Interview de M. Patrick Devedjian, secrétaire général de l'UMP, à I-Télé le 7 juillet 2008, sur l'UMP et le droit de grève, la réunion du Parlement en Congrès sur le projet de révision constitutionnelle, les droits de l'homme au Tibet, la Chine et les Jeux Olympiques. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Patrick Devedjian, secrétaire général de l'UMP, à I-Télé le 7 juillet 2008, sur l'UMP et le droit de grève, la réunion du Parlement en Congrès sur le projet de révision constitutionnelle, les droits de l'homme au Tibet, la Chine et les Jeux Olympiques.

Personnalité, fonction : DEVEDJIAN Patrick.

FRANCE. UMP, secrétaire général

ti :  
J.-J. Bertolus.- Vous êtes secrétaire général de l'UMP. On va revenir avec vous sur cette petite phrase quand même, on va revenir sur l'actualité internationale mais d'abord, l'actualité hexagonale, c'est encore une fois le président de la République qui l'a fait devant vous, au Conseil national de l'UMP, il a dit : eh bien, voilà, la France change, et ça se mesure au fait que les grèves, on ne s'en aperçoit plus en France. Est-ce que c'est du niveau du président de la République ? En tout cas, par exemple, J. Dray, qu'on écoutera tout à l'heure, estime que ce sont des propos infantiles et de chef de clan ?
 
C'est une tempête dans un verre d'eau. Le président de la République a dit une chose qui est évidente pour tout le monde, et a rappelé d'ailleurs à ce que doit être la grève dans son essentiel. C'est quoi la grève, c'est destiné à quoi la grève : à prendre des otages, à prendre le public en otage ou à s'adresser à l'employeur ? Eh bien, jusqu'à maintenant...
 
Ça veut dire que, une bonne grève c'est une grève dont on ne ressent plus les effets ?
 
Non, mais pas du tout. Qui doit ressentir les effets d'une grève ? L'employeur, l'employeur et non pas le public. On a eu une véritable dérive de la grève pendant très longtemps dans ce pays, c'est-à-dire en prenant en otages les usagers, et c'était d'ailleurs la grève du service public uniquement, une petite minorité située à un endroit bien stratégique peut prendre un maximum de personnes en otages. C'était ça la stratégie de la grève. Or, quel est le sens de la grève ? C'est de s'adresser à l'employeur, de créer effectivement une pression sur l'employeur, sur l'employeur et pas sur le public. Donc aujourd'hui, la grève est revenue simplement à son sens véritable.
 
Un petit mot : alors pourquoi vous n'avez pas étendu par exemple le service minimum de grève, vous l'avez limité aux transports et à certains transports, c'était dans la loi, mais pourquoi vous ne le mettez pas par exemple à tous les services publics, La Poste, dont on parle beaucoup en ce moment ou à d'autres services publics ?
 
Mais parce que par exemple, dans La Poste aujourd'hui, je crois qu'il n'y a pas de prise d'otages, mais quand sur le transport...
 
Ce n'est pas ce que disent certains chefs d'entreprise quand La Poste est en grève...
 
Bon, enfin, c'est une nuisance, il n'y a aucun doute, mais ça n'a pas la dimension... si vous voulez, quand vous paralysez, vous empêchez des millions de gens d'aller travailler, de recevoir leurs rémunérations, et que vous les privez de leurs revenus, ce ne sont pas les employeurs... Bon, ça, ce sont des otages.
 
Soyons clairs, P. Devedjian, est-ce que le changement dans le pays se mesure au caractère indolore des grèves, c'est ça effectivement. C'est un bon curseur ?
 
Non, mais je suis en désaccord total avec ce que vous venez de dire, la grève...
 
Mais c'est ce qu'a dit le président de la République...
 
Non, vous n'avez pas bien entendu. Les gens ne s'en aperçoivent pas, ça ne veut pas dire qu'elle n'est pas indolore, ça veut dire que les innocents ne sont pas pris en otages par la grève. En revanche, l'employeur, il continue naturellement à en subir les conséquences, et c'est normal, c'est le jeu de la grève. Mais la grève, c'est quelque chose qui ne s'adresse qu'à l'employeur et pas à des gens qui sont des tiers par rapport au conflit du travail tout de même, c'est ça la vraie nature de la grève. Avoir quelques dizaines de conducteurs de rame de RER ou de train qui peuvent, à eux seuls, bloquer entièrement le déplacement de millions de gens, est-ce que vous trouvez que c'est un fonctionnement démocratique ?
 
Est-ce que c'est démocratique d'avoir ces propos au Conseil national de l'UMP, et d'autre part, de dire : oui, il faut du dialogue social, oui, il faut que les partenaires sociaux effectivement fassent les mesures sociales en France. Est-ce qu'il n'y a pas... encore une fois, J. Dray, qu'on écoutera tout à l'heure, dit : il y a deux poids, deux mesures, il y a un Sarkozy au Conseil national de l'UMP, qui chauffe ses troupes, et puis, il y a un Sarkozy à l'Elysée, président de tous les Français...
 
Mais, je vais vous dire, la France est le seul pays qui se pose des questions comme ça. Dans toutes les démocraties du monde, le chef de l'exécutif est issu d'une formation politique et n'y renonce pas, il n'y a que chez nous où on vit cette hypocrisie permanente qui consiste à avoir des chefs d'Etat qui sont soi-disant - soi-disant - au-dessus de toutes les contingences politiques. Nos prédécesseurs, F. Mitterrand mais J. Chirac aussi et d'autres, recevaient aussi à l'Elysée leurs amis politiques, organisaient la vie politique de leur sensibilité, ce qui était bien naturel, mais on s'en cachait, bon. Chez N. Sarkozy, au moins, c'est ouvert, c'est franc, et il est présent effectivement sur la scène de sa formation politique. Comme secrétaire général, j'en suis très content, parce que, voyez, l'UMP, depuis simplement le début de l'année, nous avons reçu T. Blair, A. Merkel, M. Barroso, H.-G. Pöttering. Aucun parti politique, aucun parti politique dans ce pays n'a jamais, sur une scène publique, réuni autant d'acteurs internationaux, aussi prestigieux...
 
Alors un petit mot de politique "politique", on va dire, puisque vous rappelez effectivement... comment dire... l'animation de l'UMP, est-ce que vous, en tant que secrétaire général de l'UMP, vous ne vous sentez pas un peu cerné en ce moment...
 
Pas du tout, je me sens au contraire soutenu...
 
Non, on a vu J. Sarkozy, X. Bertrand... vous êtes un secrétaire général de l'UMP serein ?
 
Mais je suis surtout un secrétaire général de l'UMP actif. Je ne suis pas là pour être serein, je suis là pour faire le travail...
 
Comment vous expliquez alors...
 
Ecoutez, je vais vous dire une chose, nous étions 370.000 adhérents à la fin de l'année 2007, bon...
 
Combien vous êtes aujourd'hui, on dit que c'est en baisse ?
 
Eh bien, on le saura à la fin de l'année, parce que c'est sur le renouvellement...
 
Non, mais vous le savez, vous le savez, non ?
 
Ah oui, oui, mais on est... aujourd'hui, on est toujours 370.000, les renouvellements sont en cours. Donc nous saurons...
 
Vous avez fait un sondage...
 
Nous suivons au jour le jour nos adhésions. Il est bien vrai, pour répondre au fond de votre question, qu'au moment des municipales et après les municipales, nous avons eu un déclin, mais nous avons repris...
 
Donc vous êtes à quoi, à 300.000 à peu près ?
 
Je le saurai à la fin de l'année combien nous serons naturellement. Mais ce parti, pour être animé... il n'y a pas un parti... vous savez, le Parti socialiste, il revendique, il revendique à peine 100.000 adhérents, donc nous sommes le premier parti de France, et même dans l'histoire, on a rarement eu un parti qui ait eu autant d'adhérents. Donc j'ai besoin de beaucoup de gens pour animer ça, pour faire vivre ça, nous avons cent fédérations, il faut du monde pour ça, alors, je ne peux pas me sentir cerné, je me sens surtout épaulé.
 
D'accord, ce sont des renforts. Passons quand même à l'actualité du jour : le G8, est-ce que ça sert encore à quelque chose, est-ce que le président de la République, en tant que président de l'Union européenne, va pouvoir faire avancer les choses, notamment sur le réchauffement climatique ?
 
Eh bien, je le crois, d'abord, on voudrait faire avancer les Etats-Unis sur la question du réchauffement climatique, parce que, après tout, l'Amérique a choisi de faire cavalier seul, si elle peut se joindre au protocole de Kyoto...
 
Vous comprenez que Bush ne comprenne pas les enjeux écologiques ?
 
Ah, non...
 
Peut-être que vous êtes plus proche des républicains que des démocrates ?
 
Ça, c'est vous qui le dites. Mais...
 
Ah bon !
 
Mais vous n'en savez rien.
 
Je vous pose la question.
 
Eh bien, moi, je vais vous dire, comme secrétaire général d'un parti politique français, je m'interdis de faire des choix sur les choix que doivent faire les autres pays. Mais j'ai beaucoup de sympathie et d'admiration pour Obama, par exemple, j'ai aussi beaucoup d'admiration pour McCain, qui est un véritable héros de la guerre, et qui est un homme honnête, qui dit la vérité, vous savez, c'est lui qui a imposé EADS contre Boeing, aux Etats-Unis...
 
Absolument, dans ce contrat du siècle...
 
Donc il ne faut pas être ingrat non plus. Mais c'est compliqué, simplement, parfois, je suis pour les démocrates, parfois, je suis pour les républicains, parce que la vie n'est pas si binaire qu'en France dans la vie politique américaine.
 
P. Devedjian, il y a aussi une annonce importante que doit faire le président de la République, on s'y attend : il sera, semble-t-il, à l'ouverture des Jeux olympiques en Chine. Je vais vous poser une question peut-être un peu abrupte, mais est-ce que les prisonniers tibétains ne sont pas un petit peu comme les otages des FARC ? Est-ce qu'il n'y a pas deux poids, deux mesures, peut-on se rendre en Chine...
 
Non, ça n'a rien à voir avec les FARC, ça, ça n'a rien à voir, les FARC sont des gangsters...
 
Non, les prisonniers...
 
Voilà, les prisonniers en Chine...
 
On parle de milliers de prisonniers tibétains...
 
Mais bien sûr, le combat pour les Droits de l'Homme a lieu aussi en Chine naturellement. Mais justement, ce que la France essaie de faire, c'est de créer un dialogue entre le Dalaï-lama et la Chine. Et le président de la République, de ce point de vue-là, a été vraiment très prégnant, il a fait un effort maximum. Et peut-être, si ce dialogue se noue bien, et il va jusqu'au bout de la démarche qu'on souhaite avoir, la présence de la France à la cérémonie d'ouverture est utile, oui.
 
Alors retour en France avec une question aussi sur un projet de révision qui tient à coeur au chef de l'Etat, le projet de révision constitutionnel. Le Congrès, c'est-à-dire la réunion des deux chambres, Assemblée nationale et Sénat, se tiendra le 21 juillet. Est-ce que vous pensez qu'une majorité - c'est la majorité requise des trois cinquièmes - sera atteinte pour cette rénovation de la 5ème République ?
 
Eh bien, c'est un peu juste, c'est pour ça que nous y travaillons beaucoup, mais je crois que nous allons y arriver. C'est surtout très important...
 
C'est juste par rapport au Parti socialiste ou par rapport à vos propres amis de la majorité ?
 
Non, eh bien, par rapport... Simplement, si vous faites le calcul, nous sommes à cinq voix près, à peu près. Mais c'est d'ailleurs assez...
 
C'est-à-dire, cinq voix près. Attendez, précisez un petit peu les choses, c'est-à-dire, il vous manque cinq voix pour atteindre la majorité des trois cinquièmes ?
 
Eh bien, nous sommes à quatre ou cinq voix près, c'est-à-dire en plus ou en moins, parce que c'est assez insaisissable aussi...
 
Une vingtaine de défections à la majorité, vous pensez qu'une vingtaine de parlementaires UMP vont...
 
On ne les aura pas, il n'y aura pas vingt défections. On aura beaucoup moins que ça.
 
Une dizaine...
 
Et nous nous employons à les réduire, peut-être moins encore. Mais ce qui est choquant dans cette affaire, c'est : il s'agit de quoi ? De donner plus de pouvoirs au Parlement. La gauche n'a cessé de réclamer ça depuis le début de la 5ème République. Le jour où ça se produit, ils le refusent, parce que c'est N. Sarkozy qui le propose. C'est vraiment le degré zéro de la politique.
 
Vous trouvez que les socialistes sont un peu irresponsables, à vous entendre, là ?
 
C'est cynique surtout. Quand c'est mon adversaire politique qui fait le bien du pays et qui remplit mes demandes, je les refuse parce que c'est mon adversaire politique : c'est franchement la pire manière de faire de la politique. C'est ça l'attitude socialiste aujourd'hui sur les institutions.
 
"Irresponsable". P. Devedjian, on va se retrouver tout de suite après une coupure de pub, et on va vous faire entendre un petit peu ce qui s'est dit aussi sur les radios et télés ce matin, avec notamment J. Dray. A tout de suite.  
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 29 juillet 2008

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