Interview de M. Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat à l'emploi, à "RTL" le 2 septembre 2008, sur les menaces de suppressions d'emploi dans l'industrie automobile et sur le financement du revenu de solidarité active (RSA). | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat à l'emploi, à "RTL" le 2 septembre 2008, sur les menaces de suppressions d'emploi dans l'industrie automobile et sur le financement du revenu de solidarité active (RSA).

Personnalité, fonction : WAUQUIEZ Laurent, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'emploi;

ti : Bonjour.

C'est la rentrée. La récession économique menace l'économie française ; et on a constaté déjà à la fin de la saison une légère progression du chômage. Est-ce une tendance qui vous inquiète, L. Wauquiez ?

Vous savez, je crois qu'il faut ni succomber à la sinistrose, ni prétendre que tout va bien. D'abord, il faut prendre un tout petit peu de recul. Aujourd'hui, le taux de chômage est de 7,2%. C'est quand même le meilleur résultat qu'on a depuis vingt-cinq ans.

La décrue est stoppée. C'est ça qui a l'air inquiétant.

C'est vrai qu'on a depuis trois mois, une décrue qui s'est stoppée. Et je ne veux pas me cacher derrière mon petit doigt. Il y a une situation économique internationale qui est très difficile. Alors, par rapport à ça, moi je ne veux pas prétendre influencer ou pouvoir influencer une situation internationale. Par contre, ce qui est mon devoir, c'est d'essayer sur mon domaine de responsabilités d'agir. Ca veut dire quoi ? Réforme de l'ANPE. Heures supplémentaires. Le RSA, récemment. L'offre raisonnable d'emploi... Toutes ces réformes doivent nous permettre d'avoir un certain nombre de digues qui nous protègent par rapport à la remontée difficile des chiffres du chômage en Europe.

L'inquiétude, aujourd'hui, se concentre autour de l'industrie automobile. C'est évidemment l'un des piliers de l'emploi en France. PSA de son côté, Renault du sien, annoncent des possibles suppressions d'effectifs parce que des modèles se vendent moins. Comment appréciez-vous cette situation spécifique à l'industrie automobile, L. Wauquiez ?

L'automobile fait clairement partie des secteurs économiques difficiles sur lequel il faut qu'on soit très vigilant. On n'a pas attendu. Là encore, on a une charte automobile qui a été adoptée dès juin où on injecte 50 millions d'euros sur des mesures très concrètes. Alors, très concrètes, ça veut dire quoi ?

L'Etat injecte 50 millions d'euros ?

Oui, en accompagnement sur des mesures qui sont hyper concrètes de terrain. Prenons des exemples simples. D'abord, l'écologie. L'avenir en matière automobile, c'est essayer de développer des modèles écologiques. Si tant qu'à faire, on peut à la fois faire le bonus écologique et le bonus économique en créant de l'emploi chez nous, c'est mieux. On a, par exemple, une entreprise comme Bolloré qui est en train de développer un véhicule électrique qui devrait avoir ses piles qui seront fabriquées en Bretagne. Deuxième exemple : une entreprise comme Olliez que certains connaissent qui était une vieille entreprise automobile au bord de la liquidation, est en train de développer un véhicule électrique qui pourrait être utilisé un peu comme Vélib. Là encore avec des possibilités de création d'emploi chez nous. La première priorité c'est de les accompagner là-dessus, de faire à la fois mieux pour l'écologie et en même temps de favoriser des modèles qui sont construits en France. Le deuxième point c'est d'accompagner les mutations technologiques. Je pense notamment à des entreprises qui sont des sous-traitants où il y a beaucoup de gens qui travaillent aujourd'hui en France. J'ai, par exemple, eu très récemment chez moi une entreprise de Haute-Loire, qui employait 100 personnes, qui était sous-traitante de PSA. Son carnet de commandes était en chute libre. On les a accompagnés pour faire des innovations technologiques et rebondir sur le marché du TGV. Ca a permis aujourd'hui à cette entreprise de repartir et de préserver ses 100 emplois. C'est ce type d'actions concrètes que je veux essayer porter. Je ne crois pas à un énième plan sur l'emploi qu'on annonce tambour battant. Je préfère ce type d'actions très concrètes de terrain.

Les actions concrètes sont souvent marginales. Ce qui est en cause là, ce sont les deux principaux constructeurs qui voient leurs gammes moins bien adaptées et peut-être dans le marché français, un pouvoir d'achat qui est en réduction, donc des ventes qui sont moins grandes. Et là, vous n'avez pas beaucoup de réponses pour cela.

Pas ce dont on parle. Ce n'est pas marginal. Au total, les emplois comme Bolloré, Olliez, les différents secteurs du sous-traitant, c'est à peu près 20.000 personnes. Ce n'est pas rien en termes d'emploi sur la France.

C'est 20.000 personnes qui ont de l'emploi aujourd'hui ; mais Renault, par exemple, c'est 4.000 emplois qui sont menacés dont 1.000 sur le seul site de Sandouville parce que la Laguna ne se vend pas.

En matière d'emploi, le problème qu'on a toujours eu en France depuis trop longtemps, c'est qu'on est dans une logique qui est une logique défensive. On essaie de préserver des emplois qui sont des emplois qu'on voit partir. Alors que ce que moi je veux essayer de faire, c'est d'aller développer ce que seront les emplois de demain. Mais pour la responsabilité de Renault que vous soulevez, vous avez raison, il est hors de question de laisser des grands groupes comme Renault qui ont à la fois des moyens, détruire des emplois dans des territoires français sur lesquels on a du mal à reconstruire ces emplois et en plus de ça, aller les transférer dans des pays comme la Roumanie, la Turquie ou la Chine. Donc, ils ont une responsabilité ; et de ce point de vue, on a fort à jouer notamment ce qui s'appelle la reconversion des bassins industriels, c'est-à-dire là où il y a les emplois.

Quand vous dites : "Il est hors de question", c'est presque agressif. Alors, quels actes permettent de soutenir le discours que vous tenez, ce matin, L. Wauquiez ? "Il est hors de question que Renault fasse quelque chose" ?

Ce n'est pas agressif mais c'est les mettre clairement en face de leurs responsabilités. Quand vous avez un grand groupe qui du jour au lendemain supprime des emplois, ça crée un traumatisme sur un secteur géographique ; et on ne part pas comme ça en laissant un champ de ruines derrière soi. Donc, en clair, qu'est-ce que ça veut dire ? Ca veut dire qu'on leur fait payer par emploi, un ratio, pour aider derrière à pouvoir faire de la création d'entreprises, faire des prêts à des personnes qui veulent se reconvertir, ou faire de la formation professionnelle. Ca a été expérimenté, par exemple, dans le bassin de la Loire sur une entreprise comme GIAT Industrie. Ces engagements-là ont permis, derrière, de faire une reconversion en direction de plateformes téléphoniques, et donc de créer des emplois qui, eux, sont plus les emplois de demain. Donc, c'est cette espèce de bascule qu'il faut faire : faire payer leurs responsabilités aux grands groupes qui doivent assumer ; et de l'autre côté, ne pas chercher à s'enfermer uniquement dans une logique défensive comme ce qu'on a trop souvent fait dans les années 80 mais aller chercher les emplois de demain.

Et aujourd'hui, vous avez le sentiment, L. Wauquiez, que ces grands groupes n'assument pas leurs responsabilités ?

J'ai l'impression que s'agissant, par exemple, de groupes tel que Renault, on ne peut pas les laisser juste rayer d'un trait de plume des emplois, et partir ailleurs, sans s'occuper de ce qu'ils laissent derrière eux. Ca, ce n'est pas acceptable.

Certains disent que créer une taxe pour financer le RSA - certains le disent à l'UMP, d'ailleurs - c'est aussi créer un climat qui n'est pas favorable à l'optimisme. Alors voilà, c'est une critique qui vous est faite qui vient de vos propres rangs. C'est très intelligent de créer une taxe quand on veut faire une réforme ?

Juste deux remarques. Moi j'appartiens à un courant politique, enfin dans ma famille qui est celui de la Droite sociale. Ce qui n'est pas acceptable, c'est de laisser trois millions de personnes au bord de la route, qu'on a laissé s'enfermer dans une logique d'assistance passive depuis vingt ans. Ca, ce n'est pas acceptable. Après, pour le financement, il y avait deux options. La première, c'était de prélever sur la prime pour l'emploi qui bénéficie principalement aux classes moyennes modestes. Pour moi, c'était vraiment un veto absolu et je crois que le bon sens a été de ne pas faire payer aux classes moyennes modestes. Je crois, en revanche, qu'un financement de solidarité sur le capital, peut-être qu'on aurait préféré ne pas faire de taxation ; mais je trouve assez légitime de prélever de l'argent sur le capital pour financer du retour à l'emploi. La situation d'avant RMI, c'était faire payer ceux qui travaillent pour ceux qui sont en assistance, c'est beaucoup moins intelligent.

Vous faites partie du groupe G7, les sept ministres qui se réunissent autour du président de la République.? Vous l'avez vu, hier, à l'Elysée. On dit que le Président est très agacé par les critiques qui viennent de l'UMP contre le financement du RSA. Vous le confirmez, L. Wauquiez ?

Non, je crois juste que ce qu'il y a de clair, c'est qu'on a des débats à l'intérieur de notre famille politique. Oui, c'est vrai.

Mais ces débats agacent le Président !

Non, c'est des débats qui montrent qu'on est à un moment, surtout au sein de notre famille, avec quelque part un affrontement entre les anciens et les modernes ; et je crois que notre devoir, surtout nous qui essayons d'incarner un peu une nouvelle génération, c'est d'être une droite Moderne qui est capable, à la fois, de défendre le bouclier fiscal, de faire avancer le RSA et de porter la voix des classes moyennes.

L. Wauquiez qui fait partie du G7, était l'invité de RTL ce matin.

Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 2 septembre 2008

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