Interview de Jean-Louis Borloo, ministre de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de l'aménagement du territoire, à RMC le 11 juillet 2008, sur la sécurité routière et la mise en oeuvre du bonus malus pour l'acquisition de voitures neuves. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Jean-Louis Borloo, ministre de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de l'aménagement du territoire, à RMC le 11 juillet 2008, sur la sécurité routière et la mise en oeuvre du bonus malus pour l'acquisition de voitures neuves.

Personnalité, fonction : BORLOO Jean-Louis.

FRANCE. Ministre d'Etat, ministre de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de l'aménagement du territoire ; FRANCE. Parti radical, président

ti : G. Cahour.- Merci de nous rejoindre sur RMC et sur BFM TV avec notre invité jusqu'à 9 h, J.-L. Borloo. Bonjour. Oui, bonjour. Ministre de l'Ecologie, de l'Energie, du Développement durable et de l'Aménagement du territoire. J.-L. Borloo c'est une journée importante aujourd'hui pour les départs en vacances. Beaucoup de gens vont peut-être perdre patience derrière leur volant, s'épuiser dans ce week-end classé rouge sur certains axes par Bison Futé. Et hier, vous avez visité notamment une portion d'autoroute sur l'autoroute A10 avec Cofiroute qui expérimentait le 110 km/h au lieu de 130 sur autoroute. Et apparemment, c'est un succès. Pourquoi dit-on que c'est un succès ?
 
Ecoutez, le ralentissement, là, sur autoroute, mais c'est une portion extrêmement petite.
 
8 km, oui.
 
Avec beaucoup de radars, bon. Manifestement, au bout d'un an, ça a entraîné une réduction du nombre d'accidents de près de 30 %. On est en train d'expérimenter ça également dans la Vallée du Rhône. Je compte étendre ces expérimentations à plusieurs endroits en France pour avoir une véritable opinion. Et puis, en début d'année prochaine, ou en fin de l'année, on regardera ce qu'il y a lieu de faire dans ce domaine.
 
Ce qu'il y a lieu de faire, ça veut dire que une des hypothèses ça serait de généraliser le 110 à toutes les autoroutes ?
 
Pas forcément le généraliser, mais en tout état de cause de regarder sur un certain nombre d'endroits la réduction de la vitesse. Alors, ça n'avait pas été décidé dans le cadre du Grenelle de l'environnement, la généralisation, mais on voit bien, on assiste à un nécessaire changement de comportement. Ce qu'on appelle l'écoconduite, c'est-à-dire conduire de manière extrêmement douce, pas accélérer inutilement, pas freiner au dernier moment, anticiper mais en même temps gonfler ses pneus correctement, bon, un certain nombre de gestes de cette nature a été expérimenté de manière massive par La Poste sur 60.000 véhicules. Et alors les résultats sont très spectaculaires.
 
Ils ont fait quoi à La Poste ? Ils les ont formés ?
 
Ils ont formé les postiers à l'écoconduite.
 
D'accord.
 
Alors, les résultats sont... Alors ça un sens : 60.000 véhicules c'est significatif. Alors, il y a plusieurs conséquences : un, d'abord les postiers ont tous adhéré au plan psychologique ; deuxièmement, ça a entraîné une réduction de consommation de plus de 8 % et des émissions de CO² de 9 ou 10 %, ce qui est absolument énorme.
 
Sur 60.000 voitures, ça commence à faire beaucoup.
 
Ca fait beaucoup ! Et troisièmement, le plus spectaculaire c'est 50 % d'accidents en moins, 50 %. Ce qui veut quand même dire que lorsqu'on fait de la conduite plus lente, c'est ça également, un peu plus douce, un peu plus paisible, on est moins stressé, on est moins angoissé, on change fondamentalement de comportement.
 
Mais passer de 130 à 110, politiquement, est-ce que c'est possible ?
 
Oh, écoutez, ça c'est pas le... s'il fallait le faire, la vie politique c'est aussi d'assumer les choses. Mais pour l'instant, on n'en est pas là. Moi, je suis vraiment pour une réduction...
 
... parce qu'évidemment on commence à 110, parce qu'évidemment... Aujourd'hui on sort des chiffres, les chiffres que vous nous donnez, que nous donnait ce matin, sur RMC, Cofiroute, avec une réduction du nombre d'accidents, des émissions de CO2. Et puis, dans dix ans, on nous dira : « ah ben, on va faire des expériences à 90 », et puis évidemment les chiffres seront là aussi positifs.
 
Vous savez, on assiste à une réduction globale de la vitesse des Français, les chiffres sont très spectaculaires. Moi, j'étais hier sur l'autoroute à 120, sur une petite voiture électrique, et je n'étais pas le plus lent... Enfin, je veux dire, on voit bien que le rythme, le rapport à la voiture a complètement changé. Le rapport de la voiture a changé à l'achat, le bonus/malus écologique a eu un impact considérable sur l'achat.
 
40 % de hausse sur les voitures les moins polluantes, 40 ou 45.
 
40 à 45 % de réduction sur les plus polluants et 40 %, un peu plus, d'augmentation sur les plus sobres. Et on voit bien que ce bonus/malus au-delà de l'avantage particulier que ça donne, a touché, a une résonance dans l'esprit des Français. Je crois vraiment qu'on va rentrer dans une période de révolution technologique sur les voitures, des voitures confortables mais beaucoup plus légères, et surtout avec des moteurs électriques, hydrogènes, ou des hybrides mais très électriques et tout ça va changer complètement notre rapport à la voiture.
 
Alors, je fais une petite parenthèse, et ensuite on va revenir sur plus particulièrement la sécurité routière en ce week-end de grands départs, puisque vous nous parlez de ces voitures du futur. En France, on a des entreprises qui sont en train de développer ces moteurs du futur. Il y a Dassault, il y a Bolloré sur des voitures électriques, et une société niçoise qui s'appelle MCI qui a conçu une voiture à air comprimé.
 
Moteur à hydrogène, oui, à air comprimé.
 
Est-ce qu'on peut imaginer que la France soutienne peut-être financièrement ces voitures-là pour qu'elles arrivent plus rapidement sur le marché ?
 
Mais, c'est ce qu'on fait. Quand on fait le bonus/malus écologique, en fait c'est aux constructeurs qu'on parle. On leur dit : ne vous trompez pas, le vrai mass market, là où vous devez investir massivement demain, ou aujourd'hui, c'est la voiture électrique, la voiture à air comprimé, éventuellement la voiture hydrogène.
 
Mais ça c'est pour les voitures qui sont déjà en vente.
 
Non.
 
Là, ce sont des voitures qui sont au stade encore de la recherche et développement.
 
Non. Quand vous dites : « pourquoi les constructeurs n'ont pas massivement développé ces voitures-là ? ». Je rappelle que Peugeot est le premier groupe mondial à avoir lancé la voiture électrique. A l'époque, ça été un flop, donc il y a vingt ans ou vingt-cinq ans de ça.
 
Sauf à La Poste ou EDF.
 
Non, non, je parle d'il y a vingt ans.
 
D'accord.
 
Vingt ans. Et les ingénieurs et les entreprises françaises ont dit, « attendez, il n'y a pas le marché », il n'y a pas le marché.
 
Donc, avec ce bonus/malus, vous créez le marché, c'est ça ?
 
Oui, mais c'est exactement, c'est la démonstration qu'on a faite. D'ailleurs, vous avez vu l'accélération de tous les accords et les investissements, et la course est lancée. Et je vais vous dire une chose, je suis convaincu que ça va aller à une vitesse folle, si j'ose dire, et je suis convaincu qu'en zone urbaine et dans des sites, par exemple comme l'Ile de la Réunion, dans des sites relativement étroits en termes de distance, c'est une question de quelques très gros semestres. Je suis convaincu qu'on n'aura plus du tout les mêmes automobiles, le même rapport à la voiture dans 3, 4, 5 ans au grand maximum.
 
Et ces trois entreprises-là, est-ce que vous pensez qu'elles peuvent devenir des fleurons de l'industrie française, parce que la demande en voiture propre qui ne consomme plus de pétrole, c'est quelque chose qui se mesure à l'échelle mondiale ?
 
Absolument ! Mais celle de Bolloré sera prête à la fin de l'année. Celle de Dassault, on ne sait pas exactement parce qu'il y a un problème de moteur. Dassault, il a fait deux voitures, une voiture complètement électrique et une voiture qui est hybride mais par rapport aux hybrides connus aujourd'hui, qui ont un gros moteur thermique et puis un petit moteur électrique, là c'est un énorme moteur électrique et un tout petit moteur thermique, et ça change radicalement la donne. Mais Peugeot et Renault sont en train de nous les sortir. Chez Peugeot, les premières voitures tout électrique c'est tout début 2011, si mes informations sont exactes, peut-être même fin 2010. Et nos amis de Peugeot...
 
... ce qui veut dire que, financièrement, pour les Français et les automobilistes qui nous écoutent, ça veut dire qu'on va se serrer la ceinture financièrement pendant encore, je vais 3, 4, 5 ans avec des voitures qui consomment encore beaucoup de carburant classique, et que dans 3 à 5 ans, on va pouvoir respirer ?
 
Non, vous pouvez commencer à acheter des voitures à 100 g ou à 90 g ou à 80.
 
Oui, mais il n'y a pas encore beaucoup de choix.
 
Il commence à y en avoir quand même pas mal.
 
Oui, là, vous avez votre casquette de ministre de l'Ecologie. Moi, je vous parle de l'aspect financier.
 
Mais ça va avec. Vous savez, il se trouve que le destin fait que les émissions de CO², qu'il faut réduire massivement, rencontrent le problème de la rareté des hydrocarbures, et donc globalement, massivement, le prix des matières premières.
 
Donc, finalement, le prix du pétrole c'est une opportunité formidable pour l'écologie ?
 
Non, c'est un signal prix assez simple qui consiste à dire : contrairement à ce qu'on croyait, les ressources sont rares, que ça soit les poissons, la biodiversité, le charbon qui a beaucoup plus augmenté d'ailleurs que la pétrole, et donc il faut très vite qu'on fasse la transition énergétique et c'est ce qu'on est en train de faire. Alors, je ne peux pas dire il y un signal prix global. Par ailleurs, pour les professions qui sont en première et qui n'ont pas le choix, dont c'est le métier, ou des gens qui sont en zone où il n'y a pas de transport public, je veux dire pour l'instant ils souffrent et il faut qu'on fasse très attention et qu'on les aide, bien entendu, ce n'est pas contradictoire.
 
J.-L. Borloo, on va parler dans quelques instants de la sécurité routière. Je voudrais qu'on parle de stationnement avec cette information du Parisien - Aujourd'hui en France, aujourd'hui, selon laquelle un avocat a trouvé une faille dans les PV, lorsqu'on a un PV avec indiqué comme motif « non affichage du ticket horodateur ». Je vois que vous avez Le Parisien avec vous, que vous avez potassé le sujet.
 
Non, je n'ai pas potassé, j'ai lu ça en arrivant.
 
Ces PV sont, selon lui, illégaux parce qu'il n'a rien dans les textes de loi qui indique que l'on doit mettre le ticket horodateur en évidence, et donc ces PV sont passés à la trappe. Ca veut dire que ça pourra faire jurisprudence. Alors, au-delà de l'aspect budgétaire, comment vous réagissez à cela ?
 
Oui, attendez, ce n'est pas le problème du stationnement, c'est le problème de la rotation des voitures, ce n'est pas un sujet budgétaire et de loi.
 
Ben, ces PV vont passer à la trappe, c'est de l'argent en moins.
 
Non, mais c'est pas ça le sujet. Le sujet c'est de savoir si notre dispositif, quand on fait des lois, il est correct ou il n'est pas correct. S'il n'est pas correct, il faudra le modifier, voilà, c'est assez simple.
 
Bien ! On y revient dans quelques instants. J.-L. Borloo est sur RMC et sur BFM TV, notre invité jusqu'à 9 heures.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 1er août 2008

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