Interview de M. Bernard Laporte, secrétaire d'Etat aux sports, à la jeunesse et à la vie associative, dans "Le Figaro magazine" du 26 juillet 2008, sur l'organisation des jeux olympiques 2008 en Chine, les relations France Tibet et l'euro de football. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bernard Laporte, secrétaire d'Etat aux sports, à la jeunesse et à la vie associative, dans "Le Figaro magazine" du 26 juillet 2008, sur l'organisation des jeux olympiques 2008 en Chine, les relations France Tibet et l'euro de football.

Personnalité, fonction : LAPORTE Bernard.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux sports, à la jeunesse et à la vie associative

ti :


Q - Serez-vous présent à la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques à Pékin ?

R - Oui, absolument. Je serai à Pékin, de l'ouverture des Jeux Olympiques, le 8 août, à leur clôture le 24 août prochain. J'y serai en tant que secrétaire d'Etat aux Sports, aux côtés des quelque 300 athlètes français. Mais aussi comme citoyen et comme sportif. Assister à un tel événement est un privilège. On ne peut pas tourner le dos à ce moment incontournable. Ni remettre en cause, en étant absent, le travail individuel des hommes et des femmes qui se sont engagés pour réussir dans leurs disciplines. Je me dois d'être là. Avant tout pour nos athlètes. Pour qu'ils sentent que leur pays est derrière eux. A Pékin, je serai le premier supporter des équipes de France.

Q - Etait-ce une bonne idée de confier à la Chine l'organisation des Jeux Olympiques ? N'aurait-on pas dû poser plus tôt la question des Droits de l'Homme ?

R- La Chine, c'est 1 milliard 300 millions d'habitants. C'est pour eux, pour ces gens qui ne font pas de politique que ces Jeux vont se dérouler. Il ne faut pas perdre de vue l'extraordinaire enjeu humain. Le sport ne doit pas être victime de considérations qui le dépassent et qui vont bien au-delà de ce qu'il représente. Bien sûr, la question des Droits de l'Homme est fondamentale et ne saurait être écartée, mais je demeure convaincu que les Jeux Olympiques vont changer la Chine et faire avancer ce pays dans le bon sens. Cela fait des mois que l'on ne parle que de cela. Pendant cet événement, le monde entier aura les yeux braqués sur la Chine. Je suis certain qu'il y aura un avant et un après-Jeux Olympiques. Le changement est une question de temps. A cet égard, les Jeux Olympiques de Pékin 2008 offrent une occasion unique, un tremplin.

Q - Le Dalaï-Lama doit venir à Paris en août. Les Chinois ne souhaitent pas que Nicolas Sarkozy le reçoive à cette occasion. Doit-il céder à ces menaces ?

R - C'est au président de la République de décider. La venue du Dalaï-Lama n'a rien d'exceptionnelle. Peu de gens le savent, mais il vient chaque année en France, dans le Périgord noir. En l'occurrence, comme Nicolas Sarkozy l'a répété, personne ne peut lui interdire de rencontrer un Prix Nobel comme le Dalaï-Lama. C'est son choix et il ne se laissera pas dicter sa conduite.

Q - Ces Jeux donnent l'impression que la politique et la diplomatie l'ont emporté sur le sport. A la lecture des précédents, les Jeux Olympiques ne deviennent-ils pas l'otage de la politique ?

R - Mélanger le sport et la politique n'a jamais fait avancer les choses. Mais, c'est vrai, la politique et la diplomatie ne cessent de s'inviter aux Jeux olympiques. On peut ainsi penser aux Jeux Olympiques de Berlin ou à ceux de Los Angeles. Mais il ne faut pas prendre les athlètes en otages. Ce ne sont pas eux qui vont régler les problèmes politiques. Même si je comprends le poids des enjeux, laissons le sport à sa place. Se tromper de cible serait regrettable.

Q - Revenons aux questions sportives : les athlètes français sont-ils bien préparés ?

R - La pression commence à monter. C'est fabuleux. Les Jeux Olympiques sont un moment unique dans la vie d'un sportif de haut niveau. Je me suis rendu à l'Insep (l'Institut national du Sport et de l'Education physique) la semaine dernière et ce que j'y ai vu m'a enthousiasmé. Oui, je pense sincèrement que la préparation et la motivation sont au rendez-vous. On ne le dit pas assez. En ce qui me concerne, j'y crois, et comme on le dit dans notre jargon : "Cela sent bon."

Q - La France n'a pas gagné l'Euro de football, pas plus qu'elle n'a remporté la Coupe du monde de rugby en 2007: quel bilan tirez-vous de la politique gouvernementale en matière de sport depuis un an ?

R - Au sujet de l'Euro, on peut en effet regretter que la génération de 1998 n'ait pas été remplacée. Peut-être sommes-nous au creux de la vague. Pour le rugby, rappelons quand même que nous sommes allés en demi-finale. Maintenant, il faut préparer le terrain de la prochaine génération de sportifs. Ouvrir le haut niveau à la prochaine génération, c'est là l'enjeu du gouvernement. A cet égard, l'après-Jeux Olympiques sera fondamental. Une réflexion est en cours.

Q - La politique sportive en France semble écartelée entre deux objectifs : produire de bons athlètes ou avoir un maximum de licenciés. Lequel faut-il privilégier ?

R - Les deux sont indispensables. Mais il faut aujourd'hui réfléchir sur la nature du parcours que devront emprunter les champions de demain. Chaque fédération sera consultée afin que l'on puisse réfléchir aux structures à mettre en place. L'Insep, la première vitrine du sport français, devra naturellement être associé à cette réflexion. Nous avons un retard en termes d'image. Si l'on prend l'Espagne, par exemple, force est de constater que ce pays a su associer un nom de sportif dans la plupart des grandes disciplines : Nadal dans le tennis, Alonso dans la Formule 1, etc... Par conséquent, en fonction des résultats aux Jeux Olympiques, le monde du sport de haut niveau devra peut-être évoluer. Au sujet du nombre de licenciés, je pense que l'initiation demeure primordiale. C'est dans les fédérations que se trouvent les futurs athlètes. Il faut renforcer le sport à l'école, à l'image de l'accompagnement sportif après seize heures. Et mettre en place un cursus scolaire aménagé pour les jeunes sportifs. Il faut multiplier les portes d'accès au monde du haut niveau.

Q - L'objectif de 40 médailles en Chine est-il tenable ?

R - Il nous faut remporter 40 médailles pour confirmer notre septième rang mondial. C'est une nécessité. Mais cela fait trois olympiades que nous reculons. Il ne faut pas se voiler la face : en dessous de 40 médailles, ce serait une déception. Toutefois, je crois en la volonté des athlètes. En termes de médailles, l'équipe de France olympique de natation est prometteuse. On sait que la natation et l'athlétisme, c'est 33 % des médailles françaises aux Jeux Olympiques. On attend beaucoup d'eux, c'est évident. Mais je pense aussi à toutes les autres disciplines olympiques et paralympiques. J'y pense avec beaucoup d'espoir et d'envie.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 31 juillet 2008

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