Interview de M. Jean-Louis Borloo, ministre de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de l'aménagement du territoire, à France 2 le 29 août 2008, sur l'extension progressive du "bonus-malus" écologique à la suite du Grenelle de l'environnement, et la mise en place du revenu de solidarité active (RSA). | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Louis Borloo, ministre de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de l'aménagement du territoire, à France 2 le 29 août 2008, sur l'extension progressive du "bonus-malus" écologique à la suite du Grenelle de l'environnement, et la mise en place du revenu de solidarité active (RSA).

Personnalité, fonction : BORLOO Jean-Louis, SICARD Roland.

FRANCE. Ministre d'Etat, ministre de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de l'aménagement du territoire ; FRANCE. Parti radical, président;

Circonstances : Université d'été du Parti radical à Montélimar (Drôme) les 30 et 31 août 2008

ti : R. Sicard.- Bonjour à tous, bonjour J.-L. Borloo.
 
Bonjour.
 
On reparle ce matin du bonus/malus, ça existe pour les voitures, ça taxe les voitures polluantes, ça fait un bonus moins cher pour les voitures peu polluantes et on dit ce matin dans la presse que ça pourrait être étendu et notamment aux télévisions. C'est vrai ? C'est faux ?
 
Alors, d'abord, c'est quoi le bonus/malus ?
 
Je l'ai un peu expliqué.
 
Il s'agit de donner un bonus au consommateur qui choisit des produits peu consommateurs d'essence, peu consommateurs d'énergie, peu polluants, luttant contre l'effet de serre. Alors, on l'a inventé pour les voitures, on a distribué 500 000 bonus et on a déplacé de 43 % le marché, c'est-à-dire qu'il y a 43 % de gens qui ont choisi des voitures, ou hybrides ou peu consommatrices, peu émettrices ou électriques, au détriment de voitures très polluantes. Alors, devant ce nouveau prix, ce juste prix inventé, eh bien l'idée c'est de commencer à le généraliser sur un certain nombre de familles de produits, le principe étant toujours de donner une aide à l'achat, de modifier le prix des produits respectueux de l'environnement, financés par des produits, dans la même famille, qui eux, sont moins respectueux de l'environnement. Alors, évidemment, on travaille sur une centaine de familles de produits...
 
Mais, ça va se faire sur les télés, ou pas ?
 
Ecoutez, aucune décision n'est prise à ce jour. On a regardé les téléviseurs comme une centaine de produits, on décidera ça en décembre, pour l'instant rien n'est décidé.
 
Donc, la presse, ce matin, dit : 15 % de plus pour les téléviseurs les plus polluants. C'est faux.
 
Mais ça ne marche pas comme ça, la question c'est : quel est le bonus que l'on donnerait aux produits, si c'était des télévisions - honnêtement aucune décision n'est prise à ce jour - quel est le bonus que l'on donnerait et par quel malus on le finance. Voilà, donc c'est un équilibre général, tout ça doit être neutre, mais l'idée c'est de distribuer du pouvoir d'achat au profit de l'achat de produits respectueux de l'environnement et qui consomment beaucoup moins d'énergie.
 
Vous disiez que ça a très bien marché pour la voiture, il y en a même un que ça inquiète, c'est E. Woerth, le ministre du Budget, il trouve que ça marche même trop bien, que ça coûte trop cher. Lui préfèrerait peut-être un malus/malus, c'est-à-dire simplement une taxe pour ce qui pollue beaucoup, et puis pas de bonus pour ce qui ne pollue pas.
 
Non, mais, orienter le consommateur vers des produits écologiquement responsables, ce n'est pas taxer les produits qui ne le sont pas, il faut orienter. D'autres pays ont fait des taxes écologiques : simplement taxer, punitif. Ça n'a pas déplacé les achats de voitures. Au fond, c'est le bonus qui déplace, en réalité, et pour que ce soit à peu près neutre pour les finances publiques, il faut trouver le curseur pour que ça soit financé par du malus.
 
Et vous êtes soutenu par...
 
Mais le vrai, le vrai sujet, c'est le bonus écologique, c'est le nouveau prix écologique, c'est le juste prix.
 
Vous êtes soutenu par N. Sarkozy, là-dessus ?
 
Oh, oui, je crois que là on est sur une... C'est le plus gros enfant du Grenelle. Vous savez, on est dans un système d'économie de marché où, qu'un produit soit polluant, utilise beaucoup d'énergie ou pas du tout, c'était la même chose. Ce capitalisme-là n'a pas d'avenir. Il faut modifier notre modèle économique, il faut inventer le 3ème prix. Il y avait le prix dirigé, prix société communiste, il y avait l'économie de marché, il faut inventer maintenant une économie de marché du nouveau type, qui est une économie de marché écologique.
 
Vous parliez du Grenelle, les Verts disent qu'il n'y a pas de résultat, que c'est une trahison.
 
La preuve, le bonus/malus est un résultat tout à fait spectaculaire. Vous savez que...
 
Mais, ils sont très déçus, eux.
 
Ecoutez, c'est normal, ils essaient d'occuper un espace politique. Bon, un certain nombre d'entre eux y ont participé et ont soutenu, le problème c'est les Français, excusez-moi, ce n'est pas les commentaires ou les commentateurs. Prenez le bâtiment ; le président de la Fédération du bâtiment disait hier : heureusement qu'il y a le Grenelle de l'Environnement, heureusement qu'il y a cet énorme chantier de plus de 400 milliards d'euros, pour mettre aux normes, pour faire des économies d'énergie dans le bâtiment, pour soutenir l'activité. Donc, la croissance verte, le relais de croissance verte, dans les 5 ou 10 ans qui viennent, sera évidemment là.
 
Pour l'instant, le chômage augmente.
 
Il a augmenté légèrement, là, ce mois-ci. Sur l'année, il est en baisse de 2 %, mais enfin il est clair qu'il faut accélérer.
 
Sur le RSA, N. Sarkozy a décidé qu'il serait financé par une taxe sur les revenus du capital, ça fait grincer de dents à droite. Qu'est-ce que vous en pensez ?
 
Pour moi, c'est une mesure absolument cruciale et essentielle. Je veux dire, j'en ai rêvé dans le plan de cohésion sociale...
 
Quand vous étiez ministre des Affaires sociales.
 
D'ailleurs, dans le texte, on a autorisé l'expérimentation. C'est crucial ! Je me suis réveillé, quand la décision a été prise par le Président, je me suis dit : enfin ! Vous savez, ça va toucher plus de trois millions de familles, pas seulement trois millions de personnes, trois millions de familles, des femmes seules, qui élèvent seules des enfants avec l'allocation « parent isolé », qui, allant reprendre un travail, parfois en contrat de professionnalisation, parfois en mi-temps au départ, pouvoir s'occuper de ses enfants, perdaient de l'argent. Mais enfin, est-ce que vous réalisez ce que ça voulait dire ? Donc, on avait une partie de la population française qui était dans un système dont elle ne pouvait plus sortir. Quand M. Rocard a inventé le RMI, il y a longtemps, c'était une avancée, c'était une espèce de parachute, mais c'était fait pour 300 à 400 000 personnes ; on était à 1,2 million d'érémistes, avec l'API à plus de 3 millions. C'est révolutionnaire, c'est probablement la mesure sociale, mais positivement sociale, aller retrouver du travail, retrouver de la dignité, se remettre dans un univers de travail, avec des collègues, retrouver ce plaisir, ce goût, et enfin avoir plus de revenus. Actuellement, reprendre un travail pour un érémiste, c'est perdre des revenus. C'était profondément inacceptable, c'était ce qui a d'ailleurs détourné les Français du mot social, parce que le mot social ne correspondait plus à la dignité. C'est la mesure peut-être la plus importante de ce quinquennat.
 
Je passe du coq à l'âne. J. Bové risque d'être condamné pour avoir fauché des OGM qui sont aujourd'hui interdites. C'est sévère, c'est normal ?
 
Ecoutez, le politique a pris ses responsabilités : le moratoire sur les OGM, plus d'OGM commercialisés en France. Par ailleurs, la justice fait son travail, ce n'est pas à moi de commenter.
 
Vous êtes ministre de l'Ecologie, vous êtes aussi président du Parti radical, c'est le plus vieux parti de France, mais c'est un petit parti. Il tient ses universités d'été ce week-end. Qu'est-ce que vous voulez faire avec ce parti ?
 
Vous savez, c'est un parti extraordinaire, parce que si vous regardez l'histoire de notre pays, la République, il a toujours été présent dans les changements radicaux : l'instauration de la République, de la laïcité, de l'égalité des chances. Bon, et puis on est resté après sur ce modèle-là pendant longtemps, et maintenant on rentre dans un nouveau siècle, dans un nouveau monde, avec une crise de l'énergie, crise majeure de l'énergie, une crise alimentaire, une crise du modèle capitaliste, et donc il faut des solutions radicales. Le nouveau prix écologique est une solution radicale, le RSA est une solution radicale. Passer un accord avec l'Afrique pour son autonomie énergétique et son développement, c'est radical. Alors, le Parti radical retrouve sa place, dans un moment où il faut des réformes radicales, pour notre pays, pour l'Europe et pour le monde.
 
Vous allez fusionner avec les Radicaux de gauche, qui, eux, sont proches du Parti socialiste ?
 
Non, on ne va pas fusionner avec les Radicaux de gauche. On a un certain nombre de contacts amicaux, fraternels, positifs avec les Radicaux de gauche. Non, vous savez, notre université, ça va être un grand moment de bouillonnement. On a fait venir Jerry Rifkin (phon) l'Américain, il y a des ministres africains, il y a H. Guaino, il y a J.-C. Rufin. Ça va être un lieu de confrontations, parce que la politique ce n'est pas juste des accords, comment on essaie d'attirer des gens ou... Non, la politique c'est d'abord avoir une vraie vision de la société que l'on veut bâtir.
 
Merci.
 
Le Parti radical, c'est ça.
 
Merci J.-L. Borloo.
 
Merci.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 29 août 2008
 

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