Interview de M. François Fillon, Premier ministre, à Europe 1 le 1er septembre 2008, notamment sur la position française et européenne face au conflit entre la Russie et la Géorgie, l'intervention militaire en Afghanistan, le financement du RSA, le ralentissement de la croissance et ses relations avec le Président de la République. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Fillon, Premier ministre, à Europe 1 le 1er septembre 2008, notamment sur la position française et européenne face au conflit entre la Russie et la Géorgie, l'intervention militaire en Afghanistan, le financement du RSA, le ralentissement de la croissance et ses relations avec le Président de la République.

Personnalité, fonction : FILLON François, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Premier ministre;

ti : J.-P. Elkabbach - Nous sommes heureux de vous accueillir sur Europe 1, F. Fillon. Bienvenue, bonjour.

Merci Jean Pierre, je suis heureux d'être sur votre antenne aussi.

La première politesse : votre santé. Le dos ça va ? Ca va mieux maintenant ?

Ne vous inquiétez pas, mon dos va bien. Comme beaucoup de Français, j'ai souffert de ce mal qui se guérit.

Il paraît que vous avez beaucoup souffert.

Je pense qu'il y a des gens qui souffrent plus.

Le corps ne résistait plus à tous les efforts qui lui étaient demandés. C'est ça ?

Non, je pense qu'autour de vous, vous voyez des milliers de Français qui souffrent du dos. C'est une maladie qui frappe, peut-être une des plus répandue. Je l'ai soignée avec des médecins efficaces et beaucoup de sport.

Pas d'opération ?

Non pas d'opération. Beaucoup de vélo, de natation, c'est la meilleure réponse.

Le dos de F. Fillon pouvait devenir une question politique. Il ne réduit pas vos activités politiques ?

Absolument pas, non.

Alors il y a un sommet des 27 qui a lieu ce matin à Bruxelles à l'initiative de la France, à propos de la Russie et de la Géorgie. La France ne proposera pas de sanctions, de représailles contre la Russie. Est-ce qu'on ne s'affaiblit pas quand, d'avance, on dit qu'on ne fera rien ?

Je crois qu'il ne faut pas commencer par là. D'abord, il y a eu une guerre en Géorgie à laquelle il fallait mettre un terme dans les meilleurs délais. C'est ce que la France a fait, c'est ce que l'Europe a fait. Et je pense qu'il faut s'attarder un instant sur le fait que c'est une grande nouveauté. Je voudrais que vous me citiez un exemple, dans les vingt dernières années, d'une intervention efficace de l'Europe en première ligne pour faire cesser un combat dans le monde. C'était d'habitude le rôle des Etats-Unis avec plus ou moins de succès. C'est l'Europe, et en l'occurrence c'est la France et N. Sarkozy, qui ont obtenu l'arrêt des combats. Ensuite il faut faire respecter l'accord qui a été signé. Il ne l'est pas encore.

C'est-à-dire que les Soviétiques ou enfin les Russes doivent quitter...

Il y a plus d'Union soviétique.

Oui, oui, il y a plus d'Union soviétique, mais il y a des comportements qui ressemblent à l'Union soviétique. Les Russes doivent quitter l'endroit où ils se trouvent en ce moment ?

Les Russes doivent respecter l'accord qu'ils ont signé. Le Président Medvedev a signé un accord avec N. Sarkozy et le président géorgien. Il doit être respecté, il ne l'est pas encore. Et un des objets du Conseil qui va se tenir à Bruxelles cet après-midi, c'est de montrer que l'Europe est rassemblée, est unie. Là aussi ce sera une nouveauté. Souvenez-vous la situation en Irak où l'Europe était complètement divisée, ce qui l'empêchait de peser. Et puis après, il y a un dialogue à engager avec la Russie sur toutes les questions liées aux nationalités qui sont extrêmement complexes dans cette région du Caucase, comme chacun le sait. Alors il y a deux options possibles : ou bien on veut à tout prix recréer la guerre froide - on montre du doigt la Russie, on l'isole, on continue à la piétiner comme ça a été le cas depuis une dizaine d'années...

Ce n'est pas ce qu'a choisi la France ?

Ce n'est pas la voie qu'a choisie la France, ce n'est pas la voie qu'a choisie l'Europe. La Russie est sur le chemin de la modernisation, de la démocratie. Il y a encore des progrès à faire naturellement, mais de notre point de vue, c'est en parlant avec la Russie, en parlant clairement, c'est-à-dire qu'on condamne la reconnaissance...

Mais on ne parle pas de représailles ni de sanctions. Cela n'aurait pas de sens ? C'est ce que ça veut dire ?

... par la Russie de l'autonomie de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie. Aujourd'hui, le mot de "sanction" n'est pas à l'ordre du jour. Le mot qui est à l'ordre du jour, c'est le mot du "dialogue" et je pense que le président de la République française va proposer à ses homologues européens un certain nombre d'initiatives...

Par exemple ?

...Et qu'on verra dans les prochains jours.

Par exemple ?

Qu'il reprendra lui-même le chemin des capitales à la fois russe et géorgienne pour aller faire avancer la cause de la paix. Ce qui est très important aujourd'hui, le message le plus fort que l'Europe puisse envoyer, c'est un message d'unité. Cette unité n'est pas, comment dirais-je, ce n'est pas joué d'avance. Il y a des positions très différentes entre les Etats européens. Nous nous attachons à faire en sorte que l'Union européenne réponde d'une seule voix.

Et quand vous entendez que la France et l'Union européenne sont trop complaisantes avec Poutine et la Russie ?

Je ne sais pas ce que cela veut dire, je ne sais pas par rapport à quoi. Si c'est par rapport aux Etats-Unis, je n'ai pas noté que les Etats-Unis aient eu une attitude qui ait permis de résoudre plus efficacement la crise dans le Caucase. Donc le sujet n'est pas la question de savoir si on est ouvert ou pas à la discussion avec la Russie. La Russie, c'est un grand pays qui compte, c'est une grande puissance qui a été d'une certaine façon humiliée pendant les vingt dernières années. Le réveil est peut-être un peu brutal. Nous avons notre part de responsabilité. C'est à nous maintenant de trouver avec la Russie, le chemin du dialogue.

Afghanistan, dix soldats français sont morts près de Kaboul sur un champ de bataille et il ne faut pas exclure d'autres embuscades ou d'autres pertes, disent à la fois messieurs Kouchner, Morin et le général Georgelin. Pour qui meurent t-ils ?

Les soldats français qui sont en Afghanistan aux côtés, je vous le rappelle, de 39 autres pays dont la totalité des pays de l'Union européenne à l'exception de Malte et de Chypre - qui n'y sont pas pour une raison simple, c'est qu'ils n'ont pas d'armée - tous ces soldats défendent la même chose : c'est-à-dire qu'ils défendent la paix et la stabilité du monde. Ils défendent les droits de l'homme dans un des pays où ils ont été les plus martyrisés par le régime des talibans, l'Afghanistan. Ils défendent la stabilité d'une région qui est menacée de chaos - je pense en particulier à la situation au Pakistan. Et je rappelle à tous ceux qui l'ont oublié que le Pakistan possède l'arme nucléaire et qu'il ne serait pas souhaitable, qu'il ne serait pas bon pour la paix dans le monde que le Pakistan, lui aussi, soit déstabilisé et tombe entre les mains d'un régime comme celui des talibans.

Vous êtes un gaulliste d'inspiration. Quand vous entendez le reproche permanent : "la France s'est alignée sur le leadership des Etats-Unis qui mène la stratégie militaire et politique en Afghanistan" ?

D'abord, je note que comme je viens de le dire, 39 pays sont en Afghanistan dont la totalité des pays de l'Union européenne.

Mais qui définit la stratégie sur place ?

Non, mais cela veut dire que la totalité des pays de l'Union européenne serait à la remorque des Etats-Unis. C'est un argument qui n'a pas de sens. Qui définit la stratégie sur place ? C'est d'abord un mandat des Nations unies qui a confié à la force de l'OTAN la mission qui est la sienne. Et ensuite la France a pesé récemment, par la voix du président de la République, sur ce mandat puisqu'à l'occasion de la décision de renforcer les forces françaises qui a été prise lors du sommet de l'OTAN, nous avons exigé une évolution du mandant de cette force et en particulier, nous avons exigé que soit renforcée la coopération destinée à améliorer la condition de vie des Afghans. C'est-à-dire les investissements civils et le calendrier de l' "afghanisation".

A votre avis, est-ce que le conflit va durer ?

Oui, le conflit va durer parce que les causes de ce conflit sont très profondes. Les causes de ce conflit, c'est l'opposition entre le monde musulman et une grande partie du reste de la planète. C'est le conflit israélo-palestinien. Ce sont les déséquilibres économiques et sociaux qui règnent dans le monde. Donc ce ne sont pas des sujets qui vont être effacés comme ça, d'un coup de baguette magique. Mais en même temps, en Afghanistan, nous n'autoriserons pas, nous ne laisserons pas revenir le régime des talibans. Il y a, depuis plusieurs mois, des progrès qui sont enregistrés. Vous savez que la ville de Kaboul est désormais entre les mains, en terme de sécurité, de l'armée afghane.

Elle est en même temps cerclée par les talibans.

Nous avons fixé pour la fin de l'année le transfert à l'armée afghane de la zone centre. Donc il y a une dynamique, un progrès, mais c'est une mission très difficile, mais qui concerne la sécurité du monde, donc celle des Français.

Dernière question sur ce thème : le Gouvernement va-t-il envoyer, justement, à ses soldats, des moyens pour le renseignement, des drones, des hélicoptères et des forces spéciales qu'ils réclament sur place ? Beaucoup vous le demandent.

D'abord, il y a beaucoup de moyens sur le terrain, notamment dans les moyens de la Coalition. On est en train de faire - et une réunion est prévue dans les prochains jours sur ce sujet avec le président de la République - le bilan de ce qui s'est passé. Et à partir des conclusions que les militaires nous présenteront, nous mettrons les moyens supplémentaires nécessaires.

Alors, les affaires françaises et économiques qui sont importantes. Le RSA a semé le trouble à gauche, qui en accepte le principe mais apparemment pas les modalités, et puis dans votre majorité. Quels arguments pouvez-vous employer ce matin pour la convaincre que ce n'est pas d'abord et surtout un bon coup politique ?

Le RSA d'abord, c'est un engagement que nous avions pris avec le président de la République, il y a plus d'un an. Donc, personne ne doit être surpris que nous tenions nos engagements. Ensuite, c'est une des réformes les plus emblématiques du quinquennat parce que c'est une réforme qui s'inscrit au coeur de la priorité qui est la nôtre de revaloriser le travail. La réforme du RSA, elle est cohérente avec les heures supplémentaires défiscalisées. Elle est cohérente avec la réforme des 35 heures qui a été votée par le Parlement au mois de juillet, qui donne plus de liberté à l'entreprise pour négocier sur le temps de travail. Elle est cohérente avec ce qu'on appelle les offres d'emploi raisonnables, c'est-à-dire l'obligation pour un demandeur d'emploi d'accepter les offres d'emploi raisonnables qui lui sont faites. C'est la priorité au travail, après des années de priorité à l'assistanat et au partage du travail. C'est une réforme qui vise à faire en sorte que vous ayez toujours un intérêt à reprendre un emploi. Je pense que, à droite comme à gauche, tout le monde souhaitait depuis très longtemps que cette réforme soit mise en oeuvre. J'ai moi-même entendu dans les meetings de la droite pendant des années et des années, des salles applaudir à l'idée qu'il fallait passer de cette logique d'assistanat à une logique de priorité au travail. Nous sommes en train de le faire.

Il y a deux types de critique. Ceux qui disent que le mode de financement ne plaît pas. Par exemple, le sénateur UMP A. Lambert trouve qu'il y a de l'argent disponible sur les comptes de l'Etat avec 1.000 milliards d'impôts prélevés par an. D'autres qui disent que vous punissez, comme F. Bayrou, les petits épargnants, les classes moyennes. Et B. Thibault tout à l'heure, avec M.-O. Fogiel, rappelait que la CGT voudrait des mesures pour les moins de 25 ans et que vous allez encourager avec le RSA des emplois précaires.

C'est assez typiquement français ce débat. Quand il y a une mesure qui, finalement, est assez consensuelle - parce que B. Thibault ne la rejette pas, parce que F. Bayrou ne peut pas la rejeter, parce que la gauche ne la rejette pas - alors on essaie de trouver à la périphérie ce qui n'a pas encore été fait pour pouvoir rester sur un mode de critique. Ce serait bien parfois que les responsables syndicaux, les responsables politiques soient cohérents avec eux-mêmes, c'est-à-dire qu'ils approuvent des réformes qu'ils ont souvent défendues. Un mot sur le financement. D'abord le financement il est assuré par le recyclage de l'ensemble des dispositifs sociaux. Le RSA, ce n'est pas une taxe sur le capital, sur les revenus du capital. C'est d'abord le RMI, une partie de la prime pour l'emploi, l'ensemble des dispositifs sociaux qui vont se voir substituer le revenu de solidarité active. Pour que le système fonctionne, il fallait ajouter, effectivement, environ 1,5 milliard d'euros. Ce milliard et demi d'euros est financé d'abord par des économies. On va supprimer progressivement ce qu'on appelle les droits connexes, c'est-à-dire ce système qui faisait que si vous étiez sans emploi, vous aviez droit à la gratuité de toute une série de services alors que quasiment avec les mêmes ressources au travail, vous n'aviez pas droit à ces gratuités.

La prime pour l'emploi n'a pas été touchée.

La prime pour l'emploi n'a pas été touchée. Et nous avons mis en place une taxe qui est une taxe modeste sur les revenus du capital, qui est parfaitement juste. Pourquoi ? Parce que les revenus du capital en France ont beaucoup plus augmenté ces dernières années que les revenus du travail et ensuite parce que la France est un des pays parmi les pays développés, qui a la taxation du capital la plus faible. Donc il n'était pas anormal, il était même juste que nous fassions financer le RSA par une taxe modeste, 1,1%, sur les revenus du capital.

Votre ministre C. Lagarde confie ce matin à La Tribune qu'elle va vous proposer un allègement de l'imposition sur le patrimoine et elle indique que l'impôt sur la fortune pourrait être concerné par la réforme. Est-ce que vous y êtes favorable ?

Non, nous avons fait une réforme de l'impôt sur la fortune qui, d'ailleurs, est une réussite, qui permet aux personnes qui paient cet impôt de déduire une partie des sommes qu'ils déclarent en les investissant dans les petites et moyennes entreprises. Ça a été un très très grand succès, c'est-à-dire que les petites et moyennes entreprises, dans une conjoncture difficile où elles ont du mal à trouver des financements, ont pu grâce à ce système voir leurs capitaux augmenter. On a mis en place le bouclier fiscal à 50 % ; le président de la République a souhaité d'ailleurs que ce bouclier fiscal soit renforcé en utilisant ce qu'on appelle "le mode déclaratif", on n'ira pas plus loin. Il n'y a pas de réforme de l'ISF à l'ordre du jour.

Et la réforme de la taxe professionnelle, oui ?

La réforme de la taxe professionnelle, nous sommes en train de l'étudier. J'en profite d'ailleurs pour dire aux entreprises... J'entendais Madame Parisot dire, à l'occasion des universités d'été du Medef, qu'il fallait faire attention à ne pas augmenter les prélèvements obligatoires. Elle a raison mais je voudrais qu'elle remarque que nous avons depuis un an supprimé ou baissé beaucoup de prélèvements obligatoires qui pesaient sur les entreprises. On a augmenté ce qu'on appelle "le crédit impôt recherche", on est en train de supprimer l'impôt forfaitaire annuel...

Sur 3 ans...

Sur 3 ans et on a engagé une réforme de la taxe professionnelle. Alors c'est une affaire très compliquée, plusieurs gouvernements ont échoué sur cette question. Nous ce que nous voulons, c'est supprimer la taxe professionnelle et refondre la fiscalité locale. J'ai engagé, en particulier avec les responsables des grandes associations représentant les collectivités locales, une réflexion pour que nous puissions au début de 2009 faire des propositions dans ce domaine.

Vous avez proposé une prime transport. Si les partenaires sociaux n'arrivent pas à se mettre d'accord comme prévu le 15 septembre, est-ce que l'Etat prend à sa charge cette contribution ?

Non, ce qu'il faut savoir, c'est que cette prime existe ; cela s'appelle "le chèque transport" ; simplement, elle ne fonctionne pas. Donc, je cherche pourquoi elle ne fonctionne pas, elle ne fonctionne pas parce qu'elle est trop compliquée. Et par ailleurs, il y a une inégalité à la fois entre les entreprises et entre les salariés. Dans la région parisienne, les entreprises ont l'obligation de financer les cartes de transport en commun, ce n'est pas le cas dans les autres grandes agglomérations françaises. Donc ce que je souhaite, c'est que les partenaires sociaux me fassent une proposition qui permette de résoudre ces deux sujets...

Sinon ?

S'ils ne le font pas, je proposerai quelque chose qui s'inspirera du "chèque transport". Le "chèque transport", c'est quoi ? C'est la possibilité donnée à une entreprise, dans le cadre du dialogue social, d'offrir une partie des dépenses de transport à ses salariés et en échange, la somme correspondante est défiscalisée pour l'entreprise, donc l'Etat participe bien déjà à cet effort.

Monsieur le Premier ministre, toute l'Europe est morose parce que l'économie souffre dans toute l'Europe. Et vous, vous avez promis au mois d'août qu'en 2008, la croissance française serait positive. Alors positive c'est +0,1, +0,2. Est-ce que vous dites ce sera 1 % au moins ?

Oui, je pense que ce sera au moins 1 %. J'espère que ce sera un peu plus de 1 %. Nous sommes frappés par une décélération de l'économie mondiale qui est très très sérieuse. Simplement, il faut utiliser les mots qui conviennent. Quand il y a de la croissance, on ne parle pas de récession ; quand on est en croissance négative, on parle de récession. Donc, on a eu un trimestre de croissance négative en France cette année. Ma conviction, les informations que j'ai, les discussions que nous avons avec les économistes ou avec les entreprises nous laissent penser que l'année 2008 sera une année positive en terme de croissance, un peu plus de...

Légèrement positive...

Un peu plus de 1 % et que l'année 2009 sera également une année positive. Et par ailleurs la croissance mondiale, même si elle est plus faible que la croissance de 2007, sera une croissance positive. Donc, on est en face d'un ralentissement qui...

Mais ce n'est pas plus qu'un ralentissement, vous qui aimez employer...

C'est un ralentissement sérieux, c'est un ralentissement sévère...

Sévère, un ralentissement sévère et durable, est-ce que ce n'est pas une récession ?

Non, ce serait une récession si on passait en croissance négative ; pour l'instant, ce n'est pas le cas, l'économie américaine est même repartie en croissance positive, donc je pense que les choses vont se rétablir. Et ce qui compte pour la France, c'est de ne pas céder à la panique, de ne pas gâcher ses atouts. Et la seule façon pour la France de réagir, c'est d'améliorer la compétitivité de ses entreprises parce que,au fond, la France est frappée parfois plus durement par les crises internationales simplement parce que ses entreprises sont moins compétitives et qu'elle a du mal, en particulier, à reprendre les souffles de la croissance. C'est pour cela que nous accentuons l'effort de réforme, pour permettre aux entreprises d'être plus compétitives, pour réduire la dépense publique et pour encourager le retour à l'emploi.

Rapidement, le Parti socialiste à La Rochelle F. Fillon, vous l'avez trouvé sur le chemin du redressement pour devenir une alternative crédible ?

Ecoutez, trois jours de débats, pas une seule proposition. J'ai écouté avec attention ce qu'allaient dire, ce que disaient les socialistes pendant trois jours ; j'espérais y trouver des propositions, des réponses, des jugements sur la situation internationale. Je n'ai entendu que des débats personnels. Je ne porterai pas de jugement sur le fonctionnement du Parti socialiste, j'ai assez à faire avec les difficultés qui sont celles de l'Etat, mais je trouve navrant que les socialistes ne consacrent pas un peu plus d'énergie à faire des propositions et à adapter leur mode de pensée à la société d'aujourd'hui.

F. Bayrou présentait hier sur Europe 1, ou annonçait qu'il allait présenter un recours devant le Conseil d'Etat pour essayer de faire annuler le fichier Edvige qui, sous prétexte de sécurité publique, dit-il, s'attaque ou s'intéresse à la vie privée, intime même de dirigeants, des élus, les dirigeants économiques, sociaux, religieux, etc. Et B. Thibault lui aussi tout à l'heure en parlait et protestait. Pourquoi vous l'avez signé ?

Chez F. Bayrou, c'est de la repentance parce que le fichier Edvige, Monsieur Elkabbach, il existe depuis 1991. Et à ma connaissance, F. Bayrou a été plusieurs fois membre du Gouvernement...

Non mais...

Depuis 1991, il y a une seule...

... Il a été amplifié et il est différent.

Il a été autorisé, conformément à la loi, après avis de la CNIL et du Conseil d'Etat. La seule nouveauté qui existe dans le fichier Edvige, c'est qu'il prend en compte les mineurs, ce qui n'était pas le cas dans le fichier précédent, ce qui n'est pas complètement étonnant compte tenu de la place qu'ils prennent désormais dans la délinquance. Moi, en tant que chef du Gouvernement, je dois tenir un équilibre entre les nécessités de l'ordre public et la sauvegarde des libertés individuelles, je le fais sous le contrôle du juge et je continuerai à le faire sous le contrôle du juge.

Ce matin, le président de la République réunit à l'Elysée ce qu'on a appelé le "G7", les 7 ministres préférés. J'ignore si vous, vous avez vos chouchous mais qu'est-ce que vous en pensez ? Est-ce que les 7 échappent à l'autorité du Premier ministre ou est-ce que c'est un mini-gouvernement bis ?

Non, je vous assure que les 7 n'échappent pas à l'autorité du Premier ministre, notamment dans les arbitrages budgétaires. Le président de la République reçoit qui il veut, le Premier ministre reçoit qui il veut. Ce que je conseille simplement à ceux qui se rendent à ces rendez-vous, c'est d'éviter de leur donner une trop grande publicité parce que ce n'est pas sain pour le fonctionnement du Gouvernement. Quand je vois le président de la République, je ne convoque pas les journalistes pour l'expliquer.

Quand vous n'êtes pas d'accord avec le président, vous le lui dites ?

Bien sûr et vice et versa, je veux dire qu'on a des conversations ensemble qui sont des conversations franches et qui nous permettent de trancher les questions qui nous sont soumises...

Par exemple sur le RSA, Sarkozy-Fillon, lequel de vous deux a convaincu l'autre ?

Il n'y a jamais eu l'ombre d'une différence entre le président de la République et moi sur le RSA. Nous avons toujours dit à M. Hirsch que l'engagement que nous avions pris vis-à-vis de lui, nous le tiendrions. C'est vrai que nos entourages n'étaient pas très favorables au Revenu de Solidarité Active parce que c'était une vraie novation. M. Hirsch pourra témoigner qu'il a toujours eu un soutien indéfectible du Président et du Premier ministre.

Dernière question. Sous la 5ème République, F. Fillon, il y a longtemps la règle non écrite du domaine réservé à l'Elysée, que certains Présidents n'ont pas forcément appliquée. Et vous venez de dire qu'il n'y a plus de domaine réservé. Est-ce que cela veut dire que tout est ouvert et possible pour vous, Premier ministre, ou qu'il y a un pouvoir partagé ?

Non, quand j'ai dit que le domaine réservé n'existait plus, c'est en référence à la réforme de la Constitution qui donne au Parlement, désormais, un droit de regard beaucoup plus important et un droit de contrôle sur la politique étrangère et sur la politique de défense. Et ceci sera illustré dès le mois de septembre par le débat que nous allons avoir à l'Assemblée nationale et au Sénat, suivi d'un vote, sur la présence des forces françaises en Afghanistan...

Mais vous, vous avez assez de pouvoir et d'espace pour vous manifester ?

Ça ne fonctionne pas comme ça, J.-P. Elkabbach. Il y a une équipe entre le président de la République et le Premier ministre. Il ne peut pas y avoir de divergence entre le président de la République et le Premier ministre. S'il y a des divergences entre le président de la République et le Premier ministre, le Premier ministre s'en va.

Il n'y en a plus de divergence ?

Non, il n'y en a pas, et quand il y en a, nous nous organisons pour les aplanir.

Merci Monsieur le Premier ministre de vous confier à Europe 1 et bonne journée.


Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 2 septembre 2008

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