Interview de M. Xavier Darcos, ministre de l'éducation nationale, à LCI le 29 août 2008, sur la rentrée scolaire, les effectifs des enseignants et les heures supplémentaires. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Xavier Darcos, ministre de l'éducation nationale, à LCI le 29 août 2008, sur la rentrée scolaire, les effectifs des enseignants et les heures supplémentaires.

Personnalité, fonction : DARCOS Xavier.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale

ti :
 
 
C. Barbier.- Plus d'école le samedi matin en primaire. Pourquoi ne pas avoir différé cette mesure, qui pose visiblement des problèmes à de nombreuses communes rurales ?
 
Cela pose quelques problèmes, mais enfin, nous avons décidé cela, il y a déjà de nombreux mois. Il s'agit en fait de ne pas travailler le samedi matin, pour rendre le samedi matin aux familles, et du coup, de récupérer deux heures, qui seront consacrées aux élèves le plus en difficulté dans les classes. Donc, il faut organiser ces deux heures, c'est-à-dire une demi-heure par jour, au sein de la semaine. En gros, les choses se mettent en place. Il y a quelques difficultés, liées parfois au transport scolaire...
 
Combien de communes vont ont-elles alerté ? Comment le ministère les aide-t-il ?
 
Une minorité de communes nous a alertés, qui sont en effet des communes rurales, qui se trouvent souvent dans des regroupements où il y a du transport scolaire. Mais on peut très bien organiser cette demi-heure dans la pause méridienne, comme on dit, c'est-à-dire, entre midi et deux heures, on peut dégager une demi-heure pour s'occuper du petit groupe de quatre ou cinq enfants qui vont un peu moins bien que les autres. Je pense que tout cela va se mettre en place, et nous avons tout donné tout le mois de septembre pour que les choses viennent. Je ne suis pas inquiet, les choses se mettront en place.
 
Alors, un livret est remis aussi aux parents en cette rentrée présentant les programmes du primaire. N'êtes-vous pas dans une logique réactionnaire, un peu archaïque ? On retrouve le retour de la récitation, de la grammaire, le vouvoiement est même recommandé ?
 
Je ne me pose pas ces questions. La question que nous nous posons, c'est, comment fait-on pour arrêter cette situation qui est particulière à la France où un élève sur quatre ou sur cinq ne sait pas lire en rentrant en 6ème, et que, lorsqu'on prend ces élèves qui ne savent pas lire, ce sont généralement ceux qui, sur le plan social, vont le plus mal, qui viennent des milieux les plus défavorisés. Un fils de cadre a sept ou huit chances de plus de savoir lire qu'un fils d'ouvrier en rentrant en 6ème, ce n'est pas acceptable. Donc, il faut que nous revenions à des exercices simples, clairs, transparents, à des automatismes, qui permettront aux enfants les plus modestes de se repérer plus facilement. Ceux qui sont dans un univers culturel plus favorable, ils se débrouilleront toujours ; les parents utiliseront les moyens qu'il faut pour les faire progresser. Mais les autres...Donc, ces fondamentaux, ce retour à l'essentiel, ça n'empêchera pas les enfants de penser, mais ça leur donnera ces automatismes dont on a besoin pour se construire plus tard.
 
Alors, vous avez déclaré : "l'année qui vient sera l'année des enseignants", et en même temps, vous annoncez 13.500 suppressions de postes en septembre 2009, en plus de ce que vous avez supprimé cette année. C'est un peu contradictoire. C'est l'année de moins d'enseignants quand même !
 
Oui mais les enseignants dont il est question, ceux que nous allons retirer, ce sont des professeurs qui ne sont pas devant élèves. Je rappelle que nous avons près de 30.000 professeurs qui n'enseignent pas, et qui sont dans des obligations de toute nature, que nous avons un système de remplacement qui mobilise 50.000 professeurs, et 20 % de ce potentiel n'est pas utilisé. Donc, cela n'aura pas d'effets sur l'offre éducative.
 
Il y aura toujours autant de profs devant les élèves ?
 
Mais bien entendu, c'est d'ailleurs le cas à cette rentrée, vous allez voir, mardi prochain. Est-ce que vous pensez que les élèves vont se trouver devant des classes vides, avec des professeurs qui ne seront pas là, avec des options fermées ? Bien entendu, l'offre éducative sera là.
 
Vous ne cherchez pas à faire monter le nombre d'élèves devant les profs, parce que vous, vous ne croyez pas à la règle du 25 ou du 20 élèves par classe ?
 
Je tiens à vous dire que, par paradoxe, et je le dis devant tout le monde qui nous entend, à cette rentrée, il y aura un petit moins d'élèves par classe en moyenne au niveau national qu'à la rentrée dernière, parce que nous avons perdu beaucoup plus d'élèves que prévu. Nous avions pensé perdre 25.000 élèves dans le second degré, nous en avons perdu 50.000 ; on nous avait dit que nous aurions 25.000 élèves de plus dans le primaire, nous en avons eu seulement 910 de moins. Donc, nos chiffres n'étaient pas exacts et donc, la situation n'est pas tendue. Alors je reviens quand même à l'amélioration de carrières, parce que l'important, ce n'est pas d'être à tout prix de plus en plus nombreux, c'est que les professeurs aillent mieux. Et donc, nous avons pris des décisions qui sont importantes.
 
Alors, 1500 euros pour un jeune enseignant, 500 euros, pour les enseignants qui effectueront trois heures supplémentaires. Vous achetez la paix sociale ?
 
Non, mais en tous les cas nous reconnaissons les difficultés du métier. Un mot sur les 1500 euros. D'abord, ce n'est pas rien, c'est une somme importante...
 
"Ça existait déjà", a dit le SNES...
 
Oui, mais ça existait pour un certain nombre d'incitations. Ce que j'apporte s'ajoute à ce qui existait déjà, ici ou là, pas partout. Il y avait des régions défavorisées, on encourageait les professeurs à venir. 1500 euros, ce n'est pas seulement parce que on veut encourager les jeunes professeurs, mais c'est reconnaître une profession. Confier son enfant à un professeur, ce n'est pas comme faire réparer quelque chose chez soi ; c'est un acte fort, et je veux qu'on reconnaisse la dignité, la spécificité de cette profession. Quant à ce que vous citiez à propos des trois heures supplémentaires, je voudrais dire un mot là-dessus tout de même. Un professeur qui va prendre trois heures supplémentaires, plus cette prime de 500 euros, ça va lui faire 20 heures ou 21 heures au maximum de cours, 20 heures ou 21 heures. Il va toucher donc 4.400 euros pour ces trois heures supplémentaires et cette prime. J'entends dire que ce sont des mesuretttes, je ne sais pas ce que pensent les salariés de ce pays lorsqu'on annonce un 13ème, un 14ème mois, en gros, pour des enseignants ! Mais ce sont des mesurettes !! Non, ce ne sont pas des mesurettes, c'est un effort important. 410 millions d'euros en tout pour aider les enseignants. Voilà.
 
Dont 294 consacrés aux heures supplémentaires exatement.
 
Exactement.
 
...Mais le rabot budgétaire va vous passer dessus en ce mois d'octobre, la rigueur est là, vous allez perdre cela ?
 
Non, je ne vais pas perdre cela. Tout cela, c'est arbitré, c'est décidé, et ces engagements budgétaires sont faits. Les engagements que j'ai pris, je les ai pris en accord évidemment avec le Premier ministre, et à la demande du président de la République, il a toujours dit que les fonctionnaires devaient être un peu moins nombreux mais aller mieux". Ces 410 millions d'euros seront vraiment mobilisés.
 
Alors certains enseignants, et le SNES les relaient, sont méfiants parce que sur les précédentes économies de postes, ils ne prétendent avoir touché qu'une partie des économies réalisées : 40 millions sur 106. Allez-vous leur donner le reste ?
 
Je viens de vous dire qu'on va dépenser 410 millions. Le principe, c'est que 50 % de ce qui est gagné, si je puis dire, par le nombre de fonctionnaires de moins, doit être versé aux enseignants. En effet, ça représente 106 millions et moi je mets 410 millions sur la table. On peut difficilement dire que je n'ai pas rempli la promesse du président de la République.
 
Êtes-vous prêt à aller plus loin ? Ils demandent une revalorisation globale du métier d'enseignant. Alors, on intègre tout ça à des hausses de salaires ?
 
Il faut discuter de cela, je ne suis pas contre le fait de discuter des évolutions de carrières. Je crois en effet que le président de la République a toujours dit qu'il fallait améliorer la situation des fonctionnaires, et des professeurs en particulier. Mais pas seulement matérielle, ça peut être morale. Il faut prendre un certain nombre de décisions aussi qui favorisent leur vite, des droits nouveaux ; il faut mieux reconnaître leur mission ; nous avons à en discuter, je suis très ouvert là-dessus, et j'ai mission de le faire.
 
Est-ce que ce ne sont pas les parents d'élèves qui vont perdre en autorité, en liberté de choix si vous redorez le blason des enseignants ?
 
Non, je ne crois pas. Je crois que les parents d'élèves souhaitent surtout que les professeurs s'occupent des enseignants (sic). Et voyez par exemple, à cette rentrée, lorsqu'on voit déjà... Que font les parents ? Ils se préparent à amener les enfants à l'école ; les lycéens ou les collégiens se préparent à rentrer à l'école ; les professeurs se préparer à faire leurs premiers cours, et les syndicats, eux, ils se préparent à faire leur première grève.
 
11 septembre. Manifs peut-être sans grève, journée d'action...
 
Oui, mais puis-je tout de même qu'on pourrait un tout petit peu parler de la rentrée d'abord ! La rentrée, c'est d'abord s'occuper des enfants, s'occuper de la classe, nous allons accueillir 13 millions d'élèves, et puis attendre un petit peu que les choses se soient faites pour se mettre à décider des premières journées de manifestations. Sinon, que les syndicats me disent tout de suite quelle est la date qu'ils ont choisie pour 2009, 2010, 2011, ce sera plus pratique pour tout le monde.
 
Est-ce que ça ne signifie pas que vous craignez cette mobilisation du 11 septembre et celle d'octobre ?
 
Non, je ne crains pas cette mobilisation parce qu'elle a un caractère rituel qui ne répond pas aux problèmes de l'école. Je ne me pose pas les questions en termes polémiques, je ne cherche pas à embêter les syndicats, ni les enseignants. Je cherche à répondre à des difficultés qui se posent aux enfants. Alors, ma seule question le matin, c'est "est-ce que je vais faire quelque chose d'utile pour les petits enfants de France", et en particulier, pour les ceux qui sont dans des situations sociales les plus défavorisées.
 
Alors, vous trouvez utile de limiter les détachements de "profs" pour qu'ils reviennent dans leur métier d'origine ? Mais c'est bien, les mutuelles, les associations, ça les ouvre sur la vie civile !
 
Il faut faire un choix. L'Education nationale doit s'occuper d'enseigner et de former les enfants. Avoir 30.000 personnes qui circulent dans la nature et qui sont payés par le contribuable, c'était une chose possible peut-être à l'époque de "la cagnotte" dont M. Lang s'est si mal servi, mais ce n'est pas absolument indispensable aujourd'hui. Il faut revenir au coeur de métiers, nous sommes l'Education nationale, et nous ne sommes pas un prestataire de services pour des mutuelles ou des associations.
 
Alors, J. Lang justement, dans son livre "L'école abandonnée", dit : "réduction du temps réservé au service public, appauvrissement des programmes, asphyxie des moyens, des générations d'enfants auront servi de cobayes aux expérimentations hasardeuses de l'apprenti sorcier X. Darcos". Que lui répondez-vous ?
 
Je réponds à M. Lang que, il a raison de faire de la politique parce que c'est ce qui l'intéresse. Tout ceci n'a aucun sens, évidemment. Et j'observe d'ailleurs que, si M. Lang peut donner des conseils, il pourrait aussi présenter des excuses, parce que la situation que j'ai aujourd'hui, il en est aussi responsable. Il en est responsable alors que lui-même était aux affaires à une époque où on avait beaucoup plus de moyens qu'aujourd'hui, la contrainte était moins grande, le résultat est là. L'école primaire française, et l'école en générale, ne va pas bien comparativement à ce qui se passe autour de nous, et donc, il faut que nous revenions à des principes simples et clairs, c'est de la transparence, et c'est surtout, nécessaire pour les petits enfants de France.
 
Vous pourriez débattre avec J. Lang, un grand débat, vous seriez prêt ?
 
Nous le faisons sans cesse. Je n'ai pas de conflit personnel avec J. Lang, qui est quelqu'un qui sur le plan personnel que je connais fort bien, avec qui je n'ai pas du tout d'hostilité privée. Mais, il y a la tactique évidemment. Donc, je ne veux pas lui, permettre de faire sa rentrée médiaque.
 
Le débat de la semaine, c'est le revenu social d'activité, le RSA. Nombre d'élus de droite renâclent à voir les revenus du capital taxés pour financer ce RSA. Quel est votre point de vue ?
 
Mon point de vue d'abord c'est que, le RSA est très utile parce qu'il va encourager ceux qui, plutôt que rester dans le RMI, cherchent à avoir un début d'emploi, un emploi à mi-temps, cherchent à rentrer dans le travail, et le RSA viendra, tout en (inaud) le RMI, soutenir ce...
 
Fallait-il ponctionner un impôt nouveau ?
 
Oui, mais, entre nous, le capital rapporte plus que le travail. Donc, les revenus du capital sont supérieurs à ceux du travail, + 9% dans certaines années, revenu du travail + 4%. Il est tout à fait normal que nous taxions là où çà fait le moins mal, si je puis dire. Rappelons que c'est 1,1 % ; ce ne sont pas des sommes considérables. Je trouve que Page c'est la moins mauvaise solution qui a été choisie, c'est une solution sociale, qui montre que ce Gouvernement est à l'écoute des plus pauvres.
 
1,1 % mais peut-être 5 % sur la participation et l'intéressement, dit La Tribune.
 
Ça, c'est La Tribune qui le dit. Je ne suis pas au courant de ces projets.
 
On vous verra plus vous mêler des affaires de l'UMP, la politique politicienne ?
 
Je suis membre de l'UMP, je suis secrétaire national à la culture, et je n'ai jamais l'impression de m'en être séparé. Mais c'est vrai que le ministère de l'Education nationale, ça prend beaucoup.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 29 août 2008
 

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