Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, vice-président de l'UMP, à RTL le 7 août 2008, sur les relations France - Chine, la présence du président de la République à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques à Pékin et la visite en France du dalaï lama, chef spirituel du boudhisme tibétain. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Pierre Raffarin, vice-président de l'UMP, à RTL le 7 août 2008, sur les relations France - Chine, la présence du président de la République à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques à Pékin et la visite en France du dalaï lama, chef spirituel du boudhisme tibétain.

Personnalité, fonction : RAFFARIN Jean-Pierre, CORBE Philippe.

FRANCE. UMP, vice-président;

Circonstances : Cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques à Pékin le 8 août 2008

ti : P. Corbé.- Vous vous envolez ce soir pour Pékin dans l'avion du président de la République, et vous serez demain dans les tribunes du stade olympique. Hier soir l'Elysée a confirmé que le président ne recevrait donc pas le Dalaï Lama. On a vraiment si peur des Chinois qu'on n'ose même pas recevoir le chef des Tibétains ?
 
Ce n'est pas du tout ça mon cher P. Corbé. En fait, N. Sarkozy est un homme d'Etat qui assume ses choix. On ne boycotte pas un quart de l'humanité ! La Chine n'est pas une démocratie au sens occidental du mot, mais elle fait un certain nombre de progrès en sortant des millions et des millions de Chinois de la pauvreté chaque année ; il faut accompagner la politique d'ouverture de la Chine.
 
Est-ce que cela empêche de recevoir le Dalaï Lama quand il est à Paris ?
 
Le Dalaï Lama, il vient à Paris, il va participer à un certain nombre de cérémonies dans l'ordre religieux. Il sera d'ailleurs reçu par des parlementaires à l'initiative des sénateurs L. de Broissia et H. Haenel mais il est clair...
 
Enfermé dans un bureau du Sénat !
 
Mais il est clair que le Dalaï Lama a une sorte de double visage : c'est à la fois un chef religieux, mais c'est aussi, ne l'oublions pas, un chef politique dans la mesure où il est leader d'un gouvernement en exil du Tibet. Donc cette personnalité, qui est en conflit avec les autorités chinoises, N. Sarkozy respecte la trêve olympique, cette trêve antique que les Grecs respectaient. Pendant les Jeux Olympiques, on n'attise pas les conflits, au contraire, on essaye de les apaiser. C'est ce que N. Sarkozy a fait en demandant aux autorités chinoises de reprendre le dialogue avec le Dalaï Lama, c'est ce qui a été fait. N. Sarkozy va en Chine, le coeur apaisé.
 
L'Elysée précise que le Dalaï Lama n'avait pas sollicité d'entretien avec le Président, c'est un peu hypocrite. On ne peut pas dire publiquement, "nous ne souhaitons pas recevoir le Dalaï Lama lorsqu'il est à Paris, pendant les Jeux Olympiques" ?
 
Le choix a été clairement assumé, N. Sarkozy participe à la cérémonie d'ouverture, il est le président de la République française, il y va parce qu'on ne boycotte pas le peuple chinois, mais il y va aussi au nom de la République française et de ses valeurs : liberté, égalité, fraternité. Il parlera des dissidents, il parlera, comme on l'a toujours fait, comme J. Chirac le faisait notamment quand j'ai assisté à plusieurs de ses entretiens avec son homologue chinois, comme je l'ai fait moi-même avec le Premier chinois à plusieurs reprises, on demande les progrès en matière de droit de l'homme, et cela se fait droit dans les yeux, en face-à-face. C'est ça la règle asiatique du dialogue.
 
L'Elysée nous apprend que C. Bruni-Sarkozy assistera à une cérémonie religieuse en présence du Daïla Lama en France. Cela risque de ne pas passer inaperçu en Chine et cela ne va pas faire plaisir aux dirigeants chinois non plus ça...
 
Je pense qu'il est clair comme ça qu'on affirme qu'il y a d'un côté le chef religieux, de l'autre côté le chef politique. Donc le chef religieux est quelqu'un, qui naturellement est le bienvenu dans un pays où la laïcité est positive, c'est-à-dire qu'on ne dit pas qu'on est contre les religions, mais qu'on pense que les citoyens ont accès à la religion, mais que la religion, en aucun cas, ne doit être un projet politique. C'est ça la laïcité moderne.
 
Donc c'est C. Bruni qui sauve l'honneur des droits de l'homme en France ?
 
C'est C. Bruni qui participe à ce que le chef religieux soit accueilli en France, comme il se doit. Et je pense que de ce point de vue-là, N. Sarkozy s'affirme comme un homme d'Etat qui pense à long terme. Car très franchement, il y a déjà beaucoup d'intégrisme dans le monde, si on laisse 1,3 milliard de Chinois, renfermés, repliés sur eux-mêmes à l'intérieur de leurs frontières, sans une ouverture sur le monde, on va vers une forme d'ultra nationalisme très préoccupant pour l'équilibre de la planète. C'est pour ça que je suis pour l'ouverture, pour le commerce, pour le tourisme. Plus il y a d'ouverture, moins il y a de dictature.
 
Justement, demain, dans le stade olympique, N. Sarkozy et d'autres dirigeants, dont vous, vous allez assister peut-être à une sorte de démonstration de la puissance du nationalisme chinois. Heureusement, ni G. Brown, ni A. Merkel ni S. Berlusconi n'ont souhaité y aller.
 
Je vois que vous citez S. Berlusconi, on ne le cite pas souvent comme un exemple. Je vois que quand cela vous arrange, vous le citez, quand cela ne vous arrange pas, vous ne le citez pas ! Et quant à G. Brown, je peux vous dire qu'il est assez malicieux ce jeune Premier ministre britannique, parce qu'il va à la cérémonie de clôture, puisque les Jeux Olympiques de Londres prendront le relais des Jeux Olympiques de Pékin. Donc tout ceci est de la mise en scène. Dans les sujets graves, quand il s'agit de l'équilibre du monde, il faut se comporter en homme d'Etat, assumer ses choix. C'est ce que fait N. Sarkozy, c'est son honneur.
 
Je vous cite un autre dirigeant que l'on ne cite pas justement souvent en exemple, c'est G. Bush : il a reçu des dissidents chinois, il ira à la messe à Pékin. Hier, il a encore parlé de sa profonde inquiétude sur l'état des droits de l'homme. N. Sarkozy, lui, donne une interview à l'Agence Chine Nouvelle, pas un mot, pas une allusion, ne serait-ce qu'une petite allusion aux droits de l'homme.
 
N. Sarkozy va rencontrer le président Hu Jintao, il va rencontrer le Premier ministre Wen Jiabao, en tête-à-tête. Je peux vous le dire, il dira ce que sont les valeurs de la France et les perspectives que nous attendons du gouvernement chinois en matière de droits de l'homme. N. Sarkozy est dans la tradition du général de Gaulle, de J. Chirac. Les Chinois, on ne leur parle pas par presse interposée, surtout par presse occidentale, on va en Chine leur parler droit dans les yeux, c'est ça le dialogue asiatique. Et de ce point de vue-là, N. Sarkozy est dans la ligne des grands présidents de la République française qui ont tous respecté cette vieille civilisation chinoise.
 
Trente heures de voyages, à peine 12 heures sur place, "un petit tour et puis s'en va", c'est « Pékin Express » dit Le Figaro ce matin. Est-ce que cela ne montre pas tout de même l'embarras, le malaise du président de la République sur le sujet ?
 
Pas du tout ! Il respecte sa parole, il va à la cérémonie d'ouverture, il y sera ! Il rencontrera le président, il rencontrera le premier ministre, il participera à un banquet de tous les chefs d'Etat. Il est clairement dans sa mission. Il était au mois de novembre en Chine, il n'est pas dans la nécessité du chef d'Etat français de faire un voyage en Chine tous les trimestres.
 
Est-ce que tous ces épisodes, cette hésitation, cette ambiguïté de ces derniers mois, cela n'aura pas conduit le président de la République à la fois à mécontenter les responsables des droits de l'homme et les dirigeants chinois également ?
 
Je pense que le président de la République pense à l'avenir des relations entre la France et la Chine, il pense à la place que doit prendre la Chine dans la mondialisation pour qu'elle ne se renferme pas sur elle-même. De ce point de vue-là, il assume je dirais, une conscience d'avenir, un devoir d'avenir.
 
Est-ce que notre image, l'image des Français est durablement attaquée auprès des Chinois ? Non, non. Vous êtes sénateur, vous ambitionnez officieusement d'être président du Sénat dans un mois. Deux de vos camarades sénateurs, G. Larcher et P. Marini se sont déclarés candidats ; est-ce qu'ils se sont déclarés trop tôt se vous ?
 
Moi, je dirais que la candidature d'abord de P. Marini est d'une certaine manière un évènement, car elle était moins attendue que d'autres. Mais en ce qui me concerne, je préfère l'objectif collectif du 21 septembre, c'est-à-dire l'élection des sénateurs, à l'objectif individuel du 1er octobre. Pour présider le Sénat, il faut rassembler et le rassemblement n'est pas en général favorable avec l'ambition personnelle. Donc je pense que nous avons un accord sur cette ligne politique entre C. Poncelet que j'ai vu mardi dernier, J.-C. Gaudin, H. de Raincourt. Ne précipitons pas les évènements. Pour le moment, l'essentiel est de faire campagne. Je vais aller sur le terrain, je vais aller soutenir, apporter mon appui à des gens comme A. Chatillon en Haute-Garonne, A. Lebrun et P. Paul dans le Finistère, à R. Couderc dans l'Hérault... Un certain nombre de sénateurs qui doivent gagner. On ne va pas les citer tous, mais c'est pour bien vous montrer que ce qui compte ce n'est pas aujourd'hui, le président, mais c'est de faire en sorte que le nombre de sénateurs UMP soit stabilisé à la Haute assemblée. C'est le travail collectif auquel je me soumets.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 7 août 2008

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