Interview de M. Brice Hortefeux, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à RTL le 23 juillet 2008, sur le vote par le Congrès de la réforme des institutions et la politique de l'immigration. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Brice Hortefeux, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à RTL le 23 juillet 2008, sur le vote par le Congrès de la réforme des institutions et la politique de l'immigration.

Personnalité, fonction : HORTEFEUX Brice, CORBE Philippe.

FRANCE. Ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire;

ti : P. Corbé.- Bonjour B. Hortefeux.
 
Bonjour, P. Corbé.
 
Après l'adoption d'une seule voix de la réforme de la Constitution voulue par N. Sarkozy, J. Lang, le seul socialiste à avoir voté oui, est la cible de ses camarades. Est-ce que vous vous réjouissez, est-ce que vous vous frottez les mains en constatant cette ambiance règlement de comptes au PS, B. Hortefeux ?
 
Non d'abord, ce que je constate c'est l'échec du Parti socialiste. Et en réalité, quand je parle d'échec, ça doit être au pluriel, c'est plutôt un triple échec. C'est un échec parce qu'ils voulaient s'opposer à la révision et à la réforme de la Constitution, ils ont échoué, c'est cela la première réalité. C'est donc un échec politique. Mais plus grave encore, je crois que c'est un échec moral puisqu'en réalité, les consignes qui ont été données au sein du groupe socialiste, c'est de voter contre leurs convictions ; en réalité, la plupart des responsables et des élus socialistes étaient pour la réforme, et ils ont voté contre. D'ailleurs, des députés socialistes se sont exprimés hier publiquement...
 
M. Valls, J.-M. Le Guen, notamment...
 
Voilà, tous ceux-là, en disant qu'il fallait sans doute en finir avec le réflexe pavlovien. Qu'est-ce que ça veut dire ? Cela veut dire un réflexe systématique d'opposition contre. Leur principe est d'ailleurs très simple aujourd'hui au Parti socialiste, et totalement invraisemblable et surtout totalement archaïque. Le principe est simple : N. Sarkozy propose, si N. Sarkozy propose, bien que nous soyons pour, nous voterons contre. Reconnaissez que ce n'est pas très glorieux. Ça c'est l'échec moral. Et puis, il y a un échec démocratique, parce qu'en réalité, cette réforme, dans toutes les enquêtes d'opinion, elle était approuvée, largement approuvée, presque à l'unanimité sur certaines propositions. Et cela signifie tout simplement que le Parti socialiste est complètement déconnecté de la réalité de la société française.
 
Est-ce que cela vous arrange de voir un PS dans une situation de règlement de comptes, où ils mènent une sorte de chasse à J. Lang en ce moment ?
 
Oui, enfin, il y a J. Lang, qui est une personnalité libre et indépendante, qui a exprimé très clairement et très courageusement sa position, et cela signifie tout simplement qu'il est resté fidèle, lui, à Léon Blum. Pour Léon Blum, l'homme libre est celui qui n'a pas peur d'aller jusqu'au bout de sa pensée. Il y a J. Lang, on peut en citer d'autres, dont M. Charasse, qui n'a pas voté contre, qui s'est abstenu mais qui n'a pas joint sa voix contre le projet de réforme. Et puis, des élus de gauche, comme J.-M. Baylet, le président des Radicaux de gauche, n'ont pas voulu aller dans ce sens-là. Il y a une réalité au-delà de tout ça, qui apparaît très clairement, et j'allais dire même au-delà de la réforme de la Constitution, c'est que les responsables socialistes sont devenus les godillots du statu quo.
 
Vous allez apprécier la référence de S. Royal à F. Mitterrand à propos de J. Lang, je la cite : "Sur le chemin de la honte, il n'y a que le fleuve de la trahison à traverser".
 
Oui, écoutez, compte tenu que S. Royal s'est exprimée - et s'est exprimée d'ailleurs sur cette antenne à plusieurs reprises, en proférant des attaques systématiques non fondées, non prouvées, purement tactiques, engluées dans des querelles politiciennes - je ne pense pas qu'elle ait particulièrement d'autorité pour s'exprimer sur ce sujet.
 
Ce midi, N. Sarkozy reçoit les parlementaires de la majorité pour célébrer la fin de la session parlementaire, notamment l'adoption par le Congrès de la Constitution. Pourtant il n'y a pas de quoi sabler le champagne. Une seule voix d'avance ! On est passé, vous êtes passés assez proche de la catastrophe !
 
Ecoutez, ce n'est pas comme cela que je le vois. Si d'un côté il y a un triple échec du Parti socialiste, je pense qu'il y a un triple succès pour N. Sarkozy et pour la majorité. Le premier succès, c'est un succès pour la République, c'est un succès pour la démocratie, qui évolue, qui se modernise, qui bouge. En réalité, mais vous ne le soulignez pas assez, je ne comprends pas pourquoi, c'est la réforme constitutionnelle la plus importante depuis la Vème République...
 
Une voix d'avance c'est un signal contre le Président !?
 
Attendez, d'abord, ce n'est pas une voix, c'est deux voix, puisque en réalité, c'est un écart de deux voix...
 
Même, deux voix d'avance ?
 
Attendez, mais j'y viens, c'est donc la réforme la plus importante depuis cinquante ans en matière constitutionnelle. Deuxième réflexion...
 
Est-ce que c'est important pour N. Sarkozy qu'il n'y ait que deux voix d'avance ?
 
Je réponds précisément à votre question, c'est que c'est un succès pour la majorité. Si vous observez tous les votes qui ont eu lieu depuis le début de cette législature, jamais il n'y a eu une telle cohésion de l'UMP et du Nouveau Centre. Jamais, sur aucun vote, il n'y a eu une telle cohésion.
 
Et pourtant, vous êtes passé à deux doigts. Deux voix !
 
Mais quand vous dites deux voix, il faut aller jusqu'au bout. C'est-à-dire qu'il faut rappeler que dans ce type de vote, dans ce type de scrutin, ce n'est pas 50% des voix plus une, il faut aller jusqu'à 60%, c'est-à-dire une très large majorité. C'est-à-dire les 3/5èmes. Et donc, c'est un succès parce que la majorité a offert, à cette occasion, l'image de la vraie unité et de la véritable cohésion. Et puis, il y a un troisième succès : c'est celui, comme je le disais, de l'ouverture. On est allé au-delà des frontières.
 
Débauchage, vous voulez dire. On achète les voix des Radicaux de gauche ?
 
Ah, oui, on les a achetés ? Vous avez des informations ?
 
Par exemple, les Radicaux vont pouvoir former un groupe à partir de quinze députés.
 
Vous êtes contre le fait que, au sein du Parlement, les différentes sensibilités puissent exister, puissent se prononcer, puissent s'expliquer, puissent souligner ce qui est leur apport, leurs divergences, leurs oppositions, leurs critiques, etc. Pas du tout. Vous avez une conception - pardonnez-moi de vous le dire, bien que vous soyez très jeune - une conception très archaïque de la vie politique. Au contraire, il faut qu'au sein des Assemblées, toutes les sensibilités, tous les courants puissent s'exprimer. Ca va donc dans le bon sens. Ca va dans le sens de la modernisation, ça va dans le sens de l'expression libre de notre démocratie. Et donc, le troisième succès, c'est un succès de l'ouverture puisque des parlementaires, qui sont des parlementaires d'opposition, ont su aller au-delà des carcans, au-delà des partis, au-delà des structures, pour défendre l'intérêt général. C'est pour ça que c'est un triple succès pour la majorité, pour le Président de la République et, surtout, pour notre pays.
 
Cet après-midi, vous allez être auditionné par différentes commissions de l'Assemblée à propos de votre Pacte pour l'immigration, qui est une des priorités de la Présidence française de l'Union européenne. Vous avez fait adopter un texte par les 27, il y a quinze jours, à Cannes. Mais vous avez dû édulcorer le texte de départ qui prévoyait une interdiction de toute régularisation massive et collective. Du coup, on se demande si, finalement, ce texte changera grand chose, si l'Espagne, dans quelques années, veut régulariser ?
 
C'est ça, sauf que c'est le contraire, permettez-moi de vous le dire !
 
Je n'ai rien compris, alors ?
 
Vous avez, en tout cas, lu superficiellement mais c'est normal, vous n'étiez pas dans les négociations. Ce n'est pas un reproche, c'est un constat !
 
C'est ce que disent les Espagnols, en tout cas.
 
Non, pas du tout ! Les Espagnols ne disent pas ça. Les Espagnols ont demandé que l'on adopte des principes simples. C'est que, dans un espace de libre circulation, lorsqu'un pays prend une décision, ça a naturellement, immédiatement, implacablement et logiquement des conséquences sur les pays voisins. Et donc, j'ai proposé un texte, qui est donc une initiative française, et qui, aujourd'hui, devient une proposition européenne. Texte qui a été adopté par l'ensemble des pays, et qui devra être validé lors d'un Conseil européen, au mois d'octobre, mais qui prévoit plusieurs choses : qui prévoit d'organiser l'immigration légale ; qui prévoit de désorganiser l'immigration illégale ; et qui prévoit d'encourager les pays en voie de développement à se forger un avenir sur place, parce que, s'il n'y a pas d'avenir sur place, naturellement, les flux migratoires continueront à exploser. Donc, avec ce pacte, nous construisons quelque chose de solide, de respectueux des droits de l'homme, d'efficace et, je vous le dis, qui rassemble tous les pays, quelle que soit leur situation géographique et quelle que soit leur orientation politique, que ce soit socialiste ou même communiste, comme à Chypre.
 
Brièvement, P. Devedjian, patron de l'UMP, patron des Hauts-de-Seine où il a succédé à N. Sarkozy. Il dit "vouloir nettoyer les écuries d'Augias". Il lâche même, dans une interview, le mot "corruption". Est-il totalement inconscient politiquement ou il dit les choses ?
 
P. Devedjian s'exprime avec ses mots, avec son vocabulaire. Il dit ce qu'il croit comme responsable de l'UMP. Et il doit aussi veiller, naturellement, à la cohésion, à l'efficacité de la famille politique dont il a la responsabilité, et je ne souhaite pas qu'il porte un sombrero qui ne doit pas être le sien.
 
Très bien. B. Hortefeux était l'invité de RTL, ce matin, bonne journée !
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 29 juillet 2008

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