Interview de M. François Bayrou, président du Mouvement démocrate (MoDem), à France-Inter le 2 septembre 2008, sur les négociations UE - Russie à propos de la Géorgie, le recours en Conseil d'Etat contre le fichier "Edvige" et le financement du revenu de solidarité active (RSA). | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. François Bayrou, président du Mouvement démocrate (MoDem), à France-Inter le 2 septembre 2008, sur les négociations UE - Russie à propos de la Géorgie, le recours en Conseil d'Etat contre le fichier "Edvige" et le financement du revenu de solidarité active (RSA).

Personnalité, fonction : BAYROU François, DEMORAND Nicolas.

FRANCE. UDF - Mouvement démocrate, président;

Circonstances : Sommet européen extraordinaire UE - Russie sur la Géorgie à Bruxelles le 1er septembre 2008.

ti : N. Demorand.- L'invité ce matin est F. Bayrou, que je salue. Bonjour et bienvenue, président du MoDem, député des Pyrénées Atlantiques. L'actualité est très chargée, F. Bayrou. On va commencer dans la foulée de la chronique de B. Guetta par vous demander votre sentiment sur le résultat du sommet de Bruxelles. "Une voix forte tout de même s'est exprimée", a dit Bernard.
 
Mon sentiment est de soulagement parce que vous aviez entendu la préparation de ce sommet. On disait qu'on ne retiendrait aucune sanction, qu'on ne ferait aucun geste. On a fait un geste et ce geste...
 
Il est assez fort, d'après vous ?
 
On va voir, c'est le début de quelque chose mais c'est mieux que d'en rester aux paroles verbales comme on craignait, comme je craignais que cela ne soit le cas. On dit aux Russes : il y a quelque chose de très grave qui est intervenu et dont vous portez la responsabilité et vous ne pouvez pas en rester là. Alors on a dit "respect des accords". Moi je veux simplement dire que l'intégrité territoriale de la Géorgie est pour l'Europe toute entière et pour cette partie du monde quelque chose de tout à fait essentiel.
 
L'hypothèse de sanctions éventuelles, un jour ou l'autre, vous semble-t-elle crédible, nécessaire, F. Bayrou ?
 
Je pense que l'Europe et le monde, s'ils regardent l'histoire, ne peuvent pas accepter des coups de force comme celui dont la Russie porte la responsabilité dans cette affaire géorgienne.
 
On reviendra sur ces enjeux de politique internationale dans InterActiv. Autre actualité - c'était une information France Inter ce matin - et l'on voit une dépêche AFP, qui confirme que le coordinateur des forces de sécurité en Corse, D. Rossi, a été démis de ses fonctions lundi par le ministère de l'Intérieur suite à l'invasion par de nationalistes corses de la maison de C. Clavier. Quel est votre sentiment sur cet épisode ?
 
C'est révélateur du régime dans lequel nous sommes. C'est le fait du prince. Parce que Monsieur C. Clavier, qui est un ami de vacances du président de la République, a eu à faire à des manifestants chez lui qui, que je sache, n'ont pas cassé, mis des bombes mais ont manifesté un certain nombre de choses, on met à la porte le coordinateur de l'ensemble de la sécurité publique en Corse. C'est le fait du prince, ce sont des décisions arbitraires et disproportionnées et qui montrent à quoi on arrive quand tous les pouvoirs sont ainsi concentrés entre les mêmes mains et quand le copinage avec les puissants remplace la raison d'Etat.
 
Copinage ou sanction d'un dysfonctionnement ?
 
S'il n'y a pas de dysfonctionnement plus grave que ce qu'on a connu là, la France se porte bien.
 
On entendait également dans le journal de F. Drouelle, vous montez au créneau très fortement, F. Bayrou, contre le fichier Edvige. Vous y seriez, vous, dans le fichier Edvige ?
 
Il faut peut être expliquer ce dont il s'agit parce que personne en France n'a compris de quoi il s'agissait. Le fichier Edvige c'est un fichier informatique, centralisé, à la disposition du Gouvernement, qui comporte ou qui concerne deux catégories de personnes : des personnes qui portent atteintes à l'ordre public ou qui menacent de porter atteinte à la sécurité publique ; et là, la polémique se porte sur l'âge jusque auquel des bandes par exemple pourront être répertoriées dans le fichier. C'est un sujet - et pour moi, ce n'est pas le sujet principal, si j'ose dire. Le sujet principal c'est que, écoutez bien, tous les élus français, tous ceux qui se sont présentés à une élection, les responsables syndicaux, économiques et religieux vont être fichés tous sur leur données privées, toutes : leur adresse, leur numéro de téléphone, leur situation patrimoniale, leur situation fiscale, leurs relations personnelles habituelles ; plus, disent-ils, à titre exceptionnel, leur santé et leur vie sexuelle, vont être fichés dans un fichier informatique à la disposition des gouvernements, parce que cela ne s'arrêtera pas là, de tous les gouvernements successifs. Eh bien, je vous le dis : ceci, pour moi, en démocratie est insupportable ! Ce n'est pas un régime dans lequel on veut vivre. Vous vous rendez compte qu'en quelques clics, n'importe quel gouvernant ou fonctionnaire travaillant avec lui va pouvoir avoir accès à des choses aussi intimes. Et vous voyez quel moyen de pression on donne aux gouvernants, mais les élus qui m'entendent et les citoyens qui m'entendent ne peuvent pas accepter cela. Normalement, on doit protéger les élus et puis les responsables syndicaux et religieux. Ils doivent être protégés comme des citoyens normaux, comme ils sont des citoyens normaux. Quel est ce modèle de société, quel est ce régime dans lequel on nous amène sans que rien ne le dise et n'en parle ? Eh bien, pour moi c'est insupportable. Voilà pourquoi j'ai écrit aujourd'hui à tous les élus français. J'ai déposé un recours au Conseil d'Etat...
 
Avez-vous des recours de leur part ?
 
Oui, j'ai des retours. Ils n'en croient pas leurs oreilles. Ils croient qu'on exagère. Alors je dis : vous allez sur le site du Journal officiel, et à la date du 1er juillet, vous trouverez, parce qu'on fait toujours cela pendant l'été, n'est-ce pas de manière que nul ne s'en aperçoive, et vous allez sur le site du Journal officiel : journalofficiel.gouv.fr et puis vous allez vérifier la matérialité et tout ce que je viens de dire est explicitement dans ce décret. On ne peut pas l'accepter et le laisser faire.
 
Autre tête de chapitre de l'actualité, l'actualité économique évidemment avec cette information que donnait hier F. Fillon : la croissance sera au moins de 1 %, peut-être un peu plus, disait le Premier ministre. Quel est votre sentiment sur cette réévaluation à la baisse ?
 
Pendant longtemps le Gouvernement s'est obstiné ou a maintenu des chiffres qui étaient très au-dessus des prévisions raisonnables. Ils reviennent à la raison mais cette raison elle est dure pour tous les citoyens français. Et encore, si elle n'était que dure pour tous les citoyens français, cela serait un partage de la tâche. Ce qui est extraordinairement frappant dans le modèle politique qu'on nous impose, c'est que ce sont les plus avantagés qui sont le plus épargnés. On a vu cette affaire du financement du RSA qui va frapper les épargnants. Alors on donne des chiffres qui sont évidemment complètement faux parce que la réalité est beaucoup plus importante. Moi, je dis une chose, c'est qu'il y a en France 12 millions de personnes qui ont un livret d'assurance vie. Avec les propriétaires d'appartement, cela va faire, mettons, 15 millions de foyers. Un milliard et demi par 15 millions de foyers, cela veut dire 100 euros par foyer en moyenne. Et quand on vous dit qu'il y en a qui paieront que 20 euros, cela veut dire qu'il y en a qui paieront 200 euros. Il y en a beaucoup, l'autre moitié, qui paiera 200 euros. Ce n'est donc pas des sommes négligeables. Et tout cela ce sont les classes moyennes du pays, ce n'est pas les riches. Et au contraire, les 250 ou 300.000 familles les plus avantagées du pays celles-là, elles ne paieront rien parce qu'elles sont garanties par le bouquet fiscal.
 
Et donc il faut sortir d'après vous le RSA du paquet fiscal.
 
Cela serait la moindre des choses à faire. Mais le Gouvernement a annoncé hier que le RSA serait contenu dans le bouclier fiscal, c'est-à-dire que les 300.000 familles les plus riches du pays ne seraient pas assujetties à ce geste de solidarité qu'on impose aux classes moyennes. Eh bien, ceci vous voyez bien que ce n'est pas la justice dont un pays a besoin.
 
Vous avez été - c'est aujourd'hui la rentrée des classes - ministre de l'Education nationale...
 
Oui et j'ai beaucoup aimé cela.
 
Un certain X. Darcos était votre directeur de cabinet à l'époque.
 
C'était mon directeur de cabinet.
 
C'est un bon ministre de l'Education nationale ?
 
Si je l'avais choisi comme collaborateur à l'époque, c'est parce que je trouvais qu'il avait des qualités naturellement, et c'est quelqu'un que je connais bien. Si j'avais un conseil à lui donner, ça serait celui-ci : il faut qu'il persuade le Gouvernement que l'éducation est non pas une charge de fonctionnement mais le meilleur investissement pour le pays. Investissement. Que ce ne sont pas des dépenses qui alourdissent le pays, si c'est bien fait, et il faut que ça soit bien fait. C'est pourquoi au fur et à mesure qu'on peut améliorer les choses, il faut le faire. Mais il doit être le défenseur de cette idée que l'Education est un investissement et pas le relais de ceux qui pointent l'école et les enseignants comme étant coupables et responsables de tous les maux.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 2 septembre 2008
 

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