai écrit au président du CSA, j'attends sa réponse. Je suis optimiste parce qu'il est tout à fait normal que, s'il y a une expression du chef de l'Etat dans le domaine de la politique intérieure, cette expression génère un temps de réponse, pour l'opposition, pour la majorité, en plus de son temps déterminé dans les règles classiques.
 
Ce n'est pas le président du CSA qu'il faut convaincre, c'est le président de la République ; il ne veut pas de cette disposition !
 
Je suis optimiste et j'attends la réponse à ma sollicitation qui date depuis plusieurs semaines, en étant certain que ce sera une ouverture.
 
N'essayez-vous pas de rouler les socialistes dans la farine en leur faisant croire que ça va bouger ?
 
Ecoutez, je suis bien connu pour justement être insuffisamment ouvert au roulage dans la farine. Donc, non, je dis toujours ce que je pense.
 
Globalement, dans cette deuxième lecture de la réforme des institutions, tout ce que le Sénat a fait en première lecture, l'Assemblée le défait. Si le Sénat en deuxième lecture continue à amender et à faire entendre sa voix, vous ne pourrez pas tenir de Congrès le 21 juillet, il n'y aura pas de texte conforme ?
 
Voilà une belle analyse, vous avez raison. Si la navette se prolonge au-delà de la date fixée pour le Congrès, c'est-à-dire si nous n'arrivons pas, Assemblée et Sénat, à avoir le même texte, il faudra repousser. Mais je pense que le Sénat adoptera le texte que nous aurons amendé. Nous ne sommes pas revenus au texte précédemment adopté en première lecture, nous avons adopté un certain nombre de mesures sénatoriales, nous avons eu également des contacts, il y a eu des contacts entre les deux Assemblées, enfin les rapporteurs des deux Assemblées, tout le monde a beaucoup travaillé. Non, je pense que l'équilibre est à portée de main.
 
Vous demandez aux sénateurs de se coucher quand même !
 
Non pas du tout ! Je suis extrêmement attaché au système des deux Chambres, le système bicaméral, ce travail est certainement le plus fructueux, les plus utile pour le pays, et on le voit bien avec la réforme de la Constitution.
 
Si ça coince un peu, on peut passer du 21 juillet au 28 juillet, il y a encore une dernière chance pour le Congrès ?
 
Ecoutez, moi je pense que ça se tiendra le 21 juillet et je l'espère.
 
Les socialistes disent : c'est décidé, on ira et on votera non, et avec quelques récalcitrants de droite, nous ferons tomber cette réforme, il n'y aura pas la majorité des trois cinquièmes. Vous les croyez ?
 
Je ne veux pas croire à cette perspective, parce que je ne comprends pas comment des parlementaires pourraient refuser des pouvoirs supplémentaires pour le Parlement. Refuser de pouvoir encadrer un certain nombre de pouvoirs du président de la République. Refuser aux Français, aux citoyens, de leur octroyer des droits personnels supplémentaires, alors que tout cela, ces mêmes parlementaires le demandent depuis des années, ça n'est pas explicable, ça n'est pas justifiable. Je dirais que, finalement, cette réforme, ceux qui en ont le plus besoin, ceux qui l'utiliseront le plus ce sont les parlementaires, et en particulier les parlementaires de l'opposition qui la réclament eux-mêmes depuis longtemps. Donc, vous comprenez que je ne peux pas imaginer cette perspective.
 
Depuis le Japon où se tient le G8, N. Sarkozy devrait confirmer qu'il se rendra à l'inauguration des Jeux de Pékin. Ne va-t-il pas trop vite en besogne, n'est-ce pas dire trop tôt "j'y vais" ?
 
D'abord, ne confondons pas tout. Les Jeux Olympiques c'est un immense événement planétaire, sportif, c'est le but de la vie de milliers et de milliers de sportifs dans le monde, rappelons-le. Ensuite, s'il y a un chef d'Etat qui s'est mobilisé pour les Droits de l'homme, qui a dit ce qu'il pensait précisément sur la question tibétaine, c'est bien N. Sarkozy. Donc, il s'est exprimé, il confirmera ou il ne confirmera pas ses intentions dans les jours qui viennent. C'est comme ça que cela devra à mon avis intervenir.
 
À Cannes aujourd'hui, le Pacte européen de l'immigration est présenté par B. Hortefeux. Or justement, la commission présidée par P. Mazeaud sur l'immigration, critique aujourd'hui la politique de quotas envisagée par la France. "Si l'on veut que 50 % de l'immigration soit économique, dit ce rapport, il faudrait décupler l'immigration". Qu'en pensez-vous ?
 
Je pense qu'avec le regroupement familial, on a changé la donne. Je suis convaincu qu'il nous faut une immigration professionnelle, c'est évident, mais évidemment il faut probablement remettre en débat un certain nombre de points du regroupement familial quant à ses règles, à ses délais, en tout cas, c'est un débat qu'il faudra avoir.
 
A titre personnel, vous seriez pour la suppression du regroupement familial, tout passe par l'immigration économique ?
 
Je ne suis jamais dans des positions radicales. Je pense que, comme il faut pour notre pays, qui en a besoin, qui en aura de plus en plus besoin, d'une immigration économique pour tel ou tel secteur, pour les faire fonctionner ces secteurs, eh bien il faut faire en sorte que les politiques d'une autre nature permettent d'y arriver. Donc, je suis favorable à ce que l'on ouvre ce débat pour que l'on puisse appliquer effectivement une politique d'immigration économique.
 
I. Betancourt est en France, la recevrez-vous à l'Assemblée nationale que vous présidez ?
 
Je suis heureux de pouvoir vous annoncer que je l'ai invitée - je suis rentré hier de Québec et je lui ai envoyé ce matin même une lettre d'invitation - à venir rencontrer, s'exprimer, échanger avec les parlementaires, si elle le souhaite, mercredi, à l'Assemblée nationale.
 
Saint-Sulpice, le Sacré-Coeur, bientôt Lourdes, et Le Vatican, n'est-elle pas trop ostentatoire dans sa pratique religieuse ?
 
Mais encore une fois, c'est la liberté fondamentale de tout individu d'avoir ses convictions. Et d'abord des convictions de penser, de croire. C'est personnel, elle ne demande pas à tout le monde de croire comme elle.
 
Elle en fait un peu de politique quand même : elle se met à genoux sur le tarmac quand elle est libérée...
 
Je pense que quelqu'un qui a été détenu pendant six ans et demi comme elle l'a été, a la liberté d'abord de dire et de faire ce qu'il veut. Et deuxièmement, d'avoir la capacité d'expliquer comment elle a pu surmonter une épreuve de cette nature, aussi effrayante, il est bien évident que de croire - croire au plan religieux, croire en autre chose, croire à une espérance - est vitale pour pouvoir tenir dans de telles conditions. Alors elle l'exprime et il ne faut pas, et on ne peut pas en quoi que ce soit, le lui reprocher.
 
N. Sarkozy, lors de la réception donnée en l'honneur d'I. Betancourt à l'Elysée, n'a pas convié J. Chirac, ni D. de Villepin, qu'elle avait pourtant remerciés dès sa libération. N'est-ce pas une petite indélicatesse ?
 
Non, vous savez... C'est l'accueil, le moment précipité, tout cela s'est passé en quelques heures, chacun sait bien que N. Sarkozy s'est mobilisé totalement, ça personne ne peut le contester. Mais qu'avant lui, le président de la République, J. Chirac, avait également mis toute son énergie à essayer d'obtenir cette libération...
 
Il pourrait être dans les honneurs actuels, vous pourriez recevoir J. Chirac à l'Assemblée en même temps qu'I. Betancourt ?
 
D'abord, J. Chirac ne vient pas à l'Assemblée nationale pour des manifestations quelles qu'elles soient, je lui ai déjà fait signe mais ça n'est pas son rôle, il ne le souhaite pas. S'il le souhaitait, il serait bien entendu le bienvenu.
 
Comprenez-vous le trouble causé dans l'Armée par la présence éventuelle à Paris, le 14 Juillet, de B. Al-Assad, Président de la Syrie, pays qu'on a soupçonné, à juste titre souvent d'avoir agi contre les soldats français au Liban ?
 
Bien sûr que la Syrie a dans son passé, y compris un passé pas très lointain, eu des attitudes tout à fait inacceptables et tout à fait douloureuses, y compris pour nous, Français. Mais quand on cherche la paix, il faut à un moment savoir tendre la main. C'est ce que fait le président de la République, il faut sortir de cette situation de blocage, faire évoluer des situations qui sont figées.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 29 juillet 2008
 

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