Déclaration de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, sur la modernisation de l'appareil diplomatique et les grandes lignes de la réforme du ministère des affaires étrangères et européennes, Paris le 28 août 2008. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, sur la modernisation de l'appareil diplomatique et les grandes lignes de la réforme du ministère des affaires étrangères et européennes, Paris le 28 août 2008.

Personnalité, fonction : KOUCHNER Bernard.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et européennes

Circonstances : XVIè conférence des ambassadeurs du 27 au 29 août 2008 à Paris

ti : Monsieur le Premier Ministre,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Monsieur le Secrétaire général,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Chers Amis,


Je veux d'abord remercier une fois de plus, mais ils le méritent, Alain Juppé et Louis Schweitzer et l'ensemble des membres de la Commission du Livre Blanc pour le remarquable travail qu'ils ont effectué.

L'an dernier, je vous avais dit que je souhaitais faire de ce ministère le ministère de la mondialisation. Je veux aujourd'hui vous présenter la réforme que nous avons décidée à partir du Livre Blanc, à partir de la révision générale des politiques publiques et à partir, tout de même, de quelques convictions avec lesquelles je suis arrivé ici, dont certaines d'entre elles ont été corrigées.

Il s'agit d'un projet de modernisation global et, comme l'a dit Alain Juppé, de longue haleine. Il faudra le suivre, respecter ses étapes, s'acharner. Nous allons modifier les structures de l'administration centrale, réorganiser notre réseau diplomatique et consulaire et réorienter les moyens de la diplomatie publique d'influence. Outre notre organisation, ce sont aussi nos méthodes de travail que nous allons faire évoluer.

La réduction du déficit budgétaire et des effectifs de l'Etat à laquelle notre ministère, comme tous les autres, doit participer n'est ni la raison d'être, ni l'objectif unique de la réforme.

La modernisation de notre ministère doit revêtir, selon moi, trois dimensions prioritaires :

D'abord, remettre le Quai d'Orsay au coeur de l'action extérieure de l'Etat, ce qui passe, à Paris, par une responsabilité réaffirmée de notre ministère dans la mise en cohérence de l'action internationale de notre Etat et, sur le terrain, par le renforcement des pouvoirs de l'ambassadeur.

Permettre aussi à notre ministère de répondre aux enjeux mondiaux auxquels doit faire face notre pays, ce qui suppose de muscler notre expertise sur tous nos dossiers. Nous discuterons de cela à partir de l'exemple précis de la Géorgie qui est intervenu la semaine dernière.

Troisième point, mettre notre ministère au centre du réseau des partenariats (avec les ONG, les universités, les centres de recherches, les entreprises...) sur lesquels repose dorénavant toute action extérieure crédible.

Réussir ce changement suppose que chacun y participe, dans un esprit de responsabilité, de solidarité et de travail en équipe.

Voilà l'esprit dans lequel nous avons conçu cette réforme.

Voici maintenant, si vous le voulez bien, son contenu :

A l'administration centrale, un nouvel organigramme verra le jour courant 2009, dès que les textes réglementaires auront été élaborés.

Il identifiera trois grandes fonctions : l'action politique, le traitement des enjeux mondiaux et le management.


Première décision, la création d'une direction générale en charge de la mondialisation et des partenariats : son appellation définitive pourra être différente.

Les grands enjeux mondiaux dont nous parlons ici, qu'il s'agisse du développement, de l'environnement, de la santé, de l'économie, du savoir, de la régulation financière, sont aujourd'hui traités d'une manière dispersée, vous le savez très bien, et en particulier entre plusieurs directions du ministère. Certains sujets, je pense en particulier à l'énergie, à la démographie, aux migrations, aux religions, sont, faute de moyens, quasiment absents de notre dispositif, alors même que de nouvelles administrations se constituent en France dans ces domaines pour mettre en oeuvre de nouvelles politiques publiques. Et pourtant, ces mêmes enjeux sont désormais au coeur de la compétition mondiale et notre action diplomatique, sauf à perdre toute efficacité, doit pleinement les intégrer.

Comment en effet appréhender la crise géorgienne sans avoir une vision précise des enjeux énergétiques ?

Comment construire un partenariat stratégique avec la Chine sans prendre pleinement en compte la lutte contre le changement climatique ou contre les grandes pandémies ?

Comment proposer une vision française de la mondialisation sans formuler une stratégie en faveur de la diversité culturelle, linguistique et religieuse ?

C'est la raison pour laquelle j'ai considéré que la création d'une direction générale de la mondialisation et des partenariats était nécessaire. Elle sera organisée à partir de quatre pôles :

- La politique d'attractivité, pour mobiliser nos atouts dans la mondialisation, qu'il s'agisse de nos technologies de pointe, de nos capacités de recherche, de notre enseignement supérieur ou de notre expertise technique que nous devons mieux projeter à l'international comme l'a si justement analysé le rapport de Nicolas Tenzer. La structure en charge de cette politique aura la tutelle du futur opérateur, qui fusionnera EGIDE, CampusFrance et la FCI. Elle agira en appui de nos entreprises et sera aussi le correspondant d'UbiFrance.

- La diversité culturelle et linguistique. Ce pôle aura la charge de l'enseignement du français et de l'action culturelle au sens le plus large. Elle pilotera l'opérateur ou les opérateurs qui se développeront à partir de CulturesFrance ainsi que l'AEFE, et reprendra aussi les compétences de l'actuelle direction de l'audiovisuel extérieur. Je partage avec Alain Juppé nos interrogations. Oui nous devons réussir cet exploit. Je vous signale que dans d'autres ministères cet exploit fut déjà réussi, que ce n'est pas nouveau mais si nous ne dirigeons pas politiquement les opérateurs extérieurs, nous avons perdu. Il nous faudra donc veiller à cela, la Commission d'ailleurs nous a mis en garde plusieurs fois.

- Les biens publics mondiaux (environnement, énergie et ressources naturelles, santé, éducation) seront traités en tant que tels dans une direction ad hoc, renforçant la contribution de la France à la réalisation des Objectifs du Millénaire et à la gestion des conditions de développement et des contraintes de la planète. Il s'agira d'assurer la définition des politiques publiques, la négociation et le pilotage de la coopération dans ces domaines. La lutte contre le changement climatique sera évidemment un domaine-clé.

- Enfin, l'économie globale et les stratégies de développement, pour analyser les transformations profondes de l'économie mondiale, pour contribuer à une gouvernance efficace du système multilatéral, à l'établissement de règles du jeu communes. La politique d'aide au développement est l'un des principaux éléments de notre apport à la mondialisation. Je sais qu'il faut l'adapter, qu'il faut la discuter, je sais qu'elle doit être mise en concurrence mais c'est vraiment l'un des principaux éléments, nous ne devons pas perdre cela.

Notre ministère doit retrouver toute la capacité stratégique en la matière et améliorer la tutelle de l'Agence française de développement. Une cellule dédiée à ces fonctions de pilotage et de tutelle sera constituée auprès du directeur général.

D'autres entités au niveau du directeur général traiteront de la coopération décentralisée d'une part, des ONG d'autre part, avec lesquelles notre partenariat sera profondément refondé. Un Conseil stratégique de la coopération non gouvernementale que je présiderai fournira le lieu d'échanges entre le Quai d'Orsay et les partenaires indispensable du mouvement associatif.

Ce schéma ne constitue pas l'absorption d'une direction par une autre, mais résulte de la fusion de différents services du ministère, en premier lieu de la DGCID et de la direction des Affaires économiques, pour croiser les compétences et les talents, pour les potentialiser. Elle devra s'ouvrir de la façon la plus large possible à des compétences nouvelles : non seulement fonctionnaires d'autres administrations mais aussi experts de l'extérieur.

J'ai demandé au secrétaire général de me proposer l'organigramme définitif, qui sera présenté au prochain Comité technique paritaire, et de me présenter les méthodes de travail correspondantes. C'est tous ensemble que nous devons réaliser ces réformes.


Deuxième décision, la création d'une direction de la Prospective.

Cette direction, rattachée au ministre, prendra la succession du Centre d'analyse et de prévision. Elle doit être un lieu d'échanges d'idées et de réflexion, associant de façon aussi large que possible, en respectant leur liberté, les meilleurs représentants de l'université, des think tanks et de la société civile ; elle travaillera aussi sur des sujets fondamentaux et actuellement insuffisamment pris en compte, comme les questions religieuses (une équipe renforcée chargée des Affaires religieuses sera incluse dans la nouvelle direction), prendra en cause une partie négligée comme la démographie mondiale. Comment en effet définir une politique en Birmanie, au Proche-Orient ou encore en Afghanistan ou analyser la campagne électorale américaine sans une connaissance suffisante des phénomènes et des mouvements religieux et de leur interaction avec la politique ? Le directeur de la Prospective sera en outre le correspondant des services français dédiés au renseignement, pour ce qui concerne leurs activités d'analyse ; cette mission doit en effet être pleinement prise en compte par le Département au moment où le Livre blanc sur la Défense et la Sécurité insiste sur l'importance de la fonction d'anticipation.

La nouvelle direction s'appuiera aussi davantage sur le réseau largement méconnu, et en tout cas insuffisamment exploité par le ministère, des centres de recherche en sciences humaines dont nous disposons dans de nombreuses régions.

Je pense également à la publication de "cahiers du Quai d'Orsay" dans lesquels les ambassadeurs et leurs équipes pourraient publier, pour la connaissance de tous - en dehors de télégrammes -, leurs réflexions.


Troisième décision, le renforcement du pôle politique :

La valeur ajoutée de ce ministère, c'est à la fois l'analyse, la connaissance et l'expérience du terrain et la maîtrise de la négociation internationale. Ces deux éléments sont complémentaires et appartiennent au même domaine politique. Les affaires politiques, sous l'autorité du secrétaire général, forment un tout. C'est la raison pour laquelle nous avons pris les trois décisions suivantes :

- Les directions géographiques doivent être réellement à même de définir dans leur zone une politique cohérente correspondant à nos intérêts, aux intérêts de la France. A cette fin, elles doivent avoir une vision d'ensemble des politiques et des actions menées par tous les opérateurs publics français et aussi par nos partenaires bilatéraux et multilatéraux. Elles doivent être en mesure de connaître tout cela avec précision.

Les moyens notamment financiers mis en oeuvre, notamment sur le plan financier, par le Quai d'Orsay mais aussi par les autres ministères. Le secrétaire général a lancé, dans ce domaine, un travail novateur : chaque direction a désormais une vision globale de l'allocation des moyens dans sa région. Ce travail facilitera les arbitrages sur la répartition géographique de ces moyens.

- Compte tenu de l'imbrication croissante de la Politique étrangère et de sécurité commune (PESC) et de l'action extérieure de l'Union européenne, le directeur politique s'appuiera sur une direction de l'Union européenne intégrant le service de la PESC.

- Le directeur politique assurera donc la synthèse entre le bilatéral et le multilatéral.


Quatrième décision, la création du centre de crise :

La gestion de crise est désormais - cela ne date pas d'hier, mais cela se renforce, hélas, terriblement - un élément majeur de notre politique internationale, nous le savons d'expérience. J'ai donc décidé de créer un outil performant animé par une équipe permanente d'une cinquantaine d'agents, intégrant tous les aspects d'une crise, l'humanitaire, bien sûr, et la protection de nos ressortissants avant tout. Cette équipe travaillera avec l'ensemble des administrations de l'Etat concernées. J'ai tenu à ce que ce nouveau centre soit opérationnel dès le 1er juillet pour le début de la Présidence française de l'Union européenne. Les récents événements de Géorgie ont prouvé la pertinence de ce choix. Je vous incite à aller visiter les nouvelles installations. Je demande que cette culture de l'urgence soit partagée par chacun d'entre vous. Car vous en êtes à la fois les informateurs et les agents privilégiés. En particulier les attachés humanitaires à qui je demande aussi de s'occuper de l'adoption internationale et pour cela de prendre contact avec Rama Yade.


Cinquième décision, la mise en place d'un conseil de direction du ministère.

Autour du secrétaire général, qui, en mon nom, dirige l'ensemble des services de ce ministère, se rassemble le directeur de cabinet, le secrétaire général adjoint, l'inspecteur général, les trois directeurs généraux, le directeur de la DCI et le directeur de la prospective. Agissant donc comme le "board" de ce ministère, ce conseil aura un rôle central de pilotage de l'action politique et dans l'organisation de la réforme du ministère, ce que souhaitait Alain Juppé tout à l'heure. Une réforme qui resterait simplement à la disposition de chacun d'entre vous ne serait pas une réforme qui passerait dans les faits. Il faut une direction de tout cela, l'application de la réforme en dépend.


Deuxième grande partie, la réorganisation du réseau diplomatique.

Le président de la République et le Premier ministre ont décidé le maintien d'une présence diplomatique universelle : c'est un acquis fondamental et je remercie une fois de plus Alain Juppé de ce qu'il en a dit : notre réseau diplomatique demeure universel.

S'agissant de la carte de nos implantations, notre réseau sera réorganisé sur la base de trois catégories d'ambassades, comme Alain Juppé l'avait esquissé devant vous, selon les missions qu'elles sont appelées à remplir : une trentaine d'ambassades à compétences élargies, une centaine d'ambassades à missions prioritaires et une trentaine d'ambassades de présence diplomatique.

Un travail a été lancé sous l'égide du secrétaire général vous demandant d'identifier les missions stratégiques qui doivent continuer à être assurées dans vos pays de résidence. Ce dialogue que vous conduisez avec les directions géographiques conduira à retenir d'ici la fin de l'année les missions qui vous seront fixées et les moyens qui vous seront alloués en conséquence.

- Les ambassades à compétences élargies couvriront toute la gamme des fonctions de l'Etat à l'étranger (politique, consulaire, économie, sécurité, coopération et/ou action culturelle). Elles devront sensiblement modifier leurs modes de fonctionnement par la création de pôles de compétences interministériels. J'insiste beaucoup là-dessus ; pour avoir éprouver ce sentiment, je sais que certains des ministères ne se sentent pas très proches des ambassades. Il faut qu'ils se sentent à l'aise dans les ambassades ; c'est la Maison de la France. Toutes les activités interministérielles doivent s'y retrouver. Certains effectifs seront réduits sur les trois prochaines années, afin de contribuer au renforcement de l'administration centrale et de nos postes dans les pays émergents ou les pays en crise. Vous savez qu'il y a deux missions pilotes qui sont menées : l'une à Berlin et l'autre au Sénégal. Il serait intéressant que nous vous fournissions les premiers éléments de conclusion.

- Une centaine d'ambassades à missions prioritaires concentreront leurs activités sur un certain nombre d'objectifs bien définis selon les pays et leurs divers contextes, en adaptant leurs effectifs en conséquence.

- Une trentaine d'ambassades de présence diplomatique privilégieront une diplomatie d'influence par la constitution d'un réseau de contact. Ils assureront en outre une voire deux missions (économique, consulaire, politique...). La direction de ces ambassades impliquera un investissement personnel et professionnel accru. Je souhaite qu'elles soient confiées en priorité à des agents choisis pour leur dynamisme, leur polyvalence et leur maîtrise des nouvelles technologies d'information et de communication, en particulier à de jeunes conseillers des Affaires étrangères. J'ai demandé à cet effet une modification du décret de 1969.

Cette répartition des postes est par nature appelée à être modifiée en fonction de nos intérêts et des enjeux propres à chaque pays.

J'ai obtenu que votre autorité sur l'ensemble des services de l'Etat et de ses opérateurs sur le terrain - grâce à l'appui de la Commission - soit renforcée. Le décret de 1979 sur les pouvoirs des ambassadeurs est plus que jamais le fondement de vos responsabilités élargies. Mais l'autorité n'est pas seulement une affaire de décret. C'est désormais à vous de démontrer votre capacité à être le vrai patron des services de l'Etat à l'étranger. Et nous devrons bien vite aborder les problèmes de formation.


Modernisation du réseau consulaire.

Notre réseau consulaire, lui aussi, doit être modulé, notamment en dehors des capitales, en fonction des besoins de nos compatriotes et de leurs familles et du rayonnement de notre pays.

Il y a des endroits où une activité strictement consulaire ne se justifie plus mais où le renforcement de notre présence économique, culturelle et politique est indispensable. Je pense d'abord aux pays de l'Union européenne, dans lesquels les progrès de la citoyenneté européenne modifient en profondeur les activités consulaires et où la montée des pouvoirs locaux rend nécessaire une présence dans les régions. Je demande au secrétaire général, en liaison avec le directeur des Français de l'étranger, du directeur de la Coopération européenne et de nos ambassadeurs en Europe, de me présenter les éléments d'un plan de transformation profonde de notre réseau consulaire européen. Avec certains pays - je vous l'avais dis l'an dernier -, l'Espagne et l'Italie, par exemple, nous avons décidé ensemble de supprimer des consulats. Ce qui est d'ailleurs beaucoup plus douloureux pour l'Italie, qui a beaucoup de consulats en France, que pour nous qui en avons déjà supprimé en Italie, dont un à Venise. Voilà, avec ces deux pays, c'est déjà fait et cela a été salué par le président de la Commission européenne comme un geste profondément européen. Il faudrait le faire partout. Nous allons le faire partout. Ce sera évidemment avec mesure et concertation. Je demande au secrétaire général, en liaison avec le directeur des Français de l'étranger, le directeur de la Coopération européenne et nos ambassadeurs de nous présenter les éléments d'un plan de transformation.

Dans d'autres pays au contraire, le développement de nos entreprises et l'accroissement de notre communauté impliquent la création et le renforcement de nos consulats. Je pense naturellement aux pays émergents, à l'Inde, à la Chine et à la Russie notamment, où notre présence consulaire est en plein essor.


Un mot de la diplomatie d'influence et développement.

Le Livre blanc, une fois de plus, et la RGPP ont réaffirmé que la diplomatie publique d'influence - c'est-à-dire la capacité pour un pays de promouvoir sa culture, sa langue, ses conceptions sociales et ses idées, constitue un élément central de notre politique étrangère.

A l'heure où nos principaux partenaires augmentent largement les moyens consacrés à cette forme de diplomatie, il est indispensable de renforcer l'efficacité de la nôtre, tout en préservant ses atouts : la connaissance du terrain, les partenariats noués de longue date, l'adaptation à la demande locale, la capacité à susciter des financements extérieurs. C'est indispensable.

J'ai donc proposé de fusionner partout où cela est possible nos services de coopération et d'action culturelle en ambassade avec nos centres et instituts culturels. Ces nouvelles entités, qui permettront de regrouper nos forces et nos moyens, bénéficieront de l'autonomie financière. Elles seront placées sous votre autorité. Des missions pour la science et la technologie seront maintenues dans les grands pays scientifiques. La carte de nos implantations culturelles continuera à évoluer, bien sûr, en fonction de l'évolution du monde. Nous poursuivrons notre partenariat privilégié avec l'Alliance française.

Les nouvelles plateformes, ces "Espaces France", recevront un label unique. Chacun connaît les instituts Goethe, les British councils, les instituts Cervantes. Il est temps qu'un identifiant unique caractérise ces lieux de rayonnement et d'influence française à l'étranger. J'ai présenté avant-hier aux journées de la DGCID quelques idées, par exemple le nom d'une grande personnalité de la culture française incarnant les valeurs qui nous sont chères ; j'ai proposé Albert Camus. J'aime son combat pour la liberté de l'homme ; j'aime lorsque, dans "Les Justes", il proclame "qu'il ne suffit pas de dénoncer l'injustice mais qu'il faut donner sa vie pour la combattre" - c'est mon idée, mais cela sera discuté. N'est-ce pas là finalement la vocation ultime de notre diplomatie ?

S'agissant du développement, il est désormais essentiel, je l'ai déjà dit tout à l'heure, que notre ministère assume le rôle principal dans la définition des politiques ; y compris sous l'angle de la communication publique. Avec Alain Joyandet, je me suis battu pour que nous obtenions de nouveaux leviers pour exercer ce rôle : et notamment pour exercer une véritable tutelle politique de l'Agence française de développement.

A Paris, outre la création de la nouvelle direction générale, la gouvernance de l'AFD sera revue et ses statuts modifiés en conséquence. Le Conseil d'Etat a certes émis des objections à ce que le ministre chargé de la Coopération puisse exercer la présidence du conseil d'administration de l'Agence. Nous travaillons donc actuellement à une formule équivalente.

Sur le terrain, la modification des statuts de l'AFD permettra de les adapter au décret de 1979. Il sera créé, dans les ambassades, un pôle développement sous l'autorité de l'ambassadeur auquel participera le représentant local de l'AFD, ainsi naturellement que le conseiller de Coopération et d'Action culturelle (COCAC). Il y a là aussi un problème de formation ; il y a des ambassadeurs qui n'aiment pas le développement, ceux-là on s'arrangera pour ne pas les mettre dans les postes comportant beaucoup d'activités de développement.


J'en termine avec ce que la réforme signifie pour chacun d'entre vous

Ce nouvel organigramme de l'administration centrale, cette réforme des réseaux diplomatique, consulaire et de la diplomatie d'influence, l'ensemble de nos structures connaîtront, dans les années à venir, des évolutions importantes. Tout cela ne se fera pas en un jour, bien entendu. Cependant, ces réformes n'auront de sens que si elles s'accompagnent d'un changement profond dans notre culture collective et dans nos modes de fonctionnement. La réforme ne réussira que si ceux qui font la force de ce ministère par leur talent et leur mobilisation voient leurs conditions de travail et de vie changer concrètement.

Les agents sont attachés à ce ministère. Ils travaillent beaucoup, ils rentrent tard ; ils sont mobilisés, notamment les jeunes, jour et nuit par les crises. Pour assurer cette fonction de réaction qui est aussi le quotidien du métier de diplomate, ils sacrifient beaucoup de leur vie. Et pourtant, ils exercent leur métier dans des conditions trop difficiles.


Il faut améliorer les conditions de travail au quotidien :

Il ne s'agit pas de se payer de mots, mais de prendre des mesures, qui changent concrètement la vie quotidienne de nos agents. J'ai donc demandé au secrétaire général qui en a fait sa ligne directrice et qui a beaucoup consulté ces derniers mois de mettre en oeuvre des mesures concrètes sur les déplacements des agents et sur les moyens de communication.

Dans quelques mois, un nouveau cadre de travail sera en place, avec les emménagements idoines dans de nos nouveaux immeubles à la Convention et à La Courneuve. J'ai veillé personnellement à la qualité des aménagements intérieurs, lesquels ne sont pas définitifs, ils demeurent modulables. En 2009, seront lancées les études puis les travaux de rénovation du Quai d'Orsay lui-même.


Nous souhaitons promouvoir l'égalité des hommes et des femmes

Après avoir évoqué la situation de nos agents les plus jeunes, je voudrais aussi parler de celle des femmes de ce ministère. J'ai toujours été, dans toutes les responsabilités que j'ai exercées, attentif à cet objectif de justice élémentaire qui est en même temps un impératif d'égalité. Nous devons continuer à tout faire pour favoriser la promotion des femmes, aujourd'hui encore sous-représentées dans les plus hautes fonctions de ce ministère.

D'ores et déjà, les réunions que j'ai menées autour de la Journée internationale des femmes, le 8 mars dernier, m'ont permis de prendre des décisions que je veux vous rappeler :

Premièrement, nous devons nous atteler à un objectif de parité des promotions. Ce n'est pas fait.

Deuxièmement, je souhaite que l'on cesse de convoquer des réunions après 17h, qui se font systématiquement au détriment de ceux (en pratique de celles) qui assument des responsabilités familiales. Cela n'est pas toujours possible, je le sais, et en particulier au centre de crise.

Troisièmement, nous devons enfin poursuivre le développement des places en crèches comme nous le faisons autour du nouveau site de la Convention.


Il faut également prendre en compte le mérite dans les rémunérations et le déroulement des carrières.

Changer de culture collective, c'est aussi mieux récompenser ceux qui occupent les fonctions les plus exposées, ceux qui font preuve d'imagination et d'audace. Je veux que le critère du mérite soit pleinement pris en compte dans les nominations et dans les rémunérations. C'est pour cette raison que j'ai demandé que le décret de 1969 soit modifié pour supprimer l'obligation d'être conseiller des Affaires étrangères hors classe pour être nommé ambassadeur.

En matière de rémunérations, je veux que les régimes évoluent, à l'administration centrale comme dans les postes, pour augmenter la part liée au mérite et à la difficulté réelle des fonctions :

- à l'administration centrale, l'effort d'augmentation des primes, engagé depuis plusieurs années, sera poursuivi cette année et dans les prochaines années grâce à la récupération des économies dégagées par nos réductions d'effectifs. Je souhaite que le ministère joue un rôle pilote dans la mise en place de la nouvelle prime de fonctions et de résultats créée par la fonction publique, qui permettra d'accroître la part variable de la rémunération.

- s'agissant des rémunérations à l'étranger, je me suis battu pour que les indemnités de résidence ne soient ni fiscalisées, ni ponctionnées pour financer la hausse des rémunérations en administration centrale. En contrepartie, nous avons la responsabilité de faire évoluer ce régime, notamment pour mieux refléter la réalité des fonctions exercées.

J'ai décidé de commencer par la grille 1, c'est-à-dire par la vôtre, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, les différences entre pays résultant plus de stratifications historiques que d'une évaluation objective de vos fonctions. A partir du 1er novembre, certains ambassadeurs particulièrement exposés, comme ceux en poste à Kaboul, à Islamabad, à Alger, à Beyrouth ou à Bagdad, ainsi que des ambassadeurs dont les fonctions sont particulièrement lourdes verront leurs indemnités augmenter sensiblement, tandis que d'autres seront revues à la baisse. Dans les mois à venir, les grilles des autres catégories de personnels seront simplifiées et définies sur la base des fonctions réellement exercées.


Enfin, il faut changer nos méthodes de travail.

Il faut moderniser nos méthodes de travail, pour que le ministère en finisse avec le poids des habitudes, habitudes "dorées" certes mais habitudes. Nous devons passer à une culture du résultat.

D'abord, chacun doit se sentir responsable : les directeurs, qui doivent être en mesure de mettre en oeuvre les orientations fixées sans avoir à en référer, les ambassadeurs, notamment dans leurs contacts avec la presse ou dans les préparations des dossiers de visite, mais aussi les sous-directeurs et les rédacteurs, dont l'esprit d'initiative est un bien, un formidable bien pour cette maison.

J'attends des ambassadeurs et des directeurs qu'ils forment les jeunes agents, fassent preuve de la pédagogie nécessaire, récompensent les mérites et sanctionnent les insuffisances, qu'elles soient de gestion ou de comportement.

J'attends de la DGA, et de son nouveau directeur général, qu'elle accompagne cet effort, dans un esprit de partenariat, en contribuant à la levée des multiples contraintes et lourdeurs que, trop souvent, nous nous imposons à nous-mêmes. Je lui demande de passer d'une culture de la prescription à une culture de la prestation de service.

Enfin, il faut que ceux qui travaillent beaucoup, notamment les jeunes, soient assurés que leur travail est utile, ce qui suppose d'alléger et de simplifier. Les tâches bureaucratiques s'accroissent en effet au détriment de votre coeur de métier c'est-à-dire la réflexion, l'analyse et la proposition. Il faut sans délai prendre des mesures simples permettant concrètement d'y remédier : publier des argumentaires sur diplonet, limiter les commandes de note, cibler la correspondance télégraphique à ce qui est indispensable à l'information des autorités, mettre en place une messagerie sécurisée pour fluidifier les échanges, déléguer aux postes la préparation des dossiers de visite...

Ceci en permettant à chacun de se sentir responsable. C'est ainsi que nous démultiplierons la capacité de travail et d'initiative de ce ministère.

Car ces réformes immenses ne sont pas celles d'un ministre, ni d'un gouvernement. Ce sont celles d'une administration moderne, consciente des défis de notre monde et décidée à y répondre.

Ce dossier de la réforme est pour moi central. Je m'y impliquerai aux côtés de chacun d'entre vous. Je sais que les ministres ne laissent pas grand-chose de leur passage. Mais j'aimerais que dans ces quelques années, s'il reste quelque chose de mon passage ici, ce soit cette vraie réorganisation de notre travail.

C'est une ambition élevée, trop élevée peut-être, mais je la forme pour nous tous, pour vous.


Je vous remercie.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 29 août 2008

Rechercher