Déclaration de M. Xavier Darcos, ministre de l'éducation nationale, sur l'enseignement privé et les orientations du gouvernement en matière scolaire, notamment l'orientation des élèves, Lille le 30 mai 2008. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Xavier Darcos, ministre de l'éducation nationale, sur l'enseignement privé et les orientations du gouvernement en matière scolaire, notamment l'orientation des élèves, Lille le 30 mai 2008.

Personnalité, fonction : DARCOS Xavier.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

Circonstances : Congrès des associations de parents d'élèves de l'enseignement libre (APEL) à Lille le 30 mai 2008

ti :

C'est avec un plaisir sincère que je participe aujourd'hui à Lille au XVe congrès des Associations de parents de l'enseignement libre. Je suis d'autant plus sensible à votre invitation que j'ai pleinement conscience de l'importance de votre mouvement qui rassemble plus de 800 000 familles qui ont fait le choix de l'enseignement libre.

N'oublions pas mesdames et messieurs que l'enseignement sous contrat est associé avec l'Etat. A ce titre, et je tiens à la souligner devant vous, l'enseignement libre n'est pas « en dehors », il fait pleinement partie de l'enseignement de la Nation.

En revanche, ce qui fait l'identité et la force de l'enseignement libre, c'est le rôle qu'y jouent les familles et la contribution décisive qu'elles apportent à la réussite de leurs enfants.

En ce sens, la liberté de l'enseignement, c'est d'abord la liberté des familles et je suis déterminé à la protéger.

D'ailleurs, la relation que l'enseignement libre a su instaurer entre l'école et les familles constitue aujourd'hui un modèle respecté. En effet, c'est bien parmi vous, parmi les familles de l'enseignement libre, qu'est née la notion de communauté éducative, qui est aujourd'hui reconnue par tous, au-delà même des frontières du privé. Elle s'est peu à peu imposée dans le public et est désormais inscrite dans la loi.

Vous le voyez bien, mesdames et messieurs, cet exemple est la preuve que le temps des oppositions stériles entre l'enseignement libre et l'enseignement public est désormais révolu. La vraie modernité du système éducatif, c'est d'avoir su dépasser les anciennes oppositions pour rechercher ce qui, dans chaque secteur de l'enseignement, pouvait être profitable à l'autre.

Vous avez su démontrer, depuis bien des décennies, votre dévouement sincère à la cause de l'éducation et votre capacité à vous réformer pour relever les défis que vous adressait la société. C'est dans cet esprit de réforme, c'est avec cette envie de permettre à l'école de renouer avec une forme d'excellence, que j'ai engagé tous les chantiers que j'ai menés depuis mon arrivée au ministère de l'Education nationale. Je voudrais en citer au moins quatre :

1. Vous le savez, conformément aux engagements du Président de la République, un service d'accompagnement éducatif a été mis en place à l'automne dernier. Il permet aux collégiens dont les parents travaillent et qui ne bénéficient donc pas, entre 16 heures et 18 heures, d'une présence adulte chez eux, de faire leur devoirs sous la conduite d'enseignants ou d'adultes spécialement formés ou encore de pratiquer des activités sportives, artistiques et culturelles. Réservé dans un premier temps aux collégiens de l'éducation prioritaire, il va être étendu à partir de la rentrée prochaine à tous les collèges et aux écoles qui souhaiteront s'y associer. Les élèves du privé pourront donc en bénéficier très prochainement.

2. De plus, j'ai engagé une réforme importante de l'école primaire car je n'accepte pas que 15% de nos élèves soient en situation d'échec lourd à leur entrée au collège.

Cette réforme se traduit en particulier par la rédaction de nouveaux programmes scolaires qui entreront en vigueur à la rentrée prochaine. En effet, jusqu'à présent, les programmes scolaires étaient le plus souvent méconnus voire ignorés des familles en raison de leur longueur, de leur complexité et de leur technicité. J'ai voulu rompre avec cette mauvaise habitude pour en faire des repères accessibles à tous.

Désormais, ils seront clairs, concis et écrits dans une langue accessible à tous. Recentrés sur les apprentissages fondamentaux, ils affichent surtout avec précision les objectifs à atteindre à la fin de chaque année scolaire de sorte qu'il devient possible pour toutes les familles d'accompagner la scolarité de leurs enfants et de contribuer à leurs progrès.

3. En outre, j'ai engagé une rénovation profonde de la voie professionnelle et je sais que l'enseignement libre, notamment catholique, a été un partenaire solide dans la construction de cette réforme. En mettant en place de nombreux baccalauréats professionnels en trois ans, vous avez parfaitement compris qu'il était urgent de revaloriser l'enseignement professionnel et que la réforme proposée allait y contribuer très fortement.

Il faut le souligner, l'enseignement libre, c'est aussi un enseignement professionnel dynamique, fondé sur un projet de réussite de tous les élèves.

4. Enfin, vous le savez, l'Education nationale apporte une contribution importante à la dynamique « Espoir banlieues », voulue par le Président de la République pour créer les conditions d'une véritable égalité des chances partout dans notre pays. Dans ce cadre, nous avons souhaité encourager les établissements privés à ouvrir des classes dans les banlieues. Cette initiative a rencontré un écho très favorable de votre côté et vous avez aussitôt tenu à y apporter votre contribution, qui peut s'appuyer sur une expérience déjà ancienne et sur vos valeurs spirituelles et humanistes. Je tiens donc à vous en remercier très chaleureusement.

Vous le voyez, de nombreux chantiers ont été ouverts, mais il faut aller plus loin et c'est pour cela que j'ai décidé d'engager une réflexion de grande ampleur sur le lycée. En effet, tout le monde s'accorde à reconnaître que le lycée général et technologique fonctionne mal. Deux questions majeures peuvent être brièvement évoquées :
* Tout d'abord, il est évident que le lycée ne prépare pas, ou du moins prépare mal, les élèves à relever les défis qui les attendent dans l'enseignement supérieur, et les taux d'échec dans les premiers cycles universitaires le démontrent d'ailleurs.
* Ensuite, il est également très clair qu'il faut retrouver un meilleur équilibre entre les cours, le temps d'études et celui consacré au travail personnel.

Il nous faut donc imaginer le lycée de l'avenir, c'est-à-dire un lycée plus moderne et plus ouvert, qui laissera davantage d'autonomie aux élèves pour leur permettre d'exprimer leurs talents et d'élaborer des projets. Le lycée de l'avenir sera également plus modulaire. L'équilibre entre les différentes filières sera mieux assuré et les lycéens seront davantage accompagnés. Ainsi, il deviendra possible de lutter contre l'échec que nous connaissons actuellement et de faciliter l'accès des jeunes à l'Université et aux autres formations de l'enseignement supérieur.

Là encore, je sais que je peux compter sur vous pour enrichir, par vos propositions, la réflexion collective. D'ailleurs, vous avez déjà commencé à le faire avec le très riche document général qui m'a été transmis par l'enseignement catholique.

J'y suis très attentif et je puis vous assurer que le mouvement des Associations de parents de l'enseignement libre, comme tous les parents d'ailleurs, sera étroitement associé à la réforme du lycée.

Au coeur de cette réflexion sur le lycée se trouve bien sûr la question de l'orientation que vous avez choisie comme thème principal de votre XVe congrès car vous avez estimé qu'elle est au coeur de la réussite de vos enfants. Je partage totalement votre analyse et j'estime que nous avons, de ce côté-là aussi de grandes marges de progression.

Le sondage que vous avez sollicité en vue de ce congrès est riche d'enseignements de ce point de vue. En effet, 67% des familles interrogées considèrent que l'école n'apprend pas suffisamment l'orientation aux jeunes et près de la moitié pensent qu'elle est subie plutôt que choisie.

En outre, si la plupart d'entre vous estiment que les enseignants ont un rôle fondamental à jouer dans l'orientation des élèves, vous êtes une majorité à affirmer que les familles doivent être plus impliquées dans des choix qui sont bien souvent déterminants pour l'avenir de vos enfants.

C'est dans ce sens que je veux travailler avec vous. En effet, l'orientation a longtemps été délaissée par manque de courage ou de volonté. Aujourd'hui, je crois qu'il est urgent d'agir. L'introduction de parcours des métiers et la généralisation à tous les collèges de l'option de découverte professionnelle en classe de troisième permettent désormais aux jeunes adolescents de se familiariser avec le monde professionnel et d'affirmer leurs aspirations.

Mais ce n'est pas suffisant : au système actuel qui méconnaît les aptitudes de nos enfants et leur voile bien souvent la réalité du monde professionnel, je veux opposer une orientation dynamique et ouverte qui prendra en considération les goûts des élèves et les aspirations de leurs familles.

La mise en place d'entretiens individuels en classe de troisième et de première va faire évoluer notre système dans le bon sens mais je veux surtout que l'orientation de demain soit largement ouverte sur l'environnement économique afin que les familles puissent connaître avec précision les débouchés des différentes filières et les chances de réussite qu'elles offrent à leurs enfants.

Vous le voyez, mesdames et messieurs, les défis sont immenses mais l'enjeu l'est tout autant. En effet, permettre à notre école de redevenir, en France et en Europe le modèle ouvert et généreux qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'incarner, c'est une tâche décisive pour assurer la réussite de nos enfants. Je souhaite que nous l'accomplissions ensemble car j'ai la conviction profonde que nous ne changerons pas notre école si nous ne commençons pas par restaurer le consensus entre l'école et les familles.


Je vous remercie.


Source http://www.apel-sacrecoeur-reims.com, le 20 août 2008

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